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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
  • Quête de connaissances oubliées avec un esprit troubadour. Partage de contes poétiques et de poèmes-chants d'amour, illustrés de photos de nature, pour célébrer l'Amour, la vie et les troubadours.
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20 septembre 2008

Agir avec amour

Or, agir avec amour, c'est quoi?
C'est tisser une vêture de fils tirés de votre coeur, comme si devait s'en vêtir votre bien-aimé.
C'est bâtir une maison avec sollicitude comme si devait l'habiter votre bien-aimé.
C'est semer vos grains avec tendresse et moissonner avec joie, comme si de cela devait se nourrir votre bien-aimé.
C'est insuffler de votre âme à tout ce que vous faites.

KHALIL GIBRAN
Le Prophète
Extrait de ... Parle-nous du travail.

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17 septembre 2008

Evidence d'amour

Evidence d’amour

Entre nous il n’y a pas plus d’espace disponible
Que la valeur d’une plume en équilibre subtil
Sur les battements de nos cœurs saturés de joie.

C’est le destin qui entrecroise nos vies à sa guise
Et si nous basculons parfois dans le doute diviseur,
L’amour nous rassemble aussitôt plus étroitement.

Nos âmes accordées chantent la même harmonie
Lorsque nous nous écartons un peu l’un de l’autre,
Le rythme de notre danse nous rapproche aussitôt.

Prise dans le tourbillon fou de l’extase d’amour
Je suis aspirée par ton sillage sans recours possible
Et là, tout contre toi, je suis soudain sans défense.

L’enfer se manifeste sous mes pieds jusqu’au vertige
Mais le ciel s’ouvre pour mon âme au creux de tes bras
Je suis là où tu es sans savoir ni comment ni pourquoi.

Marie Duval

16 septembre 2008

Progression d'amour

Amour humain, amour divin

L’amour veille sur mes nuits aux heures sombres,
Tu valses dans mon cœur sur ses rythmes sauvages
Et l’union de nos âmes accorde nos pas de deux.
Je brûle des échos de ta présence chaleureuse,
Mon corps exalté consume notre séparation
En me restituant la tendresse des sensations
Recueillies à ton contact par mes sens aiguisés.

En plein soleil, lorsque tu es là près de moi
C’est une totale évidence sans plus de doute,
L’ivresse de l’amour me transporte vers toi.
Mon cœur bat dans ta poitrine près du tien,
Mon esprit se délecte de tes mérites et de tes traits,
Mon âme renouvelle son alliance avec la tienne,
Mon corps vibre de chaque élan qui nous unit.

Ton chant est celui de mon Bien-Aimé,
Tes paroles sont les fleurs de son chemin,
Tes larmes sont la rosée de ses prairies,
Tes rires cascadent sur ses rivages escarpés,
Tes gestes sont la grâce de sa danse inspirée.
La lumière de tes yeux est le phare de mon errance,
Les degrés de ton étreinte m’ouvrent les cieux.

Marie DUVAL

2 septembre 2008

L'amour global

Parfois l'amour surgit là où l'on ne l'attendait pas et prend possession de l'être, accepter de suivre sa voie est une découverte étonnante de soi-même face à l'autre, jusqu'au Tout-Autre peut-être ...

Comment je t'aime

Tu me demandes de t'aimer...
Alors écoute comment je t'aime.
Je t'aime dans mon âme
Depuis que j'ai vu la tienne
Dans une vision d'harmonie musicale,
Et je vibre en cohérence fraternelle
Sur cette musique qui nous unit.

Je t'aime de tout mon esprit
Et j'aime l'amplitude du tien
Tendu entre sacré mystérieux
Et fantaisie pittoresque débridée.
Je reconnais en toi les échos subtils
D'une pensée que tu mets en valeur
Dans une transparence toute pétillante.

Je t'aime dans mon coeur ardent
Parce que l'amour s'y déverse à flots.
Je suis propulsée dans son flux vital
Qui me guide du plus haut vers toi.
Un nouveau défi exige le détachement,
Forme suprême d'amour inconditionnel.

Je t'aime dans mon corps entier,
Chaque rencontre interroge notre globalité.
Mon être participe à cette communion
Avec tout ton être dans un tendre émoi.
C'est un secret de femme bien gardé
Et bien peu d'hommes y accèdent:
La communication intégrale entre humains
Se joue dans l'érotisme de l'entre-deux
Sans toujours inclure l'union des sexes.

Je t'aime pour t'offrir la force nécessaire
D'aller là où ta vie coulera de source
Afin qu'elle oeuvre en toi et pour toi.
Je t'aime pour te laisser partir libre
Vers cet orient de vie qui s'ouvre pour toi
Tandis que le couchant m'appelle.

Marie DUVAL

28 juillet 2008

La Sainte patronne de l’humour et des troubadours

C'est SHEILA. Elle est fêtée le 22 Novembre. D'origine irlandaise, ce prénom correspond à Cécile, patronne bien connue des musiciens et chanteurs. Par ailleurs, promise à un paÏen, lors de la nuit de noces, elle obtient de lui qu'il la respecte (esprit « courtois ») et se convertisse.
Pourquoi Sheila et non pas Cécile alors ? Parce qu'elle n'est pas réputée pour son humour ! Or en Irlande et en Angleterre, originaires de France et d'Espagne semble-t-il au XI° siècle (encore lui !), on trouve dans les églises des statues appelées Sheela-na-Gig, protections contre le diable et la mort, du même esprit que la déesse grecque antique Baubo (ce mot par ailleurs en grec évoquerait le sexe féminin).
Cette déesse en faisant rire la déesse Déméter inconsolable de la disparition de sa fille Perséphone, a permis que la fécondité revienne. J'ose à peine vous dire comment elle l'a fait rire, c'est grossier pour un esprit grossier alors que je vous le rappelle, le contexte était dramatique et sacré : le rire ou la terre condamnée à la stérilité, voyez un peu l'enjeu ! La fin justifierait-elle dans ce cas les moyens «énaurmes» employés?
Accrochez-vous puisque vous insistez ! On pourrait pour décrire son acte humoristique utiliser cette expression «rire des fesses». Oui, vous avez bien compris et pour les détails, allez voir ailleurs. Toujours est-il que Déméter a tellement ri que ce rire «homérique» finit par sauver la situation et la terre par la même occasion. Le rire est thérapeutique, c'est bien connu, mais pas assez utilisé (un p'tit signe au passage aux écolo-terroristes...). Voilà, vous pouvez délirer en paix – ou comme vous l'entendez – je n'en dirai pas plus.

En conclusion, Sheela et Baubo, mêmes armes, même combat, elle sont les déesses de l'humour et des plaisanteries, y compris obscènes. Nous dirons donc que Sheila, (Cécile, la vierge musicienne alliée à Sheela, la féminité exubérante salvatrice) est la patronne des troubadours, ceux qui trouvent même le sacré en allant chercher dessous et ne dédaignent pas l'humour des mots et des situations tout en respectant les corps et les esprits.
A bon entendeur, salut. Non, je ne soulève pas ma jupe, mais riez quand même et autant que vous le pouvez !
Ginette QUILLOT

Commentaire : je suis le conseil, je fais comme je le sens! Bravo Ginette, tout en finesse et subtilité. Comme quoi, on a toujours intérêt à aller voir chez les grecs!


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8 mars 2013

LE MONDE DE MERLIN, LE GRAAL

Chapitre VII Roman du Graal dévoilé

Abdul me dit que le monde de Merlin correspondait à une vision particulière de l'archétype de l'Homme, vision traditionnelle qui appartenait à un autre temps, presque une autre civilisation dont nous avions oublié les références pour n'en garder qu'un souvenir cristallisé autour de la quête d'un objet mythique, le Graal. Il m'exposa les neuf cercles de Merlin répartis en fonction de cinq éléments, Eau, Terre, Bois, Feu, Air.

 

MONDE DE l'EAU

Cercle de la Mer, Monde du CORPS
Merlin est un homme de la mer près des terres de l'Occident, là où le soleil se couche. Ses noms dérivent de mori-dunon, forteresse de la mer. Le langage des oiseaux a fourni une base pour sa latinisation, l'assimilant au fameux merle blanc, oiseau de magie et de pouvoirs chamaniques, symbole des croyances archaïques d'où émerge le personnage avant sa christianisation au moins partielle.
L'eau salée, donc la mer est le lieu d'apparition de la vie, là où extérieur et intérieur se répondent le mieux: le corps humain est composé de 70% environ d'eau par ailleurs salée!
Merlin a un corps changeant comme l'eau qui prend forme dans un contenu. Il nous fait entrer en pleine conscience dans le monde du corps au-delà des apparences, mais en prêtant attention à toutes ses propriétés. Lorsqu'il devient poisson, il est totalement dans la nature du poisson, de même pour l'oiseau…
Le Monde du CORPS
Le Corps humain récapitule lors de sa formation les étapes de l'évolution animale (phylogenèse), il se transforme avec l'âge, les accidents de la vie. Nous avons donc une apparence et des capacités qui en dépendent. Le corps est le véhicule de notre conscience et nous appréhendons le monde par son intermédiaire.
Merlin nous fait expérimenter les capacités du corps: mouvement et action, énergie, pouvoir de l'apparence. Le corps est le premier niveau de connaissance: en prêtant attention à nos sensations, nous découvrons sa sagesse.

Cercle des Rivières, Monde de la FORME, de l'IMAGINAL (Imagination créatrice)
Merlin vit avec l'eau douce des terres de Brocéliande: la fontaine de Barenton ou l'eau guérisseuse de Folle-Pensée, le lac de la Dame (Viviane à Comper), les rivières Meu ou Mel, le Lac de Trémelin...
Le Monde de la FORME
Tout comme l'eau se transforme (brume, pluie, neige, glace) et change l'aspect des choses (boue, source, fontaine, rivière), la caractéristique principale de Merlin est son pouvoir de métamorphoser les choses et de se métamorphoser sous une apparence humaine d'âges différents ou sous forme animale.

Par la volonté de son esprit, l'imaginal ou imagination créatrice lui permet de projeter des entités spirituelles dans le monde extérieur où elles peuvent se matérialiser. La substance-forme est la base de la réalité physique, elle donne sa forme au corps. (En Inde elle correspond à Shiva)

 

MONDE DE LA TERRE

Cercle des Pierres des Châteaux, Monde de l'ESPRIT, de l'Intellect
Dans le monde féodal de Merlin, les domaines autour des châteaux ou forteresses forment autant d'unités géopolitiques avec des caractéristiques particulières propres au roi ou au seigneur qui les dirigent.
Dans la version de Geoffroy de Monmouth au début du XII° siècle, Merlin est d'ascendance royale, mais un enfant sans père. Son action parmi les hommes se situe dans le monde des châteaux et des intrigues de pouvoir, il s'efforce d'unifier les peuples autour d'un Roi.
Monde de l'ESPRIT
La pensée analytique s'appuie sur la volonté pour diriger la conscience en fonction de l'ensemble des perceptions. Le contrôle de l'esprit exige une discipline et des choix volontaires de comportement qui sont codifiés dans les codes d'honneur en particulier de la Chevalerie du Moyen-âge, Merlin propose la Quête du Graal pour but suprême transcendant.

Cercle des Pierres des Mégalithes, Monde du POUVOIR
Selon Geoffroy de Monmouth, Merlin est le créateur de Stonehenge et sait comment en déplacer les pierres. Il le conçoit comme un monument à la mémoire des guerriers bretons tombés au combat victorieux contre les saxons. Il font ainsi partie du Temple à l'image du cosmos (monde organisé par opposition au chaos) et réintégrés dans l'ordre suprême, ils entrent dans le mythe pour l'éternité et sont une nouvelle force pour le Roi et son peuple.
Ses pouvoirs magiques sont mis au service du collectif et donc des rois pour les conseiller et les aider à unifier et bien gouverner le royaume dans l'intérêt de tous leurs sujets.
Monde du POUVOIR
Le pouvoir de Merlin est à la fois personnel, c'est un personnage puissant et sa puissance s'exerce sur et pour la collectivité. Il peut être comparé au Mana polynésien en tant que vision de l'homme par rapport à un ensemble naturel et humain. C'est une qualité spirituelle qui dépasse l'individu (sous forme d'une entité guide ou "esprit-gardien") et le charge d'une force sacrée impersonnelle, comme une forme supérieure de charisme.

 

MONDE DU BOIS

Cercle des Bois et de la Forêt, Monde de l'OMBRE
En pénétrant dans le bois, Merlin s'extrait du monde des hommes pour entrer dans celui de la Nature, dans son aspect le plus terrifiant, celui de la peur primitive, des animaux sauvages, des apparitions… Merlin y devient le fou des bois, l'homme sauvage.
C'est un monde qui a ses propres lois, où l'homme peut se confronter à sa nature sauvage, mais aussi à sa nature sacrée. Le sanctuaire est dans le bois, porte vers le lieu et le temps des origines, l'Autre Monde!
Monde de l'OMBRE
L'Ombre au sens jungien du terme est la part non-accomplie, non consciente de l'être. Elle se charge pourtant de tous les actes de l'homme et le représente à sa mort, elle est alors selon la tradition populaire "l'âme" que l'on rend au dernier soupir.


MONDE DE FEU

Cercle des Portes de Brocéliande, le Monde AUTRE

Merlin est le maître des passages, comme le minerai de fer passe de la terre au métal par le pouvoir du feu. Passage d'un monde à l'autre, du monde de la cour royale à la nature sauvage, de l'état normal à l'état de folie, du temps ordinaire au temps du dieu,… Mais surtout avec le "coup du Merlin", c'est l'ouverture des portes vers l'Autre Monde, soit au moment de la mort soit au cours d'une initiation qui implique une mort symbolique préalable pour entrer dans un monde sacré. C'est le passage des ténèbres à la lumière dont le soleil est le modèle archétypique: la lumière naît au coeur de la nuit la plus longue de l'année, le solstice d'hiver. 

Monde AUTRE
Merlin est le maître du changement d'état de conscience tout comme le pratiquaient les guerriers de l'Antiquité (fureur sacrée inspirée par leurs dieux). Cette faculté leur fait expérimenter un niveau d'enthousiasme (en-théo où théo signifie dieu) qui peut déboucher sur une transe, une extase (ce qui signifie être littéralement transporté hors de soi-même).
Dans ce monde autre, la conscience explore d'autres dimensions de l'être et de l'univers, les capacités peuvent être décuplées et des voies de connaissance s'ouvrent avec la modification de l'état de conscience.

Cercle des Lieux Sacrés, Monde du DOUBLE
Merlin est associé en plusieurs "hauts-lieux" à Viviane, que ce soit près de la fontaine de Barenton pour la première fois, près de Comper ou même sur les lieux de son "tombeau", là où la magie de Viviane, magie d'amour l'aurait enserré.
Dans les récits arthuriens, la dame est le centre d'attraction pour le chevalier qui lui dédie sa vie et ses aventures. L'amour dans le cadre courtois confère une évolution spirituelle qui conduit à la dimension divine. Pour le héros, la dame représente la partie féminine de son âme à laquelle il doit s'unir dans l'Amour spirituel.

Monde du DOUBLE

Viviane est la parèdre de Merlin, elle est une figure de la grande Déesse et ils sont inséparables. Le double est de l'autre sexe: anima pour l'homme, animus pour la femme. Cette dimension peut faire partie de l'Ombre si elle est refoulée dans l'inconscient. Elle correspond à l'entité qui synthétise tous les événements de la vie de l'humain auquel elle peut apparaître pour le guider ou le tromper selon son degré de conscience.
Elle peut oeuvrer en harmonie avec le Pouvoir personnel que nous avons vu dans le cercle des Pierres Mégalithes, ce qui augmente la puissance de l'individu et lui permet de progresser selon une double polarité féminine et masculine, vocation de l'homme en accomplissement.

 

MONDE D'AIR

Cercle des Personnages et Lieux légendaires, Monde de la DESTINÉE
Merlin est le personnage qui assure le passage d'une civilisation aux croyances païennes à une civilisation qui se christianise. Les chevaliers de la Quête arthurienne représentent de grands archétypes en action vers leur accomplissement de chevalier chrétien instaurant de nouveaux rapports et de nouvelles règles dans la société médiévale. Merlin institue la Table Ronde, modèle archétypique d'organisation cosmique proposé à la cour royale.
Monde de la DESTINÉE
Merlin intervient dans la Toile du Destin (le Wyrd nordique) et ouvre la voie à la Pensée mise en rapport avec le monde de l'Inconscient collectif qui dialogue avec la mémoire personnelle pour une progression globale de l'individu en interaction dans la collectivité.

Cercle des Sphères astrales, Monde de l'ENERGIE VITALE
Merlin est un astronome, astrologue et tout comme Asmodée qui en faisait bénéficier le roi Salomon, il possède ainsi la connaissance de l'Ordre Cosmique, il peut intervenir en fonction de cette connaissance, agir selon des critères échappant à l'homme ordinaire, mais toujours en harmonie avec l'Ordre Cosmique.
Monde de l'ENERGIE VITALE
Merlin est en contact avec l'énergie divine source de la vie, qui meut tout ce qui existe dans l'univers et en particulier les étoiles et les astres. La maîtrise de l'Energie vitale permet d'accéder à de plus hauts niveaux d'existence, de s'harmoniser avec le Soi, l'Etre du Macrocosme.

 

J'étais impressionnée par ce savoir ancien qui dressait le tableau d'une psychologie cohérente des potentialités de l'Homme selon une tradition abandonnée depuis longtemps. Je remerciai Abdul qui était aussi très heureux d'avoir pu ainsi partager ses connaissances élaborées au cours d'années de méditation et de recherches.

Il me dit pour conclure que cette théorie de la Personnalité présentait neuf composantes apparemment distinctes, mais qui devaient être intégrées pour aboutir à l'unification au Soi ou en d'autres termes à l'Anthropos. Et c'était le même principe pour les neuf cases du rectangle de Salomon, les neuf sphères du monde nordique. En milieu chrétien, cet Anthropos était le Christ, non pas Jésus l'homme historique, mais bien le Christ en gloire et en majesté, abondamment représenté dans l'Art roman. 

Pourtant, je lui dis que pour moi les neuf cercles du monde de Merlin représentaient un monde certes passionnant mais qui restait éloigné de mes propres références culturelles et malgré tous mes efforts, encore étranger. Abdul sembla un peu déçu, mais Fernand comprenait et me dit que je devais avoir confiance, ce savoir n'était pas indispensable, la connaissance viendrait lorsque je serai prête.
Lorrekey nous rejoignit à ce moment, elle était enjouée et nous embrassa avec enthousiasme. Elle connaissait la date de son retour possible et était maintenant sûre de sa réussite grâce à notre aide. J'étais à priori celle qui doutait le plus, je n'avais probablement pas assez l'habitude de me centrer sur l'objectif et je me laissais par moment trop envahir par les pensées agitées de mon mental mal maîtrisé…

Serai-je prête au jour fixé? D'ailleurs, quelle était cette date? Mes compagnons le savaient manifestement et cela leur semblait une évidence qui ne faisait que confirmer leurs hypothèses. La Porte des dieux s'ouvrirait ce jour-là d'après la Tradition!

Fernand s'approcha de moi et me dit:
- Garde le coeur pur et tout se passera bien.
- Le coeur pur, c'est finalement l'essentiel, confirma Abdul, et c'est même la voie de la Quête du Graal. La légende le dit avec ses propres images, le coeur pur permet de voir avec l'Oeil du coeur et ainsi, de se connaître à partir de son propre centre.

''Et à partir de ce centre formé en soi de connaître l'Univers, l'Ordre cosmique organisé à partir du Centre céleste.

''Et enfin cela permet de connaître Dieu, pour autant qu'un humain le puisse, à partir de cet accès caché dans le coeur à partir duquel il est possible de remonter jusqu'au Centre, Principe et Origine de toute chose. 

Abdul était manifestement inspiré et si j'avais un peu de mal à tout comprendre, n'était-ce pas ce qu'il m'avait déjà dit de l'Aleph? Fernand dit alors:

- Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les dieux... Ah, Sagesse éternelle.

Lorrekey vint à son tour vers moi avec grâce et en posant ses mains à la hauteur de mon coeur, elle me redit:
- Centre de ton coeur, centre sur la Terre, centre du Ciel et que trois deviennent douze. Alors avec l'aide de Merlin nous aurons la vision du Graal et je retrouverai mon monde.
Je plongeai dans son regard clair empli d'amour, soudain tout me sembla évident et je n'eus plus de doute.

Elle ajouta avec un petit sourire: 

- Je sais que dans ton monde lorsqu'on est dans un autre pays on envoie des feuilles de papier. Moi, je te ferai parvenir un signe et tu sauras que je suis bien arrivée, que tout se passe bien pour moi...

Abdul m'appela à ce moment et Lorrekey me laissa en me disant:

- Au travail, on y est presque.

Grâce à Abdul, je retraçai les grandes lignes de l'enseignement traditionnel de sagesse: l'intention alliant la volonté et le désir d'atteindre le but spirituel est la première étape. Elle permet d'accéder à la première sagesse de la Dévotion et ses rituels. Mais indépendamment de toute connotation religieuse, l'adepte entre alors dans un état d'amour inconditionnel, de profonde compassion qui le centre ainsi en lui-même au niveau du Coeur.
La seconde sagesse est celle de l'Intellect, de l'esprit. L'adepte réunit des informations en vue de son objectif, il utilise ses capacités d'analyse logique et sa raison. La Tête s'allie au Coeur.
La troisième sagesse éveille la Conscience lorsque le Corps est uni à l'esprit et au coeur dans l'instant présent, porte de l'éternité.

Lorsque les trois (coeur, esprit, corps) sont harmonisés, "alignés", le corps devient temple c'est-à-dire lieu de communication terre-ciel et l'adepte accède à la vision directe de la réalité ultime de toute chose. En langage moderne c'est la Pleine Conscience.

Et je compris ce que Lorrekey vivait. Le mythe chrétien disait aussi que l'homme par sa chute, son péché (ce qui signifie se détourner de la cible, mal orienter son désir), a perdu le sens de l'éternité. Or c'est la promesse de la vision du Graal: elle le restitue à celui qui en est digne.

Interrompant mes réflexions, Abdul qui voyait bien mes difficultés me dit:
- Les neuf éléments de l'Homme complet ne sont pas une notion si compliquée, mais elle correspond à une culture particulière dont nous sommes éloignés et surtout à une conception de l'homme et du temps fort différentes de la nôtre.
- Comment ça?
- Les anciens selon la Tradition proposaient une éducation, une voie de transformation de l'homme en "honnête homme" ou "gentilhomme", Ahr-man ou Ar-man. On retrouve la racine de ce concept dans Aristocrate, qui désignait à l'origine un homme à l'esprit clair à l'imitation du dieu, Ar signifiant "les Mieux" en indo-européen.
- On retrouve les meilleurs, mais pour la conception du temps? demanda Fernand qui était resté attentif, mais semblait ne pas plus atteindre les hauteurs intellectuelles de notre ami Abdul que moi.
- Il y aurait beaucoup à dire sur le temps tel que le concevaient les anciens. Mais la principale différence pour comprendre ce qui nous intéresse ici est la circularité du temps symbolisée par un serpent se mordant la queue ou par une roue (de moulin ou autre) tournant sans cesse. Les anciens célébraient les cycles cosmiques et qui dit cycle dit retour d'une même configuration. C'était la croyance prédominante dans les sociétés anciennes, non occidentalisées. En Occident au contraire, la conception du temps est linéaire et puisqu'il y a un début, une progression, il existe aussi une fin des temps!

- Le temps est une ligne et une ligne peut se briser! dit Fernand.
- On vit actuellement cette différence de conception, reprit Abdul, les peuples se réclamant des croyances mayas font la fête pour préparer le retour de la déesse qui "remet le temps en marche" d'après une configuration particulière de leur calendrier, tandis que les occidentaux jouent à se faire peur en parlant de la fin du monde plutôt que de la fin d'un calendrier!

- Et ils disent aussi que le temps c'est de l'argent! remarqua Fernand.
- Les Anciens disaient que le temps, c'est de l'abondance, ajouta Abdul, notion que l'on retrouve à propos du Graal sous sa forme de contenant qui propose l'abondance à chacun selon ses désirs, en particulier l'abondance de nourriture si fondamentale en ces temps où planait la menace de la famine. Et cette nourriture bien terrestre, ces mets à volonté idéalisés par les celtes deviennent l'hostie nourrissant l'ancien roi dans les romans du Graal. C'est le "haut-manger", la manne spirituelle, le nouvel idéal des chevaliers du Graal christianisé.
- Le Christ nourrit son peuple d'abord de poissons et de pain, puis de son pain et de son sang, dit Fernand.
- C'est en effet le même concept, confirma Abdul, mais il est bien difficile à comprendre dans sa profondeur symbolique pour les esprits modernes. Les anciens parlaient concrètement, par analogie avec l'Aliment, nous préférons peut-être l'abstraction de la Lumière, la Gloire. Dès l'Ancien testament, la Manne (qui a nourri les hébreux dans le désert) était la révélation sur terre de la Gloire de Dieu. Et Jésus sur le Mont Thabor a été transfiguré par la Lumière, la Gloire divine.

- La Lumière, le soleil, la vie sur terre comme au ciel, dit Fernand d'un ton rêveur.
- Le Soleil est effectivement le symbole central, ainsi la quête du Graal est aussi en rapport avec le point du Ciel où le dieu, le Jour, l'Année renaissent en émergeant de la longue nuit du solstice d'hiver, promesse d'un nouveau cycle d'Abondance. Le Don de vie s'offre en "calice" au Pôle considéré comme centre céleste, point de Gloire du Don des Dieux qui est l'autre nom de la Rune Gebo.

- Je me souviens d'une rune appelé calice en vieil anglais, dis-je, elle associe effectivement la rune du Don des dieux et celle de l'Année ou grand Jour.
- Selon les gnostiques, reprit Abdul, à la fin des temps, le rédempteur remontera aux Cieux, traversant la voûte céleste à l’endroit d’un X gigantesque considéré comme la Croix céleste.

- Un X comme un chrisme, remarqua Fernand.
- Nous avons vu que le Chrisme était un cosmogramme, schéma du Centre et de l'Ordre cosmique. Auparavant cette connaissance cachée était accessible seulement aux initiés. Le Christ la révèle à tous et en permet l'accès en passant par lui. En le suivant, le chrétien partage sa Gloire.


- Tu veux dire que le Chrisme est le Graal? demandai-je.
- Ne va pas trop vite, me recommanda Abdul, regardons un autre aspect du Chrisme d'abord. René Guénon voyait dans la boucle du P (ou Rho en grec), la "signification initiatique de la "porte étroite" permettant… la sortie du Cosmos pour la Délivrance", c'est-à-dire le Salut. Il parlait aussi d'un oeil, porte vers un autre domaine de l'être, le troisième oeil qui donne une autre vision, le sens de l'éternité.
- Oui, dis-je, nous avons déjà vu tous ces éléments.
- Si tu t'en souviens, ce que je vais te dire va t'apparaître comme une évidence, sur le chrisme chrétien nous avons les lettres Alpha (A), Rho (P ), Khi (X), Omega (W), si tu le prononces tu obtiens…
- Arkho, le Principe, l'interrompit Fernand.
 

- Fernand! s'exclama Abdul. Reprenons calmement. En grec, ἄρχω / árkhô, c'est « commander, être le chef », or le Christ est le premier, celui qui mène vers la vie éternelle. Ce terme donne le radical "arché" que l'on retrouve dans les mots arche, archétype, … L'arche, c'est le PRINCIPE de toute chose. C'était le premier mot du premier verset de la Bible dans la Vulgate, (traduction latine de référence). Ce qui donnait traduit en français "Dans le principe, Dieu créa le ciel et la terre". 

- Arche? dit Fernand, comme l'Arche d'alliance.

- Oui, répondit Abdul, mais ne nous égarons pas, plus nous progressons plus il est difficile de rester sur la voie. Et il regarda Fernand qui accusa réception du message implicite de se retenir avec un geste comique de se fermer la bouche à l'aide de ses mains croisées devant.

Je demandai à Abdul détendu par les pitreries de notre compagnon:
- Arché, Principe, Origine et Source divine, cela me semble clair, mais quel lien avec le Graal?
- Dans Parzifal, Von Eschenbach dit que Flégétanis parle le premier du Graal, il a des liens avec le monde arabe et juif et a vu le Graal dans le ciel.

''Le chrisme peut être réduit à trois lettres : Khi (en X); Rho, lettre R; A pour Alpha. Leur correspondance "dans le ciel", en constellation, regroupe : la constellation du Cygne (X, croix du Nord, rune Gebo ou Don des dieux), celle de la Petite Ourse (R ), celle du Taureau-Pléïades (A). Or les Pléïades ou Aldébaran du Taureau étaient le principal repère dans l'année pour les activités rurales.

- KRA - GRA, je comprends, mais Al? demandai-je.
- Nous l'avons déjà vu, c'est le nom de Dieu, Al ou El, et c'est aussi l'Aliment symbolisant l'Abondance! conclut Abdul.
- Tu as oublié de lui parler du Sceau de Salomon, remarqua Fernand, avec le Principe.
- Exact, confirma Abdul, en hébreu le premier mot de la Bible est Bereshit, "dans le Principe" ou "au commencement", mais aussi en araméen, bara shit: Il a créé le six. Le six est le fondement de la Création et c'est le nombre qui correspond au Sceau de Salomon, sous sa forme d'étoile à six branches!
- Grand est le mystère…, ajouta Fernand d'un air très inspiré qui nous fit rire. Et bientôt le laurier reverdira!

Je me souvenais de la couronne de laurier autour de l'allégorie du monde au tarot, de la couronne des empereurs romains et des vainqueurs, mais de quel laurier parlait-il?

Je posai la question, Fernand hocha la tête en souriant, Abdul répondit:
- Pour moi le Laurier dont on parlait était le Labarum ou chrisme constantinien dont on nous dit qu'une de ses significations serait « étendard de laurier ». Et pour nous c'est sûr il reprend vie, d'autant que nous sommes dans les temps prédits par l'un des derniers cathares condamné au bûcher de l'Inquisition.
 

- La science du XXI° siècle éclaire et valide la Vieille Loi, ajouta Fernand, et l'Oie peut renaître de son Oeuf tout neuf...

- Doucement, recommanda Abdul, nous allons te perdre si tu continues! Pour le dire autrement, voir le Principe, c'est-à-dire le mettre au centre de ton esprit en toutes circonstances, c'est accéder du même coup à ce système de cohérence totale qui fournit à chaque moment de la vie un code de conduite, des repères qui mettent l'être humain en Harmonie avec l'Ordre suprême dans la vie comme dans la mort, dans les moments héroïques comme les moments difficiles. Et au bout du compte, l'être est réunifié, en paix avec lui-même, les aléas de sa vie et l'univers dans son entier.

- La Loi de la vieille Oie, oyez, oyez braves gens, déclara Fernand paraissant haranguer une foule immense.

- Le laurier reverdit? demandai-je.

- Viens-voir, me dit Abdul en se dirigeant vers son panneau de photos de chrismes. La Vieille Loi est la Lorre ou le Lore qui a dégénéré en folk-lore ou lore du peuple, mais c'est aussi le lore ou tradition, ensemble de croyances du vieux peuple, c'est-à-dire des païens, hommes de la Terre et de ses cycles. Et la Loi après avoir été absorbée par le christianisme est renouvelée, purifiée, mise en lumière par les avancées de la connaissance de l'homme du XXI° siècle.

Regarde maintenant, ceci est le sceau authentifiant la filiation secrète entre la vieille Loi sous le masque de l'animal Oie et le Christ.

Il me montra un papier où il avait décliné l'acrostiche du nom de Jésus-Christ, Ichtus ou ichtys en grec qui s'écrivait en majuscules: IXOYE, où le O représentait le Thêta grec pour T; E le sigma S majuscule grec!

- Neuf oie(s), sembla déchiffrer Fernand. Pas étonnant que le chrisme XI ou IX représenté par sa moitié supérieure soit assimilée à une patte d'oie.

Je me souvins du demi-chrisme de l'abbé Gillard en bas d'un des vitraux de Sainte Onenne dans l'église de Tréhorenteuc. Abdul se contenta de soupirer avec un léger sourire tout en essuyant ses lunettes. Il reprit:

- Tous les chemins de traverse et les divagations, parfois fort intéressantes pour remonter au Principe, sont possibles. On peut aussi voir autre chose dans le Chrisme, les lettres principales comme je te l'ai montré avec arché, A P X peuvent aussi se lire en latin P A X! La Paix soit avec nous!

Il avait le mot de la fin avec le sourire et Fernand jubilait dans une attitude d'orant, les yeux tournés vers le haut, la bouche ouverte comme un « béat ». 

 

25 novembre 2008

Folklore: la lore du peuple IX

NOUS SOMMES ET DEVENONS CE QUE NOUS CROYONS.
Nous agissons toujours pour le mieux en fonction de nos représentations et croyances. Elles nous conduisent aux crimes les plus odieux ou aux actes les plus héroïques mesurés selon les valeurs de la société dans laquelle nous vivons. Elles nous construisent jour après jour ou nous détruisent sans même que nous en soyons conscients. C’est dire l’importance d’un travail personnel afin de les évaluer, les choisir et non d’en être les esclaves.
Vaste programme pour toute une vie riche d’expériences et d’accomplissements! Et nous pouvons probablement être aidés dans cette tâche par la tradition élaborée au cours des millénaires qui nous est accessible maintenant grâce aux moyens modernes, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité avec cette ampleur, d’autant que nous bénéficions aussi, du moins dans le monde occidental, d’une longévité et de conditions de vie majoritairement favorables.
Sachons retrouver les repères dont nous avons besoin aujourd’hui dans ce qui nous a été transmis. Ainsi nous nous orienterons au mieux de nos intérêts et l’intérêt de tous en préservant la vie en nous et autour de nous afin de tracer notre avenir.

CONCLUSION
Derrière le folklore se cache le mythe. Derrière le mythe se profile le sacré. Par l’accès au sacré nous retrouvons l’orientation de nos vies et en percevons le sens. Nous cessons de courir de plus en plus vite sur l’horizontale de nos parcours qui enchaînent des activités vides de sens, pour entrer dans la verticale de nos existences, vraie dimension de notre humanité.

Mais bien sûr chacun est unique, il y a autant de chemins que d’êtres humains et c’est notre liberté fondamentale que de choisir nos valeurs et nos croyances qui vont déterminer notre représentation du monde et donc notre rôle en ce monde.
Nous pouvons continuer à courir sans autre but qu’immédiat (plaisir, consommation, accumulation, production, exploitation,…) au prix d’un mal être en proportion  souvent inverse de nos conditions de confort et sécurité. Nous pouvons nous laisser imposer le savoir qui à un premier niveau a principalement pour but de nous transformer en "prêt à consommer" ce qui nous est proposé avec des méthodes inspirées de la manipulation mentale sous couvert de communication. Nous pouvons, pour une infime partie de l'humanité -son élite intellectuelle- courir après le savoir, accumuler des informations, privilégier l'événementiel qui nous parcellise chaque jour davantage et nous confronte à l'absurde impuissance de la globalisation vécue comme un inéluctable abstrait qui nous engloutit en nous menant vers la destruction. Cette démarche au niveau individuel nourrit la pulsion de mort toujours présente au fond de l'humain d'autant plus qu'il veut l'ignorer et repousser les limites de sa propre vie et fait de nous une société repliée sur ses acquis et pessimiste, submergée par le doute.

Nous pouvons aussi dans une démarche volontaire et spiritualisante utiliser les savoirs mis à notre disposition pour entrer dans la Connaissance en suivant la voie de la sagesse antique : «connais-toi toi-même…». C'est alors nourrir la vie en soi, ses propres capacités et ressources, le sens de sa vie et de sa place en ce monde en se reliant sur la verticale de la vie aux autres et aux forces qui se révèlent alors au fur et à mesure que nous nous engageons sur cette voie.
La Lore, en tant que science traditionnelle est l’un de ces chemins, mais elle impose de sortir des sentiers battus du prêt-à-penser et de suivre les conseils de Saint Bernard de Clairvaux, fondateur de l’Ordre des Templiers et conseiller de tous les grands d’Europe au XII° siècle, qui disait : «Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres. Les bois et les pierres t'apprendront plus que n'importe quel maître.» Surtout si l’on utilise la langue des oiseaux  pour retrouver en nous l'écho de ce que la vie peut nous enseigner afin de nous guider vers la réalisation de l'humain dans l'humilité ressourçante de notre vraie nature qui ne l'oublions pas est l'humus, la terre qui est sous nos pas et accessible à nos sens ici et maintenant, là où s'inscrivent nos actes et se détermine le sens de notre existence.

22 novembre 2008

Folklore: la lore du peuple VI

LE MYTHE ET LE SACRÉ
En remontant aux racines du folklore, au-delà même des mythes, nous rencontrons finalement le sacré. La conception du sacré est étroitement liée aux capacités cérébrales de l’homme. Ses facultés d’abstraction lui permettent de percevoir des notions complexes sur lui-même, son environnement et son orientation dans le temps ou l’espace. En permanence l’homme observe, analyse, classe  les données de ses observations afin de maîtriser son environnement, d’organiser son monde au mieux de ses intérêts.

QUÊTE DE SENS
L’homme a besoin pour se développer et bien utiliser ses capacités d’avoir une représentation globale de son monde et de sa place aussi bien dans le temps (histoire personnelle et surtout familiale, mais aussi histoire de la création du monde plus ou moins mythique) que dans l’espace (son territoire, son espace familier, le monde environnant).
L’homme est spontanément en quête de sens aussi bien pour les événements de la vie que pour ses faits et gestes, ce qui lui permet de concevoir l’ensemble de ses perceptions de façon cohérente en fonction de lui-même ou de son groupe.

3 septembre 2010

Question de loutre LTR

J'ai reçu par mail cette réaction à la question que je posais sur les consonnes de LouTRe. Voici ce message:

LTR: l'eau et la terre

La question:
Et demandez-vous plutôt à quoi pourraient correspondre les consonnes L T R car les alphabets "sacrés" (ou religieux si vous préférez) ne comportaient que des consonnes à l'origine, les voyelles n'étaient pas formalisées, elles intervenaient lors de la vocalisation...

[L](ou)TR(e)
On trouve la loutre en Inde du sud. Se pourrait-il que le sanscrit, langue sacrée comme l'hébreu puisse éclairer ta question?
Un homme allant en Inde depuis vingt ans et pratiquant des chants sacrés en sanscrit ("parfait"), m'apprit que le latin dérivait du sanscrit (le grec aussi par conséquent...): il suffisait de comparer comment on prononce les dix premiers chiffres en latin (langue vivante devenue langue "morte" comme le sanscrit, ou plutôt langue sacrée, celle des prêtres) et le sanscrit pour se rendre à l'évidence. Mêmes premières consonnes...
EN SANSCRIT, loutre a plusieurs noms dont niraja (loutre, lotus...) et niraku (rat-d'eau, loutre) qui dérive de la racine nir. (il y a aussi "jaluféu pour dire dire "rat-d'eau" – loutre?)
Entre parenthèse "racine" et "loutre" sont associées: D'après Varron (L. Lat. V, § 79), lutra est pour lythra, et vient du grec, parce qu'on dit que la loutre coupe les racines des arbres sur les rives ; mais ce mot ne se trouve pas en grec.
Mais il semble que sa dénomination principale, première soit Udra ou urdra, si on ôte les voyelles on a: D R. Et le L?
"Bien qu'on ne puisse s'empêcher de rapprocher les noms sanscrit udra et allemand Otter de cet animal, on ne voit pas comment l-utr a aurait pris un l prosthétique." (LITTRE... remarquons que notre dictionnaire n'est pas loin de la loutre non plus...)
La réponse se trouve dans ton texte:
"Des noms gaulois aux racines indo-européennes* – comme “outre”– ont été conservés en vieux français avec ajout d’un article défini : l’outre s’est ainsi transformé en loutre. Une outre est une peau d'animal dont la préparation permet de contenir de l'huile, du vin. Outre vient du latin uter"

Loutre vient du latin "lutra" qui lui aussi aurait pris un L "prosthétique".
Utra et udra, c'est très proche et une connaissance plus poussée de la phonétique du sanscrit pourrait nous dire si le "d " sanscrit ne peut être prononcé comme "t".
Reste à savoir ce que symboliquement ces lettres représentaient. Il est d'une importance capitale de savoir que le sanscrit accorde une valeur sacrée à la prononciation, comme l'article de Wikipédia "phonologie du sanscrit" nous le dit:

La culture indienne est avant tout orale ; le son y possède donc une valeur importante aux yeux des Indiens, et les textes religieux ne font pas exception ; la formule efficace, premier sens de brahman, qui en vient ensuite à désigner le Principe suprême de l'hindouisme, ne peut l'être que correctement prononcée. Nombre de textes religieux expliquent l'importance d'une prononciation exacte et les conséquences fâcheuses qu'une erreur de diction peut entraîner dans la récitation d'une prière, d'une formule. De même, prononcer correctement une formule, c'est être certain qu'elle fonctionnera : un être animé de mauvaises intentions (comme un démon) peut donc obtenir des pouvoirs magiques au moyen des formules efficaces. C'est pour cette raison que l'enseignement des quatre Veda, purement oral, se fait de manière systématique par l'apprentissage de phrases entières puis syllabe par syllabe puis par inversions de syllabes selon un ensemble de permutations de plus en plus complexe ; en outre, l'apprentissage des Veda est resté longtemps ésotérique et réservé à la caste des brāhmaṇa (brahmanes)
[...] Il est aussi notable qu'un dieu, Śiva, soit censé être le créateur des phonèmes sanskrits et que s'est aussi développée une mystique du phonème, attribuant à chacun d'entre eux un sens profond ainsi qu'un pouvoir précis ; c'est sur cette mystique que les mantra reposent. De fait, une telle importance donnée aux sons de la langue sacrée a grandement influencé l'écriture : bien que longtemps réticents à noter leurs textes sacrés, les Indiens ont créé plusieurs semi-syllabaires, tous héritiers d'un même modèle, la brāhmī, notant les textes avec une très grande précision.

Je relis dans ton texte:
"les alphabets "sacrés" (ou religieux si vous préférez) ne comportaient que des consonnes à l'origine, les voyelles n'étaient pas formalisées, elles intervenaient lors de la vocalisation..."
J'aimerai trouver un texte sur le sanscrit qui corrobore ce que tu dis et que je n'ai pu vérifier pour l'instant que pour l'hébreu; peux-tu me guider, Lutréa?
Dictionnaire sanscrit-français:
http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Burnouf_-_Dictionnaire_classique_sanscrit-fran%C3%A7ais.djvu/389:
nïraja a. (jan) aquatique. ― S. m. loutre. ~ S. n. costus speciosus; lotus, en gén.
nîrdjîam. (r/A'i*) rat-d'eau ; I| (?) loutre.
Voir aussi http://www.lexilogos.com/sanskrit_dictionnaire.htm

STEPH49

Ma réponse:

 

Merci de ce commentaire et de ces réflexions qui m'emmènent dans une direction que je n'avais pas explorée.

L'origine des langues
Le sanscrit est une langue qui n'est pas "alphabétique", lettre par lettre, mais "semi-syllabique", pour représenter des phonèmes (en rapport avec des sons prononcés). L'origine en est complexe. Je lis sur wapédia:
Longtemps de tradition purement orale, ou peut-être progressivement à l'aide de symboles logographiques ou idéographiques, voire de signes syllabiques ( via l'acrophonie) liés aux cultes , la religion hindouiste n'a pas eu besoin de fixer ses textes. C'est tardivement que l'emploi de la brāhmī, d'abord ( semi-syllabaire utilisé pour les édits d'Ashoka), puis de la multitude d'écritures qui en dérivent, est généralisé, pour les textes profanes, puis sacrés.
La brāhmī fait référence à la famille des systèmes d'écriture brahmiques nées en Inde, dont on fait remonter l'existence jusqu'au IIIe siècle av. J.-C.
L'empereur Ashoka ou Asoka fait adopter une écriture, la brāhmī, dont dérivent les écritures modernes.

Or voici un article de la revue Persée:
Une nouvelle inscription araméenne d'Asoka découverte à Kandahar (Afghanistan) Dupont-Sommer, André
Cette inscription confirme le lien entre la brahmi et l'araméen.

Et d'où vient l'araméen? De l'alphabet phénicien! Voici sur Wikipédia:
L'alphabet phénicien a été emprunté par plusieurs peuples méditerranéens pour former :
l'alphabet grec ancien, l'alphabet étrusque qui donne le latin, l'alphabet araméen d'où dérivent l'alphabet hébreu et l'alphabet arabe.

Comment expliquer cette origine commune?
Le Dr Benatia Abderrahmane dans son Histoire de la colonisation arabique dans la Grèce antique note:
Les caravanes assurant le transport des marchandises de l’Indus à la Méditerranée ont sur le plan linguistique joué un rôle important. Des civilisations ont ainsi parcouru de grands espaces. Les Proto-Indiens venant de Syrie et de Mésopotamie sont partis pour l’Inde et ont introduit la civilisation babylonnienne (...).
L’écriture du sanskrit fut d’abord le brahmi, dérivé du phénicien rapporté en Inde à partir de la mésopotamie (9e siècle avant J-C), cinq siècles plus tard, le même sanskrit fut écrit en khoroshti dérivé de l’écriture araméenne (...).

Les consonnes dans les premiers alphabets sacrés.
On a d'abord la trace dans la Mémoire du monde:
Depuis 2005, l'Unesco a classé sur la Liste Mémoire du monde, qui recense depuis 1997 les éléments du patrimoine documentaire présentant un intérêt universel, l’alphabet inscrit sur le sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (XIIe siècle av. J.-C.), qui est le plus ancien exemple connu de l’écriture alphabétique, par opposition aux écritures cunéiforme et hiéroglyphique. Ce système d’écriture, composé uniquement de consonnes, a donné sa base à l'alphabet grec qui apportera les voyelles et a servi de modèle pour le développement d’un grand nombre d’alphabets par la suite, et notamment l'alphabet araméen, qui lui-même donnera naissance à l'hébreu et à l'arabe. Le sarcophage se trouve au Musée national de Beyrouth, au Liban.

Quant à l'importance sacrée des consonnes, voici un avis d'artistes, très éclairant:
C’est seulement vers le XIVè. siècle avant notre ère qu’il faut placer la remarquable invention de l’alphabet par les phéniciens. On a retrouvé en Syrie des tablettes d’argile où apparaît un alphabet cunéiforme de 30 signes. Cet alphabet dont l’origine reste obscure ne comportait que des consonnes. C’est aussi le cas de certains alphabets encore utilisés de nos jours (l’hébreu et l’arabe, par exemple). L’absence de voyelle force le lecteur à posséder une vision globale de la page et l’oblige à donner une interprétation humaine des mots lus. Savoir lire, c’est faire intervenir le sens pour déchiffrer le texte : la tradition orale reste ainsi accolée à la civilisation de l’écrit en train de naître. Les textes écrits ne peuvent faire que référence aux mythes du passé, donc uniquement au sacré. Dans ce contexte, on ne peut lire que si l’on connaît déjà ce que l’on lit, au moins dans ces grandes lignes. D’où la nécessité d’apprendre par coeur les ouvrages à lire. C’est ce qui se pratique encore couramment dans beaucoup d’écoles coraniques...
L’alphabet, une fois constitué, devait connaître une très longue suite d’évolutions affectant davantage sa forme que son contenu. L’introduction de voyelles dans l’écriture grecque permet au lecteur une approche décontextualisée du même texte; chaque mot peut être pris séparément, il a un sens en tant que tel. Le langage s’extériorise, perd sa dimension sacrée. L’écriture devient une technique, et peut alors émerger une science objective, débarrassée comme le langage des rapports entre l’homme et le cosmos. L’introduction des voyelles permet la théorisation et renverse les modalités de pensée. Les échanges oraux-publics se transforment en échanges vocaux privés, le collectif est supplanté par la personne privée, par l’individu.

Ce sera tout pour aujourd'hui... Merci à Steph de cet échange stimulant!

Réponse de Steph fin août:

J'ai trouvé très intéressant tes commentaires en réponse aux miens. Je suis seulement en désaccord sur une chose ; c'est ton assimilation des consonnes au sacré et des voyelles aux consonnes.

Puisque la voyelle, le son est pour ainsi dire la note du cosmos, "symphonie des sphères" - on voit même en Inde la prononciation prolongée jusqu'à l'extase des voyelles - que l'écriture soit sans voyelles ou non ne peut en déduire quoi que ce soit sur le plan sacré.

En revanche, ce qu'il est important de souligner et que l'histoire grecque illustre grandiosement, c'est le glissement de l'oral à l'écrit qui a permis à la Grèce antique de quitter la période archaïque (transmission orale des textes homériques) et d'instaurer la période dite classique (fixation écrite des textes homériques), avec pour conséquence le développement de la pensée critique et de la philosophie à partir de la lettre, puisque ce qui est écrit peut être, par ce "jeu" de mise à distance, étudié et critiqué. La parole ne le permet pas, étant volatile...

Ainsi la naissance du théâtre classique, de la Tragédie grecque est symptomatique, et ses trois grands auteurs tragiques, Eschyle, Sophocle et Euripide vont chronologiquement plus loin des dieux et plus proche de l'homme et sa psychologie. Aristophane, dans le genre comique, participe à cette même remise en question des dieux.
L'aventure humaine a été aussi une recherche de l'écriture. L'homme a eu besoin de l'écriture pour se trouver en tant qu'individu, certainement poussé à l'extrême, car l'individu soumis à la "tribu" est un servage qui apporta des structures spirituelles nécessaires à son évolution (mythes et sacré) mais qui socialement sont à la longue étouffantes et intenables (les femmes excisées ou programmées pour l'être bénissent l'Occident profane et matérialiste, et on ne peut pas le leur reprocher...).

Cette désacralisation ou plutôt la profanisation grandissante (profane venant de profanation) a été une étape aussi nécessaire pour l'humain; et on voit apparaître avec la psychologie et l'exploration de l'Inconscient, et depuis Jung la notion d'individuation avec une reconsidération du sacré mais plus plié à une prêtrise ou une doctrine religieuse. L'humain peut trouver sa place dans le cosmos en se reliant au Soi sans faire disparaître un ego nécessaire, mais devant être mis à sa juste place.

Pour en revenir aux consonnes et aux voyelles: les consonnes sont la structure, l'ossature du langage et les voyelles en sont la texture ou coloration. La musique, évanescence du langage ou quintessence universelle de celui-ci, conserve ces mêmes données: le rythme est assimilé aux consonnes (ce sont bien les consonnes qui rythment les mots et les phrases) tandis que les voyelles sont les composantes de l'âme de l'Univers et sa mélodie. le A E I O U est universel. Là est le sentiment, le coeur, l'Amour (si c'est pas sacré, ça!). Premiers sons des bébés humains... Les consonnes sont plus du domaine du sensible; elles sont palpables on peut presque les toucher (cela est dû au contact de langue avec le palais et les dents).
Aussi Voyelles de Rimbaud le Voyant, donne du sens donc du sacré aux voyelles:
ex:
O, suprême Clairon plein de strideurs étranges
Silence traversées des Mondes et des Anges:
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!

Voilà l'essentiel de ce que je voulais répondre à propos du point avec lequel je suis en désaccord. Merci pour tes éclairages.

Pas de commentaire de ma part, quand on atteint de tels sommets, je ne peux rien ajouter!

23 mai 2009

Trait de plume

Trait de plume

Je vois le saphir de tes yeux,
Je goûte ta bouche au miel fleuri,
J’entends ta voix, ton rire perlé,
J’effleure le velours de ta joue,
Je sens le parfum de ta peau,
L’amour se saisit de mes sens
Et me comble des sublimes trésors
Du prince d’amour en son palais.

Je prends au filet des mots tendres
La litanie qui monte vers toi
A chaque instant de ma pauvre vie.
Hélas, il n’en reste que des bribes
Quand je voudrais dire ta splendeur.
Tous ces joyaux mon bien-aimé
N’existent que dans l’âme des amants.

Pour en retrouver le chemin
Je te cherche la nuit sous l’étoile,
Je vais par les chemins déserts
Recueillir l’écho de ton nom.
Mon cœur est un oiseau en cage
Mais son amour emplit le ciel.
Sur son aile qu’importe la distance,
Un trait de plume et tu es là…

Marie DUVAL

1 mai 2009

Fervent d'amour

Inspiré d'un poème de Rûmi

Fervent d'amour


Je ne veux entendre que les chansons du Bien-Aimé,
Celui dont les œuvres me réjouissent l’âme.
Les regards profonds et chavirés de ce prince
Ont fait tomber mes défenses et m’ont rendu ivre.

Mon âme a faim de son sillage enchanteur
Qui la fait éclater en louanges de sa grâce.
Son chant inspiré dévoile la cité éternelle
Dont les rouges-gorges célèbrent les fleurs.

Dès que mon Ami vient vivre à mes côtés
Je rejoins l’assemblée des fervents d’amour.
Chacune de mes cellules vibre à son contact
Et danse l’énergie d’amour qui nous sature.

Je suis l’instrument de ce chanteur inspiré
Et les anges accordent nos harmonies subtiles.
Le brasier d’amour s’allume comme un soleil
En animant la matière extasiée de nos corps.

Marie Duval

30 avril 2009

Le choix d'amour

Poème inspiré d'un poème de Rûmi.

Le choix d’amour

Préoccupé par ton propre intérêt, une mouche te terrasse,
Attentif à servir l’Amour, tu es vainqueur de dragons.

Préoccupé par ton propre intérêt, l’Ami est pour toi une épine,
Attentif à servir l’Amour, l’Ami embaume comme un jardin de roses.

Préoccupé par ton propre intérêt, la pluie de tes larmes te submerge,
Attentif à servir l’Amour, la lune te salue de ses bras de lumière.

Préoccupé par ton propre intérêt, tu es un arbre dépouillé de sa parure,
Attentif à servir l’Amour, l’hiver épanouit tes fleurs secrètes.

Préoccupé par ton propre intérêt, ton Ami déserte ton horizon,
Attentif à servir l’Amour, l’Ami réside au plus profond de ton cœur.

Tous tes états d’âme douloureux accompagnent ta quête de sécurité,
Mais au coeur du changement accepté se trouve une oasis de paix.

Tes déceptions traînent à la suite de tes désirs de plaisir,
En renonçant à les combler, l’ordinaire fera ta joie.

Apprécie l’indifférence de l’Ami autant que de tendres attentions,
Contemple sa beauté dans chaque rencontre.

Lorsque ton amour se manifeste à chaque instant de ta vie,
Même dans l’obscur de la nuit, la lune et les étoiles sont tes invités.

Marie Duval


17 mars 2009

Parcours d'amour

Un poème d'amour inspiré d'une ode mystique de Rumi.

Parcours d’amour


Tu es le maître de mon corps et de mon coeur, tu mets la joie sur mes lèvres,
Tu habilles mes yeux de lumière en ouvrant les fenêtres de mon âme.
La lune jalouse la danse de tes pas et le chatoiement vibrant de ton être,
Ton amour possède un droit de regard sur ma vie au-delà de mes défenses.
Quand je t’ai vu, mon cœur a dit : « ce face-à-face accomplit mon destin » !

Je suis la bille poussée sur ton parcours dans les méandres d’une route de terre.
Elle bondit parfois avec la joie légère d’une plume, ou tombe dans l’ornière.
Elle te rejoint dans les transports du sommeil ou te perd dans les aléas quotidiens.
Elle visite la Ville éternelle de l’Amour ou s’égare près du val sans retour du doute.
Parfois elle te rend grâces en seigneur, parfois elle pleure sa déchéance.
Elle se met au service de l’amour, sur les voies de la sagesse divine,
Ou perd le sens commun et court en tous sens en te cherchant partout.

Parfois l’amoureux se réfugie dans la solitude, parfois il succombe au piège du monde.
Il porte la couronne de son excellence ou s’arrache les cheveux dans la poussière.
Il se revêt d’un honneur royal ou se cache sous les frusques du mendiant déclassé.
Son âme est un arbre qui produit autant de pommes que de bogues épineuses.
Il secrète le poison de l’amertume ou goûte le miel des promesses de l’union.
Il s’enferme dans la prison des apparences ou découvre la pure énergie de la forme.

L’amour excite de sa flèche la douleur du cœur, mais se fait aussi remède de douceur.
Il tisse la trame de la connaissance sur le territoire de la beauté révélée,
Il déchire la toile des savoirs lourds de raison aveugle et de pesante certitude.
Il blesse avec les épines des conventions contrariées avant d’y faire éclore sa fleur.
Il apaise la soif avec le vinaigre des jugements qu’il transforme en vin de folle ivresse.
Il joue des cinq sens de l’amoureux orchestrant leur harmonie dans l’extase,
Il étend son espace aux quatre points cardinaux et ouvre la verticale de la conscience.

Depuis notre rencontre, notre voie se dessine loin des illusions bien-pensantes,
Elle abolit les doutes destructeurs et condamne les impasses des séductions artificielles.
Nous sommes saisis de cette folie d’amour qui fait luire le soleil au cœur de la nuit.
Si le poisson appartient à l’océan, j’appartiens à l’amour et son océan est mon domaine,
Sans son eau vitale, je meurs de soif ; il est ma raison de vivre et sera ma dernière demeure.

Tu as levé les scellés de mon âme qui t’encense et par toi devient folle d’amour.
Ma vie-caméléon prend maintenant sa couleur, celle de « l’Amour le veut »,
Quand se conjugue au présent de l’union divine « Aime et fais ce que tu veux ».
Elle ignore le « va, cours, vole », elle acquitte ses dettes, visite le jardin de la paix
Dont la porte se referme sur ces paroles. L’Amour s’épanouit dans son silence.

Guénola Disse


20 novembre 2008

Folklore: la lore du peuple IV

LA VIE TRADITIONNELLE
Pour retrouver les racines du folklore, objet de notre réflexion de départ, il nous faut retrouver le contexte culturel dans lequel il s’est élaboré.
Autrefois, les hommes vivaient en contact étroit avec la terre, ils chassaient, pêchaient, cueillaient (au Paléolithique) avant de travailler le sol pour en tirer leur subsistance ou élever leur bétail (Néolithique). Or ces activités sont fortement dépendantes des saisons, du territoire et des aléas climatiques.

SAVOIR ET TEMPS
Tout un savoir sur ces données s’est élaboré génération après génération en parallèle avec une perception du sacré liée à une conception du temps cyclique (retour fixe des mêmes fêtes et activités saisonnières) et non linéaire (enchaînement d’activités sans lien ni sens particulier comme dans la course moderne au temps par exemple).

RITES ET SAVOIRS
Les rites rythmaient la vie en se répétant régulièrement avec des temps forts d’entrée dans les saisons principales, ils favorisaient la transmission de savoirs concernant les activités traditionnelles le plus souvent en s’appuyant sur les mythes et les religions. Ce savoir concernait de nombreux domaines selon les besoins du groupe d’appartenance : culture, élevage, flore, faune, médecine, maturité sexuelle et fertilité, règles de vie et de rapports hiérarchiques ou entre les sexes, histoire et généalogie, astronomie, géographie, orientation, contruction, météorologie, géométrie, arithmétique…
La mémoire était fondamentale en l’absence d’écrit et tout ce qui pouvait lui servir de support était utilisé (récits, spectacles, danses, symboles, contes, repères géographiques ou construits…).
Tout comme les aèdes grecs (ex Homère), les bardes formés par les druides apprenaient par cœur des vers au rythme particulier véhiculant de nombreuses connaissances cachées sous l’apparence de contes, d’histoires ou d’épopées.  Plus tard les troubadours prenaient le relais, ils masquaient eux aussi leur savoir sous des aspects plus ou moins anecdotiques ou poétiques, à la fois pour préserver les secrets et se protéger des instances dangereuses (Inquisition de l’Eglise).

15 novembre 2008

Folklore : la lore du peuple II

LE MONDE SELON LE FOLKLORE
Le folklore semble être la survivance de rituels exprimant des croyances et plus ou moins des connaissances parfois transmises par «initiation» - voir plus loin - dont le sens s’est perdu puisque le système de représentation du monde dans lequel ces traditions s’exprimaient a profondément changé et se rattache plus aux conditions de vie de type néolithique (ce qui était le cas de la grande majorité des humains jusqu’à la moitié du XX° siècle) qu’au confort de la vie moderne. Le flolklore est donc l’évolution en bout de course, à bout de souffle, jusqu’à la caricature absurde parfois, de ces croyances traditionnelles coupées de la source vivifiante de leur mythe de référence.
Nous repérons d’ores et déjà plusieurs termes liés au folklore, sur lesquels nous allons revenir avant d’aller plus loin : savoir, connaissance, initiation.

SAVOIR ou savourer le sel de sagesse
Savoir vient du latin sapere, verbe qui signifie littéralement posséder une saveur au sens gustatif du terme. Le mot a d’abord évolué sous une forme évoquant de façon imagée la personne possédant cette saveur de sagesse associée au savoir dans l’Antiquité. Vous avouerez que cela ne manque pas de sel, symbole lui aussi de sagesse et d’esprit!
De façon plus conventionnelle, le savoir évoque un ensemble de données objectives disponibles indépendamment de l’humain qui les possède.

CONNAÎTRE ou naître au long cours
Connaître signifie littéralement naître avec (conoistre au XI° siècle : co – naître), le savoir intégré transforme la personne en changeant ses représentations et ses capacités de penser, d’agir. C’est la base de l’apprentissage pendant lequel « le métier rentre dans le corps ».

ENTRER DANS LA DANSE
L’initiation (de initiatio en latin, début ou commencement) désigne un événement ou un rite d’entrée, de passage permettant au postulant qui est prêt à la vivre dans tout son être (dans un état de transe, - c’est-à-dire de modification de conscience - le plus souvent) d’accéder à un niveau de conscience supérieur. Ce nouvel état modifie sa vision du monde et l’introduit dans un groupe particulier en lui transmettant des connaissances qui lui donnent une place au sein du groupe. L’initiation permet selon les étapes franchies, d’être ou de devenir, un membre actif et efficace de la société.

2 octobre 2008

L'union des âmes

L’union des âmes

Contempler ton beau visage réjouit mon âme
Comment pourrais-je renoncer à ce tendre désir ?
Ma vie se désaltère à la source de ton amour,
Comment pourrais-je l’assoiffer sans la perdre ?

La lumière de tes yeux éclaire la trajectoire de mes pas
Et chasse les ombres de mes combats intérieurs.
Mes doutes sont retenus par les reflets changeants
Des fils soyeux de tes cheveux en couronne.

Ton amour me procure une eau vive et fraîche
Mais il est aussi le brasier ardent qui consume
Tout ce qui n’est pas toi dans le flux de mes jours
Où tu attises mon désir et tu exaltes ma ferveur.

La vision claire de ton regard, fenêtre de ton âme
Exalte nos vies réunies par la sincérité de nos réalités.
J’y découvre les étapes du chemin qui nous rassemble
Et l’union de nos âmes en est la sublime récompense.

Marie DUVAL
(poème inspiré par une Ode mystique de Rumi)

27 septembre 2008

Rêve d'amour

Cette chanson est dédiée à un jeune homme, amoureux désespéré d’une belle inaccessible jusqu’à ce qu’il la rencontre à nouveau.

RÊVE D'AMOUR

Mes rêves parlent de toi
Pourtant je veux t’oublier.
J’ai besoin de tes bras,
Je ne peux l’ignorer.
Je te le dis,
C’est toute ma vie.
Crois-tu qu’ça peut passer
Si j’évit’ d’y penser ?
Est-ce qu’on choisit d’aimer
Quand c’est la destinée ?

Refrain 1
Déjà mes sentiments m’échappent,
Cruelle étape.
Crois-tu que je saurais un jour
Vivre sans ton amour ?
Je t’espère chaque jour,
Te revoir, délicieux tourment.
Quand j’te vois,
Mon cœur prend son élan.

Je ne te dirai pas
Les p’tits mots fatidiques
Près de toi, je n’sais pas
J’n’entends plus la musique.
Je te le dis,
C’est toute ma vie.
Comment ça va finir
Si tu m’ouvres les bras ?
Je ne vais pas te fuir,
Je n’attends plus que ça.

Refrain 1 modifié
Déjà mes sentiments m’échappent,
Cruelle étape.
Crois-tu que je saurais un jour
Vivre sans ton amour ?
Je t’espère chaque jour,
Te revoir, délicieux tourment.
Quand j’te vois…

Refrain 2
Voilà mes sentiments dérapent,
Sublime étape.
Crois-tu que je pourrais un jour
Vivre avec ton amour?
Je t’espère chaque jour,
Te revoir, délicieux moment.
Quand j’te vois…
Il n’y a plus que toi !

Marie DUVAL

8 septembre 2008

Jeux indécents

JEUX INDECENTS

Yin et yang, dentelle noire sur sein blanc
La bretelle glisse et c'est si troublant
Qu'on en oublie les règles du jeu,
Le corps frémit conscient des enjeux.

Refrain
Nous jouons à  des jeux indécents
En y jetant tout notre corps ardent.

Le roi paraît et la reine se couche,
La flèche du désir cible la bouche
Et dans le palais désert, les gardes
Montrent les dents entre les lèvres qui se fardent.

Refrain
Nous jouons à  des jeux indécents
En y jetant tout notre corps ardent.

Partie de cache-cache le long des jambes
Sous la main subtile, l'herbe folle en tremble.
Au jeu du chat et de la souris,

La chatte coquine attise les paris.

Refrain
Nous jouons à  des jeux indécents
En y jetant tout notre corps ardent.

Echec et mat pour tous les combattants,
C'est le triomphe final des amants.
Sur l'échiquier des corps, la partie
Enchaîne figures et coups inédits.

Refrain
Nous jouons à  des jeux indécents
En y jetant tout notre corps ardent.

Marie DUVAL



31 août 2008

Dans tes bras

Aujourd'hui dans cette rubrique, nous invitons une femme qui nous exprime dans un délicat poème l'émotion vécue lors d'une rencontre et d'un contact exceptionnel.

Dans tes bras

Tu m'as pris dans tes bras, doucement
Comme un oiseau déploie ses ailes
Et les mots affluaient dans ta gorge
Impuissants à exprimer l'indicible pureté
Qui sature ton âme d'un amour infini
En éclaboussant ton corps frémissant
De vagues bouillonnantes d'énergie.

Tu m'as pris tout contre ton coeur
Comme un enfant en quête de chaleur
Donne toute la tendresse qu'il possède
A qui sait un instant lui en témoigner.

Tu es retourné au centre de toi-même
Comme on réintègre son silence intérieur.
Tu m'as invitée à te rejoindre dans ton monde
Pendant un instant fugace de qualité rare,
Sur l'envers du temps, là où l'éternité
Vient s'unir à l'espace sans limite du divin.

Tu m'as pris dans tes bras, doucement
En simple témoignage de notre humanité,
Dans la communion fraternelle des âmes
S'ouvrant aux énergies du Ciel et de la Terre,
Avant de s'emplir de l'Amour de l'Univers.
 
Clémence  CAAH


29 décembre 2009

Ode d'amour

Notre âme était comme l'univers, la coupe de l'âme pareille au soleil.
Par le vin de l'âme, l'univers était noyé dans la lumière.
O échanson, enivre ces êtres charnels, emplis d'orgueil,
Afin qu'il retire le voile à tout ce qui était voilé.
Nous sommes restés éblouis devant cet échanson:
Son vin ne donnait pas de langueur, son miel ne venait pas des abeilles.


RUMI
(Ode dédiée à l'Ami, le Bien-aimé, Shams)

23 novembre 2008

Folklore: la lore du peuple VII

TRANSCENDANCE ET RAISON
De façon très concrète, le sacré est « ce qui prend aux tripes » et appartient à une dimension invisible qui par la médiation de lieux, d’objets, de symboles ou de certaines personnes se manifeste à l’homme.
Cette fonction « transcendante » est plus ou moins accessible aux humains. D’un extrême à l’autre on trouve les rationnels, logiques qui n’ont pour référence que ce qu’ils peuvent appréhender concrètement de la réalité dans une vision principalement matérialiste… ce qui s’accompagne souvent d’une représentation désespérante du monde et  d’un scepticisme critique en perte de sens. C’est la vision majoritaire dans notre société privilégiant sécurité à tout prix, production, profit, compétition et rentabilité.
A l’autre extrême, se situent les mystiques ou animistes qui voient en toute chose, tout événement, un sens caché, une présence divine ou spirituelle avec le risque d’élaborer des attitudes superstitieuses et des tentations pour la magie afin de tenter d’interagir avec cette dimension mystérieuse qui semble diriger la vie. Cette dernière attitude était majoritaire dans les populations rurales européennes avant la période moderne, cela s’accompagnait de rites plus ou moins païens progressivement christianisés, de recours aux sorcières et aux jeteurs de sort… avec en réaction la chasse aux sorcières !

INTERÊT POUR NOTRE EPOQUE ET NOTRE VIE ACTUELLE
Nous sommes toujours influencés par ce système de représentation du monde, il survit dans notre cerveau archaïque qui fait aussi partie de nos cerveaux modernes!
Nous sommes toujours en quête de sens et nous avons besoin du contact avec la nature, la vie sous toutes ses formes et manifestations. Nous avons aussi besoin d’élaborer notre propre représentation du monde pour y vivre au mieux et nous y adapter en y trouvant notre place et notre rôle propre.
Retrouver nos racines mythiques permet de réhumaniser notre monde, de définir des valeurs et des croyances qui nous permettent de vivre en harmonie, fondement d’une attitude écologique devenue le mot d’ordre parfois menaçant de notre époque! C’est aussi devenir conscient de notre relation avec les autres et de nos responsabilités même dans nos actes quotidiens ou nos choix de vie. C’est par ailleurs nous relier à une source inépuisable de créativité et d’envie de vivre.

15 août 2013

Vision des choses, série de poèmes et dessins, été 2013

Voici sous forme PDF, ces poèmes publiés sur ce blog en catégorie Echelle-de-l'âme, (tag :Echelle-de-l'âme, ou tag: vision des choses, p2 et 3).

Cette série s'intitule Echelle de l'âme.

Echelle_de_l__me

 

Voici une autre version, manuscrite de ces poèmes et dessins finalisés en décembre 2013! 

Echelle_de_l_Ame

25 août 2010

Les Lais de Lore, chants de connaissance

AVERTISSEMENT aux Chants de Lore
Lorsque l'homme du fleuve m'offrit les chants, il me fit entendre ce "Lore lay" à la façon médiévale.

 

 

Il les assortit d'un petit avertissement que je vous retranscris à mon tour. Ces chants sont inspirés du travail de Yves Kodratoff sur les neuf chants des runes de l'Edda, en particulier ceux que Brunehilde chante et enseigne à Siegfried. L'auteur s'est aussi appuyé sur la description de l'univers des runes en particulier selon C Mandon et son site Racines et traditions. Autant dire que les références culturelles de cet ensemble sont bien loin des nôtres.

 

Voici le commentaire d'un ami poète et écrivain lorsqu'il les a découvert. Je lui avais juste dit que c'était "spécial".
"Si je reconnais une grande qualité d'expression poétique, je trouve ça dur, tranchant.  Ce langage ne ressemble pas à celui que tu as d'habitude.
"En attendant l'oeuvre de l'épée de justice" (7 ème lai de Lore), très loi du Talion... A moins que ce ne soit une épée symbolique.
Le langage en est quasi biblique: "Si tu moissonnes en vue de la chair tu récolteras de la chair la corruption, si tu moissonnes en vue de l'esprit tu moissonneras de l'esprit la vie éternelle" (Galates 6:8)
"Oui, je prends aujourd'hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction; et tu dois choisir la vie, afin que tu restes en vie, toi et ta descendance, en aimant Jéhovah ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui; car il est ta vie et la longueur de tes jours, pour que tu habites sur le sol que Jéhovah a juré à tes ancêtres" (Deutéronome 30: 19-20).
Cela me met mal à l'aise. C'est vrai que ça fait "oracle" qui n'est pas de notre temps.
Tu as raison, c'est "spécial", c'est le moins qu'on puisse dire...

 

STEPH 49
Vous voilà prévenus.

 

Ces chants forment un ensemble, comme certains lais médiévaux, ils dévoilent une vision du monde nordique, ils ne peuvent se considérer séparément, vous pouvez en les lisant essayer de découvrir le modèle particulier et les codes sur lesquels ils sont construits. Une solution vous sera proposée après la publication de ces neuf poèmes, mais  vous pouvez me faire part de vos interprétations ou suggestions...
Essayez aussi de les entendre "chanter" à la façon médiévale en écoutant par exemple ce chant:

 

28 novembre 2013

Perceval, Souverain du Chaudron, Document 7

Au Moyen-âge, la pensée traditionnelle et chrétienne accorde une grande valeur au nom donné à l'homme, il détermine son destin et exprime sa personnalité (1).

Aussi l'étymologie du nom Perceval a-t-elle interrogé les continuateurs de Chrétien de Troyes donnant lieu à des jeux de mots dont le plus évident est "Perce" le val, celui qui perce les secrets de sa filiation qui le relie au Roi Pêcheur, frère inconnu de sa mère et de son destin qui le confronte au cortège du Graal (2).

Mais Chrétien de Troyes qui connaissait les légendes celtiques nous indique une origine galloise pour Perceval. En gallois on trouve un Peredur/paredur, nom ancien connu dès le 6° siècle (1). Ce nom signifiait "chaudron d'acier" (3), nom donné par son père afin que Peredur se rappelle de la perte de ses terres, s'en venge une fois adulte et devenu bien entendu un valeureux combattant!

Dans le nom Perceval, on retrouve cette même racine Per, "chaudron";

(4) "Ce" pourrait être "compagnon", "ami", à partir de l'indo-européen Kei, Ce;

Val désigne en celte celui qui est fort, qui dirige, donc le souverain, mot à rapprocher du latin Vale évoquant aussi la "valeur", mais dont nous avons vu aussi la dimension sacrée évoquant le Salut (être sauvé) (5).

 

Ainsi nous pouvons dire qu'en se référant à ses racines galloises indiquées par Chrétien de Troyes, Perceval est le Souverain (ou valeureux) (compagnon) du Chaudron, c'est-à-dire le Graal dans la conception traditionnelle nourricière et du Salut.

 

Parzival, Souverain des Parques

Wolfram von Eschenbach apporte une nuance, liée à son origine germanique, qui précise le personnage.

(6) Parze en allemand désigne les Parques qui tissent le fil de la vie et représentent le Destin.

On peut dire que Parzival est le Souverain (valeureux) des Parques. Par ailleurs en accordant toute sa valeur au mot Val à rapprocher du Vale latin, on comprend mieux la dimension de Salut accordée au Mont Salvaesche parfois traduit Mont du Salut (Mont Salvat).

 

Mais quel est le rapport entre le Chaudron celte et les Parques? Dans la culture nordique, les Parques sont appelées Nornes ou Dises et elles sont associées à la grande déesse Freyja. Le Chaudron est l'attribut de la Grande déesse celtique comme nous l'avons vu précédemment et représente l'abondance et la promesse de Salut de l'Année (7).

 

Le modèle de Perceval ou Parzival est le héros désigné par le Destin pour s'accomplir en tant que souverain, roi, garant de l'abondance du pays et de ses habitants selon la conception traditionnelle, c'est un élu du Destin et donc des Parques (ou Nornes ou Moires).

 

Références sur: http://basedonnee.canalblog.com/archives/2013/11/28/28532687.html

13 septembre 2012

Chrisme, Centre du Monde, Porte d'éternité

Les runes, qui forment l'alphabet nordique nommé Futhark du nom des six premières runes, sont une référence à l'ordre cosmique et plus encore lorsqu'elles sont liées entre elles. Elles sont aussi un repère de vie, une sorte de code, grâce auquel l'humain qui s'y conforme se relie aux dieux qu'elles représentent. Pour l'homme nordique il s'agissait de se mettre en ordre lui-même, en harmonie avec cet Ordre céleste figuré par les concepts sacrés des "lettres" runiques.
Avec la même connotation sacrée, Nigel Pennick nous parle dans son livre Runes et magie, du bouclier de Fionn irlandais, mais aussi du cimier héraldique de Sir John de Warenne au XIV° siècle.
Pensons aussi au Labaron Gaulois associé à la croix de Taranis (sous forme d'une croix dite de Saint-André).

Le symbole fait de runes liées qui deviendra le Chrisme chrétien est le plus important symbole de cet accord du ciel avec soi en toute circonstance, dans la vie comme dans la mort. La combinaison runique ressemblant au chrisme (Gebo, rune du Don des dieux-Wunjo, rune de la Joie) est appelée le Don de la Joie, Joie au sens de jubilation d'être en harmonie avec les dieux de l'Univers. Il en découle une forme de code d'honneur de type "chevaleresque", code qui se retrouvera secondairement en contexte chrétien avec la Chevalerie du Moyen-âge centrée sur la quête du Graal.

Et au bout de cette même voie d'un symbole du Tout incluant comme nous l'avons vu le temps, l'espace, la religion, un code de vie et de connaissances, les formes abstraites d'un alphabet, nous trouvions les chevaliers de l'Ordre du Temple. Ils étaient à la croisée de la chrétienté, des connaissances secrètes sauvegardées de l'Antiquité par les arabes et des rituels magiques, talismaniques.

Pour appuyer ses dires, Abdul me montra une croix que je reconnus comme étant une croix de Malte ou Croix de Saint-Jean. En fait ce symbole est très ancien, il est gravé par exemple sur la poitrine du dieu solaire sumérien Ninurta (analogue du Kronos grec). Il était aussi connu au Mexique (sur le bouclier de Quetzalcoalt), en Crète, en Grèce antique... Voir ici.

En tant que référence cosmique et donc au Dieu créateur de l'Univers, la croix de Malte symbolise la Protection la plus puissante conférée par Dieu en tout point de l'espace et en tout temps. Elle est dite aussi Croix des béatitudes, en rapport avec les huit béatitudes évangéliques (évoquées à son sujet par le Pape Eugène III au XII° siècle) qui sont le code de l'idéal chrétien fondé sur l'Amour, la compassion, l'humilité, la clémence (capacité à pardonner)*. Dans l'intitulé de chaque béatitude on retrouve le terme « béni » ou « heureux » en français, mais en fait le terme grec évoque la Joie au sens sacré, divin du terme!
La Joie au Moyen-âge était aussi un concept plus fort que dans son acception moderne, elle était évoquée en particulier dans le cri de guerre "Monjoie Saint-Denis" et bien sûr par les troubadours (la Gioïa)

* Amour, Humilité et Pardon sont les bases fondamentales de pratiques spirituelles et des approches plus modernes pour "une vie heureuse"! Psychologie.com, Epanews.fr.

La Croix de Malte est par ailleurs associée à la géométrie, science retrouvée (à Jérusalem) et transmise par les templiers en Europe et dont les principes ont permis de passer de l'art roman à l'art gothique. (4) Voir la porte d'une Chapelle Nimes avec Croix de Malte (octogone) ici.

Enfin un découpage particulier est la base d'un codage alphabétique, base d'une cryptographie appelée "Chiffre des templiers".
Avec la croix de Malte, on a les mêmes concepts imbriqués que dans le modèle nordique runique, puis le Chrisme qui apparaît aussi fréquemment sur les bâtiments templiers (comme dans toute la chrétienté).

Pour aller plus loin dans la découverte des chrismes, voir ici, un site fort bien illustré.

(4) Croix des béatitudes et géométrie
http://associationmedievale1412.e-monsite.com/pages/commanderies-et-templiers/entrez-dans-le-temple/cri-de-bataille-des-templiers.html
En 1147 le pape Eugène III donnait la croix à huit pointes dite aux huit béatitudes. Les érudits du Temple ne se sont pas contentés de cette croix et l'on voit très vite apparaître une croix à huit pointes faite toute en courbes démontrant une grande maîtrise de la géométrie qu'ils appliquèrent dans toutes leurs constructions que ce soit de la simple chapelle à la belle cathédrale dite en art gothique que l'on pourrait bien qualifier d'art Templier. Cette croix uniquement Templière emploie toutes les partitions régulière du cercle... de l'unité du cercle (le ciel), au neuf, carré du trois, expression de la totalité de l'être... la construction de cette croix implique les tracés du triangle, du carré, du pentagone, de l'hexagone, de l'heptagone, de l'octogone et de l'ennéagone.

Templiers et géométrie des bâtisseurs

http://www.lordredutemple.com/histoire.html

Les grandes cathédrales gothiques de France sont en majeure partie l’œuvre d’une guilde de maçons, les enfants de Salomon, qui y ont laissé leur marque, le Chrisme à l’épée, une croix celte enfermée dans un cercle. Les Enfants de Salomon, nommés d’après le légendaire bâtisseur du Temple où l’Ordre avait eu ses premiers quartiers, avaient appris les principes de la géométrie sacrée auprès des Cisterciens.
Les Templiers ont donné une Règle aux enfants de Salomon en 1145, à la demande de Bernard de Clairvaux. La règle était toujours donnée par une autorité supérieure. Tout comme Bernard était l’autorité supérieure qui avait donné sa règle aux Templiers, ceux-ci, en tant qu’employeurs et patrons, ont donné leur règle aux enfants de Salomon.

Templiers et architecture
http://lamassenie.over-blog.com/article-18409794.html

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