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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
  • Quête de connaissances oubliées avec un esprit troubadour. Partage de contes poétiques et de poèmes-chants d'amour, illustrés de photos de nature, pour célébrer l'Amour, la vie et les troubadours.
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23 juillet 2011

De la fusion à la connexion, I Centre-source

Ce qui suit est une forme de "Journal créatif"* sans ambition artistique, mais le témoignage d'un parcours intérieur dans le monde des archétypes, exprimé de façon créative. Cela s'est déroulé progressivement sur plus d'un mois sans savoir au début à quoi cela ressemblerait une fois fini.

Ce centre-source m'a été inspiré par un pastel intitulé "Fusion et connexion", avec l'accord de l'artiste. Pour voir l'original sur son blog, cliquer ici.

Cette interprétation répond à ma peur viscérale de la fusion qui a failli me faire perdre la vie. Et c'est en ce sens que cette démarche correspond à un travail de type "journal créatif".

Centre-source

centre H

Au centre, la promesse est dans l'oeuf,


Monde indistinct mais source de vie.

Un homme encore informe émerge,

En tension vers sa Bien-aimée constellée


Comme animé par l'esprit animal dauphin.

 

POÈME : FUSION

Vertige d'une tentation inscrite au coeur de l'être:
Retourner là où tout est paix, chaleur, amour infini
Comme une évidence, sans question ni tourment.

Mais la fascination comporte un suprême danger,
Celui de se perdre dans l'attrait d'une fusion en l'autre,
En se laissant prendre au tourbillon des faits et gestes.

La danse palpitante nous précipite sans recours
Dans le trou noir d'une confusion absorption d'amour.
En sortirons-nous disloqués de s'être tant oublié
Ou est-ce l'aube de la naissance d'un nouvel être?

Marie DUVAL

 

* Journal créatif : Pour en savoir plus, voir ici. (http://www.annemariejobin.com (cliquer sur rubrique journal créatif)

 

 

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29 juillet 2011

Merlin, Brocéliande et le Graal, II L'Eau serpente

QUESTION
Pourquoi ces lieux des légendes arthuriennes et le temple ou château du Graal peuvent-ils être  localisés dans différentes régions?

REPONSE
Ce serait le même modèle symbolique décliné dans la géographie de certains territoires qui se réfèrent tous au Graal. Voyons par exemple ce que disait Alfred Weysen qui décrivit le Temple naturel du Graal en Provence, (gorges du Verdon), il parlait de Veilleurs astronomes "laissant dans la pierre la trace de ce dessein", le saint Graal, temple du ciel.

- Oui, mais pourquoi ici précisément? insista un vieux monsieur.
Notre guide imperturbable, reprit : 
- Si l'on regarde les reliefs, on note que les terres bretonnes ont peu de zones élevées en dehors de la masse des Monts d'Arrée prolongée par les Monts de Méné (ou du Menez).

5-Reliefs-bretagne-environnement
 Carte des reliefs de la Bretagne (bretagne-environnement.org)


Lors des transgressions marines qui ont longtemps menacé les terres bretonnes, puis lors des invasions des romains et des francs venant de l'est ou des normands envahissant les côtes, le relief de la forêt de Paimpont par ailleurs gorgée d'eau jaillissant en multiples ruisseaux et fontaines, même sur les hauteurs, a pu apparaître comme un refuge naturel pour les rois bretons dont on retrouve les traces historiques dans ce territoire. C'est aussi un des derniers bastions des druides chassés par la christianisation agressive qui accompagnait la conquête gallo-romaine puis franque.

- C'est bien joli, mais ça nous éloigne de l'anguille! C'est vrai que c'est le genre de bestiau impossible à attraper tellement ça glisse, dit un homme corpulent qui mimait en même temps de façon comique la prise du "poisson".

- C'est vrai, revenons à Brocéliande, reprit notre guide en souriant, pour moi c'est surtout le Pays de la Grande Déesse, l'Anguille, déesse des eaux sur la terre. Observons que sur le mont dit "la Hutte à l'Anguille" le long de la crête du Mené, qui est donc le point haut de la Bretagne centrale, naissent le Ninian et son affluent l'Yvel et juste à côté comme un jumeau le Meu! Les rivières courent comme des serpents autour du territoire de la forêt.

On lui demanda aussitôt:
- Ninian, n'est-ce pas l'équivalent de Viviane, la fée de la légende arthurienne.
- Tout à fait confirma notre guide, et l'on dit même que le réseau des rivières s'est beaucoup modifié au cours du temps (lors des périodes glaciaires, des transgressions marines), le Ninian aurait autrefois traversé le territoire de la forêt de Paimpont-Brocéliande, c'était alors probablement la rivière principale de ce territoire.
Actuellement c'est l'Aff qui draine l'eau de cette forêt avant de rejoindre la Vilaine au sud. A l'ouest on trouve donc l'Yvel et le Ninian, affluent de l'Oust. Au nord et à l'est on trouve le Meu (et le Mel). Ainsi le territoire de la forêt de Paimpont est complètement cerné par ces rivières qui finissent toutes dans la Vilaine. C'est ce que j'appelle le Premier Cercle, celui de l'Eau vive, l'Eau serpente.


Vilaine
Carte des rivières de la Bretagne Brocéliande (wikipedia.org/wiki/Vilaine)

Une personne passionnée par la toponymie demanda: Est-ce que les noms des rivières entourant Brocéliande ont une référence légendaire?

Notre guide sourit en haussant les épaules et répondit: 
- Voyons d'abord l'étymologie, Yvel signifie l'Eau, Ninian est l'Eau du sommet, l'eau céleste. L'Aff est l'Eau par excellence, l'Ame de l'eau.
Le Meu, le Mel mais aussi la Vilaine font référence à un Grand Moulin tout comme le nom de Merlin ou Melin d'ailleurs.

La même personne insista : peut-on préciser les limites de la forêt grâce à la toponymie des lieux?
- On peut effectivement noter les toponymes comportant le mot qui désigne localement la forêt: ouët ou oëd. C'est à l'Est près d'Iffendic, Penhouët (Tête de forêt). De même à l'Ouest, Penhouët en Loyat ou Penhouët en Néant sur Yvel. Au Sud, c'est la "Porte de la forêt", Gwern-Porc'hoëd devenu Guer. Au Nord, c'est la "Queue de la forêt" avec Loscouët en Gaël.
N'oublions pas que Porhoët, le nom de ce territoire, signifie "Pays occupant la forêt".
C'est le second cercle, celui du Bois.

Un homme réagit :
- Mais quand même vous nous avez parlé de la Grande Déesse, si Brocéliande est son territoire, comment y est-elle évoquée?

- La Grande-Déesse des Bretons était Ana, c'était la déesse des marais, lieux de vie et de mort. Ils étaient considérés comme étant les limites ou frontières de l'Autre-Monde, dimension parallèle des esprits, des fées. Pour les celtes, la Grande Déesse a toujours trois aspects (triade divine).
On pourrait se demander quels sont ces trois aspects dans les romans de la Table Ronde?

Pour la partie documents, cliquer ici.

9 décembre 2010

LE PRESENT D'UN INSTANT DANS UNE ETERNITE D'AMOUR

Programme d'une vie 6

La rencontre de deux êtres est l'aboutissement d'une quantité incroyable d'énergie vitale.
Cette énergie s'est déployée au cours du temps d'être en être se transmettant la vie
Jusqu'à cet échange d'existences guidées l'une vers l'autre dans l'espace de l'ici et maintenant.
Si ces deux êtres face à face en sont conscients ne serait-ce qu'un instant,
Ils vivent la quintessence de l'amour dans un moment d'intensité cosmique.

En eux le désir monte sans volonté, sans appropriation personnelle,
Les formes se répandent librement, émergent de profondeurs océaniques
Pour accéder tour à tour à la surface avant peut-être de replonger
Non sans laisser une trace de lumière et de plénitude qui pour fugitive qu'elle soit
Sera un repère indélébile d'une intensité incomparable, comme une étoile dans la nuit
Et un guide pour évoluer vers sa promesse d'éternité et de Paix dans l'Amour.

entier_clair

27 septembre 2010

Lais de Lore, ciel et Runes 3

LORE (connaissance traditionnelle) et éléments de Mythologie germanique ou nordique
Grâce aux mythes, légendes et sagas que nous avons explorés, nous avons peut-être un accès aux connaissances de ces anciennes cultures maintenant disparues. Suivons l'homme du fleuve pour découvrir ses hypothèses à ce sujet et peut-être les compléter, les dépasser, les transformer.
J'attends vos avis et suggestions.

Origine des germains
Le système richement élaboré qui fonde la culture des anciens germains (et donc des scandinaves) est lié pour une bonne part à leur origine indo-européenne.
Mais il est probable qu'ils aient aussi été influencés par la culture chamanique des populations locales particulièrement adaptée à l'environnement hostile. (Population Same ou "Lapons"). Régis Boyer confirme ce phénomène pour la religion scandinave ancienne (Au nom du Viking, 2002); Voir Régis Boyer Scandinavie, rubrique "âge du bronze".

P1

Sur Clio

Odin, les 9 chants sacrés et les 18 runes
Cette religion aux influences chamaniques, a pour dieu principal Odin, qui comme nous l'avons déjà vu, est le grand Chaman, le Maître de l'extase et de la transe, le grand voyageur avec son cheval Sleipnir dans les neuf mondes de l'arbre cosmique Yggdrasil. (racines.traditions.free.fr/fonction/triflogg.pdf)

Odin, pendu à son arbre, la tête en bas - donc regardant le ciel - va entendre des "chants sacrés" (neuf), des charmes (dix-huit qui correspondent aux runes). Voir sur ce blog ici ou Nigel Pennick.

La connaissance est source de sagesse dans cette religion, au contraire de la conception chrétienne qui la diabolise quand elle n'est pas conforme à la "parole d'évangile" de l'Eglise officielle. L'homme peut y accéder par l'initiation et les rituels que le dieu transmit aux hommes et femmes sages après son épreuve. La connaissance du système élaboré sur la base des runes n'est ni "mal ni bien", elle est au-delà et participe à la trame même de l'univers.

LA PREUVE PAR NEUF: TEMPS ET ESPACE
L'homme du fleuve m'expliqua ses hypothèses sur le sens des notions mythiques en terme de connaissance selon les hommes du Nord, aussi bien pour le temps que pour l'espace.

LE TEMPS
Les 9 chants en 9 jours
Comme nous l'avons vu, les Neuf chants correspondent à neuf périodes de temps formant une année. Aussi il est probable que les neuf jours du "voyage" du dieu Odin correspondent plutôt à ces neuf périodes. Ce ne sont pas non plus neuf mois mais une division de temps fonctionnel rythmé par les huit fêtes du monde traditionnel avec une neuvième période marquant le début de la saison froide dans le Nord.

Les huit anneaux ou ... années
Le dieu Odin possédait l'anneau Draupnir, chaque neuvième jour il en sortait huit anneaux identiques. Dans ce cas, les neuf jours évoqués pourraient être neuf années. En effet, la principale cérémonie du grand temple d’Odin à Uppsala en Suède avait lieu tous les neuf ans et durait neuf jours.

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Anneau d'Odin

Ce genre de célébration est signalée aussi dans d'autres civilisations. A Sparte, tous les 8 ans révolus, (soit la neuvième année) au moment correspondant à 99 lunes avait lieu un temps d'observation du ciel en lien probable avec une ancienne cérémonie liée à la royauté. En Grèce, cette même période appelée octaeris permettait l'ajustemement des cycles solaires et lunaires. Nous avons vu que le dieu Odin est un dieu cosmique, son oeil sacrifé est la lune, l'autre - sous son chapeau - est le soleil.

L'ESPACE
La représentation du monde et du cosmos. Les 9 mondes.

Les Indo-européens, parlaient des "neuf foyers de la terre" auxquels correspondaient "neuf foyers célestes" ou neuf mondes. Les neuf mondes de la mythologie correspondent aux neuf arcs antiques de la géographie terrestre.

Selon Ralf Koneckis, les histoires des dieux comme dans la plupart des mythologies étudiées sous cet angle*, racontent les trajectoires des astres, leurs rencontres vues du point de vue terrestre et leurs cycles.
L'axe de cette représentation passe au niveau de l'Etoile polaire et les astres semblent se mouvoir autour de ce point fixe dit "conducteur des astres", le Gimlê de l'Edda de Snorri Sturluson. A cet axe céleste correspond un axe terrestre, "père de toutes choses" commençant sous le Gimlê au Pôle.
Le Gimlê fait face au neuvième foyer, le Helheim, soit l’espace compris entre le pôle et la Scandinavie septentrionale. Les positions du Gimlê et de l’axe terrestre sont au Nord, direction sacrée déterminant en particulier le mythe de l'Ultime Thulé, terre mythique du Nord.
* Voir en Notes complémentaires à la fin de ce message.

L'axe du monde, histoire de lance ou bâton de pouvoir.
La lance d'Odin, axe du monde, gravée du cercle des runes représente l'ensemble de la création (espace de neuf mondes terrestres et célestes, temps avec le cercle de l'année et ses neuf périodes).

On a déjà vu l'importance de la lance ou du bâton chez les dieux et leurs représentants sur terre (saints, rois).
On retrouve ce lien entre le bâton de commandement et le symbolisme astronomique en particulier en Grèce:
Dans la mythologie,  Zeus a pris à Héra son bâton-coucou ou oiseau dont nous avons parlé.

C Mandon* nous dit qu'il représenterait la Lyre (tout près de l'étoile polaire au paléolithique magdalénien env - 15 000) et l'axe des 3 étoiles du Baudrier d'Orion (quenouille de Frigg aussi pour les nordiques) qui servaient autrefois au calage du calendrier luni-solaire au printemps.

*(Voir racines.traditions.free.fr/caducee/caducee.pdf)

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Odin à la lance

Sur le lien entre le pouvoir, l'évolution du pouvoir attribué au masculin, le bâton oiseau, il faut remarquer que dans certaines langues, (même le vietnamien d'après Nguyen dans Mon oncle Hoat), la verge, le bâton ou l'organe sexuel masculin et l'oiseau sont synonymes en "argotique", en langue des oiseaux!
Quant au coucou, oiseau attribut de Héra, il commence à chanter vers la mi-avril quand les Pléïades (près de la constellation du Taureau) disparaissent à l'ouest. Elles réapparaissent 3 mois plus tard à l'est vers le début de l'été. Or le coucou est très discret l'été, il est le symbole de la dissimulation. Zeus transformé en coucou séduit Héra qui le cache contre sa poitrine...
Selon les latitudes ces dates peuvent varier, mais dans un même lieu le coucou est très régulier dans ses cycles, il est donc un excellent repère du calendrier "naturel".

Axe terrestre et rune-mère Hagal ou Hagalaz (Voir racines.traditions.free.fr/runes3o2/runes3o2.pdf ou ici )

Une rune en particulier est associée à l'axe terrestre, c'est Hagal qui peut aussi s'écrire Hag-all et signifierait "Tous les tertres". Selon C Mandon, cette Rune figure le tertre "central" par lequel passe l'Omphalos, le "clou", la cheville du monde, la "quenouille" de Frigg, le Lycornu (corne du Narval), c'est-à-dire l'axe terrestre qui se termine par la polaire au bout de la Croix du Nord Algiz (Alce ou Grand Cernunnos “à l’Esprit ramifié”, le dieu cornu)!

La Rune Hag-all, "Tertre Suprême" est formée du clou (l’axe Nord-Sud) et des lignes de visée qui relient les lieux des levers et des couchers héliaques des solstice d'hiver et d'été.
Selon Arnaud d'Apremont dans Yggdrasil, la Rune Hagal est représentée traditionnellement par le caducée, bâton (Yggdrasil) entouré de deux serpents assimilable à Yggdrasil.
Dans les chroniques islandaises, Hagal est "le plus ancien monde créé". La vache Audhumbla (abondance) lécha ce grêlon originel, il en sortit les premiers humains, père et mère de l'humanité selon le mythe nordique.
Son dessin en étoile à six branches est à l'image du cristal de glace ou neige. (Notons que les cristaux transparents et les diamants étaient  désignés comme des éclats du "ciel de cristal", la sphère céleste, c'étaient en quelque sorte des "pierres de ciel"). C'est la “ rune-mère ” car sa "grille" de traçage permet de tracer aussi les autres runes.

runes

Rune mère archétypale Hagal
(cité par C Mandon : Runes 6 sur Racines et traditions)

Dans certains cas la Rune Hagal est représentée sous forme d'étoile à huit branches (en escarboucle connue des templiers!).
A noter: chaque groupe de huit runes est nommé Oett, ce qui signifie "famille" de huit astres ou dieux!
Oett signifie aussi les 8 directions de l'espace du navigateur, c'est la base de la rose des vents et aussi de la Rose de Wotan ou Odin: On retrouve cette même valeur pour l'étoile à 8 branches de Compostelle, l'étoile d'Ishtar...
Le huit symbolise la maîtrise du monde et la médiation entre l'homme et le dieu. Sleipnir, le coursier d’Odin possède huit jambes et est aussi représenté par une étoile à huit rayons.

Ce que me révélait l'homme du fleuve m'enthousiasmait même si je ne pouvais en saisir toute la portée! Il faut dire qu'il avait consacré les plus belles années de sa vie à cette étude ardue. Pourtant j'avais encore une question de "détail" à lui poser:
Le dieu Odin après avoir recueilli les 9 chants et les 18 charmes à la fin de ces 9 jours et nuits où il est pendu, grave les Runes sur sa lance. Pourquoi 18 runes alors que le futhark ancien en comprend 24?
L'homme du fleuve me répondit en présentant une de ses hypothèses!
Le futhark comprend 3 groupes ou oett de 8 runes, chaque oett est attribué à un dieu principal représenté par une rune. En reprenant le détail des chants décrivant les runes (voir message précédent), nous pouvons dire que graver le nom des 3 dieux n'est pas nécessaire, une autre rune est attribuée à Odin (Othal ou Odala), par ailleurs les 2 runes de ressac correspondant au début de la période froide peuvent paraître redondantes par rapport à la répartition en huit périodes traditionnelles.
Nous enlevons donc du futhark de 24 runes les 4 runes des dieux et les 2 runes de ressac, nous obtenons 18 runes. Une hypothèse bien sûr!

L'homme du fleuve me décrivit le système runique sous différents aspects complémentaires.
Voir C Mandon, racines.traditions.free.fr/apollona/apollona.pdf
Un aspect "syllabique" ou alphabétique servait à la construction de mots sur le modèle des alphabets modernes. Un aspect imagé était lié à des objets célestes ou terrestres, des êtres vivants, animaux ou végétaux dont les particularités formaient des symboles parlants dans leur culture de référence. L'aspect en idéogrammes évoquait des abstractions, des moments particuliers de temps, des valeurs numériques.
Selon le mythe, nous avons vu que les runes sont les éléments constitutifs de la Toile ou Wyrd de l'espace temps de la création, saisissant dans un même tissu toutes les émergences particulières et les formes de vie.

Elles décrivent et donc donnent accès à l'Ordre sous-jacent de l'univers, son rythme et sa structure fondamentale. Et nous savons l'aspect fondamental pour l'esprit humain d'avoir une représentation du monde dans laquelle il peut se repérer, agir, connaître sa place et le rôle qui lui est dévolu en interrelation avec les autres et son environnement.

Ce système de connaissances traditionnelles greffées sur le système runique structurent la pensée et le langage, les relations entre hommes et la vie sous toutes ses formes. C'est aussi un support de mémoire, de savoir-faire, de repères temporels et spaciaux qui a favorisé la créativité extraordinaire de ces peuples, leurs développements sociaux ou législatifs, techniques, scientifiques, artistiques, philosophiques... (Voir l'exemple Viking, islandais...)

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Runes et toile du Wyrd

Et au fait quel était le rapport entre le dieu Odin et la Loreley?
Odin avait reçu les runes grâce aux Nornes, or nous avons vu qu'avant d'être 3 Nornes responsables du destin, la mythologie parlait d'une déesse lié au Wyrd ou Destin, c'était la grande déesse primordiale détentrice de la Connaissance traditionnelle ou Lore..., en un mot la Loreley.
L'homme du fleuve en était convaincu, pour lui aussi tout au long de son chemin de découverte (de lui-même et des secrets de la connaissance de l'univers selon les nordiques), c'était la Loreley, la grande déesse qui était venu l'inspirer sous les traits de sa bien-aimée, le guider pas à pas jusqu'à ce point où il pouvait à son tour témoigner de la richesse de cette culture qui donnait sens au monde et au destin humain.

Au_bord_de_l_eau

Au bord de l'eau (Marie Duval)

Nous étions alors au bord du fleuve, là où cette histoire avait commencé avec l'apparition fugitive entre l'eau et l'arbre dans la lumière du soleil de celle que nous avions choisi de nommer Loreley. Nous étions face à un arbre immense lorsque soudain un héron après un vol circulaire de repérage vint se poser majestueusement. Presque aussitôt un écureuil dévala dans les branches pour sauter sur le sol dans les racines gigantesques qui serpentaient au pied du géant. Avec un air complice, l'homme du fleuve murmura "comme Yggdrasil"!
En effet, je me souvenais de cette histoire d'animaux habitants l'arbre cosmique avec en particulier l'aigle au sommet accompagné d'un faucon, le serpent-dragon au pied et entre les deux, l'écureuil facétieux qui courait de l'un à l'autre transporter les messages qu'ils échangeaient par son intermédiaire.

Yggdrasil

Yggdrasil (image)

Je demandais à l'homme du fleuve si ces animaux avaient une signification astronomique.

Aigle et Vautour
Véga dans la constellation de la Lyre était proche du pôle céleste au paléolithique, or elle était parfois appelée vautour par les arabes, elle est située près de la constellation de l'aigle, constellation et rune marquant le solstice d'hiver (date de "naissance du soleil" pour les peuples antiques). L'arbre est le cosmos et en particulier l'ensemble du ciel.

Serpents
Au paléolithique, la constellation du Dragon et les 2 Ourses confondues étaient assimilées à des serpents ou dragons.

yggdrasil__l__cureuil__le_serpent_et_l_aigle

Yggdrasil, l'écureuil, le serpent et l'aigle

Ecureuil
Ce pourrait être Mercure qui se promène dans la sphère des constellations comme une planète ou astre "errant". Mercure symbolise le Messager dans la Mythologie.
Et si l'on regarde une carte céleste en positionnant la polaire sur Véga de la Lyre, on a sur un même axe de haut en bas, l'aigle, le  vautour (la lyre), le dragon et les ourses. Cet axe serait le tronc, mais aussi le bâton et ce serait un des sens du Caducée, (voir ce mot sur Racines et Traditions de C Mandon).
Mais pour finir dans les étoiles, l'homme du fleuve me dit en riant que d'autres que lui avaient du rêver à ce personnage mythique, en particulier les astronomes qui avaient donné ce nom de Loreley ou Loreleï à la 165° planète vue au télescope en 1876!

Loreley_165

Loreley 165

Notes complémentaires:
L'ancien Futhark ( d'après Arnaud d'Apremont)
http://www.edelweiss-hama.org/lancien_futhark.html

Le monde nordique, articles rédigés à partir de livres parfois épuisés d'Arnaud d'Apremont
http://abracadabrante.forumactif.com/asatru-f63/

Articles de Régis Boyer sur la culture et les peuples nordiques:
http://www.clio.fr/espace_culturel/regis_boyer.asp

L'Art de mémoire et sa postérité:
On trouve l'exemple d'un jésuite au XVII° siècle qui utilisait les "Palais de mémoire", Matteo Ricci, qui s'aventura en Chine. C'était un système mnémotechnique très performant, or les missionnaires qui s'aventuraient dans ce pays hostiles aux étrangers ne pouvaient emmener de documents ou de livres. Voir ici.

Les mythologies et les étoiles
http://www.cosmovisions.com/$Astres.htm (Bible)
http://acoeuretacris.centerblog.net/6581224-le-cosmos-planetes-etoiles-constellations-et-zodiaque (généralités bien illustrées)
http://astromythologianet.unblog.fr/ (Point de vue cosmique -sabéen: lié au culte des astres- de Claude Gétaz sur différentes mythologies et religions)
http://www.amis-arts.com/les_civilisations/incas/53_astronomie_et_religions_incas.htm (incas)
http://www.immortelleegypte.com/mobile/articles.php?lng=fr&pg=1248 (égyptiens)

Un article sur les livres et sites consacrés aux runes et culture nordique
http://mistyck666.jeun.fr/autres-f16/runes-bibliographie-t329.htm

15 septembre 2010

Lais de Lore, ciel et Runes 2

Revu et corrigé en Août 2012, voir en bas de message les éléments avant modification.

Suite du message précédent.

Et la mi-octobre? Quelle est l'importance du chant de Ressac de la mi-octobre?
Selon le site digitalkunst.com (traduction en français ici ou copier dans la barre Google http://www.digitalkunst.com/NewFiles/primstav.html et choisir traduire sur la page), le 14 Octobre est nommé Nuit d'Hiver. C'était une date remarquable selon le calendrier païen, sous les latitudes nordiques cette date était considérée comme la première nuit d'hiver et l'on disait que le temps de ce jour indiquait ce que serait celui de l'hiver à venir.

On peut comprendre que pour un peuple aussi dépendant de la mer et de la navigation en haute mer, cette date était en effet déterminante puisqu'elle marquait la fin de la saison et l'on comprend mieux cette référence aux ressacs fort dangereux pendant la mauvaise saison.

Revenons à mon problème, j'étais intriguée par cette histoire de Runes associées aux constellations et l'homme du fleuve m'avait mise au défi de considérer le problème du point de vue des concepteurs de ce système de correspondance. Ce que nous avions en commun de tout temps et en tout lieu, c'est le ciel, même si bien sûr son aspect varie selon les latitudes.

Je me rendis compte que nos schémas des constellations est une convention variant pour un même un groupe d'étoiles selon les cultures au cours du temps. Aussi ces hommes ne les voyaient pas forcément de la même façon que nous.
Après de multiples recherches sur le dessin des constellations selon les anciens nordiques, sur le site de C Mandon (Runes) et sur les représentations modernes détaillées des constellations avec l'ensemble de leurs étoiles les plus visibles, nous avons obtenu les schémas suivants (les lettres minuscules grecques correspondent aux étoiles des constellations selon leur ordre d'importance et donc de visibilité).
Nous présentons ce travail comme une hypothèse de correspondance entre la Rune et le schéma de la constellation.

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Runes et constellations : correspondances graphiques.

 

Là j'étais satisfaite, il y avait bien une correspondance visuelle!

Et si l'on plaçait l'ensemble des 24 runes du Futhark traditionnel sur une carte du ciel?

Runes-ciel1


Futhark de 24 runes, carte du ciel centrée sur la Polaire.

Si on place les runes oett par oett, on obtient pour les 3 les figures suivantes:

1__Oett_de_Fehu
Runes du 1° oett et carte du ciel

2°Oett
Runes du 2° oett et carte du ciel

3__Oett_de_Tyr

Runes du 3° oett et carte du ciel

On remarque que ces cartes sont centrées sur alpha de la Constellation du Cygne, c'est la seule solution qui permet de faire figurer les 8 runes composant chaque oett. Que nous révèle cette particularité?
Cet aspect du ciel indique une époque ancienne et de fait la Polaire était dans la constellation du cygne au Néolithique., ICI, (voir commentaire).

Nous avions fini de déchiffrer les données traditionnelles sous forme de chants, de sagas qui étaient parvenus jusqu'à nous, je comprenais l'enthousiasme de l'homme du fleuve et d'Idunna, c'était comme une sorte de code correspondant à l'état du ciel très ancien qui avait servi aux hommes nordiques et germaniques à construire l'échaffaudage de leurs connaissances.

C'était ce que l'on trouvait en reprenant les légendes ou la mythologie ancienne. Nous en examinerons prochainement quelques éléments pour les relire à la lumière de ces données.

 

AVANT REVISION : remplacement de Persée par Hercule en rune Algiz

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31 juillet 2010

Les chants de Lore, Loreley (17)

11/ Le monde de Loreley

Lorsque je revins voir l'homme du fleuve, il n'était pas seul. Il me présenta Idunna et leurs deux enfants, ils me racontèrent leur folle aventure de l'esprit et de la vie. Je voulus connaître le résultat de leurs travaux et leur interprétation des Chants de la Loreley, mais en coeur et en riant ils répondirent que ce serait comme donner du miel au cochon...
Un peu vexée par la comparaison, je leur demandais si au moins ils pouvaient me mettre sur la piste. Je n'avais quand même pas fait tout ce chemin pour renoncer si près du but.
L'homme du fleuve me dit que je devais maintenant "entrer dans l'univers de Loreley" et pour m'encourager il me tendit une carte postale. C'était la photographie d'une sculpture de sirène romane, elle tenait d'une main un peigne conforme à la tradition et de l'autre ... une pomme ou du moins une boule!

C'est sûr, il ne fallait pas que je la perde...la boule! En attendant il me conseilla de m'intéresser à l'Arbre de vie de la mythologie nordique, Yggdrasil aux neuf sphères ou mondes.

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Yggdrasil aux neuf sphères-mondes

 

Je commençais par déterminer l'espèce de cet Arbre de Vie nordique. Etait-ce un frêne ou un if?

Pour C. Mandon, (racines.traditions.free.fr/irminsu3/irminsu3.pdf) en vieil anglais la Rune de l'If se dit soit eoh qui signifie “if”, soit eow qui signifie “frêne” et l'if en vieux norois, est nommé “frêne à aiguilles”.
Cela ne réglait pas le problème! Il fallait aller plus loin dans la recherche.

L'if est un arbre hautement toxique, il dégage une substance psychotrope qui met en état second*, par ailleurs en raison de sa longévité exceptionnelle, l'arbre est associé à l'éternité. A très petites doses, il a des propriétés thérapeutiques en particulier anticancéreuses, mais une erreur de dosage et c'est la mort!
If viendrait du gaulois ivos, plus anciennement d'une racine indo-européenne iwa. En vieil haut-allemand ewa signifie "comme l'éternité", (racines.traditions.free.fr/frenouif.pdf) cela donne ywen en gallois, yvy en anglais. Ainsi le prénom français Yves est lié à cette origine de l'if considéré "comme l'éternité".
L'If, toujours vert était très apprécié des germains et nordiques autrefois, il pouvait effectivement être l'arbre associé à la transe chamanique et à l'éternité.

 

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Yggdrasil If, Arbre du Monde nordique

Le frêne produit une "miellée" au printemps, elle attire les abeilles et ses propriétés étaient associées à des pratiques rituelles autrefois. Mais la tradition évoque une boisson à base de miel aux vertus hallucinogènes, ce qui n'est pas le cas de la miellée du frêne. Le terme mystérieux de "Rosée de mai" lui était associée.

L'homme du fleuve m'apprit à cette occasion à penser comme un Minnesänger, un troubadour... Je devais entendre "la Rose est (de) le met", met au sens d'aliment. Et il existait effectivement le "Met nordique", cet hydromel poétique* évoqué par l'Edda de Snorri, c'était bien une boisson hallucinogène au miel! Par ailleurs, le mai désignait l'arbre festif des anciennes traditions villageoises selon lesquelles il était entre autres, un symbole cosmique.


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Arbre de Mai

Pour Régis Boyer : "Yggdrasill, dont le nom signifie "cheval d'O∂inn", est donc Mjö∂vi∂r, l'arbre de l'hydromel, symbole de vie, Mimamei∂r, la poutre de Mimir, gage de tout savoir, et Mjötvi∂r, arbre de toute évaluation fatidique".
*Par ailleurs le nom de Wotan ou Wodhan était explicite: Wodh en vieil allemand signifie "extasié, inspiré", "an" indique l'idée de "maître de cet état mental".
(* Voir : racines.traditions.free.fr/ambroisi/ambroisi.pdf)

Dans la mythologie nordique, l'Arbre était bien le coursier chamanique du dieu Odin parcourant le cosmos en tant que Maître de la transe.

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Odin parcourant les neuf mondes

J'avais compris pour le terme "mai", "met", mais l'homme du fleuve insista sur l'autre terme : la Rosée. Si "la rose est de met", en associant le Met nordique hallucinogène à l'Arbre du monde on devait trouver la Rose? Entre la Pomme et la Rose, j'étais un peu dans les choux!
Je trouvai un synonyme de "rosée de mai", c'était "émeraude des philosophes". Là encore il fallait entendre "aimer rod" et rod selon le dictionnaire était un radical signifiant soit rose (pour rhod), soit roue ou cercle (rodar en ancien provençal, tourner; rodear en espagnol, encercler). J'aboutissais à ces deux notions : rose et roue, et je devais en faire la synthèse.

Un petit tour chez les alchimistes s'imposait. Ils appelaient l'émeraude, "la pierre d'Hermès", dieu grec détenteur de toute la science antique (dite de ce fait "hermétique").

 

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Découverte de la table d'Hermès

Selon la légende, une pierre gravée avait été découverte sur le cadavre d'Hermès, c'était un résumé de la Science d'Hermès dit "Trismégiste" et son message avait été transmis, grâce à la rédaction de son interprétation, par un texte latin nommé "la Table d'émeraude". Ces éléments mythiques (Rosée de mai, Emeraude des philosophes, Pierre d'Hermès, Table d'émeraude) étaient considérés comme étant différents moyens de découvrir la science antique des mystères du soleil, des étoiles et planètes (en un mot de l'astronomie!), mais aussi la représentation du "système du monde", base des croyances et du savoir antique. Et tout ceci à une époque où la liberté de penser le monde en dehors de l'Eglise pouvait vous rayer de la société ou vous condamner à mort...
Fulcanelli, la référence de nombreux alchimistes "modernes", reliait ces concepts à la "table isiaque". Une rapide recherche m'offrit cette photo :

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Table d'émeraude, table isiaque

Cette table isiaque était autrefois décrite comme table du soleil, calendrier des fêtes égyptiennes et représentation des mystères d'Isis fondateurs de la civilisation égyptienne. Dans son Nouvel essai sur la table isiaque, datant de 1809, A Lenoir parlait  d'une "image de la sphère céleste en forme d'almanach".

Pour l'homme du fleuve ce détour par la Table d'Isis - Isis étant la Grande Déesse égyptienne - en tant que synthèse de Connaissance était fondamental pour comprendre le monde de Loreley, avatar de la grande déesse en version européenne et nordique! Il m'apprit que toutes les grandes civilisations avaient ainsi élaboré un "schéma" support de leurs connaissances en lien avec leurs divinités. C'était aussi un support de méditation-vénération ou un modèle d'architecture de la mémoire permettant différents niveaux d'apprentissage reliés entre eux comme des échafaudages de la pensée dont les étages les plus abstraits n'étaient accessibles qu'aux initiés au bout de longues années de formation.
Et à l'appui de cette information, il me présenta cette image du Pied de Bouddha! Et non, je ne ferais pas de mauvais jeu de mots... Contemplation.

 

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Pied de Bouddha Buddhapada

C'était magnifique, mais je ne voyais pas de lien entre l'Arbre de vie et la table d'émeraude ou d'Isis.
L'homme du fleuve me conseilla reprendre le fil de la roue-rose en faisant un détour par les rosaces de nos églises. Bien sûr! Elles étaient nommées roues ou roses et elles délivraient à qui savait les "voir", ces mêmes notions de "schémas de conception du monde" sous forme géométrique représentant des repères "saisonniers, annuels, cosmiques ou liturgiques".

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Rosace de cathédrale

 

En fin de compte, tous ces modèles étaient des "mandalas" ou "psychocosmogrammes" symbolisant l'univers et permettant au méditant de s'unir (au centre de lui-même**) au Créateur, à la divinité, en méditant sur la Création ainsi représentée.
** C'est d'ailleurs un des sens de méditer: "mettre au centre" et dans le domaine oriental "yoga" signifie aussi "unir" (yug qui correspond en français "joug", unissant deux boeufs par exemple...).

Mais ne perdons pas le Nord! Dans le Voluspa, (poème cosmogonique et mythologique scandinave) l'arbre du Monde était nommé  “Arbre de Mesure”, mesure de tout et Axe du monde de la terre au ciel. (racines.traditions.free.fr/frenouif.pdf)
Pour Guido von List, Yggdrasil, le frêne mellifère, était l'univers dans son ensemble et les étoiles étaient ses fruits d'or, fruits de la connaissance de l'Astronomie. Autant dire que cet Arbre était une représentation de l'Univers.

Dans la mythologie nordique, l'arbre abritait effectivement toutes les formes de vie et un oiseau vivait à son sommet. Un axe avec un oiseau au sommet, cela me rappelait sous forme rudimentaire une représentation qui figurait dans la grotte de Lascaux.

 

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Scène du puits, Lascaux, (bâton-oiseau au centre)

Pour une interprétation archéoastronomique, voir ici ou ici.
Ce bâton-oiseau représentait l'axe du monde avec la polaire au bout. Et le lien avec la déesse était fourni par les Grecs avec le symbole du "bâton-coucou", sceptre de Héra avant de devenir celui de Zeus.

(Voir ici ou en pdf pour une version "scolaire": crdp.ac-bordeaux.fr/cddp33/telechargement/muse_aquitaine/attribut.pdf)

L'homme du fleuve me dit qu'en France aussi on avait conservé le souvenir du "bâton-oiseau", dans des contes ou des rituels sacrés (roitelet au bout d'une perche libéré dans l'église, rouge-gorge..., "petouso" en Provence à Noël).
Restait à savoir quels étaient les repères astronomiques greffés sur cette tige ailée. Dans la préhistoire, selon M Baudouin le bâton de commandement avec ou sans sculptures représentatives des constellations donnait la direction de la méridienne* céleste, basée sur la polaire et ses fonctions d'orientation dans l'espace (points cardinaux) et dans le temps (repères saisonniers) étaient utilisées dès le paléolithique. La constellation-repère la plus importante était l'amas des Pléïades, près du Taureau. Sa symbolisation antique était soit un "fer à cheval", une forme de croissant ou de chevron ou encore un peigne à dents (à sept dents comme les étoiles visibles, jusqu'à dix ou douze selon l'endroit).
* Méridienne : cercle imaginaire passant par les pôles d'une sphère (céleste ou terrestre).

Un peigne? N'était-ce pas l'accessoire des sirènes et donc de Loreley? Le peigne, symbole astronomique antique avait été lui aussi intégré pendant longtemps dans les rites chrétiens où il symbolisait pureté et "mise en ordre". C'était d'ailleurs une récupération d'anciennes traditions nordiques.
Lorsque je lui exposai mes trouvailles sur l'arbre-oiseau, l'homme du fleuve me montra alors des photos d'une ancienne tapisserie suédoise datant de l'époque des Vikings.

 

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Représentation géométrique Yggdrasil?, Arbre de vie Viking Overhogdal (Suède)

Cette géométrie fascinante de l'arbre de Vie surmontée par l'oiseau me faisait penser au symbole géométrique grec de la Tétraktys, "image figurée de la structure du monde", dans une représentation en miroir. On disait que ce symbole pythagoricien recelait l’ensemble des connaissances. Etait-ce la même chose pour cet Arbre?
Yggdrasil était effectivement un arbre symbolique et dans les pays baltes il était associé à la Voie Lactée.

Mais il était temps de redescendre des sommets. Dans ce cadre astronomique et de représentation du monde, à quoi correspondaient les neuf mondes de la mythologie nordique?
Dans le monde antique on évoquait la notion des neuf arcs, ainsi en Egypte, "le chiffre neuf est le symbole de l’universalité : aux neuf dieux primordiaux correspondent les Neuf Arcs, groupant l’Égypte et les pays étrangers qui constituent l’univers humain". Pour les Indo-européens, c'étaient les "neuf foyers de la terre" auxquels correspondaient "neuf foyers célestes" (comme en miroir!).

 

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La représentation de la Terre en Cartographie (monde arabe, 12° Siècle)

( fad.ensg.eu/moodle/mod/resource/view.php?id=197 )

Le symbolisme du neuf était omniprésent dans cette histoire. L'homme du fleuve me rappela que le mythe nordique racontait la pendaison du dieu Odin à un arbre pendant 9 nuits pleines, en transe chamanique. Il reçut 9 chants, grava des caractères runiques (18 Runes) sur sa lance (considérée comme l'axe du monde). Il obtint ainsi une image du cosmos avec des repères de temps.
Il me demanda de réfléchir à toutes ces notions, ainsi lorsque je reviendrais le voir, il serait prêt à me dévoiler le secret de ces chants et de ces runes primordiales et je serais prête à les comprendre. Et vous?

9 juillet 2010

Les chants de Lore, Loreley (15)

9/ Loreley, l'Or du Nord et la mythologie

Un soir, l'homme du fleuve regardait le soleil se coucher sur l'eau, soudain il la vit!  Dans une nappe d'or liquide elle jouait avec les vaguelettes, elle était aussi lumineuse que le ciel et l'eau unis dans un même flamboiement. Le soleil s'enfonça doucement dans l'onde, la lumière d'or et de pourpre sembla se dissoudre, plonger dans l'eau, la Loreley la suivit disparaissant ainsi aux yeux humains.
L'homme du fleuve était resté sur place subjugué par le spectacle féerique et lorsqu'il émergea de ce rêve éveillé, il se reprocha de n'avoir rien tenté pour la rejoindre puis il se raisonna: le fleuve était dangereux à cet endroit, finalement son inertie l'avait sauvé d'un geste inconscient peut-être fatal.

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Coucher de soleil sur le fleuve

Qu'aurait-il pu faire s'il avait tenté de la rejoindre? Il se souvenait de l'histoire de l'Or du Rhin dans la Tétralogie de Wagner. Alberich le forgeron pourtant séduit par la beauté des filles du Rhin, esprits des eaux, avait renoncé à les rejoindre et s'était emparé de leur trésor, l'Or rouge. Elles lui avaient dit que ce trésor, forgé en anneau donnait accès à l'Héritage du Monde, mais pour cela il fallait renoncer au pouvoir de l'amour.
Alerté par les filles du Rhin, le compagnon du dieu Odin (ou Wotan), Loki va aider celui-ci à récupérer cet anneau qui livre les secrets de l'univers. Ce sont des runes magiques qui transforment l'or rouge en Anneau, Alberich l'a forgé, Odin va le lui extorquer...

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Alberich vole l'or du Rhin Josef Hoffmann (1876)

En fait, dans le mythe nordique, la quête de sagesse était la quête suprême, le but supérieur d'une vie humaine. Le dieu Odin, le "Père de tout", le dieu le plus important de ce panthéon, cherche la Connaissance lors d'une longue quête initiatique riche en épreuves et en sacrifices.
(C. Mandon, racines.traditions.free.fr/odinsrun.pdf)
Dans l'Edda poétique, ouvrage du Moyen-âge nordique, on repère les étapes principales de ses aventures :
1/ Odin rencontre les trois Nornes qui connaissent les secrets du passé, du présent et de l'avenir. Elles les lui révèlent, mais il veut aussi la sagesse, elles l'envoient vers Mimir (mémoire ... du monde).

2/ Il rencontre le géant Mimir, à la source de sagesse, qui procure à l'Arbre du Monde ses éléments nutritifs. Mais pour lui montrer "les mystères du monde", Mimir demande à Odin de lui sacrifier son oeil gauche qui désormais flottera à la surface du puits... de sagesse.

3/ Odin poursuit sa quête de Connaissance, il se retrouve pendu au frêne Yggdrasil entre ciel et terre, transpercé par sa propre lance. Il est sur l'axe du monde, renversé au-dessus d'un petit lac qui reflète le ciel, visité par ses corbeaux Hugin et Munin “pensée et mémoire-souvenir” qui lui apportent les nouvelles du Monde. Pendant neuf nuits il reste là en méditation dans le sacrifice de lui-même. Il entend les neuf chants du monde et découvre les dix-huit premières runes*.

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Odin reste pendu neuf nuits
Blog de l'illustratrice Llewllaw

Il acquiert ainsi les signes sacrés représentant les valeurs les plus nobles de la vie, il les taille dans le tronc de l'arbre -ou sur sa lance selon les versions- avec son épée et les nomme *Runes parce qu'elles "murmurent" (raunen en allemand) la sagesse aux initiés. Il se libère alors, monte sur son cheval et retourne au royaume des dieux. Il transmet aux meilleurs des humains (hommes et femmes sages) ces écrits sacrés symbolisant l'Ordre cosmique et la lutte contre les forces de l'Ombre. Ils forment le patrimoine de sagesse et de connaissance des tribus germaniques et nordiques.
L'ensemble de ces signes d'écriture sacrée sont communément appelés le Futhark, mot composé des initiales des premières runes. Ecrire un Futhark serait invoquer les Nornes détentrices des secrets du temps.

Symbolisme du cheval Sleipnir et de l'anneau Draupnir du dieu Odin.
L'homme du fleuve avait été intrigué par deux éléments attribués au dieu Odin qui se révélaient déterminants pour sa quête de connaissance et son pouvoir, son cheval et son anneau.

Le cheval Sleipnir (le "glissant") est un coursier exceptionnel capable d'emmener le dieu Odin dans tous les mondes existants selon la mythologie nordique. Ce cheval magique a huit pattes, huit est le symbole de l'infini (le symbole mathématique ou lemniscate est un huit couché, c'est une figure en ruban -lemniscus en latin- à double boucle sans fin ni début comme un cycle infini...). Christian Mandon met en rapport ces huit pattes avec les huit fêtes solaires nordiques qui forment le cycle annuel.
Parfois c'est le frêne Yggdrasil (ce nom signifie "coursier redoutable") qui est désigné comme étant le cheval ou coursier du dieu Odin.

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Odin chevauchant Sleipnir

Je ne comprenais plus, était-ce un cheval ou un arbre? Et comment un arbre pouvait faire voyager dans les neuf mondes?
L'homme du fleuve rit de mon ignorance et m'expliqua: en fait, Odin est aussi le grand Chaman, il s'agit bien sûr d'un voyage intérieur en connexion avec les secrets du monde, de la vie et de la création.
L'arbre est rituellement le véhicule du chaman pour parcourir les autres mondes. Donc il n'y a aucune contradiction si l'on comprend ce voyage sur un plan spirituel. D'ailleurs Yggdrasil est l'arbre qui relie les neuf mondes et l'ensemble cavalier-cheval, Odin-Sleipnir est aussi en rapport avec les neuf mondes: huit pour le cheval et le monde des dieux, Asgard, pour le dieu Odin. Il me rappela par ailleurs que l'oeil d'Odin dans le puits de sagesse représente la Lune et celui qui lui reste, plus ou moins masqué par le grand chapeau du dieu est le Soleil. On ne s'étonnera plus que Sleipnir promène le dieu dans tous les mondes (espace) tout au long des années (temps).

L'anneau Draupnir (le "Dégouttant", c'est-à-dire coulant goutte à goutte)
C'était en fait un gros bracelet décrit comme une source inépuisable de richesse puisque chaque neuvième jour cet anneau "dégouttait" huit autres anneaux identiques. Cet anneau a été forgé pour Odin par les Nains Brokk et Sindri.
En fait, selon l'Edda islandaise écrite au XIII° siècle par Sturluson, Sindri désigne un lieu fait d'or rouge, sorte de paradis au sens chrétien du terme. Si vous avez lu le message précédent, vous n'en serez pas étonné...
Cet anneau est aussi l'anneau de Balder fils d'Odin, qui régnait sur les runes.

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Sébastien Ferran,  L'Anneau des Nibelungen

Mais je croyais que l'anneau était forgé à partir de l'or du Rhin dérobé aux filles du Rhin ou à une Loreley!
L'homme du fleuve approuva. Il y avait en fait plusieurs versions du même mythe autour du "Père de tout" Odin. Ainsi la légende scandinave des anneaux mythiques est la Saga Völsunga et cette saga est liée à l'histoire des Nibelung popularisée par Wagner.

Au tout début, comme nous l'avons vu, le nain Andvari (le "tourbillon") - devenu Alberich pour Wagner - s'empare de l'Or du Rhin. En forgeron habile détenteur des secrets de la transformation de la matière, il forge un anneau (ou bracelet, l'important étant la forme de cercle, de roue). L'anneau nommé Andvarinaut ("Destin d'Andvari") est un "Draupnir", il dote Andvari d'une richesse toujours renouvelée. Un jour Loki, compagnon d'Odin prend l'anneau d'Andvari qui furieux le charge alors de malédiction pour tous ceux qui le possèderont même un moment.
La suite de l'histoire de l'Anneau a inspiré toute une littérature après les opéras de Richard Wagner,** ainsi John R R Tolkien et plus près de nous Edouard Brasey.
(**site très complet, résumé, contexte culturel, glossaire...)

J'essayais de rassembler mes idées, l'or du Rhin associé à la Loreley l'était aussi à Odin, dieu cosmique. Il était également associé au soleil, à l'ambre nommé pierre du soleil ou pierre d'Odin. Le trésor de connaissance d'Odin était représenté par les runes obtenues au terme de neuf nuits. J'étais convaincue que le trésor de la Loreley n'avait rien de matériel, mais correspondait une source de connaissance et de maîtrise qui assurait autrefois, dans les temps où s'est forgé le mythe, une source de pouvoir et de richesse très importante pour ces tribus nordiques qui on le sait en particulier pour les Vikings ont été de grands navigateurs, conquérants et intrépides.

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Ambre, soleil...

Etait-il encore possible à notre époque de retrouver ces connaissances ou du moins leurs concepts de référence, en un mot l'homme du fleuve avait-il découvert le trésor de la Loreley? Il me proposa de revenir le voir afin d'en savoir plus, mais peut-être avez-vous déjà compris de quoi il s'agit...

17 juin 2010

Les chants de Lore, Loreley (13)

7/ Les chants des déesses dans l'univers mythique nordique.

L'homme du fleuve était retourné sur son lopin de terre avec la cabane au bord de l'eau. Il n'espérait plus revoir sa bien-aimée dans le cadre où il l'avait vue pour la première fois, mais une nuit il entendit un chant venir de la rive. Il essaya de voir d'où il venait, tout en craignant que le chant ne s'arrête, puis il se contenta d'écouter. En rêve, il vit au pied d'un arbre immense, sa bien-aimée Loreley lui dire: "ne cherche pas à me voir, cherche à m'écouter là" et elle désigna son coeur avant de disparaître.

Il murmura alors son nom tout doucement et au réveil il se souvint avoir entendu dire que Loreley était une sorte de kenning, métaphore ou périphrase poétique scandinave voilant la connaissance du peuple (Lore) en rapport avec la Tradition ou Loi ancienne (lei ou lay ou loy).

Par ailleurs, un lay ou lai en littérature est une forme de récit plus ou moins poétique et parfois chanté qui date des débuts de la littérature de création au Moyen-âge. En ancien allemand Leich signifie jouer une mélodie ou une chanson.

Dans la mythologie nordique, la représentation du monde selon la connaissance traditionnelle incluait la notion de chants. Nous avions déjà vu que la Loreley était associée à la légende des Niebelungen et Clemens Brentano, bon connaisseur des mythes et légendes traditionnelles, disait que la Loreley avait participé à la création du monde.

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Les Nornes et l'Arbre, wikipédia

Dans la légende des Niebelungen, les Valkyries occupent une place importante. Elles sont des vierges guerrières, des divinités mineures ou dises qui servaient Odin, maître des dieux. L'une des plus célébres d'entre elles s'appelle Brunehilde, elle apparaît aussi dans la Tétralogie de Richard Wagner, L'Anneau du Nibelung. Elle a chanté les runes (signes symboliques abstraits nordiques assimilés entre autres à un alphabet) pour le héros Sigurd.

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Brunehilde et Sigurd Arthur Rackham (vers1900)

Pour mieux explorer l'univers de Loreley, l'homme du fleuve s'était donc intéressé à Odin: pour acquérir Connaissance et sagesse, il était resté pendu neuf jours et neuf nuits (équivalent de neuf mois, temps de gestation pour une nouvelle naissance) à l'arbre du Monde, le frêne Yggdrasil, transpercé par sa propre lance (assimilée à l'axe du monde).
Il sacrifia un oeil dans le puits de Mimir en échange de quelques gouttes de son "immense sagesse", son oeil flottant dans le puits était la Lune.
Il apprit neuf chants de puissance et dix-huit runes. Son oeil ouvert était le Soleil rayonnant, grand dieu cosmique il commandait les puissantes Valkyries et menait la Chevauchée des âmes de l'autre monde.
(Pour découvrir une interprétation-synthèse des neuf chants des Runes, cliquer ici)

L'homme du fleuve me fit remarquer que Odin après son sacrifice d'un oeil (la Lune) porte un grand chapeau au-dessus de son autre oeil (le Soleil). Ce grand chapeau est l'une de ses caractéristiques constantes (une histoire de chapeau sur le soleil cela ne rappelle-t-il pas le fameux Saint Goar?)

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Odin et son grand chapeau

Yggdrasil est l'archétype de l'Arbre de Vie, centre et axe cosmique, neuf mondes l'entourent composant l'univers qui est par ailleurs représenté par l'image de la toile du Destin, le Wyrd reliant et gouvernant tous les êtres. Cette toile est sans cesse tissée par trois Nornes (Il n'y a pas de distinction claire entre les Valkyries et les Nornes, ce sont des dises). Elles résident près d'un puits et arrosent de son eau chaque jour Yggdrasil. L'homme du fleuve me rappela que dans le conte de la Petite Sirène, elle a un bel arbre dans son jardin dont elle s'occupe aussi, or Sirène et Loreley sont apparentées... Andersen avait puisé à la source!

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Arbre Yggdrasil

Cette conception d'une toile-univers comporte des implications d'ordre philosophique ou métaphysique: chaque action ou événement ponctuel retentit sur toute la toile. En langage moderne selon la physique quantique*, on évoque "l'effet papillon"! La sagesse traditionnelle redevient moderne!
*Une infime variation d'un élément peut s'amplifier progressivement, jusqu'à provoquer des changements énormes au bout d'un certain temps.

Dans ce système les runes sont des sortes de clés de cet univers. Chaque rune est comme une partie d'un hologramme : chacune, tout en ayant ses propres caractéristiques, reflète la totalité de la toile du Wyrd.

Vision traditionnelle de l'effet papillon : à petite cause, grand effet, (faute de clou, on perdit le royaume !!!)

Faute de clou, on perdit le fer
Faute de fer, on perdit le cheval
Faute de cheval, on perdit le cavalier
Faute de cavalier, on perdit la bataille
Faute de bataille, on perdit le royaume

(Pour un résumé de la conception nordique de l'univers, cliquer ici.)

Ainsi pour l'homme du fleuve c'était évident, les chants de la Loreley étaient les chants de la Connaissance du monde (les lais de Lore) et s'ils étaient maintenant perdus puisque leur transmission s'était interrompue, il avait tenté d'y accorder toute son attention aiguisée par son amour pour sa bien-aimée pour les comprendre.

10 juin 2010

Les chants de Lore, Loreley (12)

6/ Déesse Mère, Sirènes et Loreley

Je retournais voir l'homme du fleuve, son voyage en Allemagne l'avait renseigné sur la nature de sa Loreley, il s'agissait effectivement d'un personnage complexe dont l'image populaire était probablement trompeuse, mais je ne voyais toujours pas qui elle était vraiment.
Lui-même à l'époque avait continué ses recherches et les avait élargies aux "esprits des eaux". Il me conseilla de cibler en particulier les sirènes et les manifestations de la Déesse Mère dans son aspect aquatique.
Comme je ne comprenais pas le rapport entre la Loreley et les Sirènes, l'homme du fleuve me dit que l'apparence des sirènes n'était pas le plus important, elles pouvaient avoir des ailes, une queue de poisson ou de serpent, se transformer en dragon ou en humain. Ce n'est que vers le VIII°siècle (en parallèle avec l'implantation du christianisme et ce n'est pas un hasard!) qu'elles furent représentées avec une queue de poisson dans les bestiaires médiévaux.

Ainsi comme nous l'avons déjà vu pour les dragons, les anciens croyaient vraiment aux sirènes? Selon l'homme du fleuve certains animaux marins ou aquatiques pouvaient effectivement donner corps à ces légendes. Je l'acceptais après avoir vu ce moment de câlins incroyables entre un éléphant de mer et une touriste! Ici

Quelques photos extraites de ce document exceptionnel sur Dailymotion:

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Novembre 2009, éléphant de mer câlin!

Revenons à notre sujet, la sirène que je connaissais le mieux était celle d'Andersen, La petite sirène. Elle n'avait quand même pas de rapport avec la Loreley?

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La petite Sirène inspirée du conte d'Andersen 

Copenhague

L'homme du fleuve m'affirma qu'au contraire, j'étais sur la bonne piste! Christian Mandon* le dit : La “sirène de mer” qui surveille l’entrée du port de Copenhague est une Havfrue, “Freyja des mers” ou “Freyja du havre (port)”, analogue aux Loreleys allemandes qui peuplent le Rhin.

*(racines.traditions.free.fr/sirenes/sirenes.pdf)
Andersen, contrairement aux critiques superficielles qui lui sont faites, a su réconcilier des visions différentes à la fois païennes et chrétiennes dans son conte. Son passage difficile sur terre fera aspirer la petite sirène à un destin différent et la mythologie scandinave est évoquée en particulier par le thème de l'arbre que la petite sirène arrosait dans le palais de son père, mais aussi par les différents niveaux d'existence, Eau, Terre, Ciel...

Voir ici, (texte remarquable qui remet dans son contexte culturel et mythologique ce conte).

Comme quoi il faut se méfier des apparences! Mais le chant des sirènes alors, est-il une malédiction ou autre chose? Je me souvenais d'Ulysse attaché au mât de son navire pour résister à ce chant. Les sirènes de nos rivières aussi avaient parfois un chant ensorcelant que les cloches d'église empêchaient de nuire. (Voir par exemple sur ce site une version complète de ce type de conte en Gascogne).

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Herbert James Draper, Ulysse et les Sirènes (Wikipédia)

Homère dans l'Odyssée, conte le voyage et le retour d'Ulysse, il transcrit le Chant des sirènes:

Viens, illustre Ulysse, gloire des Achéens!
Arrête ton  navire! Ecoute notre voix!
Jamais mortel n'a doublé notre île sur son noir vaisseau,
sans écouter notre douce voix,
Il repart alors plein de joie et de savoir.

...
Nous savons tout ce qui arrive sur la terre nourricière.

Les sirènes, par leur chant transmettaient joie et savoir. Et lorsque l'on écoute comme un troubadour, on pense Joi (qui correspondrait à l'aspect érotique attribué aux sirènes-maîtresses d'amour) et Connaissance...
Mais pour y résister, Ulysse qui ne fait que passer, demande à être attaché au mât de son navire. Joi et Connaissance sont accessibles à celui qui fait le chemin, passant d'abord par le sacrifice, la mort au "petit moi", vers le "commencement" (sens de "initiation" comme nous l'avons déjà vu).
Par leur chant, les sirènes symbolisaient l'Harmonie tout comme l'atteste Platon, dans La République, livre II, elles chantaient en harmonie avec les Moires (personnifications du destin).
Voir C. Mandon racines.traditions.free.fr/sirenes/sirenes.pdf

J'insistais: elles sont quand même des symboles de mort!
N'allons pas trop vite, me répondit l'homme du fleuve, nous devons d'abord remonter à la source de la représentation symbolique. Comme nous l'avons redécouvert au XX° siècle, l'essentiel des symboles qui nous sont parvenus, bien que souvent déformés viennent des anciens égyptiens et de leur écriture hiéroglyphique. Ils représentaient l'âme du mort sous forme d'un oiseau (le Ba), tardivement à tête humaine et c'est sous cet aspect que l'on voit les sirènes dans le monde grec antique. Par ailleurs le poisson était le hiéroglyphe utilisé pour "écrire" corps. Pour résumer, l'oiseau est la nature purement spirituelle, l'âme du mort; le poisson, la nature matérielle, le corps.
Avec la déformation liée à la transmission de concepts qui ne sont plus compris, on obtient des représentations de femmes-poissons ou plus anciennes de femmes-oiseaux.

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Sirènes grecques antiques

Au temps d'Euripide, tragédien grec du V° siècle avant notre ère, sur les tombes figuraient deux sirènes, femmes-oiseaux, nous dit Robert Graves (Les Mythes Grecs). On fait dériver leur nom de "seirazein" , attacher avec une corde. Elles auraient représenté les formes jumelles de la déesse, celle qui annonce le règne du nouveau roi et celle qui pleure l'ancien.
D'ailleurs leur nom même confirme leur lien avec la déesse. Les cordes étaient faites de chanvre ou de lin, or Isis était nommée la déesse du lin. La déesse est en effet aussi celle qui tisse ou file le destin de toute chose.
Par ailleurs, on en trouve encore une confirmation avec les attributs de la sirène : peigne, symbole d'ordre mais aussi du sexe féminin; et miroir représentant les astres, soit la Lune, le Soleil ou encore en astrologie Vénus Aphrodite grande déesse de la fécondité et de l'amour. (Ici en anglais, en français ou coller sur la barre Google whiterosesgarden.com/Enchanted_Waters/mermaid_article et choisir traduire)

Là, l'homme du fleuve m'avait convaincue, l'analogie entre le personnage de la Loreley et les sirènes des mythes et légendes, révélait bien une filiation avec la Déesse-Mère.
Satisfait du résultat de nos réflexions, l'homme du fleuve me montra alors un extrait d'un hymne à la Déesse-Mère (Ishtar en l'occurrence, hymne mésopatamien).

Reine du Ciel, Déesse de l'Univers.
Celle qui marche dans un chaos terrible
Et qui apporta la vie par la loi de l'amour
Et qui hors du chaos nous apporta l'harmonie
Et depuis le chaos nous guida par la main.
...

Le Destin de toute chose
Elle le tient dans Sa main.
La Joie nous vient de son regard.
Elle est le pouvoir, la magnificence.
Elle est la divinité qui protège.
Elle est l'esprit qui guide.
Qu'elle soit jeune fille ou mère,
Toute femme se souvient d'Elle et appelle Son nom.
...

Louangez la Déesse, la plus puissante des divinités.
Révérons la Maîtresse des Peuples,
Plus haute que toutes les autres divinités.
Révérons la Reine du Ciel,
Plus haute que toutes les autres divinités.

Adapté de Ancient Mirrors of Womanhood, (Miroirs anciens de la féminité) ouvrage de Merlin Stone, professeur d'Université en histoire du XX° siècle.

5 juin 2010

Les chants de Lore, Loreley (11)

Complément sur la littérature : l'archétype de la Loreley et les écrivains

Loreley, femme fatale, figure de Salomé?
L'émergence du mythe de la Loreley au XIX° siècle accompagne l'évolution de celui de Salomé, tiré des Evangiles, qui demanda  la tête de Saint Jean-Baptiste à Hérode, elle est associée à une "danse des sept voiles" entrée dans la légende.
Ce n'est pas un hasard et c'est probablement la même représentation d'anima à la fois fascinante et dangereuse qui émerge à cette époque en réaction à la place des femmes et du féminisme montant dans la société.
De même que pour la Loreley, c'est Henrich Heine qui contribue à faire de Salomé un personnage mythique important au XIX° siècle, il fait de Hérodiade-Salomé (il associe mère et fille en une même figure) une incantatrice dotée de pouvoirs occultes ; mais surtout il la transforme en amoureuse passionnée qui sombre dans la folie.

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Gustave Moreau Salomé, 1876

Erika Tunner nous dit : comme Circé, Hélène, Dalila, Hérodiade ou Salomé, la Lore Lay était faite pour séduire l'imagination des poètes décadents. ... la figure de Salomé avait également hanté l'esprit de Brentano...
Cette figure de femme fatale alliant la perversion et la séduction, déclenche chez l'homme du XIX° désir et répulsion. Elle représente pour l'homme qui se laisse envoûter un danger de mort.

Complexité du personnage de la Loreley dans la littérature du XIX° siècle.
Au-delà de l'aspect femme fatale prédominant, une palette plus riche se dessine, voici quelques aspects de cet archétype féminin mis en valeur par les différents écrivains dont nous avons déjà parlé (ici).
Nous nous sommes inspirés du remarquable document Pdf:
*Le regard fasciné d‘écrivains français sur l’Allemagne (XIX°, XX° siècle) de Isabelle Vacher
http://deposit.ddb.de/cgi-bin/dokserv?idn=98963812x

Brentano donne une image d'une douceur maternelle englobant le cosmos, il évoque même son chant comme un murmure.
(p 197*) un extrait de la ballade de Godwi sur la Loreley :

Chante tout bas, tout bas, tout bas,
Chante en murmurant une berceuse
De la lune apprend la sagesse,
Qui parcourt si tranquillement le ciel.
[...]
Chante un chant si doux
Comme la source coulant sur le gravier
Comme les abeilles dans les tilleuls
Murmure, chantonne...

Clemens Brentano dans Godwi

Nerval perçoit la Lorelei comme un Janus allemand, il y incorpore le charme et la menace. Il est subjugué par cet être et face à la Loreley tout comme à l'Allemagne son attitude est marquée par un mélange de fascination et d’inquiétude. (Sa mère est morte en Allemagne où il a vécu étant jeune).

Pour Apollinaire cette femme n’a aimé qu’elle-même et son pouvoir maléfique se retourne contre elle. Dangereuse pour les hommes, elle l'est aussi pour elle-même, c'est une malédiction qui pèse sur elle et la conduit à la mort.

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Naïade et l'endormi, Waterhouse

(p 234*) Les légendes habitent le Rhin et sont à l’origine de drames sans nom. Brentano s'en inspire, le Rhin est un sanctuaire où gît la Lorelei en compagnie du trésor des Nibelungen.

(p 242*) La Lorelei, issue de sa plume de Brentano, demeure avant tout la muse de tous les écrivains, indépendamment de leur nationalité.

Heine, l'évoque sous les traits d’une sorcière mais aussi sous la symbolique du refus des convenances et de la morale bourgeoise.

Elle hante les paysages rhénans, c'est la muse des artistes qui font le voyage pour ressentir l’atmosphère de son rocher.

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H-J Draper Kelpie

4 juin 2010

Les chants de Lore, Loreley (10)

5/ Archétype féminin et Loreley

Je demandais à l'homme du fleuve s'il avait mieux compris sa vision en allant à la rencontre de la Loreley. Au début il ne s'était pas senti concerné ne voyant pas le lien entre ce qu'il avait vécu et ces légendes anciennes. Mais peu à peu il constata que chacun voyait différemment le même personnage, y compris lui. Pour la rencontrer de nouveau il devait aller au-delà de ses multiples apparences, découvrir sa nature profonde.
Il se demanda qui était la Loreley, femme fatale, héroïne maudite, sorcière ou ancienne déesse déchue? Autant d'images contradictoires signaient la présence d'un archétype féminin très fort sur lequel se projetaient les fantasmes révélateurs d'une vision du féminin et d'une époque.

Il me définit ce qu'il entendait par archétype: un symbole primitif et universel appartenant à l'inconscient collectif de l'humanité et se concrétisant dans les contes, les mythes, le folklore, les rites, etc., des peuples les plus divers.

Il fallait donc faire un tour du côté des explorateurs de conscience, ainsi Jung parlait de la Loreley comme étant un des esprits des eaux dont le chant mène les hommes à la mort. Ce personnage mythique était un archétype féminin négatif.

Selon l'homme du fleuve, la Loreley était une figure de l'anima. Pour désigner l’archétype féminin, symbole universel de la femme, Carl Gustav Jung s'était servi du mot latin anima qui signifie âme et désigne l'image inconsciente de la femme en général. Elle désigne aussi la part féminine, c'est-à-dire les caractéristiques habituellement attribuées aux femmes, sensibilité, émotivité, intuition, sentiment qui s'expriment en chaque homme. Pour en savoir plus en anglais, voir ici ,ou traduction française
ou *copier/coller sur Google eve3.wordpress.com/2007/11/01/the-anima et choisir "traduire".

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L'anima se présente d'autant plus sous un aspect négatif que l'homme (ou la société de référence en ce qui concerne la culture) ne l'intègre pas en lui-même. Marie-Louise von Franz, collaboratrice et continuatrice de Jung va jusqu'à l'identifier à une démone de la mort, une femme fatale. La Loreley germanique ou les sirènes dans la culture grecque puis européenne incarnent la projection de ces illusions destructrices sur le féminin et sur la relation avec la femme par le biais d'un érotisme réducteur déclenchant une répression secondaire le plus souvent.
Pour en savoir plus , voir ici ou traduction, (faire comme en * : en.wikiquote.org/wiki/Marie-Louise_von_Franz)

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Sirène Sheila Wolk

Je dis à l'homme du fleuve que nous sommes dans une époque évoluée, nous sommes épargnés par ce genre de projections et de rapport avec une anima négative. Mais il répondit qu'il suffit de consulter - en prenant du recul - des interprétations chrétiennes de l'interférence des esprits des eaux avec notre monde actuel. (Par exemple Michelle d'Astier)

Mais à quoi sert-il de comprendre que la Loreley est un archétype?
Il m'expliqua que dans son expérience son évolution spirituelle était liée à une confrontation aux archétypes en les respectant comme des réalités à part entière.
L'archétype est un médiateur entre les anciens dieux dans leur dimension sacrée, notre part personnelle de divin et notre vie ancrée dans le quotidien actuel.

Bon, d'accord les archétypes peuvent être importants pour l'évolution personnelle d'une personne, mais comment évoluent les légendes anciennes du Rhin dans notre monde actuel du XXI° siècle?
L'homme du fleuve me parla avec enthousiasme d'un musée ouvert depuis quelques années à Worms, sur le Rhin, créé autour du mythe de l'Or du Rhin et de l'Anneau des Nibelungen. C'est le premier musée se référant ainsi à un mythe!
Le fil directeur de cette entreprise s'inspire des chants (ou lied en allemand) anonymes du XIIe siècle, et ses détournements politiques sont aussi abordés, en particulier sa récupération par l'idéologie nazie au XX° siècle.
Ce musée utilise une méthode tout à fait moderne pour nous faire découvrir tout un pan de culture de l'humanité et cela ne concerne pas que les enfants.

Il existe aussi un musée dédié à la Loreley sur son rocher au bord du Rhin. Ouvert depuis 2000, le Centre d'accueil de la Loreley invite à un voyage dans le temps, des origines du paysage domestiqué jusqu'à nos jours, autour du thème central du mythe de la Lorelei.

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Loreley sur le Rhin

8 septembre 2009

La Vierge mystère

Un jour en faisant le tour d’une chapelle habituellement fermée, je découvre la porte vermoulue et partiellement détruite d’une petite construction attenante. Bien entendu, la curiosité est la plus forte et je jette un coup d’œil. Dans un bric-à-brac à peine identifiable je discerne soudain tout au fond une statue dans l’obscurité, c’est manifestement une Vierge. Mais que fait-elle ici à côté de cette chapelle qui contient par ailleurs de nombreuses statues de saints fort bien mises en valeur ?
Mystère…

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La Vierge mystère

Un jour, je découvre l’œuvre d’un jeune artiste, je La reconnais aussitôt, lui aussi a été séduit par la Vierge cachée au fond de son réduit, maintenant protégée par une nouvelle porte. De mémoire il a reproduit son expression si particulière, ce visage qui me hante depuis que je l’ai aperçu. Grâce à lui j’apprends que c’est une « Vierge de pitié », autrement dit une « Piétà ».

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Pastels Été 2009

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Oeuvres de S. Gentilhomme

Nota: Ces oeuvres sont protégées, elles figurent ici avec l'accord de l'artiste.

Je suis très étonnée et même bouleversée par son interprétation personnelle de cette statue. Habituellement je fuyais ces Vierges désespérées et désespérantes dont j’avais gardé un souvenir angoissant. Mais là, face à Elle, je ne ressens pas du tout cette impression désagréable, plutôt une forme de sérénité. Je n’en crois pas mes yeux et cela me donne d’autant plus envie de la voir de près.

La chance est avec moi, une exposition se tient dans la chapelle tandis que je passe tout près. A tout hasard je m’y rends, la réserve est fermée et les personnes qui font l’accueil sont occupées près de la porte d’entrée. Soudain une femme étrangère élève la voix, elle pose des questions à la cantonnade sur les origines et l’architecture de la chapelle, elle l’admire et son enthousiasme attire une bénévole qui passait voir si tout allait bien et avait sur elle… les clés. De fil en aiguille, de curiosité en étonnement, nous nous approchons de la porte convoitée, une question adroite… et la porte s’ouvre devant la merveille !
Je vous passe les réactions devant cette statue écartée en raison du mauvais état de son socle, je vous laisse apprécier par vous-même.

 

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La piétà mystérieuse

A peine rentrée, je regarde attentivement ces photos et mon étonnement augmente. C’est bien une « Vierge de pitié », mais son style est très particulier, elle ne ressemble à rien de ce que j’ai vu jusqu’à présent dans les diverses églises ou chapelles que j’ai visitées. Voici par exemple des représentations plus habituelles sur un site regroupant de nombreuses œuvres : worldvisitguide.com.

Je vous le disais bien, rien à voir ! Je poursuis donc mes recherches et j’apprends que le culte de Marie est tardif, il se développe surtout à partir du XII° siècle en Europe après la redécouverte lors des croisades de l’art religieux byzantin. Le Christ et la Vierge sont alors triomphants, ayant vaincu la mort et intercesseurs du Salut. Voir par exemple les modèles d’icônes orthodoxes correspondant à ces principes.

En Europe et d’abord en Allemagne un nouveau modèle apparaît à partir du XIV°, XV° siècle après les terribles événements de disette, parfois de famine accompagnées d’épidémies puis de la peste noire (1/3 de la population disparaît, parfois dans certaines régions, la moitié). La mort et ses représentations deviennent omniprésentes et le Christ souffrant ou la Vierge douloureuse (Mater Dolorosa). Wikipédia

Traditionnellement la Vierge de Pitié recueille le cadavre de son fils après la Passion, sa mort sur la Croix et avant sa Résurrection. Sa douleur est intériorisée, elle apparaît sereine car elle sait que son fils est sauvé par le Père (notion de Salut). Mais au fil du temps, elle sera représentée plus douloureuse avec des larmes, une expression de souffrance…(époque baroque).

Lorsqu’elle est debout, c’est le « Stabat Mater » qui s’accompagne du développement de toute une culture en particulier musicale.

Le plus souvent la tête du Christ est à droite et la Vierge soutient sa tête (dans le langage des gestes, elle est impuissante face à la mort). Le corps du Christ est souvent rigide et semble comme « cassé » en trois.

Revenons maintenant à notre « piétà » : la tête du Christ est à gauche, le corps est comme enroulé en équilibre autour du ventre de la Mère selon trois axes. Les mains de la Vierge sont jointes en prière dans la position de l’Orante. Voir par exemple une représentation de Piétà Vierge Orante en Auvergne. Le modèle en est La Piétà de Villeneuve-lès-Avignon.

Je comprends mieux mon émotion et la sérénité qui se dégage de cette petite Vierge : elle n’exprime pas de tristesse, elle est recueillie en prière, elle accepte la volonté divine et sait que la mort n’est qu’une apparence dont son fils triomphe.

De nombreux artistes modernes s’intéressent à ce thème particulier de la Vierge de Pitié, voir par exemple un diaporama de quelques-unes de ces représentations.

1 février 2009

14/ Enigme II 5° étape

Sur les pas du gardien de l’objet, nous suivons les étapes d’implantation d’un lieu sacré. Nous avons vu les éléments qui permettent d’en assurer l’harmonie avec le cosmos, dénommé au Moyen-âge le Macrocosme (littéralement «grand ordre universel»). Nous allons découvrir maintenant les principes d’adaptation et donc de construction d’un édifice à l’échelle de l’humain en tant que Microcosme (Modèle humain vu comme une synthèse possédant en lui les principes parfaits de la Création) relié au Macrocosme.

2/ La géométrie des constructeurs.

L’Homme, modèle de référence.

Selon R. A. Schwaller de Lubicz, dans son livre « Le temple dans l'homme » basé sur ses recherches au temple de Louxor, le temple-sanctuaire pharaonique égyptien apparaît comme l'image de l'homme Microcosme, c'est-à-dire comme la projection morphologique humaine des principes cosmiques du Macrocosme.
Les préceptes religieux l’affirment, un temple puis plus tard une église, sont basés sur des mesures d’homme, (Bible*, voir aussi Apocalypse 21), sans oublier que le temple à construire est avant tout l’Homme : le pharaon en Egypte en tant que serviteur de l’ordre cosmique pour son peuple, puis dans les religions monothéistes, chaque homme en tant que croyant (pour la Bible: Saint Paul, 1 Cor, 3, 16, voir aussi les principes d’Architecture islamique)
Le lieu sacré est alors conçu pour favoriser ce plan de réalisation de l’Homme relié au divin.

*Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids (Sg 11,20).

Pour en savoir plus sur cette conception d’une église chrétienne
en tant qu’outil de réalisation humaine, cliquez sur l’image.


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Mesures des constructeurs.

A plusieurs reprises, nous trouvons dans la Bible la mention des unités utilisées par les Maîtres constructeurs (Ezéchiel 40, 5) comme la coudée et la palme. Il est fait mention aussi de la canne à mesurer.
L’utilisation d’unités de mesure « normalisées » (le mètre et ses multiples) est récente. Le maître d’œuvre d’autrefois utilisait les instruments de mesure à sa disposition en référence au corps humain.
Nous savons par les données encore utilisées au Moyen-âge ce que sont ces « mesures d’homme » : la paume, la palme, l’empan, le pied, la coudée. Ces cinq unités de mesure formaient la Quine des bâtisseurs. Le Maître constructeur utilisait une canne où il reportait cette quine, elle servait de référence pour toute la construction.

Pour en savoir plus sur ces mesures et leur utilisation, cliquez sur l’image.

Document Pdf.

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Outils des constructeurs

Le Maître d’œuvre reçoit la commande des dignitaires religieux, il a pour mission de manifester leurs croyances religieuses et donc des références symboliques dans une architecture bien précise obéissant à des règles d’utilisation des matériaux employés aussi dans un but de longévité et de sécurité. Cela s’exprime dans un certain nombre de connaissances ancestrales, transmises de génération en génération au long d’un apprentissage sur le terrain, sous forme initiatique. Ce mode de transmission de savoir, mais surtout de connaissance (voir folklore) a fait ses preuves en l’absence de support écrit et donc de plans pendant des siècles.

Une bonne part de ce savoir concerne la géométrie et l’outil principal est la corde : une ficelle tendue qui tourne autour d’un bâton délimite un cercle ; tendue en ligne ou entre 2 bâtons elle permet de tracer des droites ; avec des nœuds régulièrement disposés, elle détermine des figures complexes.

La corde à 13 nœuds
Elle comporte 12 intervalles égaux, elle peut donc n’avoir que 12 nœuds si une extrémité de la corde n’en a pas. Chaque intervalle mesure une coudée. Tout comme en Egypte antique, pour tracer les limites des terrains au bord du Nil puis celles des constructions, elle sert à tracer des angles droits, des triangles et autres figures complexes sans calcul mathématique.

Pour découvrir ses principales utilisations, cliquez sur l’image.

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QUESTION MYSTÈRE: les outils du constructeur.

Quels sont les outils symboliques, mais aussi pratiques de l’architecte selon la tradition?

Pour la réponse "Boule de gomme", cliquez sur l'image.

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Importance de la géométrie

Pour l’homme de l’Antiquité comme pour les constructeurs du Moyen Age, l’œuvre de Dieu est réglée par les nombres et mesures. Par leur abstraction même, ces données répondent à l’interdiction religieuse de l’image de ce qui est là-haut dans le ciel ou ici-bas sur la terre.
Or les nombres étaient représentés sous forme géométrique (comme avec des cailloux, «calculus» en latin d’où le terme « calculer ») et ils avaient aussi une valeur symbolique : ainsi le carré représente la terre, le pentagone relève du modèle divin (Microcosme).

Pour en savoir plus sur la géométrie des nombres, cliquez sur l’image.

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Le Nombre d’or

L’homme de l’antiquité conçoit les nombres sous forme d’entiers ou de fractions de nombres entiers. Les nombres irrationnels ne pouvaient être pensés ou appartenaient au domaine du sacré. Ils faisaient l’objet de secrets parfois sous peine de mort chez les pythagoriciens. Ils étaient  représentés de façon approchée par des fractions ou par des représentations géométriques. L’un de ces nombres irrationnels est le Nombre d’or.
Si l’on observe les rapports entre les cinq éléments utilisés pour les mesures, on note qu’ils forment une suite géométrique (c’est-à-dire en proportion) de raison (Phi), lettre grecque désignant le Nombre d’or.


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La découpe d’un segment de droite en a et b, « extrême et moyenne raison » selon les termes d’Euclide, permet de définir Phi =a/b
En valeur, Phi= (1+ √5)/2 soit approximativement 1,618.
Ce nombre a de remarquables propriétés mathématiques et se retrouve dans la construction de figures géométriques dont le pentagone.
Notons qu’en ce qui concerne les figures géométriques, le pentagone fait passer de l’équerre au compas.

Le Nombre d’or se trouve parfois dans les proportion d’œuvres humaines harmonieuses ou d’éléments naturels réguliers (coquillages, fleurs, graines et plantes…).

Pour en savoir plus sur le Nombre d’or,
son histoire, son utilisation, cliquez sur l’image :


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Pentagone

Pour les bâtisseurs, le pentagone est une figure importante et la quine s’y inscrit.
Pour les Pythagoriciens, l’étoile à 5 branches contenue dans le pentagone était leur signe de reconnaissance. Cette figure géométrique est naturellement liée au Nombre d’or, en effet dans le pentagone, Diagonale /Côté= Phi, or si le côté = 1, la diagonale = Phi.
Par ailleurs on peut reproduire à l’infini l’étoile et le pentagone à partir d’un pentagone initial, c’est donc une figure finie recélant de l’infini.
Comme nous l’avons déjà signalé, le pentagone est le symbole du Microcosme.

Pour en savoir plus sur la construction du pentagone,
cliquez sur l’image.

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ENIGME CASSE-TÊTE : Le bon plan

Voici le premier plan d’une future église :

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Malheureusement le Maître d’œuvre ne dispose pas du budget nécessaire, il doit revoir son projet à la baisse. Mais attaché aux symboles numériques du plan initial, l’abbé commanditaire insiste pour conserver un nombre de piliers identiques, soit 6 entre A et D, entre B et D, et enfin entre C et D.

Comment peut-il atteindre cet objectif ?

Pour la réponse Eclaire-tête, cliquez sur l'image.

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Références

26 mai 2010

Les chants de Lore, Loreley (8)

Saint-Goar et Loreley (suite)
L'étymologie de Goar est germanique, goar vient de "warno" : qui défend. Si l'on regarde la localisation de la ville de Saint-Goar, l'on observe qu'une forteresse est construite au-dessus de la ville, effectivement en défense de ce passage du Rhin.
Voyons une carte de la région de Saint-Goar, Loreley

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Carte Saint-Goar / Loreley

Le Rhin devient plus étroit à cet endroit, les villages médiévaux (burg) s'accrochent aux collines qui enserrent les rives et se suivent de très près. Au-dessus de Saint-Goarshausen deux forts se dresssent (le burg Maus et le burg Katz), le Chat et la Souris!
En face, la forteresse de Saint-Goar était la plus importante de la vallée et considérée comme imprenable jusqu'à ce que les Français en viennent à bout à la fin du XVIII° siècle. Entre Saint-Goar et Oberwesel, le passage entre les rochers et les tourbillons du courant, compliquent la navigation, ils ont été bien améliorés par l'aménagement récent du Rhin au cours des deux derniers siècles.
Saint-Goar et la tour du burg de Rheinfels sont masqués par l'énorme rocher dit de la Loreley qui barre le fleuve et provoque les fameux murmures d'écume qualifiés de "chants de la Loreley". Ce rocher impressionnant, nous l'avons vu, est personnifié comme l'esprit de la montagne et de l'eau qui prélevait son tribut de naufragés autrefois. Ce passage était très dangereux malgré un décor d'une beauté grandiose. Le lieu est devenu le symbole principal du Rhin romantique, sous l'apparence de la Loreley, il hante la littérature allemande puis européenne entrelaçant légendes et superstitions, poésie et ballades.

19 mai 2010

Les chants de Lore, Loreley (6)

2/ Christianisation

L'homme du fleuve avait suivi l'avis de son grand-père: pour découvrir ce qui se cache sous les versions récentes d'une légende, il faut examiner la vision chrétienne qui la recouvre. Lorsqu'une tradition païenne ne pouvait être effacée, elle était christianisée. Voyons cela de plus près.
Dans sa ballade de 1801, Brentano*, fervent chrétien, décrit la Loreley comme une sorcière si belle qu'elle séduit les hommes sans pouvoir en aimer aucun. Elle est conduite devant l'évêque qui séduit à son tour par sa beauté ne peut la condamner à mort:

L'évêque dit:

...

Ich kann dich nicht verdammen, Je ne peux pas vous condamner,
Bis du mir erst bekennt, Jusqu'à ce que vous me révéliez 

Warum in deinen Flammen Pourquoi à votre flamme 

Mein eigen Herz schon brennt. Mon cœur brûle déjà.
...

Extrait de Godwi, Brentano


La Loreley lui fait part de son souhait de mourir en chrétienne. L'évêque lui impose de se retirer dans un monastère. C'est sur le chemin qu'elle va se noyer dans le Rhin sous les yeux des trois chevaliers qui l'escortent.
* en français

Par ailleurs il existe un saint plus ou moins associé à la Loreley, il s'agit de Saint Goar qui se fête le 6 juillet. Originaire d'Aquitaine, il se retira sur les bords du Rhin au VI° siècle pour vivre en ermite et sauver les naufragés victimes de la Loreley. Il ne fallait pas moins qu'un saint homme faiseur de miracles pour lutter contre la sorcière naufrageuse d'hommes! Une ville qui porte son nom s'est développée ensuite.

Légende de Saint Goar
Le moine Wandelbert né au début du IX° siècle en Belgique, lettré et poète, composa son célèbre Martyrologe (histoire des martyrs), publié vers 848 sous Lothaire I°, empereur d'Occident (petit-fils de Charlemagne), il écrivit aussi une vie de Saint Goar en reprenant des sources écrites au VI° siècle.


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Saint Goar



Goar était un ermite d'Aquitaine, né au VI° siècle d'une famille noble d'Aquitaine, il est mort à la moitié du VII° siècle.
Vers l'an 618, il se retira près de la ville d'Oberwesel, près du rocher de la Loreleï dans un endroit isolé afin de sauver les naufragés ; il bâtit une chapelle et commença à vivre en ermite. mais victime d'accusations calomnieuses, il fut convoqué par l'évêque de Trèves (en Allemagne). L'on raconte qu'en arrivant, Goar, posa son vêtement sur un rayon de soleil qui passait par la fenêtre. Après un second miracle l'évêque fut convaincu de la sainteté de l'ermite.
Le roi Sigebert III  (qui sera saint lui-même), roi d'Austrasie et fils aîné de Dagobert Ie insista pour le nommer évêque. Mais l'ermite demanda un temps de réflexion. Il tomba malade et mourut avant d'avoir eu à refuser la proposition du roi.
Voir pdf : SAINT GOAR, PRÊTRE ET ERMITE, AU TERRITOIRE DE TRÊVES
51958654.fr.strato-hosting.eu/ecrits/vies/synaxair/juillet/goar.pdf (d'après vie des saints, des bollandistes)

Saint Goar a été béatifié au XVIII° siècle, c'est le patron de la Bohême. Il est représenté sous différents aspects en rapport avec ses miracles, citons : Saint Goar nourri par le lait des biches dans son ermitage, le saint ayant vaincu le diable et bien sûr le saint accrochant son chapeau à un rayon de soleil!
La ville de Saint-Goar fut établie dès le VIII° siècle.


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Saint Goar



C'était une légende très fournie en miracles étranges dont les relents païens étaient trop forts pour se contenter de cette version. L'homme du fleuve était intrigué, il décida d'aller sur les lieux où cette légende avait pris le plus d'ampleur  afin de se rendre compte par lui-même des réalités locales qui avaient pu générer ce type d'histoire.

16 mai 2010

Les chants de Lore, Loreley (5)

La Loreley dans l'art et la littérature (4)
En musique, de multiples versions existent, la plus célèbre étant probablement celle de Franz Liszt. Mais on peut écouter par exemple la Loreley de Felix Mendelssohn (1809 - 1847).
A notre époque encore, des chansons reprennent ce même thème de la femme fatale, ainsi Scorpions dans leur album Sting in the tail en 2010 : vidéo sur youtube Loreleï
Paroles originales (anglais), traduction.

L'homme du fleuve avait rapidement été conscient de la dimension mythologique du personnage de la Loreleï, sa légende avait au cours du temps inspiré les hommes fascinés par les "esprits des eaux" sous apparence féminine, avec un paroxysme (romantique) au XIX° siècle.

Cette époque était par ailleurs celle de la redécouverte du trésor des contes traditionnels dont le modèle le plus connu était probablement "les contes de ma Mère l'Oye" de Charles Perrault. Il avait ainsi lu un conte peu connu de 1906 de Charles Van Lerberghe : Du Pays du sommeil au Pays du Réveil, qui associait la Mère l'Oie, vieille femme-fée et la Loreley sous forme de sirène. Cet écrivain symboliste belge évoque ainsi la figure de la vieille, symbole de sagesse et de la sirène qui exprime l'harmonie du monde.

Les contes de Ma Mère l'Oye sont une expression de "l'archaïque des relations" selon les psychanalystes. Ils sont selon la tradition populaire l'expression d'une sagesse oubliée, transmise oralement tout au long des siècles, puis déformée dans sa forme littéraire fixée à partir du XIX° siècle.

Artistes peintres et sculpteurs

Le thème de la Loreley, fille des eaux, a aussi inspiré les artistes peintres et sculpteurs, voir sur les sites suivants ou les illustrations du thème sur ce blog avec les liens.

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Waterhouse

Fille des eaux et autres créatures: site midnight-muse. Voir aussi ou revoir lepickwickclub.

La Loreley inspire toujours des artistes actuels, par exemple en sculpture:

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Loreleï

A l'issue de ce survol de la culture de ces derniers siècles sur le thème de la Loreley, je ne savais plus très bien quel était le personnage de la Loreley: une femme fatale victime de sa beauté, une sorcière condamnée par l'église, une sorte de valkyrie, une fille du fleuve ou fée gardienne du trésor englouti des anciennes légendes?
L'homme du fleuve me confia qu'il avait éprouvé le même sentiment à l'époque et il était retourné voir son grand-père. Il lui avait confirmé que s'il voulait retrouver sa bien-aimée, il fallait en effet aller plus loin, tenter de comprendre sa véritable nature et surtout se mettre à son écoute. S'il y mettait toute son âme, elle le guiderait et puisqu'il lui avait fait part de son amour sincère, c'est elle qui le suivrait et choisirait l'instant propice pour se manifester, peu importe l'endroit où il serait.

10 mai 2010

Les chants de Lore, Loreley (3)

La Loreley dans l'art et la littérature (2)
La Loreleï (version française) ou Loreley (version allemande) est un personnage emblématique du romantisme, "art du XIX° siècle où l'imagination et la sensibilité prédominent sur toute autre faculté de l'esprit, en opposition à l'art dit classique des XVII° et XVIII° siècles.

En France

Ce fut d'abord Victor Hugo qui ramena des souvenirs de ses voyages sur le Rhin effectués vers 1840, il évoqua ses paysages et ses légendes.
A la suite d'Alexandre Dumas (Excursions sur le bord du Rhin de 1841) avec lequel il voyage, Gérard de Nerval est aussi inspiré par l'Allemagne des romantiques, le Rhin et sa mythologie, il traduit certains de ses grands poètes. Au terme de sept voyages en Allemagne, il écrira en 1852, Souvenirs d'Allemagne: Lorely
Cette culture germanique qui le fascine tout comme la fée Rhin, inspire à Gérard de Nerval un rêve européen ponctués de paysages et de grands artistes romantiques. Il voit la Loreley comme une sirène tentatrice dont la beauté des chants confronte à la mort et à la folie.

C'est en 1902 que Guillaume Apollinaire publie "Alcools". Précepteur en Allemagne, il découvre cette légende de la "fille du Rhin" et les poèmes qu'elle a inspiré. Dans ce recueil de poèmes figure sa propre interprétation : La Loreley
Sorcière éperdue d'amour, croyant voir le bateau de son amant, elle se noie sur le chemin du couvent en se regardant dans le Rhin, victime de la malédiction de son propre regard.

...

Mon amant est parti pour un pays lointain      
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure      
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là      
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

...

Extrait La Loreley G. Apollinaire

Ondine1_

Illustration de 1909 Arthur Rackham : elle plonge dans les flots...

Ces poètes français étaient inspirés par le modèle allemand, aussi l'homme du fleuve était remonté à la source de ces grands inspirateurs.

30 avril 2010

HISTOIRE DE LOUTRE, LORRE DE RIVIERE (fin)

Merci pour vos idées, suggestions et commentaires, vous pouvez continuer...
Voici ma propre réponse :

Le nom de la Loutre, la grande déesse celte et l'alphabet sont reliés par le Temps, c'est-à-dire le déroulement des saisons repérées selon la configuration des constellations.

loutre

Loutre (pyrogravure)

Les transformations de la grande déesse Cerridwen et de son aide, le jeune Gwyon forment quatre couples marquant les saisons au cours d'une année. Si l'on regarde les constellations, voici les couples repérés:
1/ grand chien et lièvre: hiver
2/ poissons: automne et l'on pense à la légende d'Aphrodite et Eros liés sous forme de deux poissons : poisson-amant et loutre-grande déesse unis (or selon Jean Markale, Gwyon était aussi le fils-amant de la déesse, www.lodace.net/histoire/outils/kerriden.htm)
3/ cygne et lyre : été
4/ Poule et poussins : pléïades : du printemps à l'automne, les Pléïades sont les marqueurs naturels de la saison rurale ou maritime en fonction de leur apparition-disparition dans le ciel!

Le calendrier celte comporte des subdivisions mensuelles en référence à des noms d'arbres, l'initiale de leur nom celte fournit les lettres d'un alphabet. On retrouve ces mêmes principes chez les grecs (voir Les Mythes Grecs de Robert Graves).

Voir aussi pour les celtes, L'alphabet des arbres de Myriam Philibert (2006)

 

Le nom de la Loutre en langue germanique est Oter, soit T R en consonne (L T R pour Loutre). Cherchons la correspondance en mois-lettres celtes :
T est le huitième mois, le houx ou chêne vert,
R est le dernier mois, le sureau.
L est le deuxième mois, le sorbier.

 

T correspond au mois de juillet et marque le début de la période de "décroissance" du soleil, après le solstice d'été.
R est le dernier mois de l'année celte, le treizième mois lunaire, le mois de la mort de l'année.
T et R encadrent la période "décroissante" de l'année entre les deux solstices d'été et d'hiver.

 

L est associé au sorbier, arbre de vie de la déesse blanche (sa floraison est blanche) tout comme le sureau est aussi son arbre pour les mêmes raisons. Ce mois comporte en son milieu la fête de la Grande Déesse blanche, Imbolc (2 février), christianisée sous le patronyme de Sainte Brigitte. La déesse celte est aussi nommée la triple déesse.

 

Les voyelles, la grande déesse celte et le temps
Voici les correspondances temporelles des voyelles, ces jours sont particulièrement dédiés à la grande déesse celte:
A Epicéa, 1°jour de l'an, solstice d'hiver.
O Ajonc, équinoxe de printemps.
U Bruyère, solstice d'été.
E Peuplier, équinoxe d'automne.
I If, dernier jour de l'an, veille du solstice d'hiver.

 

Ultreïa et l'invocation de la déesse celte.
Voici mon hypothèse : le fameux cri de joie des pèlerins de Compostelle, Ultréïa, (ou Ultréa, Oultreia où l'on retrouve aussi les consonnes et voyelles du nom de la Loutre) serait un hymne cosmique célébrant les divinités sous forme de configurations remarquables du ciel (constellations ou étoiles des planètes) en tant que repères du Temps dans son cycle annuel.
Qu'il soit ensuite dédié à telle ou telle divinité, peu importe, et dans ce contexte pourquoi pas à la Grande déesse blanche des celtes?

 

Question annexe:
Quelle est la nature du chaudron de Cerridwen, sachant que son compagnon est Cernnunos et quelle est sa localisation?
A vous de jouer, pour vous aider vous pouvez consulter les articles suivants :
Le chaudron de Gundestrup et autres chaudrons celtiques.

800px_Gundestrupkarret2

Chaudron de Gundestrup

Voir compléments sur les chants des voyelles dans les traditions coptes, égyptiennes, ...

22 avril 2010

HISTOIRE DE LOUTRE, LORRE DE RIVIERE (14)

14
La loutre a longtemps été la compagne de l'homme, telle un chien ou un animal domestique. Vrai ou faux?

Loutre
Loutre




Vrai
Elle a d'ailleurs été apprivoisée un peu partout dans le monde : c'est un animal intelligent qui préfère les proies faciles ou faibles, aussi elle se laisse appâter par du poisson préparé par l'homme en échange de sa pêche ou de sa coopération de rabattage (en Asie, elle pouvait fournir jusqu'à 3 tonnes de poisson par an à son propriétaire!).

Voir par exemple : le docu-fiction de La légende de l’homme loutre de Jacques Malaterre (1996)
Résumé :  Conte d'un pêcheur du Mékong et de son accolyte, la loutre
Autrefois au Vietnam, les pêcheurs du fleuve Mekong pêchaient avec l'aide des loutres. Dans la famille de Bao il y a toujours eu des loutres. Et puis la guerre est arrivée, les mœurs ont changé les loutres ont disparu et la tradition avec elle. Alors Bao est devenu agriculteur. Jusqu'au jour où le vieil homme a recueilli une jeune loutre prise dans un piège. Il l'a appelé Loutra et désormais ils pêchent ensemble.
La loutre est un animal sauvage. Pour la domestiquer Bao fait comme les anciens et lui donne du poisson cuit pour qu'elle revienne, mais aussi pour qu'elle ne dévore pas les poissons pêchés. Mais une loutre en liberté est aujourd'hui en danger dans ce monde envahi par les hommes. Certains racontent même qu'on les mange.
Bao décide alors de rendre sa loutre à la nature. La guérisseuse croit se souvenir d'un endroit tranquille appelé l'ile aux Loutres. C'est décidé, Bao embarque sa petite famille et part pour l'ile où il espère que Loutra trouvera la compagne idéale et surtout la paix. Ce charmant documentaire-fiction de 26 mn en forme de conte, se déroule sur fond de paysages somptueux, tout en nous permettant de découvrir de façon rare ce petit animal attachant qu'est la loutre.


14 avril 2010

HISTOIRE DE LOUTRE, LORRE DE RIVIERE (7)

7

J'ai discuté avec un amoureux des dauphins, il m'a dit que la loutre ressemblait à son animal de prédilection en certains points. Et même selon lui, l'ancêtre de la loutre est aussi celui du dauphin.
Vrai ou faux?

Plan_te_dauphin

Dauphin



Faux

Et pourtant la réalité de ses origines rapproche effectivement la loutre du dauphin. Voici 30 millions d'années, la loutre était un mammifère purement terrestre, la pression des prédateurs la fit se transformer en mammifère aquatique. Et le dauphin a suivi initialement le même type d'évolution : il descend d'une sorte de loutre géante qui vivait voici 52 millions d'années.(1) Mais cette loutre a poursuivi son évolution pour devenir un animal exclusivement aquatique.

(1) Atlas Junior des animaux, 2005, 2006, La Loutre, Le Dauphin (livres en collection remarquablement illustrés et documentés)

19 septembre 2008

32/ Conte d'amour I L'or de l'esprit

INTERMEDE 4
L’OR DE L’ESPRIT

Avant que Maroiseau ne la quitte conformément à son nouveau statut d'épouse, tout en continuant à loger dans le château, Donatale lui demande de commenter son évolution à la lumière des principes de l’amour courtois:

En acceptant de ton plein gré la loi d'amour,
Tu n'es plus ballottée entre les contraires,
Tu progresses sur la voie du juste milieu.
Tu t'élèves à la verticale de ta vie
Et la spiritualité te guide au sommet de ton être,
Là où tu rencontres le divin en toi.
Tu es au Service en tant que reflet de la lumière
Dont tu perçois l'éclat au bout du chemin.

Tu vis l'amour comme un processus de deuil de toi-même
Qui te permet d'aimer vraiment l'autre
Puis le Tout-Autre  rencontré aux limites de l'Esprit.
Tu expérimentes la paix et l'harmonie,
Et tu découvres les liens invisibles qui structurent la vie
Et relient les êtres par l'Amour
Dans le respect des expériences de chacun.
Tu es invitée à vivre par et pour l'Amour universel,
Source du trésor spirituel qui t'a été révélé.
Ainsi, pour toi aussi désormais L'OR Y VIT.

Interm
Bouton de rose blanche

FIN


22 septembre 2008

3/ Enigme II

3° Au Moyen-Age: Foulques Nerra
Le grand homme en ce lieu au Moyen Age fut le comte d’Anjou (de 987 à 1040), Foulques III Nerra, qui allié étroitement au Roi de France Hugues Capet, étendit son territoire au prix de combats incessants et de construction de châteaux, forteresses ou places fortifiées en de nombreux endroits d’Anjou. Homme cruel à la mode de l’époque, mais grand stratège, c’était aussi un grand chrétien. Il fit trois pèlerinages à Jérusalem où il manifesta un repentir et une piété démonstratives, il mourra au retour du dernier.

L’origine du nom Foulque(s)
L’étymologie le rattache au germanique folc ou folk, gens du peuple, il signifiait sans doute, à l'origine, celui qui appartient au peuple fort. On retrouve la même origine de ce mot dans FOLKLORE (de l’anglais FOLK peuple et LORE : savoir).
Notre Gardien de l’Objet vit sur l’une de ces anciennes places fortes qui domine la vallée du Loir.

Pour en savoir plus sur Foulques Nerra et les comtes d’Anjou, cliquez sur l’image.

F_Nerra

La ruse de Foulques Nerra

Arrivé à Jérusalem, Foulques Nerra demande aux gardiens des lieux saints, les Sarrasins (nom médiéval des Musulmans) à visiter le Saint Sépulcre, lieu de la Résurrection du Christ (et non «tombeau», le Christ étant ressuscité !). Ceux-ci lui imposent une épreuve inconcevable pour un chrétien : il ne pourra accéder au lieu Saint qu'à la condition de s’engager à uriner dessus.  Foulques accepte la proposition.

Les Sarrasins lui donnent rendez-vous le lendemain pour la visite.

QUESTION MYSTÈRE: Comment agit Foulques Nerra le lendemain devant les Sarrasins?

Pour la réponse Boule-de-gomme, cliquez:

boule_de_gomme_

ENIGME CASSE-TÊTE: Soumis à la question.

Un prisonnier est torturé par un bourreau excédé de son refus d’avouer. A bout d’arguments, le bourreau lui dit:
«Pour en finir, faites-moi une dernière déclaration, si vous dites la vérité vous serez brûlé, ainsi votre âme ira au Paradis*; si vous mentez vous serez cloué au pilori (attaché en place publique sur le «pilori», qui vient de «pilier») et votre nom sera déshonoré.»
Le lendemain, l’homme rejoint sa famille libre.

Qu’a-t-il répondu ?

Pour la réponse Eclaire-tête, cliquez:

Eclaire_t_te

* Paradis ou déshonneur: c’était la conception du Moyen Age où le salut de l’âme comptait plus que la vie. Le bûcher permettait à l’âme de s’élever directement au ciel (purgatoire ou Paradis selon ses péchés). Ce qui explique l’importance du bûcher qui a «sauvé» tant d’âmes de sorcières et d’hérétiques sous l’Inquisition (tribunal de l’Eglise condamnant au Moyen Age tout ce qui n’était pas strictement fidèle aux normes de l’Eglise catholique de l’époque)!

Références

29 mars 2009

18/ Enigme II 6°étape

Nous allons suivre maintenant le gardien de l’Objet pour une plongée dans la vie traditionnelle des hommes jusqu’à l’époque où le religieux et le social étaient étroitement imbriqués. C’est ce qui se constate encore dans certaines sociétés traditionnelles, mais nous n’en avons plus l’expérience, nous devons nous souvenir pour les plus anciens d’entre nous ou nous intéresser à l’histoire quotidienne des hommes et ainsi tenter de comprendre l’importance pour nos ancêtres du lieu de culte et de l’Objet sacré vers lequel nous guide peu à peu le gardien.

3/ La vie traditionnelle : importance du sacré dans la vie profane.

Le sacré donne le sens à la vie au plus haut degré (Mircea Eliade), il induit une notion du temps cyclique, en relation avec un modèle immuable hors du temps (le sacré étant par définition ce qui est « séparé »). Le sacré fait référence au Temps des dieux, primordial et mythique revivifié périodiquement par des temps de célébration et de fête rituelle.

Le temps et son organisation

La notion du temps est toujours liée à l’organisation d’une société, aux représentations dominantes d’une civilisation qui déterminent les temps sociaux.
Ainsi on peut repérer différentes conceptions du temps au cours de l’histoire :
Le temps sacré, cyclique des sociétés traditionnelles en lien étroit avec l’environnement.
Le temps religieux monothéiste, linéaire (marqué par un début et une fin), sans référence cosmique directe.
Le temps marchand et bourgeois qui s’affranchit de la domination religieuse à partir du XIII° siècle.
Le temps industriel à partir du XVIII°, centré sur la valeur première de la production.
Le temps du loisir depuis la fin du XX° siècle.

Le découpage du temps a été orchestré depuis l’antiquité par les prêtres de toutes religions. Pour repérer le retour des saisons, ils  étudiaient les astres et observaient ou calculaient leurs phénomènes périodiques. Ils déterminaient ainsi  les travaux saisonniers (plantations, récoltes, sorties ou abattage des animaux, activités maritimes, pêche…)
Ils rythmaient aussi la journée de travail par les temps de prière des moines au Moyen Age. Les principaux repères en étaient le début : l’aube ; le milieu : midi ; la fin : le crépuscule et c’était donc variable selon les saisons.

Les premières horloges sont apparues au XIII, XIV° siècles. A la même période l’Angelus est institué par l’église, c’est un temps de prière annoncé par la sonnerie de cloches qui rythmaient ainsi le temps sur le lieu de travail. Ces trois temps (aube, midi, crépuscule) seront ainsi les principaux repères temporels au moins jusqu’au XIX° (et plus longtemps en milieu rural en l’absence de moyen personnel de détermination horaire).

Pour en savoir plus sur le temps de travail au Moyen Age,
cliquez sur l’image.

Hor_m_tier_1


Pèlerinages, processions

Le pèlerinage s’inscrit dans la représentation culturelle d’une époque. Les premiers pèlerins partaient à la fois pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs proches ou délégués par un groupe. Le pèlerinage était parfois une sanction appliquée pour la réparation d’un délit. Le pèlerin bénéficiait d’avantages (accueil, soins gratuits, dispense de services dans la communauté…) aussi lorsque le phénomène s’est étendu, des brigands en ont profité et abusé tant et si bien qu’à une époque pèlerin et brigand sont devenus synonymes avant que des règles plus sévères n’y mettent bon ordre!

QUESTION MYSTÈRE: Les pèlerins marqués.
Quels sont les noms des pèlerins selon les principales destinations des pèlerinages du Moyen âge et quel est le symbole principal de chacun?

Cliquez pour avoir la réponse "boule-de-gomme".

boule_de_gomme_


Processions

Elles se déroulent sur le territoire d’une paroisse et répondent ainsi à l’appropriation rituelle d’une terre, pour la mettre sous la protection d'un saint patron, prodiguer une bénédiction aux vertus de sauvegarde pour l’homme, ses biens et les fruits de son travail. Nous avons déjà vu l’exemple des rogations (voir dragons), les processions en général peuvent se dérouler à des moments variables dont l’importance est déterminée localement : commémoration d’un fait important ou d’un moment significatif de la vie du Christ ou de la Vierge Marie, célébration de la fête d’un saint…

Les grands moments de l’année, fêtes et célébrations, foires

Fêtes et foires se déroulaient traditionnellement le même jour et l’étymologie en garde la trace : feriae signifiait « jours de fête consacrés au repos », ce qui a donné foire et férié !
Les foires étaient très importantes pour les échanges commerciaux et sociaux au Moyen-âge. Elles se sont développées à partir du XIII° siècle dans toute l’Europe. (Voir l’exemple des foires de Champagne )

ENIGME CASSE-TÊTE La rose du chevalier.

A la foire de Provins, un noble chevalier veut se procurer un des rosiers de Damas (dont le Comte Thibault de Champagne a ramené un spécimen à l’issue de sa croisade) pour l’offrir à une belle dame.

Rose_Provins_001

Il trouve un beau spécimen et demande au vendeur quelle taille de rose peut-il espérer. Celui-ci lui fait une réponse énigmatique:
« Elle mesurera à peu près un pied (environ 30 cm) plus la moitié de cette hauteur ».
Quelle hauteur le chevalier peut-il espérer ?

Pour la réponse Eclaire-tête, cliquez sur l'image.

Eclaire_t_te

Fêtes rituelles, fêtes cultuelles, grands moments de l’année

Dans le calendrier liturgique on peut repérer différents types de fêtes religieuses. Leur noyau central est en rapport avec le déroulement de la vie du Christ (Pâques, Ascension, Pentecôte, Noël…) puis à partir du X° siècle  s’y ajoutent les célébrations des saints et martyrs. Peu à peu de nouvelles fêtes sont instituées, ainsi la Fête-Dieu ou fête du Saint-Sacrement début XVII°, nommée actuellement Fête du Corps et du sang du Christ; la Fête des Fous du XII au XVI° siècle…

Impact de l’église sur la société civile et son organisation

Jusqu'au 13ème siècle, la Papauté contrôlait l'Eglise de France (nominations, gestion des biens). Au XIV° siècle, Charles VII impose la « Pragmatique Sanction » de Bourges.
Elle organisait la soumission du Pape aux décisions des Conciles, elle supprimait la dîme centralisée par l'Eglise et restituait les droits de l’église gallicane en rendant aux communautés les droits d’élection de leurs abbés ou dirigeants.
Dépossédés d’avantages financiers et des biens d’église, les partisans du Pape voteront favorablement pour le Concordat. En 1516, défini par François I°, le Concordat attribue au Roi la nomination des grands ecclésiastiques avec approbation du Pape et supprime ainsi les élections (pouvoir spirituel accordé au Roi!). La dîme au profit du Pape est aussi rétablie avec retour au Trésor royal d’une partie (pouvoir temporel avec prélèvement d’impôts revenant au Pape!).

Evolution à la Révolution

En 1789 lors de la Révolution, les biens de l’église sont récupérés par la Nation pour faire face à la crise financière. Un certain nombre d’églises seront vandalisées, volées ou saccagées à cette époque. En 1790, la « Constitution civile du clergé » s’impose et va aboutir à la scission de l’Eglise en deux camps : les jureurs ralliés à la Révolution et les réfractaires qui seront persécutés malgré le soutien de la population dans certaines régions. Ce sera un traumatisme qui marquera la vie rurale et politique pendant les siècles suivants.
En 1794, les manifestations religieuses populaires sont interdites, elles doivent rester privées.
Le Concordat de 1801 aboutit au règlement de la question religieuse après la Révolution en restaurant en partie l’ancien ordre religieux.
Début XX° siècle, La Commune rompt avec le Concordat de 1801, et déclare la séparation de l'Eglise et de l'Etat (en 1905) avec suppression du budget des cultes et confiscation des biens religieux. L'Eglise doit renoncer à son quasi monopole dans le domaine de la justice, de l’école publique, de la santé.

Malgré tout la vie du village en France rurale restera rythmée par le calendrier chrétien et les pratiques religieuses : messe, procession et vêpres le dimanche, grandes processions pour les fêtes religieuses. Les religieux structurent fortement la société qui reste attachée aux traditions et à la religion très majoritairement catholique.
La Première Guerre Mondiale aplanira les querelles religieuses dans une grande unité nationale. Mais tout au long du XX° siècle elles ressurgiront principalement autour du sujet de l’école.

Fêtes et jours fériés en France

Actuellement de nombreux jours fériés sont en rapport avec la religion catholique même si leur impact purement religieux a bien diminué dans une société dont la pratique est en baisse régulière.

Pour en savoir plus sur ces jours et leur signification, cliquez sur l’image.

F_tes_4

Références

29 août 2008

14/ Conte d'amour I Retour

B.7 LE RETOUR DE LUCIMAN

Luciman réapparaît à la cour du seigneur Guilegas, mais il est distant, préoccupé. Donatale doute du service d'amour auquel elle est vouée tandis que son Bien-aimé l'incite à diffuser cet amour autour d'elle sans exclusivité. Elle aperçoit de temps à autre Guillot et sa présence lui fait plaisir. Il lui apprend que la dame de ses pensées s’est engagée avec un homme de sa condition. Il accepte cette situation en affirmant que cela ne change rien à ses sentiments.

Tivirol s'inquiète des projets de son fils et sollicite plus que jamais Donatale. Mais elle souffre de l’indifférence apparente de Luciman et de ne pouvoir se faire comprendre. Cependant, soutenue par Maroiseau, elle s'efforce de vivre selon les lois de l'amour sans rien attendre, sans même espérer être comprise.

B

Neige sur le sapin

B.7.1 TROUVER LES MOTS

Les chevaliers sont rassemblés au château pour la mauvaise saison et limitent leurs déplacements. Les femmes s’affairent de leur côté, les intrigues se nouent. Maroiseau est courtisée par plusieurs chevaliers, mais elle reste libre, l’âme pleine de son Bien-aimé et ses pensées s’envolent avec amour vers son troubadour.
Lorsque le seigneur Guilegas organise une fête au château, Donatale y participe avec entrain à ses côtés. Elle ne prête pas plus d’attention à Luciman qu’aux autres invités malgré son désir de se rapprocher de lui et son amour intact. Revenue seule dans sa chambre, elle chante :

CHANT D’AMOUR :

TROUVER LES MOTS

Une flamme s'est allumée en ta présence,
Vestale éblouie en veille jour et nuit,
Je la vois même dans l'obscur de minuit,
Tu en es source et elle guide mon errance.

Je voudrais trouver les mots pour ton coeur,
Le mien si maladroit ne sait que toi.
Dans chaque moment de ma vie c'est ta loi
Qui s'exprime pour célébrer ta splendeur.

Si tu ne veux pas m'entendre, à qui dire
Ces paroles folles dont je ne sais que faire?
Dois-je garder enfouis en moi nos mystères
Malgré le tourment sacré qu'ils m'inspirent?

B7

Château médiéval (Vitré)

B.7.2 NUL BESOIN

Lorsque le temps le permet, Donatale reprend ses sorties. Elle voit de temps à autre Luciman ou Tivirol, mais aucun des deux ne s’attardent. Seul le chevalier Guillot la rejoint appréciant sa compagnie et celle de Maroiseau dont il partage les croyances et les valeurs issues de la Tradition ancienne.
Donatale est sereine, confiante et attentive à la situation de chacun. Au fond d’elle-même, même dans les difficultés du quotidien, elle se sent soutenue concrètement par son bien-aimé.
Un soir, Tivirol vient la voir, il confirme l'importance de son rôle secret en faveur de Luciman, elle doit persévérer avec patience et constance. Elle le rassure sur la qualité de son engagement profond envers son fils, mais le lien avec son Bien-aimé est maintenant l'axe de sa vie. L'amour transforme son regard, ses attitudes et son rapport aux autres. Mise dans la confidence de leur entrevue, Maroiseau approuve cette évolution et s’en réjouit avec elle. En sa compagnie, Donatale chante :

CHANT D’AMOUR :

NUL BESOIN

Nul besoin de tes regards
Quand mon bien-aimé me pare
De sa lumière, en vainqueur
De mes doutes et mes malheurs.

Nul besoin de ta voix grave
Ni de ton rire en octave,
Mon bien-aimé chante et clame
L'amour né entre nos âmes.

Nul besoin de tes caresses
Ni de ta troublante tendresse,
Tout mon corps est ébloui
De sensations épanouies.

Nul besoin de ton parfum
Pour réveiller mes instincts.
Des fragrances subtiles m'inondent,
Messages odorants du monde.

Nul besoin d'être partenaires
Ni de ta présence altière,
Mon bien-aimé pour mon âme
Prépare un nouveau programme.

Nulle autre préoccupation
Ne change ma motivation,
De bienfaits, je suis comblée
Car je suis sa bien-aimée.

B7

Soleil sur les arbres (hiver)

11 septembre 2008

25/ Conte d'amour I Amour et culture

LIVRE D
LA LOI D'AMOUR

Panorama_sur_rivi_re

Le long de la rivière
(Panorama)

D.1 AMOUR ET CULTURE

Le mauvais temps d'automne ramène les chevaliers au château. Guilegas est heureux de retrouver Donatale et le lui témoigne chaleureusement. Luciman et Tivirol sont revenus aussi.
Finalement Luciman, approuvé par ses parents, projette d'épouser Ryanne, une princesse qui pratique la religion antique. Tivirol forme des voeux pour le fils qui bénira cette union: il devra examiner les croyances différentes de ses parents, démarche d'avenir indispensable pour évoluer, sous peine d'être l'esclave aveugle de ses propres croyances liées à des références culturelles contradictoires.

D

Iles sur le lac

D1.1 L’AMOUR EST VITAL

Donatale rassure son époux, inquiet de son intérêt pour Luciman. Si elle ne peut maîtriser les élans de son coeur, elle a choisi d'être à ses côtés et d'y honorer son rang de première dame de la cour. Grâce à cet «amour de loin», elle s'unit chaque jour davantage au bien-aimé de son âme, éprouvant l'amour dont les troubadours ont chanté les vertus qui rejaillissent sur tous, l'amant, l'aimée, l'époux et leur entourage. Revenue dans ses appartements en compagnie de Maroiseau, Donatale chante:

CHANT D’AMOUR :

L'AMOUR EST VITAL

Qui peut maîtriser les élans de son coeur
Quand soudain il s'emballe avec ardeur?
Et si je ne peux les suivre,
Pourrais-je y survivre?

Ma propre volonté est pourtant de rester
Dans la droite ligne de la fidélité.
Comment vivre ces opposés
Sans savoir aimer?

Mon âme a ses secrets, il lui faut le temps
Pour concilier tous ses engagements.
Sa loi suprême est l'amour,
Le maître de nos jours.

S'il me dirige selon de folles apparences,
C'est vers la sagesse sacrée qu'il avance.
Il est l'axe de la vie même,
Je vais où il mène...

D1

Pommier en été

D1.2 ELAN D’AMOUR

Bien qu'ayant reçu de mauvaises nouvelles de sa famille, Guillot participe de bonne grâce aux festivités qui rassemblent tous les chevaliers des environs et la troupe des troubadours menée par Belami. Donatale présente Flora à Guillot, malgré sa timidité elle accueille gentiment le jeune homme. La fête bat son plein quand Donatale rejoint enfin Luciman, ils  passent la fin de soirée aux côtés de Guilegas et Tivirol, Maroiseau les rejoint après avoir quitté Belami.

De retour dans sa chambre avec son amie, Donatale chante:

CHANT D’AMOUR :

ELAN D'AMOUR

Vers toi se porte mon désir sans limite
Pour un élan d'amour, rêve d'une union.
Le miroir de ta jeune beauté m'invite
A me perdre dans le charme de cette vision.
Je renonce aux choix de ma petite vie,
Désormais, l'amour divin me conduit.

Mes pensées secrètes se dirigent vers toi
Et chaque pas me dévoile la connaissance
De l'étrange réalité de cette voie
Où des frère et soeur renoncent à l'errance,
En humains attirés vers la lumière,
Par l'aventure de leur rencontre sur terre.

D1

Tour médiévale


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