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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
  • Quête de connaissances oubliées avec un esprit troubadour. Partage de contes poétiques et de poèmes-chants d'amour, illustrés de photos de nature, pour célébrer l'Amour, la vie et les troubadours.
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1 juillet 2015

Juin, mois de la déesse Junon, grande déesse romaine

Le nom du mois de Juin vient du latin Junius qui selon Ovide, le poète latin du I° siècle, évoque encore une déesse, la plus grande du panthéon romain, Junon.

Juno signifie lumineuse, c'est la Déesse de lumière.

Mais son nom évoque aussi la jeunesse. C'est la déesse de l'Aurore jeune, la nouvelle lumière estivale. Elle arbore entre autres un sceptre ou bâton surmonté d'un coucou et présente une pomme de grenade, symbole de fécondité.

Assimilée à Héra, elle est l'épouse du Jupiter (Zeus grec), le roi des dieux.

 

Junon-Héra

 

Junon (romaine), Héra (grecque) (Voir http://expositions.bnf.fr/homere/it/303/02.htm)

 

C'est le mois du triomphe du « beau temps », temps d'été et il voit le début officiel de l'été à partir du solstice, le 21 juin.

Les anciennes fêtes du solstice ou de Saint-Jean (le Baptiste avec ses feux millénaires) ont été remplacées à l'époque moderne par la fête de la musique (depuis 1982 – 83).

 

440px-The_Feast_of_Saint_John

Fête de la Saint-Jean

 

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30 mai 2015

Animaux, paysages en mai

5-1_16-05-15-familleChat Chatte et ses petits

La famille chat s'offre un câlin

Entre deux tétées et quelques jeux.

Un âne n'aime pas la solitude,

Une chèvre et des oies

Sont ses compagnes bruyantes.

5-2_âne-chèvre

Âne, chèvre et oies

5-3_âne-oie

5-4_mini-poney

Mini Poneys dans leur pâturage.

Poneys

 

PAYSAGES

6-1_chemin-Sarthe_16-05

La voûte feuillée se referme

Sur notre promenade sablée.

Le long du chemin, l'argile

Laissée au soleil après la crue

Imite les poteries primitives.

De quoi donner des idées !

La Sarthe est revenue dans son lit en cette fin mai.

La vallée étage ses prairies et ses coteaux boisés.

6-2_Argile-cheminLoir-18-05

Chemin du bord de Loir

6-3_Val-sarthe-19-05

Vallée de la Sarthe

 

 

28 mai 2015

La vie des rivières, fleurs et fruits en mai

2-1_9-05-15LoirCrue du Loir

Flux et reflux animent les berges

Des rivières au rythme tardif.

Loir et Sarthe rivalisent

En crues qui navrent les oiseaux

Empêchés de nicher dans les vallées.

2-2_Sarthe11-05-15Crue de la Sarthe au Port de Briollay

2-3_Loir13-05-15_Loir

2-3_Sarthe-15MaiSarthe

2-4_IMGP2716Sarthe, héron

Près du déversoir qui draine

Les eaux de la terre gorgée de pluies,

Le héron guette le passage

De ses proies perdues dans le courant.

 

2-6_IMGP2726

Le héron guette

 

2-5_IMGP2723

Le port de Briollay, Sarthe

L'eau est comme retenue dans le port,

Elle affleure les rives, chassant les pêcheurs

Plus haut sur la dune, trompés par les reflets

Du ciel encerclé par ce miroir apaisé.

 

FLEURS

Le long des haies et des routes

Les fleurs blanches moussent

Le long des branches feuillues.

Parfums délicats et pétales comptés

Se marient harmonieusement.

3-1_9-05-sureau Sureau

Les ombelles du sureau cueillent

La quintessence du soleil.

Un parfum subtil de vanille

Dans les branches qui chantent

Promet le vin ou le sirop de sureau.

 

3-2_13-05-cornouiller Cornouiller

Le cornouiller s'étoile au détour du chemin,

C'est le bar des abeilles au tournant de midi.

3-3_13-05-Potentille Potentille

Le buisson de potentille s'est ennuagé de fleurs

Les pétales éphèmères s'envolent dans la brise.

3-4_13-05Seringat Seringat

L'odeur du seringat attire le regard

Sur ces délicates fleurs échappées

En branches touffues du jardin engrillagé.

3-5_15-05-Fleurs-mûrier Mûrier

Les fleurs du mûrier habille de rosé

Les longues lianes sous le couvert

De la haute futaie transpercée de soleil.

3-6_Acacia-fleursb Acacia

Les buissons et arbres d'acacia

Bruissent des butineurs affairés.

Attirés par le parfum de miel,

Ils goûtent ce que nous aimons en beignets.

3-7_15-5-15acacia Fleurs d'acacia

3-8_24-05RosierDeMai Rosier de Mai

Voici que la tonnelle au jardin

Se couvre de petites roses.

Une seule floraison

De toute la saison,

Mais pas une épine

Pour couronner les filles,

Ce sont les « roses de mai ».

3-9_Coquelicot Coquelicot

Dans le jardin au naturel

Intérieur, extérieur en écho,

Les coquelicots en bordure

Façonnent des poupées de soie.

(Autres poupées de coquelicot ici)

3-10_Eglantine Eglantine

C'est la saison des églantines

Qui s'accrochent en long rubans

Dans les haies sauvages.

Petite rose défendue

Par une armée d'épines.

9-05-orchidée

Orchidée faux-bourdon

Le dernier faux bourdon de l'orchidée

S'est invité au sommet de la tige.

Un par un fécondé, ils se fanent

Fin de saison, l'abeille a le bourdon.

 

FRUITS

Promesses de fruits

S'affichent dans les branches,

L'année sera productive

Si la promesse est tenue.

4-1_15-05-pêcher

Pêches sur le mur

4-2_18-05-Chêne

Jeunes glands du chêne

4-3_22-05FraiseBois

Fraises des Bois

4-4_Noisetier

Noisettes

 

 

23 mai 2015

Balades fleuries de mai

1-1_1-mai-15 Feu de Mai

Premier mai

Un bon feu nous a réchauffé,

Un écho aux feux de Beltaine ?

Le muguet était à point,

Frémissement de clochettes

Carillonnant de bonheur.

1-2-Muguet-wikipédia Muguet (wikipédia)

 

1-3-DébMai Roses

Premières roses

Les premières roses s'annoncent

Depuis la fin du mois d'avril.

Mai nous émerveille

De leurs corolles parfumées.

1-4_9-05

1-5_Iris-fauve Iris

Iris fauves

Des iris fauves et mordorés

Prennent le relais des bleus

Qui continuent à fleurir

Tout au long du chemin de roses.

1-6_IMGP2685Iris

1-7-13-05Chemin de roses et iris

29 avril 2015

Bêtes et fleurs à fruits, arbres en avril

Chatons

Chatons

 

A la mi-avril, les chatons sont nés,

Petites boules de poils colorés

Qui s'enroulent l'une avec l'autre,

Yin-yang image de bonheur.

 

Chevreau

Chevreau-1

 

Chevreau-2

 

Le chevreau d'hiver a bien grandi

Près de sa mère, il cabriole

Et curieux vient chercher

La main qui fournit à manger.

 

Fraisier

Fraise

 

Petites étoiles éparpillées

Sur le sol du sous-bois,

Promesses de fraises des bois .

 

Cerisier

Cerisier-2

 

Cerisier-1

 

Sur la branche du cerisier

Le printemps a juxtaposé

La fleur, la feuille et le fruit .

 

Pommier

Pommier1

 

Pommier3

 

L'arbre serait-il couvert de neige ?

Boutons rosés et blanches corolles

Habillent les branches d'espoir.

 

Chêne

Chêne

 

Dans la dentelle verte translucide

Des jeunes feuilles du grand chêne

Des perles précèdent les glands.

(Ces "perles" sont des galles du chêne)

Peupliers

peupleraie-1

 

Dans la peupleraie

L'écorce des grands troncs

Se couvre d'or et d'argent

Un après-midi d'avril

 

Photos et textes de Marie Duval. Merci à Jacques pour sa participation.

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30 mars 2015

Printemps de mars

Stimulées par la douceur du temps,

La jacinthe bleue parfumée,

Et ses soeurs en camaïeu de rose

Jaillissent du coeur de leurs feuilles.

28_3_15-Jacinthes1

28_3_15-Jacinthes2

 

Les dernières jonquilles fleurissent

Dans les rosiers aux feuilles pourpres.

28_3_15-Jonquilles

 

Chevelure sauvage verte du saule

Au bord du Loir revenu dans son lit.

28_3_15-Loir-saule-pleureur

28_3_15-Loir

 

La broche du mahonia jaune,

Bijou serti de feuilles de houx.

28_3_15-mahonia

 

L'enfant naît de l'arbre des générations

Une nouvelle vie agrandit la famille.

 

Dans le cocon des bras de sa mère,

On scrute son visage délicat,

L'oreille coquillage, les doigts fins,

Autant d'oeuvres de Dame nature,

Où l'on cherche des ressemblances,

Les filiations de cette existence.

2015-03-28

 

La branche de prunier aux odeurs de miel

Annonce le menu de l'été gourmand.

28_3_15-prunier

 

Les fleurs des prunus roses

Mêlées aux feuilles pourpres

Revêtent la moindre brindille.

 

28_3_15-prunus

 

Le vent fait danser les longs cheveux

Des vieux saules en bord de Sarthe.

29_3_15-Sarthe-saule

29_3_15-Saule-chevelure

 

Au-dessus du vieux mur enherbé

Un nuage rose de fleurs de pêcher

Illumine la grisaille sous la pluie.

 

29_3_15-pêcher

 

 

JEUX DE TEXTURES

Entrelacs de branches nimbées de l'or du lichen.

29_3_15-entrelacs

 

L'herbe tendre se couche sous les baisers du vent.

29_3_15-Herbe

29_3_15Mur1

 

Tableau abstrait sur le vieux mur où s'épousent lichens et mousses.

29_3_15Mur2

 

Merci à Jacques pour son soutien actif ou sa patience.

11 novembre 2013

Du Graal à la coupe d'amitié (10)

Après un après-midi passé en ville avec Brigitte, je retrouvai avec plaisir Bernard, Emeline et Guillaume sur la terrasse. Il m'offrirent à boire et reprirent leur conversation. Guillaume devait partir le lendemain, son ami Bastien le conduirait jusqu'à sa prochaine destination qu'il ne voulait pas nous révéler.

Bernard plaisanta:

- Depuis que Monsieur est "graaleux", il nous snobe!

Guillaume se contenta de hausser les épaules en souriant. Bernard reprit:

- Emeline m'a raconté le Mont de la Salvache, le Graal des étoiles et autres trouvailles de trouvère, mais il me semble que vous avez oublié un château, celui de Clinschor, le magicien du Château Merveille, où se situe-t-il?

- Je crois savoir, dit Emeline, Wolfram von Eschenbach dit que ce château peuplé de nombreuses dames et jeunes filles, avec un homme châtré, est en "Terre de Labour" en traduction française. Or c'était une province du Royaume de Sicile sous domination d'un Normand, le roi Roger II de Sicile que nous avons déjà cité à propos des regalia en raison de son somptueux manteau royal. 

"C'était un souverain remarquable, il conquit de nombreux territoires dont l'île de Malte dont on connaît la fameuse croix, emblème des Templiers et il vivait à l'orientale avec un harem de jeunes filles, des eunuques… Son royaume pouvait apparaître comme un modèle de gouvernance et surtout de tolérance: Normands, Italiens, Musulmans et Juifs y vivaient en assez bonne harmonie. (1)

- Pourquoi alors est-il le méchant, s'il était si admirable? demanda Guillaume.

- Cette cour orientale luxueuse, voire luxurieuse devait choquer Wolfram épris de simplicité et de chasteté, répondit Emeline. Pourtant il met en scène dans son roman ce que peut être une société chevaleresque, respectueuse, tolérante, sans distinction de religion ni de couleur de peau.

- Tu penses à Feirefils? dis-je.

- Oui, confirma Emeline, sa bravoure ne fait aucun doute et il ne force pas son avantage lorsqu'il combat victorieusement Parzival. Or c'est son frère, mais il est oriental, blanc et noir de peau. 

- Cela s'entend aussi sur le plan symbolique, remarquai-je, pour caractériser la dualité que Parzival combat alors en se battant avec Feirefils. Et lorsqu'il le reconnaît comme son frère et surtout le choisit pour l'accompagner à Monsalvaesche où le Graal l'attend, Parzival dépasse la dualité et conquiert l'unité qui le conduit vers le Graal. Le Dualisme était un concept important pour l'époque, partagé en particulier par les Templiers et surtout de façon radicale par les Cathares, mais combattu par l'Eglise de Rome.

- Le frère étranger a droit au Graal lui aussi? demanda Bernard.

- Tant qu'il n'est pas baptisé il ne le voit pas, dit Emeline, il n'en a même pas le désir selon l'ermite Trévizent, ce fameux désir qui change tout à condition de ne pas se tromper d'objet. Mais à la fin il est baptisé à Monsalvaesche et épouse la porteuse du Graal, cousine de Parzival (du côté de sa mère).

- Comment finit la version de Wolfram? Je ne m'en souviens plus très bien. demanda Brigitte qui venait de nous rejoindre.

- L'amour conjugal est célébré avec Feirefils, dit Emeline, et aussi avec Parzival qui retrouve son épouse et ses jumeaux âgé de cinq ans. Parzival pose la question qui guérit le Roi Pêcheur, mais il renonce à la royauté "terrestre" de la succession de son oncle, pour servir le Graal. L'un de ses fils héritera de cette terre, l'autre nommé Lohengrin, héritera du Graal. Feirefils retourne en Orient avec sa femme, ils auront un fils qui deviendra le Prêtre Jean, une autre figure mythique du Moyen-âge.

- N'oublions pas que Wolfram fait passer le spirituel, sous une apparence chrétienne, ajouta Guillaume, avant la subordination aux pouvoirs royal ou sacerdotal, ce qui était le cas des Templiers, mais aussi des Chevaliers Teutoniques installés en Thuringe à l'époque de la rédaction de ce roman.

- Oui, ajouta Emeline, d'autant que même si cette utopie finira dans un bain de sang orchestré par l'Eglise de Rome, von Eschenbach a vu ses espoirs réalisés avant de mourir: les Ordres chevaleresques initiatiques, Templiers et autres, étaient alors en pleine expansion; l'Empire arrivait à son apogée avec Frédéric II de Hohenstaufen élevé à Palerme dans la société éclairée et tolérante laissée en héritage par son grand-père Roger II de Sicile; le fils de son protecteur, Herman de Thuringe, rejoignait l'Ordre des chevaliers teutoniques… 

 

- J'y pense, vous avez parlé de Lohengrin, dit soudain Bernard préoccupé, ça me dit quelque chose, ce n'était pas le Chevalier au Cygne?

- C'est celui-là même, confirma Emeline, il épouse une princesse du Brabant, mais il la quitte lorsqu'elle veut connaître son nom. 

- Wolfram a mélangé les légendes? demanda Brigitte.

- Il s'en est inspiré, répondit Emeline, il aurait aussi été inspiré par des  chansons de geste du cycle de Garin le Lorrain, mais ce n'est pas sûr et il y aurait peut-être une dimension mythique antérieure.

- Bastien m'en a parlé, dit Guillaume, ce serait un souvenir du Roi du solstice d'hiver, le cygne étant l'animal symbolisant l'hiver et le Nord. Le nom même de Lohengrin serait une évolution du nom du gui ou loranthus, plante symbolisant la Nouvelle année et du nom du soleil, Grannos, Nouveau soleil naissant au solstice d'Hiver. Le gui était par ailleurs une figuration de l'Irminsul, le pilier cosmique ou Arbre de vie germanique. C'était aussi la représentation de la "coupe du soleil" ou bateau du soleil sur des gravures pariétales. (2)

- La coupe représentant l'abondance à venir d'une nouvelle année, dis-je. Les égyptiens avaient le même symbole et Fulcanelli disait que le Graal était du même ordre que le Gardal ou Gradal de Serapis, avatar d'Osiris-Apis assimilé à Dionysos puis au dieu Mithra, et dont on célébrait les Mystères en association avec ceux de la grande Déesse Isis.

- En Europe, le souvenir d'un rituel sacré se repère encore avec l'usage de la Grolle de Savoie, l'objet traditionnel en bois pour boire à plusieurs, dit Brigitte.

- Tu crois? rétorqua Bernard, ça n'est pas plutôt un attrape-touriste?

Brigitte piquée au vif se leva pour ramener un dictionnaire des anciens mots français.

- Regarde, dit-elle en lui mettant la page sous le nez, le concept existait déjà au XIII° siècle, grole ou grolle, coupe à boire. Alors tes touristes, je ne crois pas qu'ils étaient une préoccupation de l'époque. 

Grolle-savoyarde

 

 

 

 

 Grolle savoyarde

 

 

 

- Grolle vient probablement du mot gral ou graal, remarqua Emeline, comme nous l'avons déjà vu. (3)

- D'accord, je me rends, répondit Bernard, mais ça me donne soif tout ça et c'est bientôt l'heure de l'apéro!

Brigitte se rendit dans la cuisine, Emeline la suivit, Bernard et Guillaume s'éclipsèrent chacun de leur côté et je mis le couvert en admirant le jardin sous la douce lumière du soleil déclinant.

Guillaume revint le premier avec un sac papier d'où dépassaient quelques feuilles. Bernard amena un petit carton qu'il déposa sur une table d'appoint près de nous avec un luxe de précautions comiques.

Les femmes nous rejoignirent portant deux plateaux chargés d'amuse-gueules et de boissons variées pour un apéritif festif.

Bernard prit la parole avant même que Brigitte ne soit assise.

- Le carton, c'est pour toi mon gars, Bastien nous l'a remis en disant que tu devrais savoir quoi en faire.

- Je ne savais pas que tu connaissais si bien Bastien, dit Emeline, c'est quoi?

- Je ne connais pas non plus tous tes amis, répliqua son père, et je ne sais pas ce qu'il a préparé, il m'a juste dit que selon lui, Guillaume était passé du stade de "graaleux" à celui de "graaliste"!

- Papa, tu dis n'importe quoi! s'exclama Emeline pendant que Guillaume ouvrait calmement le carton.

- C'est peut-être un graal, répondit Bernard, va savoir!

Guillaume finit par sortir une corne de vache avec une feuille manuscrite enroulée autour. Il la lut attentivement pendant que Bernard se mit à rire. Nous étions stupéfaites, mais il réagit très vite:

- Bastien raconte qu'il y a très longtemps, selon *Christian Mandon, chez les nordiques et les germains, le chef utilisait une corne ou une coupe pour un rituel complexe: on buvait aux Dieux représentés par les Runes de la Connaissance, puis à la Mémoire ancestrale, générationnelle qui reliait en fin de compte au dieu.

"On buvait aux braves tombés au combat, la "bonne mort" de l'époque puisque dans ce cas le Salut de l'âme était assuré. Puis on buvait en l'honneur des hommes présents, pour sceller un serment ou enfin pour s'engager dans un projet d'avenir en espérant les bonnes grâces divines. C'est donc la *corne du chef! Et voici maintenant des petits cadeaux pour vous remercier de votre accueil et de tout ce que j'ai reçu ici.

Il nous distribua le contenu de son sac. Brigitte et Bernard avaient une "coupe de l'amitié" aussi appelé Quaich en anglo-saxon et Guillaume précisa que si Bastien lui avait conseillé cet achat, maintenant il comprenait pourquoi! 

en

Coupe de l'amitié, Quaich

(en.wikipedia.org/wiki/Quaich)

 

 

Emeline reçut une photocopie couleur d'un dessin* représentant un chevalier, son écuyer et son équipement, cheval, étendard,… à ses armoiries. Guillaume précisa que ce chevalier était le portrait de Wolfram von Eschenbach. Cela nous fit rire car le visage du chevalier disparaissait sous son heaume!

Wolfram-von-Echenbach-wikipedia

Wolfram von Echenbach (wikipedia)

Guillaume me remit une photocopie avec l'alphabet des Templiers présenté successivement sur une Croix des béatitudes ou Croix de Malte et sur une grille où les lettres composant le nom de Kyot étaient d'une couleur distincte*. J'étais intriguée, Guillaume nous dit alors que pour chacun de nous le cadeau était symbolique et que nous devions essayer de les comprendre avant qu'il ne nous envoie un fichier dans quelques jours pour nous donner des éclaircissements.

sergioh

Croix des béatitudes-Croix de Malte, alphabet templier, Grille

ALF-EXEMPLE-kyot

 

Bernard commenta:

- Tu es bien devenu un "graaliste", profond et mystérieux à souhait!

Brigitte le remercia chaleureusement en se levant pour l'embrasser, Emeline et moi en firent autant, Bernard se leva pour lui serrer la main. Brigitte dit:

- Nous t'avons préparé un petit filet garni, tu l'auras demain à ton départ.

- Et moi je n'ai rien, dit Emeline, mais je vais t'offrir ceci.

Elle lui tendit un petit bateau de papier plié avec un dessin de roue solaire sur la voile. Elle l'étira d'un côté en le lui donnant et commenta:

- D'un côté, c'est le bateau du soleil, de l'autre le chaudron!

- Génial, répondit Guillaume, je vais y embarquer dans mes rêves!

Je voulus participer aussi et lui donnai à mon tour une feuille de papier sur laquelle j'avais écrit une devinette. Il la lut à voix haute:

- Dans mon chaudron, de l'union de cinq arbres, je fais en un an et un jour le GREAL qui procure abondance et prospérité lorsque tout est en harmonie dans le pays. Quelle est la recette du GREAL?

- Voila de quoi t'occuper un bon moment pendant ton voyage avec Bastien, dit Bernard, en attendant c'est bien joli tout ça, mais il va être temps de passer aux choses sérieuses. Que voulez-vous prendre en apéro?

 

* Merci à SergioH qui m'a transmis ces "cadeaux" à un moment décisif. Voir son blog pour l'alphabet des Templiers en grille et la Croix des Béatitudes dont il développe les bases d'utilisation pour le chiffrage de messages.

http://sergioh.canalblog.com

 

(1) http://www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2002-2-page-115.htm

Pour une description de la cour par un témoin de l'époque, voir:

http://hierogeek.palaios.eg2.fr/drupal/sites/default/files/La%20dynastie%

20normande%20de%20Sicile%20et%20l'Islam.pdf

(2) Voir sur le site de Christian Mandon:

http://racines.traditions.free.fr/arbrdib/index.htm

(3) Selon Christian Mandon (Les origines de l'Arbre de Mai), cette grolle avec ses six ou huit becs évoquant le contenant de l'hydromel, boisson des dieux à boire en communion, est la forme de l'Arkhan symbolisant le Monde ordonné (ou Cosmos), tout comme l'est une des formes de la Rune mère Hagal.

Pour le document sur la Coupe de l'amitié, voir ici.

Pour le document sur le Portrait de Wolfram von Eschenbach, voir ici.

Pour le document sur Grille de Kiot et chiffre des Templiers, voir ici.

Pour le document sur Grille de Kiot, Futhark et astronomie, voir ici.

Pour le document sur Bateau solaire, chaudron, voir ici.

Pour le document sur GREAL, les cinq arbres du chaudron, voir ici.

Pour le document sur Perceval, Souverain du Chaudron, voir ici.

 

12 mars 2015

Fleurs et bords de Loire

Une jacinthe bleue brave l'hiver,

Dans les feuilles, ses suivantes

Se pelotonnent dans leur parfum.

2_3_15

 

Rencontre hiver-printemps à ras-de-terre

Les perce-neige et primevères se saluent.

4_3_15-perce-neige4_3_15-primevères

4_3_15-primevères_perce-neige

 

Les fleurs du prunellier habillent ses épines.

4_3_15-prunellier

 

 

BORDS DE LOIRE (là où les eaux de la Maine rejoignent la Loire)

 

Fascinants miroirs aux délicats reflets

Qui guettent la bascule du printemps

Dans les eaux d'argent répandues. 

6_3_15-Loire1

 

L'or des saules bourgeonnants

Dessinent des rives illusoires.

6_3_15-Loire2

6_3_15-Loire3

 

La crue semble retenue

Par des barreaux de peuplier,

Fragile prison pour l'eau

Qui revendique sa liberté.

 

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La mouette savoure son bain,

Le cormoran nage vers le couchant,

Un frémissement parcourt le fleuve.

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Ici la douceur du temps

Invite le printemps

A se tromper de date.

Les prunelliers blanchis

Accueillent au cabaret fleuri

Les abeilles et bourdons.

6_3_15-Loire4

 

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6_3_15-Loire7

 

Les frênes qui brandissent leurs fleurs

Evoquent leur ascendance divine*.

* Dans la mythologie Nordique, l'Arbre du monde est le Frêne Yggdrasil.

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24 octobre 2013

Royauté sacrée dans Perceval et Parzival (8)

Je retrouvais Guillaume à son poste de prédilection, l'ordinateur de Brigitte, lorsque je me levai dans la maison encore endormie. Il m'invita près de lui et m'expliqua l'objet de ses interrogations matinales.

- Tu sais l'histoire du San Gra Al, l'enseignement du Vase d'abondance de Dieu, ça ne me satisfait pas vraiment, car dans Parzival de Wolfram von Eschenbach, on trouve en allemand le mot Grâl (1) et non Graal, mais surtout  j'y vois aussi une histoire de sang, le Sang Réal ou royal. A la rigueur, il peut s'agir d'enseignement royal, la fabrication d'un roi!

- L'un n'exclut pas l'autre, répondis-je, il est vrai que le culte du Saint Sang était importante pour Philippe d'Alsace, comte de Flandres, commanditaire du Conte du Graal. Son père en avait ramené de Jérusalem une fiole à Bruges, objet de pèlerinage et du Culte du Saint Sang. (1° partie contexte historique sur ce blog, ici)

- Le culte du sang du Christ, relique des reliques, dit Guillaume, je comprends ça dans le contexte de l'époque. Je ne crois pas pour autant à ces histoires modernes de descendance de Jésus et cela n'apparaît pas ainsi dans les romans du Graal du XII° et XIII° siècles. Par contre j'ai remarqué que les développements littéraires s'arrêtent très tôt au XIII° siècle, comme si le thème était déjà épuisé avant une longue éclipse à partir du XIV° siècle. Les gens se sont lassés de la quête du Graal et de ses mystères?

- Il faut dire que si dans le Perceval de Chrétien de Troyes, dis-je, les origines d'un rituel de royauté ancien étaient encore apparentes, rapidement la christianisation a gagné et effacé les racines païennes dans les Continuations à la mode cistercienne. Le rituel chrétien en avait pris la place. Le contenant magique était désormais la Coupe du Christ ramenée par Joseph d'Arimathie et la lance qui saigne était la lance de Longin, le centurion romain.

- C'est sûr que ça clôt la question, remarqua Guillaume, d'autant qu'à l'époque où l'église lutte contre le catharisme, il valait mieux ne pas la contredire! Ainsi la royauté ne dépendait plus de cette coutume ancienne et la nouvelle, chrétienne bien sûr, devenait la norme.

- C'est probable pour le roi des Francs, dis-je, Philippe Auguste est le premier à se revendiquer Roi de France, il affirmait ainsi son autonomie par rapport à la Francie orientale et ses empereurs germaniques rêvant de reconstituer l'Empire romain. Mais je ne crois pas que ce soit le cas pour le Parzival de Wolfram von Eschenbach.

- Ah c'est évident, pour lui le contexte est différent, remarqua Guillaume, c'est la longue guerre de succession dans l'Empire germanique entre les tenants du Pape, de la famille Welf (Guelfes) et ceux de la famille Hohenstaufen (Gibelins) qui perdure à chaque nouvelle élection des Empereurs successifs. Chaque camp affirmant ses droits légitimes comme nous l'a dit Emeline. (2° Partie contexte historique sur ce blog, ici)

- Ton idée de Sang royal ou royauté sacrée m'intéresse, dis-je, si on en revient à Perceval, on peut remarquer que par manque d'éducation et de transmission des rituels, sa première confrontation au cortège du Graal peut être assimilée à un échec d'accès à la royauté sacrée (sur ce blog, ici).

"Or le Roi Pêcheur blessé ne peut plus assurer sa fonction, d'où la dévastation de ses terres et de la nature selon l'ancienne conception indo-européenne garantissant l'abondance et la prospérité si le roi est jeune et sain. 

"Dans ce Conte du graal, ce royaume qui est celui de l'ascendance maternelle de Perceval, attend un successeur capable de restaurer la fonction royale et donc l'harmonie qui favorise l'abondance en accord avec l'Ordre cosmique. 

- D'où l'idée de Sang Réal, dit Guillaume, au sens de succession dynastique royale. Selon cette tradition, le roi est investi d'un pouvoir magique ou divin.

- Oui, mais Chrétien montre que maintenant c'est la coutume chrétienne qui s'impose, dis-je. Ainsi dans le récipient d'abondance apparaît l'hostie, présence manifestée de Dieu. La pierre de von Eschenbach distribue l'abondance grâce à une hostie annuelle, mais elle désigne aussi le roi du Graal et détermine un centre spirituel d'où les "purs" qui y sont rassemblés rayonnent dans le monde. 

- Dans le Parzival, c'est l'ancienne conception qui prévaut, dit Guillaume, on est en plein conte feérique!

- En effet, répondis-je, ces pouvoirs sont évocateurs de la pierre de royauté des anciens germains (dont les goths d'Espagne), des celtes irlandais et écossais. Cette dernière pierre était utilisée jusqu'à la fin du XIII° siècle, date à laquelle les rois d'Angleterre se l'approprièrent. Chez les germains, on croyait à l'élection divine (ou prédestination) confirmée par l'élection des pairs. Le roi élu, couronné, assumait alors la fonction royale et sacerdotale.

- Je comprends mieux le Lapsi Texillis, dit Guillaume, Wolfram von Eschenbach signale par ce nom attribué à la pierre ou Graal (Grâl) qu'elle est l'Emblème, l'Enseigne ou bannière de ceux qui revendiquent la coutume de la royauté traditionnelle contre ceux qui sont du parti du Pape. Le roi traditionnel des anciens germains était donc aussi prêtre?

- Il exerçait le sacerdoce selon la tradition odinique. Il était Maître des runes, ces mêmes runes gravées par Odin sur la lance qui l'a transpercé et qui sont le prix de son sacrifice. Les runes forment dans leur ensemble sous forme d'alphabet magico-religieux une science sacrée de l'harmonie cosmique, des dieux et des hommes. 

counter-currents

 Odin et sa lance, l'Arbre du Monde, les runes (counter-currents.com/2011/10/quel-dieu-odin-adorait-il/)

- Les runes, dit Guillaume, le mot mystérieux!

- C'est le moins que l'on puisse dire, ajoutai-je, le mot rune signifie "secret", "mystère", "murmure", ou "lot" (de divination). (2) Autant dire un enseignement secret imposant le silence aux candidats pour leur initiation.

- Enseigne, enseignement, c'est cohérent, remarqua Guillaume, mais je croyais que Chrétien de Troyes s'inspirait des rituels celtiques.

- C'est la même base indo-européenne, dis-je, les celtes des îles britanniques et de Bretagne utilisaient les oghams qui ont les mêmes références magico-religieuses de Connaissance sacrée. Et les deux, runes et oghams étaient utilisés jusqu'au Moyen-âge en même temps que le latin. D'autant que ces systèmes étaient plus des codes qu'une écriture à proprement parler et permettaient d'utiliser le langage courant tout en signifiant autre chose. Cet art des druides et des bardes, basé sur un enseignement oral a été utilisé secondairement par les troubadours occitans puis les trouvères du Nord.

- Mais j'y pense, s'exclama Guillaume, le silence de Perceval signe peut-être le début de son initiation. On lui a dit qu'il ne devait pas poser de question, c'est un interdit à la mode celte (3). Ou c'est le silence du Myste, candidat aux Mystères de Demeter à Eleusis. (4) Et tiens, à propos de silence, j'entends du bruit, nos hôtes se réveillent…

 

(1) Texte Parzival allemand 

http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/13Jh/Wolfram/wol_pa00.html

§ 236 sazte für den wirt den grâl.

dez mære giht daz Parzivâl

 

(2) misraim3.free.fr/divers2/Grimoire_des_Runes.pdf

(3) http://dumas.ccsd.cnrs.fr/docs/00/53/13/74/PDF/Merle_A._mA_moire.pdf

(4) http://chemins-initiatiques.forumculture.net/t169-17-mythes-mysteres-et-symboles

Le verbe muein signifie « fermer la bouche », d’où « se taire »

La forme dérivée mueô signifie initier (aux mystères), puis instruire (sans paroles comme dans les mystères) 

Le mythe se rapporte alors à l’idée de silence car il suggère … avec des moyens qui vont au-delà du langage ordinaire

11 octobre 2013

Perceval et Parzival, une même source, des contextes différents (5)

Depuis le début du repas,Guillaume attendait le bon moment pour lancer son sujet:

- Merci Brigitte, ton tian provençal est un régal, digne de la table du Graal!

- Mais ma parole, s'exclama Bernard, il ne pense plus qu'à ça ce garçon! Il paraît que cette quête occupe déjà tout ton temps libre.

Guillaume regarda Brigitte en rougissant, soudain conscient qu'il profitait peut-être trop largement des opportunités offertes par cette maison. Mais elle le réconforta d'un joli sourire et dit:

- C'est fabuleux, il est entré dans une autre dimension…

- C'est ça, se réjouit Annelise, il a ouvert les portes du Temps et il est en route pour…

Emeline l'interrompit d'un ton très sérieux:

- Allons, il cherche juste le Graal.

On se mit tous à rire, Guillaume le premier reprit son sérieux et se défendit:

- J'ai juste besoin de comprendre, mais en ce moment je ne sais même plus ce que je peux chercher. Vous avez remarqué que les auteurs de Perceval et Parzival, ont à priori une même source, mais ne racontent pas la même histoire.

- Ils ne vivaient pas à la même époque? demanda Annelise.

- Si, affirma Brigitte, Chrétien de Troyes est mort fin XII° siècle, Wolfram von Eschenbach début XIII°. Mais Emeline pourrait nous en dire plus, c'est son sujet d'étude.

- Je vous connais, dit Emeline, vous allez me brancher sur ma passion, mais vous allez décrocher et peut-être même vous moquer de moi. Je n'en parlerai pas à table. Pour ceux que ça intéresse, soirée histoire moyenâgeuse au programme!

- Moi je me souviens, dit Bernard soudain inspiré, d'une visite à la superbe Abbatiale romane de Sainte-Foy-de-Conques (1) qui date justement du XI°, XII° siècle. On nous avait présenté ce qui est considéré comme la première représentation du Graal sur le  reliquaire du Pape Pascal II qui avait aussi donné des privilèges à l'Abbaye de Conques lui permettant de devenir un prestigieux centre de pèlerinage au Moyen-âge, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle.

art-roman-conques

Ecoinçon de Sainte-Foy-de-Conques, Calice

(photo entière sur: http://www.art-roman-conques.fr/parcours4.html)

Brigitte se leva pour aller chercher un livre dans sa bibliothèque-bureau.

- Oui, ajouta Brigitte en montrant la page correspondante, tu as raison, il date tout juste de 1100, le reliquaire est en métaux précieux sculptés, un vrai trésor à lui tout seul. Mais il avait été réalisé pour contenir les reliques les plus précieuses pour un temps qui en était si friand: un morceau de la Vraie Croix et un morceau du Tombeau du Christ. 

- Moi je ne suis pas très convaincu, dit Bernard, un calice sous les pieds de la Vierge, une corbeille sous les pieds de Jean, qui fait quoi?

- Une belle évocation du Mystère, répondis-je en souriant. C'est impressionnant!

Brigitte reprit:

- C'était ce qu'il se faisait de mieux dans cette période euphorisante de la première croisade prêchée en France cinq ans auparavant par Urbain II, le prédécesseur de Pascal II. C'est un témoignage de ce mouvement d'une force incroyable qui a soudain mobilisé le peuple puis les chevaliers, les princes et les rois en Europe, pour un même objectif: rendre les lieux saints de la vie et de la mort du Christ aux chrétiens.

- Donc le Graal aurait été découvert lors de la première croisade? demanda Guillaume.

- Mais dit Annelise, je croyais que le Graal était païen et plutôt celte.

- C'est en effet étonnant, remarqua Emeline, chaque religion ou croyance peut se l'approprier. Mais tu as raison Annelise, Chrétien de Troyes place clairement son Graal dans un contexte de rituel de royauté païen secondairement christianisé, ce n'est pas pour rien que Perceval est aussi nommé "le Gallois". C'est vrai aussi que la fortune du mot Graal lui-même a commencé à l'époque des croisades.

- Il a disparu un moment me semble-t-il, suggéra Brigitte.

- Ah c'est sûr, plaisanta Bernard et on ne l'a toujours pas retrouvé, mais tous les espoirs sont permis. N'est-ce-pas Guillaume, tu vas bien finir par mettre la main dessus!

- La main, j'en doute, répondit modestement Guillaume, je me contenterai d'en approcher le mystère.

- Joli, apprécia Emeline, mais pour répondre à Maman, c'était peut-être un effet de mode, car si le Graal a donné lieu à des oeuvres multiples tout au long du XIII° siècle, son thème a effectivement disparu au XIV° avant de revenir en force depuis le XIX° avec la période romantique. Ce symbole a cristallisé toutes les aspirations humaines, en contexte chrétien au départ et maintenant ça continue dans nos sociétés matérialistes, hautement technologiques et fascinées par le virtuel informatique!

- En fin de compte, remarqua Bernard en s'adressant encore à Guillaume, tu pourrais peut-être commencer par te demander quels effets ou résultats tu attendrais si tu étais en face de l'objet Graal que tu cherches.

- La fortune, dit rêveusement Annelise.

- Pour ça il vaut mieux jouer au loto, répliqua Bernard.

- Le Graal donnait l'Abondance, remarqua Emeline, c'était le même concept.

- Va pour l'Abondance, dit Guillaume, mais nous sommes dans une société d'abondance et il est clair que ça ne suffit pas. J'aimerai savoir quelle est ma place, ce que je peux faire de ma vie qui ait du sens.

- Donc l'Abondance, le sens de la vie et puis? relança Brigitte.

- Me sentir à ma place, relié à une dimension supérieure et aux autres, ajouta Guillaume.  

- Oh, ça c'est l'amour, conclut Annelise, rien de nouveau sous le soleil, mais c'est beau en effet et moi je suis d'accord!

- Le Graal mettait en relation avec Dieu dans les romans médiévaux. Et pour nous un peu de pensée magique ne fait de mal à personne, conclut Emeline. Maintenant soirée histoire dans une demi-heure, avis aux amateurs! 

(1) Abbatiale de Conques, photos et commentaires sur deux sites remarquables:

http://www.art-roman.net/rouergue/rouergue.htm

http://www.art-roman-conques.fr/reliquaire.html

 

(2) Chronologie des oeuvres du cycle arthurien et du Graal

http://cena12arthur.metawiki.com/oeuvreschrono

 

 VOIR EN Documents ici, Contexte historique de Perceval le Gallois ou Conte du Graal et de Parzival. 

2 octobre 2013

Le Graal et la magie des pierres (3)

Lorsque je me levai à l'aube du troisième jour dans la maison silencieuse, j'eus la surprise de trouver Guillaume installé devant l'ordinateur de l'espace bureau-bibliothèque de Brigitte qu'elle avait aménagé dans un renfoncement du salon. Plusieurs livres étaient ouverts devant lui et il faisait des recherches sur internet.

Il s'étira quand je le saluai, et sembla heureux de me voir. Il me proposa de nous préparer un café tout en me parlant.  

Trop excité par notre conversation de la veille, il avait voulu prolonger la conversation avec Brigitte qui lui avait conseillé d'aller d'abord dormir et l'avait autorisé à utiliser son matériel dans la journée. Cela faisait une heure qu'il y travaillait. Il me résuma ses recherches.

- Selon les connaissances du Moyen-âge, les vertus des pierres étaient dépendantes des étoiles et planètes. (1) C'était la base d'un savoir astronomique et astrologique, les deux étant liés à l'époque et transmis depuis des siècles, des Sumériens aux arabes puis aux occidentaux.

"Par ailleurs dans l'Antiquité, on pensait que les météorites étaient le support de puissance divine ou même de la présence de dieu ou déesse. (2) D'où les croyances attachées aux bétyles, comme la pierre noire de la Kaaba ou la pierre grecque transportée à Rome et associée à Cybèle (3). On prenait certaines pierres taillées au paléolithique pour des météorites, donc des pierres sacrées. C'était le cas en particulier de la calcédoine dont l'agate est une des formes, et le Calice de Valence assimilé à la Coupe de la Céne est en agate.

- Il existe des pierres d'émeraude? demandai-je.

- J'y viens, reprit Guillaume, il existe des pierres vertes formées lors d'une chute de météorites, elles sont  appelées moldavites depuis le XIX° siècle, mais auparavant on les appelait émeraudes de Bohème, leur lieu d'origine. Elles étaient taillées et connues depuis le paléolithique. Elles sont de petite taille (moins de 10 cm) et sont de plus en plus rares.(4)

moldavite-lumieredesanges

Emeraude de Bohême, Moldavite (lumieredesanges.forums-gratuits.fr)

- Tu penses que le Graal aurait été taillé dans une moldavite? demandai-je.

- Pourquoi pas? répondit Guillaume, n'oublions pas que c'est Wolfram Von Eschenbach qui a parlé d'une pierre aux propriétés extraordinaires. 

- C'est vrai qu'il était originaire de Bavière, proche de cette région et l'étymologie de bavarois est "homme de Bohême", remarquai-je. 

- Oui, répliqua Guillaume, il connaissait sûrement à la fois ces émeraudes de Bohême et les verreries installées dans la région depuis le XI° siècle, réputées pour la qualité exceptionnelle de leurs productions! Quant aux propriétés de la pierre elle-même, d'après les lithothérapeutes modernes, elles sont exceptionnelles: la moldavite était connue comme étant la pierre universelle des anciens guérisseurs russes, elle favorise la modification d'état de conscience et donc l'accès aux dimensions spirituelles en vue de l'unité universelle. Elle reste toujours pure, elle ouvre le centre du coeur, centre de la compassion et harmonise l'ensemble des centres d'énergie ou chakras en équilibrant énergies cosmiques et énergies terrestres. Est-ce que ça ne ressemble pas à certaines des capacités de la Pierre du Graal?  

 

Je souris sans rien répondre. Guillaume sembla soudain moins enthousiaste et ajouta:

- Bon, on n'a pas trouvé de calice d'émeraude de Bohême dans l'environnement du Christ. Par contre il y a autre chose sur le lapsit exillis ou lapsi texillis du Parzival de Von Eschenbach. Je vais continuer à chercher.

 

Bernard et Brigitte nous rejoignirent et nous proposèrent de partager le petit déjeuner, après les délices de l'esprit, les joies de l'amitié et de la table, nous étions comblés!

 

(1) http://e-spania.revues.org/144

(2) http://www.science-et-magie.com/archives02num/sm59/5901pierres.pdf

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Bétyle

(4) http://www.joyaux-de-cibele.com/page59.html# 

 

31 janvier 2015

Branches et troncs en Janvier

Noisetier, fleurs mâles et femelles. (Pour les fleurs femelles la photo vient d'ici.)

noisetierbrousarede

Les chatons mâles de noisetier

Exposent leurs pendentifs

A la vitrine de l'hiver.

 

Les étoiles des fleurs femelles

Eclairent les branches claires

En explosions de lumière.  

 

Fleurs de cognassier du Japon

Bourgeon-cognassierfleur-branche-cognassier

Des bourgeons rosés font oublier les épines,

Le cognassier du Japon revêt sa parure dès Janvier,

Tissant de fleurs roses l'armature nue de sa robe.

 

Lichens

lichen

Vieux-tronc-lichen

L'arbre mort se revêt d'une tunique

Aux basques de lichens et de mousses

Agrémentés de boutons champignons.

31 janvier 2015

Les eaux de Janvier

eau-branche

Patientes, les gouttes gonflent les bourgeons

Avant de tomber pour rejoindre les feuilles

Qui se souviennent du vent d'automne.

 

eau-cygne-2

eau-cygne1

Eau-vieux-chemin

 

Crue

Curieuse d'un monde à conquérir,

L'eau s'affranchit de ses limites.

Elle s'offre aux oiseaux et joue avec les reflets

Dans sa robe aux couleurs du temps.

 

DICTON

En Janvier, mieux vaut un voleur dans son grenier qu'un laboureur en chemise.

30 septembre 2013

Réalité du Graal (2)

Le deuxième soir, Guillaume reprit le sujet dès que la délicieuse tarte aux prunes de Brigitte fut finie:

- C'est quoi en vrai le Graal, quel genre d'objet? Une coupe, une pierre, un plat ou autre chose?

- Là tu évoques une réalité matérielle, dit Emeline. Pour avoir des éléments de réponse, il faut reprendre l'histoire au début. C'est Chrétien de Troyes qui vers la fin du XII° siècle dans son Perceval le Gallois ou Conte du Graal en parle pour la première fois. Cet auteur qui comme tu le sais est le premier romancier du genre, dit que son oeuvre est inspirée d'un livre confié par son protecteur le Comte Philippe de Flandre pour en faire ce récit - livre inconnu à ce jour. Et même si une bonne part de son succès s'explique par sa capacité de narrateur efficace pour camper des personnages crédibles malgré le merveilleux dans lequel ils évoluent, il dit et répète que c'est une FICTION.

- Le Graal aussi? demanda Annelise.

- Dans son roman, reprit Emeline, il parle d'un Graal d'or serti de pierres précieuses et dans sa description du cortège du Graal selon le langage de l'époque, sous différentes orthographes, ce terme fait référence à un plat collectif du service de table, graal, gréal, gréau… 

Cortège du Graal-expositions

Cortège du Graal (expositions.bnf.fr/arthur/arret/04_3.htm)

 

- Et que contient-il? demanda Guillaume.

- Toujours d'après Chrétien de Troyes, répondit Emeline, l'ermite Trévizent explique à Perceval que ce plat merveilleux, le Graal, nourrit depuis quinze ans le père du Roi Pêcheur d'une seule hostie par jour.

- Donc c'est une pub pour le rite chrétien de l'Eucharistie, s'exclama Bernard. 

- Je croyais que le Graal était la coupe ou calice qui avait contenu le sang du Christ, remarqua Brigitte.

- Le manuscrit du Conte du Graal étant inachevé, reprit Emeline, il va être repris par d'autres auteurs. Et rapidement en effet on va associer le Graal à la fameuse coupe de la Cène, dernier repas de Jésus-Christ avec ses disciples. Cette coupe récupérée par Joseph d'Arimathie aurait servi à recueillir quelques gouttes de sang du Christ provenant de la blessure infligée par la lance du centurion Longin lors de la Crucifixion.

- La coupe de la Cène appelée Saint-Calice serait la même coupe que celle de Joseph d'Arimathie assimilée au Graal? demanda Brigitte.

- Certains le disent, dis-je, et si l'Eglise ne l'a jamais affirmé, elle joue sur l'ambiguité, ainsi avec le Saint Calice de Valence qui, ramené par Saint Pierre à Rome, aurait été envoyé en Espagne par Saint Laurent avant la persécution romaine du III° siècle. La coupe est en agate et date de l'époque de Jésus, elle est sertie dans un pied en or et pierres précieuses qui datent du Moyen-âge.

- C'est une histoire de foi, ajouta Bernard, il ne peut y avoir de certitude au sens moderne du terme.

- Et quelle est l'histoire de la pierre-Graal? demanda Guillaume.

- Les coupes rituelles de l'époque de Jésus, répondit Emeline, étaient en pierre. On attribuait à ce matériau, des valeurs de pureté et en tant que matière créée par Dieu, non par l'homme, elle était réputée pour avoir des qualités de médiation naturelle avec le divin. 

- Et surtout Wolfram von Eschenbach, dis-je, dans son Parzifal inspiré par le Perceval de Chrétien et des sources à priori communes, décrit le Graal comme une pierre sur laquelle une colombe vient déposer une hostie annuellement, ce qui renouvelle ses pouvoirs. Son nom est aussi "lapsit exillis", une pierre venue du ciel en compagnie d'anges.

- Et probablement lors de la Chute de Lucifer, ajouta Emeline, l'auteur ne le dit pas explicitement, mais comme il en parle dans la même partie de son roman, cette interprétation s'est imposée.

- Et que veut dire Lapsit exillis? demanda Guillaume.

- On dit que cela ne se traduit pas, répondit Emeline, et ce d'autant plus que ce mot inconnu est mal écrit dans les textes de l'époque qui nous sont parvenus. Avec l'écriture manuscrite des copistes, les espaces ne sont pas réguliers et lorsqu'on ne reconnaît pas le mot, ça ne facilite pas les choses. On dit que ce serait plutôt lapis ex coelis, pierre tombée du ciel; ou lapis exilis, pierre légère ou sans valeur. Bref, en latin ça ne veut rien dire.

 

Bernard se leva alors et saisissant la première feuille à sa portée, écrivit:

LAPSITEXILLIS. Puis il nous dit:

- Puisque Lapsit exillis ne veut rien dire, peut-être que la séparation des deux mots n'est pas au bon endroit. Et il écrivit:

LAPSI TEXILLIS  

Brigitte se leva à son tour pour aller chercher un livre. Elle le feuilleta rapidement et nous montra une page:

- Regardez là, texillis était traduit par bannière, Tacite utilisait ce terme, bannière ou drapeau. (1)

- Ce serait la bannière en rapport avec la chute, dit Emeline, ou plus précisément si je veux traduire, Lapsi Texillis, la bannière de ceux qui sont tombés, mais quel rapport avec une pierre?

- Je me souviens d'une histoire indienne, remarqua Brigitte, il y avait une pierre appelée Cintimani, la "gemme-qui-exauce-tous-les-désirs" et le roi qui la possédait l'avait fixée sur un étendard, donc une bannière… (2)

- Dans Parzival, ajouta Emeline, Titurel, un ancêtre de Perceval, fut le premier à être chargé de défendre la bannière (ou drapeau) du Graal (§ 501). C'est en effet l'expression utilisée par Wolfram d'Eschenbach.

- Et il existe vraiment une bannière du Graal? demanda Guillaume.

- Je ne sais pas si on peut l'appeler ainsi, dit Bernard, mais je me souviens d'un drapeau portant l'emblème du Graal. Ce sont les armoiries de la Galice qui datent du Moyen-âge.

 

Escudo_de_Galicia

Armoiries de Galice avec Graal (wikipedia.org/wiki/Blason_de_Galice)

 

- C'est la région de Compostelle et son fameux pèlerinage, ajoutai-je, le coeur chrétien de l'Espagne pendant l'invasion arabe du VIII° siècle qui ne s'est pas étendue jusque là. Cette région est le premier royaume chrétien lors de la Reconquista ou reconquête chrétienne, surtout lors de la véritable croisade locale du XI° siècle à laquelle participent des chevaliers chrétiens venus de toute l'Europe.

- C'est passionnant, conclut Bernard, mais nous n'allons pas refaire l'histoire de cette époque épique ce soir. Il est temps d'aller se coucher pour être opérationnel demain!

 

Pour découvrir le Calice de Valence en vidéo: 

http://histoirelegendaire.blogspot.fr/2012/09/le-calice-de-valence-et-le-labyrinthe.html

 

 

(1) Lapsi = du verbe labor dont un des sens est chuter, tomber 

 http://www.dicolatin.com/FR/LAK/0/LABOR/index.htm

Lapsi = ceux qui sont tombés, terme désignant les chrétiens persécutés qui renient la foi.

http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/lapsi/46255

Texillis

http://www.archive.org/stream/histoiredeluniv00bimbgoog/histoiredeluniv00bimbgoog_djvu.txt 

Texillis traduit par bannière, (verbe texo: tisser)

http://www.archive.org/stream/uvrescomplettes03rousgoog/uvrescomplettes03rousgoog_djvu.txt

médium inter signa Othonem Texillis circumdarent (Tacite)

http://archive.org/stream/caiuscrispussal01sallgoog/caiuscrispussal01sallgoog_djvu.txt

Contractis legionum Texillis , pro contractis legionum vexillariis

 

(2) Bannière du Cintimani

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1920_num_20_1_5559

p33 34

 

Ajouté le 7 octobre

Grille du commentaire ci-dessous (Alf), le lien ne fonctionnant pas:

ALF-EXEMPLE-kyot

30 juillet 2013

L'Âme de l'humanité

Homme-Feu

 

L'Âme de l'humanité

 

Nous sommes des étincelles 

De l'Âme universelle

Sous des vêtements de peau.

 

Dans mon corps en lambeau

Qui sous l'effet du temps

Perd son allure d'antan,

 

Mon âme rejoint celles

Qui adhèrent au Réel

De toute l'humanité.

 

Sentiment d'être complet,

Nous sommes autant de flammes

Jaillies du feu de l'Âme.

 

L'élan vital parcourt,

Tel un torrent d'amour

Nos corps qui se rassemblent.

 

Et l'Homme qui nous ressemble,

Âme reliée au sommet,

Accède à l'unité.

 

Marie Duval

10 juillet 2013

PIERRE DE LUMIERE II, Le destin d'Adam selon la genèse (2)

Pour en savoir plus sur Adam et Eve, Abdul me recommanda l'étude de la Genèse, mais en retournant aux racines du texte hébreu, en utilisant par exemple le travail de Annick de Souzenelle qui commente les premiers versets de la Génèse à partir du texte hébreu dans ses deux tomes Alliance de Feu.

 

Dans le jardin d'Eden, Adam doit travailler et garder la Adamah (la Terre dont il est constitué): il doit par un travail de prise de conscience progressif sous la conduite de Dieu, monter en niveau de conscience afin d'accomplir tout son potentiel à la ressemblance de Dieu.

Pour atteindre à la ressemblance, l'Adam-image d'Elohim, doit se nourrir de tous les arbres du jardin, images des énergies divines. Mais il ne doit pas manger de l'Arbre de Connaissance.

A de Souzenelle traduit le verset Gen 2 16 concernant cet ordre divin, en utilisant "accompli ou non-accompli" pour bien ou mal, et "muter" au lieu de mourir. En effet, Adam après la faute ne meurt pas, mais change de façon de voir et de rapport à Dieu, c'est une "mutation" de sa nature. 

Ce verset devient donc: De l'Arbre de Connaissance de l'accompli et du non-encore accompli, tu ne mangeras pas de lui (nous) car dans le jour où tu mangeras de lui (nous) muter absolument, tu muteras.

Elle commente: Le fruit de l'Arbre de la Connaissance, de celui-là (qui est de "nous", le divin lui-même) tu ne mangeras pas (car tu dois muter-évoluer) et dans le jour où tu mangeras de lui (de nous) cesseront tes mutations (c'est-à-dire ton état sera fixé à un stade où tu ne peux plus évoluer).

 

Elohim a créé l'homme, mâle et femelle. D'après le texte hébreu, l'homme est mâle et femelle, c'est-à-dire capable de "se souvenir" (= mâle) de cette partie féminine de lui-même donnée par Dieu comme aide (son ishah, son face-à-face) qui "contient" (= femelle) sa force d'accomplissement.

Elohim dit "croissez", c'est-à-dire grandissez, allez vers la totalité de vous-même. Il dit aussi "multipliez", ce qu'elle commente ainsi: la multiplication est le fruit de la croissance, le fruit correspond à un niveau de "terre intérieure" accompli et est le germe du fruit de la terre suivante.  Il ne doit donc pas être mangé, ce qui bloquerait le processus, mais réutilisé pour parcourir un niveau supérieur de conscience.  Le dernier fruit, total accomplissement de l'Arbre de la Connaissance, sera celui de l'unité absolue avec le NOM (Tétragramme, Nom de Yahvé: YHVH).

 

Genèse 2 finit avec le verset 25, ils sont deux et non plus dans la confusion l'un de l'autre, la conscience de cette séparation étant la condition pour devenir Un à l'issue du travail d'accomplissement guidé par Dieu. 

Ils sont nus et un jeu de mots en hébreu met ce mot nu en rapport avec "rusé" ou connaissant (la ruse étant Sagesse divine*), donc ils sont nus et ne sont pas confondus (ce qui est mal traduit par "ils n'ont pas honte"). (Voir ici)

 

* A de Souzenelle la Lettre chemin de vie… "Moi la Sagesse, j'habite la ruse et je pénètre la connaissance des desseins" Prov 8 12 traduit de l'hébreu.

 

Elle commente: cet état de nudité est savoir-faire dans la perspective du chemin qui est à parcourir, le long duquel Dieu sera guide. L'Homme éveillé à la connaissance est celui qui sait qu'il est deux! L'Adam est devenu conscient qu'il doit épouser sa femme intérieure. 

Notons que ne peut être "épousé" (intégré en tant qu'énergie, niveau de conscience) que ce qui est séparé (mis dans le "face-à-face" de la conscience). 

 

Mais Adam ne garde pas la terre intérieure dont il est constitué, son Adamah, et laisse son ishah, (son aide pour communiquer avec Dieu), suivre les propositions du Serpent (avec un jeu de mot sur nu, connaissant). Après le péché, ils voient qu'ils sont nus et confondus. 

adam-eve-ethiopie2-rolpoup1

Adam et Eve se voient nus - Ethiopie (rolpoup1.blogspot.fr/2010/12/propos-des-tuniques-doubli.html)

A de Souzenelle commente: La "nudité" dont il s'agit est exprimée par un mot légèrement différent de celui qui traduisait en Gen 2 25 "la connaissance du chemin que ish et ishah devaient parcourir". Ce mot nouveau affirme que le chemin est parcouru et le but atteint. L'Homme se croit éveillé. L'illusion est totale!

Avec le péché, la verticalisation ne peut plus se faire, l'énergie fuse à l'horizontale et s'investit dans le monde extérieur. Fermé à son féminin intérieur, Adam réduit à sa dimension animale, se tourne vers la femme biologique, extérieure, qui pour la première fois à la fin de ce chapitre (Gen 3) sera nommée Hawah, Eve. Il se tourne vers elle et c'est vers elle désormais que se dirige sa montée d'énergie (montée du désir).

L'Homme dans le péché reste image de Dieu, mais le Souffle divin (Rouah ou Rûah) n'agit plus en lui pour le mener vers la ressemblance.

Rappelons que le sens de péché est "mal viser", "se tromper de cible"!

Seul Dieu au coeur de Ishah peut faire savoir. Car le "face-à-face" ish-ishah est nécessaire pour "communiquer" et savoir. Or le coeur de Ishah est maintenant habité par le Satan qui a donné à Adam l'illusion d'une nudité conquise, c'est-à-dire l'illusion d'une connaissance totale.

 

Ainsi Adam a perdu la connaissance du fonctionnement de sa conscience dans son rapport avec Dieu, avec son féminin intérieur et les énergies qui le constituent. Il a perdu son accès à la Ressemblance et donc à la Connaissance. 

Dans son intérêt, Dieu l'exile alors du Paradis afin de ne pas manger de l'Arbre de vie, ce qui le fixerait dans cet état sans évolution possible. Dieu l'envoie sur la terre avec une tunique de peau remplaçant le vêtement qu'il a perdu, (mais cette tunique de peau a un potentiel de lumière). Adam ne communique plus avec son ishah intérieure, il ne la distingue plus puisqu'il est maintenant confondu avec elle, aussi il doit travailler la terre extérieure jusqu'à ce qu'il retourne à son Adamah (la terre dont il est constitué, sa terre intérieure) et reprenne le travail de ses terres-énergies intérieures. 

 

Le motif de cette évolution dramatique de l'homme sera étoffé dans des légendes inspirées de cet épisode. 

Adam, qui à son tour après Lucifer, a perdu le vêtement de Lumière-Connaissance, a le droit d'emmener la Pierre de Lumière, symbole de cet état édénique perdu. (Dans certaines versions, son fils Seth reviendra la chercher).

Le vêtement de Lumière perdu correspond au Corps de Gloire et sera évoqué en Perse sous forme du Xvarnah, principe de souveraineté et de divinité. Ce principe se retrouvera dans les symboles de royauté d'autres civilisations et dans les légendes du Graal comme nous l'avons déjà vu.

Il sera procuré à celui qui franchit tous les obstacles de la quête et voit le Graal, creusé dit-on dans l'émeraude de Lucifer (la Pierre de Lumière) et ayant contenu le sang de Jésus-Christ. Dans ce dernier aspect, remarquons la combinaison des couleurs Verte (de l'émeraude) et Rouge (du sang) qui unit des principes fondamentaux et complémentaires

Le sang y représente les "mérites de Jésus-Christ". 

Dans la Bible, l'âme est dans le sang (par exemple : Gen 9 1). L'âme est aussi dans le Vase si l'on en croit le récit de la création d'Adam à partir d'un vase d'argile fétide séchée secondairement animé du Souffle-Rouah divin. On voit la richesse de ce symbole, synthèse de ces croyances sur la nature et le destin potentiel de l'homme créé à l'image de Dieu. 

Hélas nous avions perdu ces références traditionnelles en cours d'évolution, nous n'avions gardé que l'image d'un objet précieux et magique, Vase-calice-coupe, capable de contenter le désir de l'homme, avec inévitablement une forte connotation matérielle dans une époque matérialiste coupée de ses racines spirituelles.

 

Perspective d'évolution

D'après les récits légendaires religieux et mythiques, Lucifer puis l'homme ont perdu leur vêtement de Lumière ou de Gloire avec leur place de "plus proche de Dieu" en tant que vicaires-représentants et louangeurs-chefs de prière de Dieu, gardiens de la Lumière. 

Mais pour l'homme désireux de reconquérir son potentiel de Lumière-Connaissance, il existe une possibilité de retrouver cet état édénique de proximité divine, un chemin d'évolution vers la Ressemblance. Les voies proposées sont différentes selon les traditions: quête du Graal archaïque confondue avec la quête de royauté puis christianisée, chemin du christianisme avec Jésus-Christ qui rappelle "vous êtes des dieux" (Jean 10, 33), voie du Coran à la suite de Mohammed, tradition du Joyau qui exauce les souhaits dans le bouddhisme…

Transfiguration-vêtement-de-lumière-Christ-johnhensondotnet

Transfiguration-corps de lumière du Christ (johnhensondotnet.files.wordpress.com)

Ces voies étaient la plupart du temps associées à un objet symbolique, le Graal de Chrétien de Troyes, le Chaudron d'immortalité celte, la coupe de Djemshid puis la coupe de Salomon, le Calice-Graal de Joseph d'Arimathie, le Chintamani ou Joyau bouddhique. Ainsi la voie se confondait souvent avec celle de la conquête d'un Saint Bol permettant en tant que contenu (élément masculin)- contenant (élément féminin) de conquérir l'Unité et retrouver la condition de l'Homme primordial vivant en harmonie avec la Création et son Créateur.

 

Abdul était satisfait de l'évolution de mes recherches, il me dit que j'avais gagné le titre de "Graaleuse" et nous en avons ri en enchaînant des jeux de mots vaseux sur notre matière fondamentale, vase transformée en Vase! 

Sa passion était contagieuse et même si je comprenais que pour lui c'était devenu vital, il ne perdait pas pour autant le sens du jeu en m'entraînant toujours plus loin…

22 août 2013

Source de lumière

Feu

Source de lumière

 

Le feu brûle au coeur

De mon être mondain,

Transforme mes malheurs

En chance pour demain.

 

C'est comme un soleil

Qui chasse les ombres,

Sa lumière m'émerveille

De détails sans nombre.

 

Sa source pulse la vie

En irradiant autour de moi.

Je vois le monde épanoui

Et ce qui me relie à toi.

 

Plus rien ne me lasse,

Quand ta paix m'envahit.

Tout m'apparaît à sa place,

J'en découvre l'harmonie.

Marie Duval

21 mars 2013

Reflets de Sarthe en hiver

ChSarthe1

Dans les ombres du couchant

Je cherche le chemin qui résiste

A l'envahissement des eaux,

Miroir d'une saison humide.

+Sarthe-Ch-déb

Comme une douce marée

L'eau a gagné la partie,

La terre devient une plage

Ponctuée d'arbres nus.

 

+Sarthe-Ch +

Images d'hiver aux couleurs

Sépia d'un album nostalgique.

Le temps se fait immobile

Dans la sérénité d'un reflet.

 

+Sarthe-Ch +

Marie Duval (textes et photos)

16 mai 2013

L'ENIGMATIQUE CARRÉ ROTAS-SATOR, 8/ Astronomie sacrée

Mon hôtesse, Emeline avait préparé un solide petit déjeuner et je le terminai en sa compagnie lorsque je reçus un appel de Abdul, il m'invitait pour le déjeuner en présence d'Amy et souhaitait que nous finissions ensemble le travail sur le Carré avant mon départ. 

Emeline me proposa de m'emmener à Mauron puisqu'elle avait une course à faire, elle me déposerait au retour chez Abdul. Elle me laissa sur la place du village et je pris plaisir à parcourir les ruelles anciennes. Nous devions nous retrouver à l'église aussi je pris le temps d'admirer les fameux vantaux de l'ancien portail* installés maintenant à l'intérieur pour les préserver.  Ils datent du XV° pour deux d'entre eux, du XVI° pour les autres. 

Je fus particulièrement intriguée par la représentation de l'exil d'Adam et Eve. Chassés par l'Ange, ils quittent le Paradis, mais une forme grossièrement pentagonale semble tomber derrière Adam et Eve tient une sorte de branche.

Expulsion_du_Paradis-Mauron

Adam et Eve chassés du Paradis-XV°-Mauron*

Je fus très bien accueilli par Abdul et Amy, le repas était simple et savoureux. J'aidai Amy à ranger et nettoyer pendant que Abdul se reposait dans son bureau. Lorsque je le rejoignis, il m'attendait pour prendre le café. Je lui racontai ma découverte des portes de l'église. Il rit et me montra sur son ordinateur les photos de ce que j'avais vu et la même scène quasiment datant du XVI° siècle dans l'église de Saint-Maxent à l'est de Brocéliande.

Exil-du-Paradis-Maxent

Adam et Eve chassés du Paradis-XVI°-Saint-Maxent (1)

- Tu as bien observé, dit-il, d'après des érudits locaux, sur le premier tu vois la pierre de Lumière qui tombe après le péché d'Adam, c'était la même pierre, une émeraude, qui était tombée après le péché de Lucifer et Jean Markale lui-même l'affirmait (2). Dans cette pierre sera taillée la Coupe remise à Joseph d'Arimathie assimilée au Graal.

"La branche pourrait être celle de l'Arbre du Paradis qui comme tu le sais donnera l'arbre dans lequel sera taillée la Croix du Christ. (3) Tu pourras approfondir tout cela une fois rentrée chez toi.

- On dirait une pierre taillée, remarquai-je.

- Tout-à-fait, confirma Abdul, on peut y voir la Pierre philosophale qui permet une métamorphose de l'état grossier à un état évolué allant jusqu'à la réintégration potentielle dans l'état divin.

"Pour être honnête, d'autres personnes en le comparant à la représentation de Saint-Maxent parlent plutôt d'une bêche ou pelle pour Adam et d'un fuseau à filer pour Eve!

"Mais, laissons-là ces passionnantes digressions, aujourd'hui, je souhaiterai que nous voyons ensemble un autre aspect du Graal lié à l'astronomie. Selon Cicéron, Jupiter était appelé Caelestum sator, tu vois le lien…

"Tout comme la Génèse raconte l'histoire de la Création par Dieu, les dieux des transformations du Carré évoquent l'histoire égyptienne de la Création. Et tu te souviens que selon Wolfram Von Eschenbach, un certain Flégétanis avait vu le Graal inscrit dans le ciel.

- Il était arabe je crois, dis-je.

 

Abdul sourit et reprit:

- Voici un schéma de la carte du ciel avec la Voie Lactée au milieu en vertical:

Schéma-carte-ciel

Schéma Carte du Ciel

"Une configuration particulière du ciel nocturne s'appelle le Grand G des étoiles, Orion-1 est au centre avec en spirale autour : Sirius (Grand Chien-2), Licorne-3, Procyon (Petit Chien-4), Castor et Pollux (Gémeaux-5), Capella (Cocher-6) et Aldebaran (Taureau-7). 

Etoiles-mythe-égyptien

Etoiles du mythe égyptien

 

- C'est le Graal? demandai-je.

- Pas vraiment, répondit Abdul, mais c'est dans cette zone. Pour comprendre, il faut déterminer ce qu'on peut voir à l'oeil nu. Selon la magnitude des étoiles correspondant aux différentes constellations, voici ce qui apparaît:

Graal-des-étoiles

Graal des étoiles

Le G s'étend sur la constellation de la Licorne et englobe Sirius et à l'autre extrémité Procyon.

Le R correspond à Orion

Un A est formé par les Gémeaux, 

Un deuxième est visible à l'emplacement du Cocher,

Enfin on distingue dans le Taureau un L de type archaïque ressemblant à un V à l'envers.

 

J'étais stupéfaite et je m'exclamai:

- Incroyable, le Graal dans le ciel… Mais en quoi cet endroit du ciel est-il spécial? Il existe beaucoup d'autres constellations.

- En effet, c'est une bonne question, dit Abdul qui se réjouissait manifestement de partager ce spectacle. D'abord ce sont des étoiles très importantes dans le ciel égyptien. La nuit, royaume de la Lune, Sirius est l'étoile la plus lumineuse du ciel, donc facile à repérer, sa réapparition annuelle dans le ciel annonçait la crue du Nil avant que la précession n'entraîne un décalage trop important. Le baudrier d'Orion est aussi très reconnaissable. Ces constellations sont à une extrémité de la Voie Lactée, et surtout, le Soleil, l'astre du jour, semble surgir des parages de Sirius dans son trajet à l'intérieur de la Voie Lactée.

- Le lieu de naissance de Rê! dis-je.

 

Abdul resta silencieux puis me dit:

- Voilà ce que je devais te transmettre, maintenant j'ai fini, mais pour toi cela ne fait que commencer…

- Je comprends et avec ton aide, je ferai de mon mieux pour transmettre à mon tour, le plus clairement et simplement possible.

 

Abdul se leva et m'invita à sortir de son bureau en disant:

- Il est l'heure pour toi, Amy va te conduire là où tu veux, je te laisse partir…

 

Le temps des adieux est toujours un peu délicat, Abdul l'abrégea en limitant mes remerciements au strict minimum. Je le quittai avec un émerveillement sans nom et une infinie gratitude, même s'il m'avait dit:

- Ne te trompe pas de cible, c'est Lui que tu dois remercier, je ne suis qu'un serviteur sur la Voie! Et je ne t'ai finalement montré que la Lune et quelques étoiles!

C'était dans cette légèreté souriante que nous nous étions quittés, mais je vivais comme une grâce inouïe d'avoir vécu en parallèle ce séminaire d'une grande richesse sur le Graal et la découverte des secrets du Carré. 

Un chantier intellectuel exaltant d'une immense valeur spirituelle m'attendait, pourrais-je le mener à bien, moi aussi simple "serviteur sur la Voie"? 

 

* Voir http://cc-mauron-broceliande.com/wiki/index.php5?title=Les_vantaux_de_l'église_de_Mauron

Ce lien ne fonctionne pas sur canalblog, merci de m'avoir signalé ce problème.

1 Panneau de Saint-Maxent

http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/itiinv/regnault/pages/reg331.htm

2 Emeraude de Lucifer et Adam

http://www.graal.be/graal022.html

Jean Markale : la pierre tombe du front de Lucifer lorsqu’il est précipité dans l’abîme. Parce que c’est une pierre de lumière. Et elle tombe aux pieds d’Adam et Eve au paradis ? Et quand ils sont chassés, ils ont le droit de l’emporter, et elle se transmet de génération en génération... Et elle arrive aux mains de Ponce-Pilate...

A de Souzenelle, 

http://books.google.fr/books?id=zmOg9SYoA1MC&pg=PT442&lpg=PT442&dq=symbolisme+chute+d'émeraude+

de+Lucifer&source=bl&ots=V7f19R6Lop&sig=3Zr1mJewjX2IGwPLUUv1VgbPW1M&hl

=fr&sa=X&ei=uomQUdPRMMiw0AW9h4CABg&ved=0CDUQ6AEwATge

L’émeraude frontale, ornait le front de Lucifer, puis celui d’Adam dans le Paradis, lorsque Lucifer la perdit. A son tour, Adam connu la chute et l’émeraude se détacha de lui. Les Anges la reçurent, la creusèrent, et en formèrent la coupe dont le Christ se servit à la Cène. Cette coupe recueillit le sang qui s’écoulait de la plaie du Christ en Croix, la légende continue dans le Graal. Avec sa couleur verte, l’émeraude œil-frontal, indique son intégration à l’Arbre de Vie.

Exil du Paradis avec une branche de l'Arbre de Connaissance

http://lemondedaleos.wordpress.com/category/mythologie-comparee/

 

3 De la branche de l'Arbre du Paradis au bois de la Croix (P 145)

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ethio_0066-2127_1955_num_1_1_1239

4 Les étoiles de magnitude apparente inférieure à 3,50 sont potentiellement visibles sans difficulté. Voir la liste ici.

5 mars 2013

LE SANCTUAIRE DE BROCÉLIANDE

Chapitre V du Roman du Graal dévoilé

Dès mon réveil, je finalisai le cercle des personnages des légendes arthuriennes associés aux lieux de Brocéliande. Lancelot et Guenièvre au Pont du Secret, Viviane et son Hostié, Morgane dans le Val sans Retour, Merlin au Miroir des Fées ou avec Viviane à la Fontaine de Barenton, Viviane élevant Lancelot avec Merlin à Comper, Merlin et son Tombeau à côté de la Fontaine de Jouvence... Autant de lieux stimulant l'imaginaire par la mise en scène de multiples légendes. J'avais ainsi trois cercles et je savais que le suivant était celui des forteresses. Pourtant je ne progressai plus assez vite à mon goût et mon séjour tirait à sa fin, je résolus de téléphoner à Fernand.

Lorsque je lui parlai de mon proche départ, Fernand insista pour qu'auparavant j'explore la partie ouest de Brocéliande afin de mieux comprendre les particularités de ce lieu justifiant selon lui l'implantation du mythe du Graal. Il me proposa de le rejoindre, il partait avec un groupe pour visiter Campénéac, Néant-sur-Yvel et en retournant vers Tréhorenteuc, le Jardin-aux-Moines. J'acceptai sa proposition, je n'avais rien de mieux à faire pour ce que je pensais être mon dernier jour dans cette région et j'espérai secrètement encore rencontrer Merlin.

Nous étions huit en tout, notre guide et chauffeur Bastien, un homme entre deux âges, très calme et bien organisé; deux couples d'amis touristes sexagénaires avec la panoplie appareil photo, bâtons de marche, vêtements et chaussures de baroudeur, sac à dos ventrus.
Je reconnus à peine Fernand tant il avait soigné son apparence. Etait-ce grâce à la présence de son amie Lor-re-key qu'il me nomma de nouveau en épelant son nom? Il s'était rendu compte que je ne l'avais pas bien compris. Elle était sobrement vêtue de vêtements masculins confortables qui ne mettaient pas vraiment en valeur sa féminité, mais ainsi on remarquait moins sa petite taille. Elle avait de grands yeux d'enfant, tour à tour curieux de ce qui l'entourait ou comme fixés sur un monde intérieur. Elle était silencieuse, souriait beaucoup et regardait avec une tendresse émouvante Fernand qui se montrait très prévenant envers elle.

Campénéac
Notre première excursion se déroula à Campénéac, une bourgade située au sud-ouest de la forêt de Paimpont, non loin de Ploërmel. La région garde la trace de nombreux vestiges mégalithiques. Son nom autrefois était Brénéan ou Bernéan. D'après Fernand cela pouvait se traduire par "colline du Ciel ou du Németon", on retrouvait la trace de ce fameux sanctuaire de Brocéliande évoqué là aussi tout comme à Néant.
Je lui fis remarquer qu'en terme de hauteur, la commune ne culminait pas bien haut! Il répondit en riant: "Tu verras tout à l'heure! En attendant, suivons le guide". Bastien se dirigeait alors vers l'église, suivi des deux couples. A peine entré, rapidement il nous dirigea vers la fameuse chaire soutenue par le diable à genoux. Les femmes, après des exclamations de surprise écoutèrent religieusement ses explications.

- L'église a été reconstruite fin XIX° sur les restes d'une ancienne église, la chaire date aussi de cette époque, et localement, devant cette représentation, on évoquait parfois Merlin, fils d'une vierge pieuse et du diable; le message était alors clair, l'église avait triomphé du diable et … de Merlin!
Un homme réagit vivement : "Nous avons déjà vu des statues de diables dans l'église ailleurs, en Italie ou en France et personne ne nous parlait de Merlin".

Fernand m'attira à part et me dit: "ce diable a en effet un rapport avec Merlin, mais ce n'est pas celui-là. Ce diable est Asmodée, gardien de trésors de surcroît et je t'en parlerai plus tard".

Il fallait suivre Bastien qui sortait au pas de charge, Fernand se précipita vers lui et lui demanda de nous emmener vers la chapelle Saint-Jean. Un peu agacé, Bastien répondit que c'était bien son intention puis il nous dit que sur la commune de nombreux mégalithes avaient été érigés dont une allée couverte, une sorte de dolmen d'environ 10 mètres de long, détruite pour le passage d'une route.

Vers Saint-Jean, après la Butte de Tiot, l'endroit était effectivement situé plus haut à 180 mètres environ tandis que l'altitude moyenne du village était de 80 m en moyenne. Juste à l'ouest de Saint-Jean, on atteignait même 236 m, là on pouvait effectivement parler de "haut-lieu" de Campénéac.

La chapelle Saint-Jean de Campénéac avait été fondée par les chevaliers de l'Ordre Templier avant d'être donnée aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Une fontaine coule tout près, c'est l'une des trois sources de l'Aff.

Le culte de la Saint-Jean d'été, le 24 juin, y était célébré autrefois. Bastien nous signala l'importance du culte de Saint Jean et même des deux Saints Jean pour les Templiers (en lien avec le solstice d'hiver et le solstice d'été).

Fernand me regarda avec un petit sourire et murmura près de moi : "Tu te souviens de Barenton"? J'acquiesçai en silence sous le regard énigmatique de Lorrekey qui manifestement ne nous comprenait pas. Pour moi effectivement, tout était réuni pour en faire un pendant de Barenton au solstice d'été: la hauteur, la fontaine, l'aspect de l'endroit avec ses grandes dalles de schiste…

Bastien nous apprit que la chapelle avait été construite sur l'emplacement d'un ermitage fondé au VI° siècle, soit à l'époque de la christianisation de la région par Saint Armel. Venu d'Irlande, il avait fondé Ploërmel, (Plou Armel: Paroisse d'Armel) non loin de là, à la lisière sud-ouest de la forêt. Et nul doute que la christianisation d'un culte de Saint Jean avait remplacé ici un culte païen des fontaines plus ancien.

Fernand se mit soudain à chantonner, Bastien se tourna vers lui et lui dit:
- Je croyais qu'on avait perdu l'air.
- Il faut croire que je l'ai retrouvé! répondit Fernand en entonnant un refrain où il était question de gars de Campénéac.
Bastien haussa les épaules et répondit aux interrogations des touristes.
- Il existe un vieux chant gallo - le langage d'ici qui est différent du breton, gallo/gaulois en quelque sorte - et ce chant dont on ne connaît pas l'air officiel s'appelle "Les gars de Campénéac", il aurait été chanté à la cour de Louis XIV qui aurait ainsi entendu parler de ce pays breton.
Lorrekey se mit alors à taper dans les mains et à esquisser quelques pas de danse et révérences autour de Fernand, cela fit sourire tout le monde et détendit Bastien avant de reprendre la route.
 

Néant-sur-Yvel

En arrivant à Néant, nous avions une vue superbe sur la forêt de Brocéliande étendue sur les collines de la Haute-forêt et notre première escale en ce lieu nous fit découvrir le point haut, la butte Saint-Michel, on y découvrait le panorama entre les arbres, presque à 360°. Une grotte "imitation de Lourdes" était au pied de la butte, mais Bastien nous conduisit au sommet pour admirer la croix monolithe de schiste rouge. On racontait que là encore, se tenait un lieu de culte païen avant la christianisation.

L'actuelle commune de Mauron et celle de Néant formaient autrefois un même territoire dont le bourg principal était Kernéan. Une forteresse féodale au château du Bois-de-la-Roche en surplomb du val du Livet, défendait toute cette partie ouest de Brocéliande, de Campénéac à Saint-Brieuc-de-Mauron. Et le nom de Néan surgissait un peu partout (Brénéan, Kernéan, Pertuis-Néanti, …).
Si c'était la trace toponymique du sanctuaire antique, le németon comme le pensaient les Questeurs de Brocéliande, où était le lieu central symbolique qui le justifiait? Lorsque je lui posai la question, Fernand eut simplement un petit sourire et se tourna vers Lorrekey qui le regardait avidement comme si elle attendait aussi cette révélation, mais il resta silencieux.

Bastien nous emmena voir l'église du XV° siècle bien restaurée, légèrement en contrebas de la butte Saint-Michel. Dès l'entrée, le tombeau de marbre de la sainte locale du XVII° siècle, Anne-Toussainte de Volvire, née au château du Bois-de-la-Roche, nous surprit par son volume inhabituel. Bastien attira notre attention sur la mosaïque du grand cerf blanc au sol devant l'autel et sur celle du Saint Graal qui remplaçait un vitrail. Ces oeuvres des débuts des années 1970 étaient dues à Xavier de Langlais, artiste et romancier breton.

Bastien nous dit que pour ce choix décoratif, le conseiller de l'abbé Rouxel alors recteur de Néant et de Tréhorenteuc, était également l'abbé Gillard, son ami jusqu'à son décès en 1979. Et la mosaïque du Graal lui devait beaucoup, elle représentait probablement sa vision personnelle du Graal ou pour le moins, une autre de ses apparences par ailleurs figurées dans "sa" chapelle du Graal, l'église Sainte-Onenne de Tréhorenteuc.

Lorrekey s'approcha de Bastien et tenta d'obtenir des détails, il se contenta de citer les propos de l'abbé décrivant ce que nous avions sous les yeux, (ce qui se retrouvait dans certains romans du Graal): "Tous les vendredis saints, une colombe, venue du ciel, dépose une hostie sur le Saint Graal…"
Elle sembla déçue et se tourna vers Fernand qui murmura "plus tard". Il était temps de finir notre tour dans cette charmante église et de repartir. En sortant un groupe arrivait, je fus surprise et enchantée d'y voir Clarance. Elle était leur guide et lorsqu'elle m'aperçut, elle vint m'embrasser avec joie. Hélas, nos programmes étaient déjà établis, nous devions chacune poursuivre notre route. 

Le Jardin-aux-Moines
Nous sommes rentrés dans la forêt et tout près de Tréhorenteuc, nous nous sommes arrêtés sur un petit parking en plein bois. Il n'y avait pas d'indication, mais Bastien connaissait bien les lieux, il négligea les chemins de randonnée les plus évidents pour nous engager sur un minuscule sentier. Au bout de quelques mètres, dans une clairière, le Jardin-aux-Moines s'étalait en une sorte de rectangle d'environ 25 mètres par 6, formé d'une alternance de pierres dressées de grès ou de poudingue blanc et de schiste rouge.

Au XIX° siècle, enfoui dans le sol du sous-bois, il était décrit comme une "chaussée bordée de menhirs". Il n'a été fouillé qu'en 1983, c'était en fait un tertre tumulaire de type armoricain, mais cependant très original. Il date de 3000 environ avant notre ère, avec une extension et une réutilisation ultérieure. Son plan est simple, une sorte de grand rectangle orienté du nord-est au sud-ouest comportant deux séparations internes.

C'était notre dernière étape en groupe, Fernand nous proposa de rester un peu plus longtemps sur les lieux et de rejoindre Tréhorenteuc par le sentier de randonnée. Bastien accepta et repartit avec ses touristes. Fernand sortit de son sac des lampes spéciales à faisceau étroit et coloré dont il déplia les trépieds. Puis il déploya un plan du quadrilatère néolithique que nous avions sous les yeux, l'orienta et plaça ses lampes sur des points précis. Lorrekey était fascinée, elle suivait tous ses gestes avec attention et restait près du plan en se demandant ce qu'il représentait.

Il se servait aussi d'une croix de type Saint-André comme celle-ci:

Croix St-André

Lorsque Fernand eut fini, des faisceaux lumineux habillaient le quadrilatère de différentes couleurs. Avec un petit sourire mystérieux, il nous expliqua ce que nous avions sous les yeux. Il avait matérialisé les lignes principales des trajets lunaires et solaires aux moments clés de l'année qui apparemment commandaient les lignes principales du monument mégalithique du Jardin-aux-Moines. Il nous en révéla le détail.

Schéma-jardin-aux-Moines

Nous étions loin de l'hypothèse légendaire des moines ripailleurs transformés en pierres!

Et je compris l'intérêt de sa croix de Saint-André:

Croix-lunistices-solstices

Elle correspondait à la Croix des solstices et lunistices pour une latitude de 48°.

(LM: Lunistice maxima, Lm: Lunistice minima, S: Soleil aux solstices).

Je restai médusée, mais Lorrekey se mit soudain à danser, puis comme en transe, elle commença à chanter dans un dialecte étrange. Fernand la regardait fasciné et réjoui en se balançant sur place à son rythme. Je reculai un peu pour ne pas les troubler. Lorrekey finit par s'asseoir et Fernand s'approcha de moi. Je lui demandai ce qui arrivait à Lorrekey.
- Elle a manifestement retrouvé un souvenir important de sa vie d'avant, répondit-il.
- C'est l'effet des pierres de ce sanctuaire?
- Et de la matérialisation des trajets célestes. Elle s'est probablement souvenue du schéma de base de ses croyances.


Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire, mais il ne me révéla rien de plus malgré ma curiosité. Lorrekey revint bientôt vers nous, elle dit simplement "Je crois que j'y suis presque". Fernand lui prit la main et y déposa un baiser.
Le jour diminuait, il était temps de quitter l'endroit pour passer sur la Butte aux Tombes toute proche, là où subsistaient quelques ruines de tumulus néolithiques, avant de retourner à Tréhorenteuc.
Lorrekey nous imposa une halte à la Fontaine Sainte-Onenne où elle descendit pour prélever un peu d'eau. Fernand me confirma que nous étions près de l'ancien temple gallo-romain dédié à Vénus. Par ailleurs, Onenne aurait vécu ici, peut-être à l'emplacement du château Mazerin. A l'énoncé de ce nom, Lorrekey demanda à Fernand si c'était le château de Marzin, un des noms de Merlin. Fernand répondit que c'était peu probable, mais Lorrekey soudainement inspirée se dirigea aussitôt vers un arbre au tronc majestueux.

Fernand me proposa de m'asseoir et d'attendre. Lorrekey tournoyait autour de l'arbre en psalmodiant lorsque soudain je crus voir Merlin venir à sa rencontre. Je voulus les rejoindre, mais Fernand me dit : "Pas maintenant, bientôt" et avec un doigt sur la bouche pour que je me taise, il m'entraîna vers le village.
J'étais frustrée, moi qui n'avait pour but que de rencontrer Merlin afin de mieux comprendre le personnage et faire la part du mythe, voilà que de nouveau il m'échappait! Fernand compatit, mais il me dit que je n'étais pas encore prête pour cela. Je lui demandai ce que je devais faire pour l'être et il me demanda "encore un peu de patience"! En attendant nous devions parler de certaines choses pour lesquelles l'apport de notre ami Abdul serait le bienvenu.

Le défi de Merlin

Le soir même un dîner nous réunissait, Fernand, Abdul et moi. Lorrekey nous rejoignit après le plat principal. Elle semblait bouleversée et demanda à parler à Fernand qui s'éclipsa pour satisfaire sa demande. J'en profitais pour raconter à ma manière notre exploration des "Néan" de la partie occidentale de Brocéliande à la recherche du fameux sanctuaire. 

Abdul confirma mon sentiment qu'il fallait comprendre la notion de németon comme un ensemble de lieux géographiques marqués d'une connotation à la fois temporelle (les différents temps importants de l'année dont les solstices et les équinoxes étaient les plus marquants), spatiale selon les grandes orientations des points cardinaux, enfin spirituelle dans la dévotion aux esprits des ancêtres, aux héros civilisateurs et aux influences spirituelles transcendantes ou divines.

Nos deux amis revinrent avec la mine grave et Fernand tenta de nous traduire le discours de Lorrekey. Elle avait effectivement rencontré Merlin qui lui avait rappelé les conditions de son retour dans l'Autre Monde dont elle se languissait malgré tous les efforts de Fernand pour la retenir près de lui.
L'émotion lui mit soudain des sanglots dans la voix et il prit la main de Lorrekey avant de poursuivre. Il nous dit que pour sa part, il respectait plus que tout la liberté de son amie si chère et qu'il ferait tous les efforts nécessaires pour lui permettre d'accomplir son choix même si cela impliquait d'être privé de sa présence.

Elle était donc sortie de son Monde en raison de son attitude insolente. Elle s'était moquée de Merlin et de son Graal dont elle ne voyait plus l'intérêt tant elle était habituée à en bénéficier sans se poser de question et sans en avoir jamais été privée.
Elle avait déjà fait des incursions dans notre monde, mais c'était de courte durée et elle ne s'était pas rendu compte de l'état de conscience qui correspondait à la vie de la majorité de ses habitants. Merlin lui avait imposé un séjour loin des siens et cet exil était assorti de l'oubli de tout ce qui nourrissait alors la moindre de ses pensées naturellement reliées au Centre Eternel du Monde, ce qui lui fournissait auparavant tout ce dont elle avait besoin pour mener une vie harmonieuse avec ses congénères. Ici elle souffrait d'un vide intérieur qui l'affaiblissait peu à peu et la condamnait à terme.

Fernand s'interrompit et regarda Lorrekey en silence. Il semblait navré de ne pouvoir subvenir à ses besoins profonds, elle lui sourit tristement et l'encouragea à poursuivre.
Merlin avait posé des conditions pour son retour : elle devait rencontrer une personne en quête de Merlin ou du Graal, de préférence un être de même sexe (ou du moins ne pas user de séduction) et le jour où cet être, en sa présence verrait le Graal, elle retrouverait son état antérieur.
Je compris que malgré son immense désir de combler Lorrekey, Fernand ne pouvait l'aider! Tous me regardaient en attendant ma réponse.
Je dis:
- Je crois que je suis la seule personne que vous ayez à disposition, mais avant de m'engager, je dois m'organiser pour que cela soit possible.
- Bien sûr, me dit Fernand soulagé.
- Et moi, je suis prêt à t'aider dans ta quête afin que tu puisses aider Lorrekey efficacement, ajouta Abdul.
- Merci, conclut sobrement Lorrekey, les deux mains prises par Fernand qui l'assurait qu'elle y parviendrait. Elle lui glissa quelques mots à l'oreille.
- Ah, je dois préciser une dernière condition transmise ce jour par Merlin: le moment venu, afin de permettre le passage de Lorrekey dans l'Autre Monde, trois doivent devenir douze là où la Terre s'unit au Ciel...

Je regardai Abdul incrédule, je ne comprenais rien. Comme si cela ne suffisait pas de tenter la quête la plus longue d'Occident qui tenait en haleine ou égarait un nombre incroyable de personnes dans chaque génération, il fallait en plus une condition énigmatique!
Abdul me rassura:
- Nous sommes dans le même bateau, notre seule chance est de rester unis dans cette aventure et il n'y a que Lorrekey pour laquelle l'enjeu est vital.
C'était justement pour cette raison que je m'inquiétais, mais je préférais ne pas renforcer leur angoisse par mes doutes. Nous devions en effet tout tenter et les lamentations n'auraient été qu'une perte de temps supplémentaire.

Les neuf cercles de Merlin

Si j'avais été un moment tentée de renoncer à ma quête de Merlin tandis que je me savais près du but, il n'en était plus question, la libération de Lorrekey et donc son "salut" en dépendait. Je ne savais pas par quoi commencer, mais heureusement Abdul avait les idées claires, il me demanda:

- Te souviens-tu où tu peux trouver Merlin?

- Au sein des neuf cercles?

- Les as-tu déterminés?

- J'ai bien avancé, mais il m'en manque encore.

- Alors au boulot!

Je lui montrai ce que j'avais découvert: le cercle de l'eau, du bois, des lieux et personnages sacrés… Il m'aida à les compléter.

Le cercle des Mégalithes se situait autour de la forêt de Paimpont avec en particulier de nombreuses allées couvertes. Les mégalithes étaient effectivement implantés sur une circonférence entourant les hauteurs de Brocéliande vers 100 à 150 m d'altitude et en grande majorité sur les secteurs de schiste rouge. Etait-ce en raison de l'association symbolique de la couleur rouge à la vie (le sang) dans la terre (la déesse-mère)?

J'en dressai les contours: des alignements de menhirs ont été découverts non loin du château de Comper. On y trouve aussi le Tombeau de Merlin… Près d'Iffendic, à côté de l'ancienne forteresse médiévale, un ensemble mégalithique important a été mis à jour. Près de Plélan-le-Grand, la Pierre droite à Maxent témoigne de l'implantation mégalithique en ce lieu. Nous avons déjà parlé des mégalithes du côté de Augan, de Campénéac, Tréhorenteuc et bien sûr de Néant/Yvel.

Le cercle des châteaux-forteresses regroupait de nombreux sites autour de la forêt de Brocéliande, ainsi défendue de tous côtés. Au Nord, le Château de Comper, (Concoret), était attribué à Viviane. À l'origine c'était un château fort médiéval protégé par son immense étang et la forêt. Il aurait été une des résidences de Salomon, roi de Bretagne au IX° siècle.

Au Nord-est, le Château de Boutavent à Iffendic est en ruines. Construit au Moyen-âge sur un éperon rocheux, il était aussi entouré de la forêt et d'un étang de Boutavent. Le château aurait été une des résidences de Judicaël, roi de Domnonée au VIIe siècle. C'était une époque de grand trouble (invasions, pillages) où ce territoire avec son château sur son promontoire, loin des villes importantes et des grandes routes profitait d'une situation privilégiée. Il a été détruit au XIV° siècle (par Du Guesclin).

Au sud-est, le Château à motte de Salomon à Plélan-le-Grand dont il ne subsiste que de rares vestiges était au Moyen-âge un des châteaux du roi Judicaël, il aurait aussi été occupé par le roi Salomon, d'où son nom. Il permettait d'assurer la défense du Gué qui était un des accès importants au territoire de Brocéliande, en particulier vers Paimpont et ses forges.

Au Sud, le Château du Bois-du-Loup (Route de Beignon, Augan) (château de Koat-Louh en dialecte local) se situait sur un coteau du val du ruisseau et de l'étang de Volubo. Construit au XIV° siècle, il est implanté sur un secteur occupé de longue date par l'homme, on a retrouvé des mégalithes dans les environs qui sont maintenant plus ou moins détruits. Après avoir été reconstruit plusieurs fois jusqu'au XIX° siècle, il a été incorporé au Camp de Coetquidan (Ecole et Camp militaire), il est maintenant ruiné.

Au Sud-ouest, le Château de Trécesson sur le territoire de Campénéac a conservé son aspect médiéval, c'est l'un des plus impressionnants châteaux de Bretagne. Il était déjà mentionné comme demeure des seigneurs de Ploërmel et Campénéac dès le VIII° siècle.

A l'Ouest, le Château du Bois-de-la-Roche à Néant-sur-Yvel ou forteresse de Koad Ar Roc'h, qui domine le val du Livet, a été construit fin XV° siècle, ses hommes d'armes défendaient toute la partie ouest de Brocéliande.

Au Nord-Ouest, le Château Ponthus ou de Barenton a été détruit au XIV° siècle par Du Guesclin. Sur ses ruines se dresse le magnifique hêtre Ponthus. Selon la légende, le chevalier Ponthus ancêtre des rois de Bretagne, venu de Galice en Espagne épousa ici la fille du seigneur de Gaël, au V° siècle.

Comper, Boutavent, Plélan, Trécesson et Ponthus sont les plus anciens châteaux de Brocéliande, (probablement les cinq de la légende arthurienne).

Le cercle des portes de Brocéliande regroupe les passages vers le territoire de la forêt, soit en passant l'eau (les gués), des points stratégiques ou d'accès vers le sanctuaire ou nemeton. On trouve en partant du Nord, Pertuis-du-Faux (faux pour fagus, hêtre) entre Concoret et Comper; Iffendic qui est la Porte Nord-est de la forêt de Brocéliande, le bourg et l'église d'Iffendic ont été incendiés par les Normands au Xème siècle, l'église primitive était sur les bords du Meu; Gué-de-Plélan; Pont de la Lande sur l'Aff, près de Beignon, c'était autrefois le Gué-de-la-Lande; Pertuis-Néanti (Porte du Ciel!) près de Tréhorenteuc.

J'étais soulagée, le schéma des cercles de Merlin se précisait peu à peu, mais ce stade, il en manquait encore et je restai bloquée. Abdul me conseilla de commencer par y remettre de l'ordre. Il m'assura qu'un schéma directeur organisait l'ensemble des cercles. On pouvait les regrouper par éléments (Terre, Feu,…)

EAU, 1° cercle de la Mer (qui cernait le territoire lorsque la Bretagne était une île), 2° cercle des Rivières

TERRE, 3° cercle des Pierres-Mégalithes, 4° cercle des Pierres-châteaux-forteresses

FEU, 5° cercle des Portes de Brocéliande, 6° cercle des Lieux sacrés, (fontaines, hauts lieux)

AIR, 7° cercle des Personnages et lieux légendaires, 8° cercle d'une Prison d'air ou de verre grâce aux points remarquables de la course du soleil, des astres et de leurs cycles. En effet au Moyen-âge, on imaginait que les astres se déplaçaient sur des sphères cristallines (ou de "verre") concentriques à la terre.

BOIS, 9° cercle des Limites de la forêt, des bois

De cercle en cercle, lorsque je découvris enfin le territoire de Brocéliande sous un aspect sacré de cosmogramme ou mandala, j'étais enthousiaste, mais je me rendis compte qu'il me manquait une donnée essentielle et je demandai à Abdul:

- Si je comprends bien, c'est au coeur du bois que je peux trouver Merlin, mais à quel endroit?

- Je ne connais pas la réponse, mais tu es près du but, sois attentive et tu sauras.

Fernand qui venait d'entrer ajouta:

- Utilise le langage des oiseaux.

- Comme si les oiseaux allaient me dire où trouver Merlin et le Graal!

- Il faut jouer le jeu, me répondit-il sur le même ton. C'est pour Lorrekey et elle, elle connaît le langage des oiseaux…

- J'espère alors que je la comprendrai, mais de quel jeu parles-tu?

- Ben, le Jeu du Moulin pardi! me dit-il en écartant les bras comme si je ne comprenais décidément rien.

- Ok, donc retour à la case "Merlin", conclut Abdul, on continue le travail avant de se prendre la tête. Je vous rappelle que le temps presse.

- Et oui la roue tourne! s'exclama Fernand.

Je me remis au travail et j'étais occupée depuis un bon moment déjà à trouver une correspondance entre les lieux qui nous avaient permis de définir les cercles de Brocéliande et une figure caractéristique qui nous donnerait accès à un lieu de rencontre possible avec Merlin.
Je traçais des cercles, des intersections, des étoiles…, soudain Lorrekey que je n'avais pas entendu entrer me dit d'une voix douce:
- Tu peux tracer et parcourir autant de lignes, de cercles et de figures que tu veux, mais n'oublie pas de ramener tout au centre, dans le coeur, pour passer au niveau supérieur.

Elle avait fait beaucoup de progrès pour s'exprimer seule, mais elle énonçait une évidence. Si j'avais la représentation d'un cosmogramme de neuf éléments et je savais maintenant que le sanctuaire-németon se situait à l'ouest de Brocéliande, il nous restait à déterminer l'endroit précis du passage possible vers l'Autre Monde, là où la Terre s'unit au Ciel au coeur du bois. Je formulais l'hypothèse que ce lieu correspondait au quadrilatère mégalithique du Jardin-aux-Moines, mais je ne savais pas comment le prouver afin de le proposer aux autres.

Fernand s'approcha alors et dit:
- Merlin te dirait que pour passer de la Terre au Ciel et inversement, quand tu as le cercle, il faut penser au carré.
- Passer du cercle au carré…, murmura Lorrekey qui était bien pâle et fatiguée, mais manifestement très attentive.
- Ok, et je fais comment?

Fernand me désigna alors le calendrier où la fête du jour était marquée d'une croix imprimée en rouge. Je vis Saint André, l'apôtre auquel est associé la croix qui porte son nom: X, et dont la date de fête (30 novembre) marque le début ou la fin de l'année liturgique.
Mais bien sûr, la croix pour passer du cercle au carré!

Je vous passe les détails sur la manière dont nous avons procédé, avec Abdul qui nous avait rejoint, nous avons sorti les cartes, repris nos schémas, fait des essais et des erreurs, les idées se bousculèrent tandis que nous étions tous concentrés sur la même tâche. Nous avons finalement abouti à cette hypothèse:
Le coeur-centre-cosmogramme que nous cherchions était en correspondance avec le territoire de la forêt de Brocéliande.
Les points solaires remarquables nous avaient fourni des points de repère : Saint Jean de Campénéac et Barenton pour le lever du soleil aux solstices.
Nous avions trouvé ces points au cours de la détermination de la croix-chrisme du chemin de croix de l'Abbé Gillard à Tréhorenteuc. le modèle du Chrisme était un cosmogramme sacré avant même sa récupération par le christianisme.
En utilisant la figure de la croix de saint-André, nous devions chercher les points hauts correspondants au coucher du soleil lors des solstices à l'ouest de Brocéliande.

La croix géographique des solstices

De façon symétrique par rapport à Barenton, nous avons d'abord repéré Kernéant près du Château du Bois-de-la-Roche. C'était une évidence: un point haut surplombant l'Yvel et ses affluents à cet endroit et surtout c'était le bourg primitif de tout ce secteur de Mauron et de Néant.

Au sud, en symétrique par rapport à Saint-Jean, Fernand nous désigna Quily, il connaissait bien la région et nous parla d'un Roc-Saint-André dominant la rivière au-dessus de l'Oust traversé par un vieux pont du XVIII° siècle au niveau du bourg du même nom. Des mégalithes avaient été identifiés localement avec un tumulus et des vestiges de dolmen.

Sur ce territoire, on trouvait aussi un Manoir du Val-Néant et ce détail acheva de nous convaincre!

Lorrekey était épuisée, mais heureuse de voir à quel point nous étions mobilisés pour l'aider. Fernand la soutenait de son mieux et lui proposa de l'accompagner pour qu'elle se repose. En partant elle nous dit:
- Il faut que trois deviennent douze.
- Et concrètement? demandais-je.
- Centre sur la Terre, centre du Ciel, centre de l'être, répondit-elle en posant la main sur son coeur avec un petit sourire.

J'ai regardé Abdul, il était grave, concentré et hochait la tête comme si cela lui semblait clair, c'était rassurant, mais une fois seuls, je lui demandai:
- Tu sais comment faire?
- Nous allons trouver et Merlin nous aidera, affirma-t-il.
- J'ai l'impression qu'il nous manque encore l'essentiel, lui dis-je.
- Ce n'est pas le moment de douter, si nous posons les bonnes questions, nous aurons les réponses.

 

 

 

10 décembre 2012

Merlin, Brocéliande et le Graal, VI° étape, De Merlin à Salomon

Abdul me proposa donc de me concentrer sur le personnage de Merlin et Fernand me rappela alors la sculpture d'Asmodée, tenant la structure de la chaire de l'église et que nous avions vu à Campénéac, (ex-Brénéan).

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Asmodée

Merlin est en effet parfois identifié à Asmodée, à qui on attribue d'anciennes légendes hébraïques. Asmodée y apparaît en démon parfois farceur, mais avec lequel il est possible de lier un pacte pour obtenir le secret de trésors dont il est réputé être le gardien. Il peut aussi enseigner la Géométrie, l'Astronomie, les Mathématiques (les Nombres, Poids et Mesures). Salomon le fit capturer pour l'utiliser à son profit (avec quelques difficultés) à la construction du Temple, modèle du cosmos et centre du monde, réalisé selon les consignes de Dieu. (Voir ici)

Il semblerait que le personnage de Merlin ait hérité en grande partie du fond légendaire associé à Asmodée, le démon associé à Salomon. Et cela expliquerait beaucoup de choses!  En particulier, les talents de constructeur de Merlin (il connaît le problème qui fragilise les tours de Vortigen, il déplace et installe les pierres pour construire Stonehenge, il crée le palais de Viviane), mais aussi l'importance de la coupe sacrée qu'il présente comme but à conquérir en tant qu'instigateur de la quête du Graal.
Rappelons que selon la version chrétienne, Merlin est le fils du démon, qui s'attaque de nuit à sa mère, jeune vierge pieuse. Il agit comme un "incube" (dont Asmodée est le chef). Merlin est ainsi soit le fils réel d'Asmodée, soit au moins son héritier sur le plan symbolique.

Par ailleurs, le mot démon est la traduction du grec daïmon. Or le daïmon n'est pas que négatif, ainsi selon l'Encyclopédie Universalis la daïmonologie s'intéresse à des puissances supra ou infrapsychiques (esprits, anges, génies, démons, fravartis, chérubins, fées...) dont l'apparition peut signifier pour l'être humain une rencontre avec son propre destin : salut, tentation, chute, guide, initiation... Il s'agit d'une dimension humaine essentielle.
Des personnages célèbres avaient un daïmon qui les inspiraient, les guidaient, citons en particulier Socrate, Jung (1). Abdul quant à lui, pensait que selon cette tradition bien établie dans l'Antiquité, Asmodée était le daïmon de Salomon. Et Merlin en était le dernier avatar en contexte chrétien.

Si nous acceptions le lien de filiation entre Merlin et Asmodée, nous devions chercher l'origine de tout ce légendaire du côté de Salomon. Et de nouveau le travail semblait titanesque. C'est alors que Fernand rappela:
- L'important c'est la coupe sacrée, si nous connaissons la nature de l'objet, tu auras la vision du Graal et ainsi nous aurons la clé de la liberté de Lorrekey!
Avec Abdul, nous nous sommes regardés, il disait ça comme une simple évidence sans se rendre compte de l'énormité du défi. Pourtant Abdul esquissa un sourire et dit:
- Mais c'est bien sûr, il n'y a plus qu'à s'y mettre!
Sans percevoir non plus l'ironie des propos d'Abdul, Fernand fier de son idée se mit à danser sur place tout joyeux, cela eut le mérite de nous détendre et de tous nous faire rire un bon moment avant de poursuivre nos recherches.

(1) Jung. Site en anglais philipcoppens.com
Extrait: Jung avait des «guides spirituels», dont l'un a été nommé "Philémon". Jung a observé que «Philémon et autres figures de mes fantasmes ont amené chez moi l'idée cruciale qu'il y a des choses dans la psyché que je ne produis pas, mais qui produisent eux-mêmes et ont leur propre vie. Philémon a représenté une force qui n'était pas moi-même. Dans mes fantasmes, j'ai tenu des conversations avec lui, et il dit des choses que je n'avais pas pensé consciemment. [...] Psychologiquement, Philémon a représenté un aperçu de qualité supérieure.

Pour en savoir plus sur Asmodée et le lien avec Merlin, ici.

17 novembre 2012

Merlin, Brocéliande et le Graal V : Le sanctuaire (Németon) de Brocéliande 1° étape

J'avais maintenant déterminé le cercle des personnages des légendes arthuriennes associés aux lieux de Brocéliande. Lancelot et Guenièvre au Pont du Secret, Viviane et son Hostié, Morgane dans le Val sans Retour, Merlin au Miroir des Fées ou avec Viviane à la Fontaine de Barenton, Viviane élevant Lancelot avec Merlin à Comper, Merlin et son Tombeau à côté de la Fontaine de Jouvence... Autant de lieux stimulant l'imaginaire par la mise en scène de multiples légendes.
Cependant je cherchais encore à rencontrer Merlin. J'avais certes aperçu l'homme qui se faisait appeler ainsi lors d'un moment fantastique vécu dans l'église de Tréhorenteuc. Hélas, j'avais questionné Fernand qui ne voulait pas m'en dire plus à son sujet et je ne savais plus où me diriger. J'en étais à me dire que si j'avais déjà eu la chance de vivre toute cette aventure, je devais peut-être m'en contenter.
Mais lorsque je parlai de mon proche départ, Fernand insista pour qu'auparavant j'explore la partie ouest de Brocéliande afin de mieux comprendre les particularités de ce lieu justifiant selon lui l'implantation du mythe du Graal.

Nous devions donc rejoindre un groupe pour visiter Campénéac, Néant-sur-Yvel et en retournant vers Tréhorenteuc, le Jardin-aux-Moines.

Carte ouest-Brocéliande-googleMap

Carte ouest-Brocéliande-googleMap

Nous étions huit en tout, notre guide et chauffeur Bastien, un homme entre deux âges, très calme et bien organisé; deux couples d'amis touristes sexagénaires avec la panoplie appareil photo, bâtons de marche, vêtements et chaussures de baroudeur, sac à dos ventrus.
Je reconnus à peine Fernand tant il avait soigné son apparence. Etait-ce grâce à la présence de son amie Lor-re-key qu'il me nomma de nouveau en épelant son nom? (Il s'était rendu compte que je ne l'avais pas bien compris). Elle était sobrement vêtue de vêtements masculins confortables qui ne mettaient pas vraiment en valeur sa féminité, mais ainsi on remarquait moins sa petite taille. Elle était silencieuse, souriait beaucoup et regardait avec une tendresse émouvante Fernand qui se montrait très prévenant envers elle.

1/ Campénéac
Notre première excursion se déroula à Campénéac, une bourgade située au sud-ouest de la forêt de Paimpont, non loin de Ploërmel. La région garde la trace de nombreux vestiges mégalithiques. Son nom autrefois était Brénéan ou Bernéan. D'après Fernand cela pouvait se traduire par "colline du Ciel ou du Németon", on retrouvait la trace de ce fameux sanctuaire de Brocéliande évoqué là aussi tout comme à Néant.
Pour découvrir des photos, voir ici.

Je lui fis remarquer qu'en terme de hauteur, la commune ne culminait pas bien haut! Il répondit en riant: "Tu verras tout-à-l'heure! En attendant, suivons le guide". Bastien se dirigeait alors vers l'église, suivi des deux couples. A peine entré, rapidement il nous dirigea vers la fameuse chaire soutenue par le diable à genoux. Les femmes, après des exclamations de surprise écoutèrent religieusement ses explications.

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Chaire de l'église de Campénéac: le diable (Asmodée) (vacanceo.com/albums_photos/voir-photo_830577.php et campeneac-fr.topic-topos.com)


L'église a été reconstruite fin XIX° sur les restes d'une ancienne église, la chaire date aussi de cette époque, et localement, devant cette représentation, on évoquait parfois Merlin, fils d'une vierge pieuse et du diable; le message était alors clair, l'église avait triomphé du diable et … de Merlin!
Un homme dit : "Nous avons déjà vu des statues de diables dans l'église ailleurs, en Italie ou en France et personne ne nous parlait de Merlin" (Photos ici)
Fernand m'attira à part et me dit: "ce diable a en effet un rapport avec Merlin, mais ce n'est pas celui-là. Ce diable est Asmodée, gardien de trésors de surcroît et je t'en parlerai plus tard".

Il fallait suivre Bastien qui sortait au pas de charge, Fernand se précipita vers lui et lui demanda de nous emmener vers la chapelle Saint-Jean. Un peu agacé, Bastien répondit que c'était bien son intention puis il nous dit que sur la commune de nombreux mégalithes avaient été érigés dont une allée couverte (un dolmen d'environ 10 mètres de long) détruite pour le passage d'une route.
Vers Saint-Jean, après la Butte de Tiot, l'endroit était effectivement situé plus haut (180 mètres environ) que le village (80 m en moyenne) et juste à l'ouest de Saint-Jean, on atteignait même 236 m, là on pouvait effectivement parler de "haut-lieu" de Campénéac.

Carte-St-Jean-de-Campeneac-GoogleMap

Carte-St-Jean-de-Campeneac-GoogleMap (Chapelle localisée en A)


La chapelle Saint-Jean de Campénéac a été fondée par les chevaliers de l'Ordre Templier avant d'être donnée aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Une fontaine coule tout près, c'est l'une des trois sources de l'Aff.

St-Jean-Campeneac-templiers

Chapelle Saint-Jean de Campénéac (templiers.org.free.fr/departements/56.php)


Le culte de la Saint-Jean d'été, le 24 juin, y était célébré autrefois. Bastien nous signala l'importance du culte de Saint Jean et même des deux Saints Jean pour les Templiers (en lien avec le solstice d'hiver et le solstice d'été).

Fernand me regarda avec un petit sourire et murmura près de moi : "Tu te souviens de Barenton"? J'acquiesçai en silence sous le regard énigmatique de Lorrekey qui manifestement ne nous comprenait pas. Pour moi effectivement, tout était réuni pour en faire un pendant de Barenton au solstice d'été: la hauteur, la fontaine, l'aspect de l'endroit avec ses grandes dalles de schiste…
Bastien nous apprit que la chapelle avait été construite sur l'emplacement d'un ermitage fondé au VI° siècle, soit à l'époque de la christianisation de la région par Saint Armel. Venu d'Irlande, il avait fondé Ploërmel  (Plou Armel: Paroisse d'Armel) non loin de là, à la lisière sud-ouest de la forêt. Et nul doute que la christianisation d'un culte de Saint Jean avait remplacé ici un culte païen des fontaines plus ancien.

Fernand se mit soudain à chantonner, Bastien se tourna vers lui et lui dit:
- Je croyais qu'on avait perdu l'air.
- Il faut croire que je l'ai retrouvé! répondit Fernand en entonnant un refrain où il était question de gars de Campénéac.
Bastien haussa les épaules et répondit aux interrogations des touristes.
- Il existe un vieux chant gallo - le langage d'ici qui est différent du breton, gallo/gaulois en quelque sorte - et ce chant dont on ne connaît pas l'air officiel s'appelle "Les gars de Campénéac", il aurait été chanté à la cour de Louis XIV qui aurait ainsi entendu parler de ce pays breton.
Lorrekey se mit alors à taper dans les mains et à esquisser quelques pas de danse et révérences autour de Fernand, cela fit sourire tout le monde et détendit Bastien avant de reprendre la route.

30 juin 2012

Merlin... IV, 7° étape : Vers les fontaines sacrées: de Barenton à Jouvence

Voici tout d'abord une carte des lieux touristiques légendaires de Brocéliande:

carte-bro-balz

Carte de Brocéliande, lieux de légende (carte-bro-balz)

Jardin-aux-Moines (Tréhorenteuc, Néant-sur-Yvel)

Clarance nous proposa de faire notre prochain arrêt près du fameux Jardin-aux-Moines non loin du hameau de Perthuis-Néanti. C'est-à-dire "Porte du sanctuaire" ou Porte du ciel (pertuis: ouverture ou porte; Néanti: németon ou sanctuaire gaulois, référence au ciel en tant que lieu de rencontre terre-ciel).

Jardin-aux-moines

Plan Jardin-aux-Moines (Géoportail.fr)

Sur une butte, ce quadrilatère mégalithique d'environ 25 m par 5 à 6 mètres est ruiné, il en reste des blocs de schiste rouge alternant avec des blocs de grès blanc enfoncés dans le sol. Clarance nous dit:
- La légende locale raconte que ce sont des moines ou des seigneurs locaux ripailleurs punis par Saint Méen de leurs moeurs contraires à la nouvelle foi et transformés en pierre! (ici) Il a été fouillé dans les années 80, mais on ne connaît pas la fonction de ce monument construit en plusieurs étapes, on y a trouvé des silex datant de 5000 ans avant notre ère et des poteries évoquant un usage funéraire plus récent (-2500 ans)(ici).

broceliande

(broceliande.slydventure.net-jardin-aux-moines)

jardin-aux-moines-neant-sur-yvel-fr

(jardin-aux-moines-neant-sur-yvel-fr.topic-topos.com)

Fernand s'approcha à pas de loup et me chuchota:
- Il existe deux autres sanctuaires de ce type en Bretagne, le Manio près de Carnac et Crucuno à Plouharnel. Il faudrait faire la même chose pour celui-ci, mesurer les angles des trajets des astres au cours de l'année pour mieux comprendre sa place en tant que sanctuaire, mais on préfère combler l'ignorance par une histoire touristique absurde de ripailleurs impies!
Il appuya ses propos par un regard évaluant ma qualité de touriste, puis il me sourit avec un clin d'oeil complice. Je crus qu'il voulait me parler de la réunion prévue le soir, mais il se ravisa et s'éloigna brusquement.

Folle-Pensée
Clarance nous rassembla, nous devions faire étape au hameau de Folle-Pensée avant de faire une nouvelle randonnée pédestre et l'heure tournait. Elle nous dit que les quelques maisons réparties le long de la route unique avaient probablement été construites avec les pierres du monastère de Barenton établi par le mystérieux Eon de l'Etoile. Cet hérétique breton du XII° siècle faisait des prodiges, prêchait une vision personnelle de la religion lui attirant de nombreux disciples et s'en prenait aux biens ou aux personnes des ecclésiastiques et des riches locaux jusqu'à ce qu'il soit arrêté, reconnu fou et donc mis en prison où il mourut rapidement.

- Folle-Pensée, c'est en rapport avec ce druide-moine fou? demanda l'homme qui ne quittait plus Clarance depuis le début d'après-midi.
- Pas vraiment répondit Clarance, l'eau de fontaine ou de source était ici réputée pour ses vertus thérapeutiques et cet environnement de forêt était un refuge. D'où le nom de Folie "pansée", vieux mot pour "soignée" déformé en pensée. D'autant qu'au Moyen-âge, folie évoquait la feuille donc la présence d'arbres. La fontaine de Folle-Pensée est à l'entrée du hameau où dit-on les druides soignaient dans un asile, mais nous sommes surtout au point de départ vers la fontaine de Barenton que nous allons voir maintenant, elle est située en hauteur et en pleine forêt.

Fernand avait sa propre version:
- Folle-Pensée, c'est la "pensée des feuilles", c'est ici que Merlin est venu lors de son accès de folie, il errait dans ces bois en criant parfois (le "brai" de Merlin). En s'immergeant dans la nature ici et en buvant l'eau de la source, il a retrouvé ses esprits, devenant même le voyant magicien dont la tradition a gardé le souvenir. On recommandait de se plonger la tête plusieurs fois dans l'eau en affirmant sa guérison tout en reconnaissant sa folie. C'est ainsi que l'on devient sage, en admettant d'abord sa propre folie!
- Combien de fois avez-vous plongé votre tête vous-même? dit l'homme proche de Clarance avec un ton ironique.
Fernand se déplaça à grandes enjambées pour se planter devant lui et lui déclarer:
- Monseigneur, sept fois, tout comme il est recommandé de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant d'émettre un avis péremptoire. Vous pourrez essayer si vous en éprouvez le besoin. Mais la vraie guérison, c'est de trouver le secret du sens de sa vie et surtout il y a folie et folie...

Il s'inclina cérémonieusement devant lui et se glissa derrière Clarance qui se mit aussitôt en route.

Fée-Barenton

A la poursuite d'une fée? Sur le chemin vers Barenton (Photo Marie-Duval)

Le chemin bien balisé serpentait en s'élevant le long d'un petit ruisseau et ne permettait pas le passage à deux par endroits. Les arbres le bordaient étroitement,  la lumière du soleil qui jouait dans les feuilles peinait à éclairer les profondeurs du sous-bois. Nous étions en Haute-Forêt, le ruisseau nous conduisait à la source, la célèbre Fontaine de Barenton. C'était selon toute vraisemblance un lieu de culte druidique avec sa source en hauteur dans une clairière.

Fontaine de Barenton

sarzeau2003

(sarzeau2003.free.fr-fontaine-de-Barenton)

Un guide parlait à un petit groupe rassemblé autour du perron, (la grande pierre près de la source). Je m'approchais pour profiter de son discours:
- Autrefois la forêt ne continuait guère au-delà de ce niveau, aussi il était plus facile d'accéder au site par le haut et l'on comprenait mieux l'origine du nom qui était Balanton ou Belenton: source de Bel, dieu solaire dont le culte était célébré sur les hauteurs. Bel était associé à sa parèdre Bélisama, "La Très Brillante". C'est la Dame Blanche des sources et fontaines où on lui accorde des fonctions guérisseuses.
Cette source de Barenton est très particulière, elle est en hauteur, dans la partie de la forêt appelée Haute-Forêt. Son eau claire reflète le ciel dans la clairière et qualité précieuse, elle est ni acide ni alcaline mais neutre.

imagesdaniel

(imagesdaniel.blogspot.com-Fontaine-Barenton)

Sa température constante est plutôt fraîche comme celle de la nappe phréatique où elle s'alimente, mais elle semble bouillir parfois lorsque des bulles viennent à la surface, surtout par temps chaud. (ici) Cette fontaine est située sur une faille géologique, en effet vous observez que le sol de la forêt est parsemé de grès schisteux rouge chargé en éléments ferreux comme dans de nombreux endroits en Brocéliande, tandis que l'eau émerge dans un lit de grès blanc. Cette géologie explique des particularités magnétiques à cet endroit...

broceliande_fontaine_barenton

(t3m.voila.net/broceliande_fontaine_barenton)


Je dus alors quitter précipitamment ce groupe, Clarance regroupait ses randonneurs avant de parler:
- C'est ici que Merlin rencontra Viviane qui d'après la légende l'y attendait. Année après année, il lui enseigna son savoir jusqu'à lui donner consciemment le moyen de l'enfermer dans une prison d'air par la magie de neuf cercles. Par ailleurs, comme vous le savez grâce à l'histoire du chevalier Yvain, la légende dit que lorsqu'on arrose le perron de la fontaine, parfois un orage ou une tempête se déclenche. Le clergé faisait autrefois des processions depuis Concoret jusqu'ici en cas de sécheresse. On dit aussi que les fées de Concoret -les sorciers y étaient réputés- s'y réunissaient avant que les prêtres n'investissent la place. (ici)
Elle nous laissa nous approcher de la source libérée de ses précédents admirateurs, chacun s'y livra à différentes approches: photos, bain de pieds, eau sur le corps... Nul ne se risqua à arroser la pierre, nous tenions à finir la journée sans pluie!

Un peu à l'écart, Fernand scrutait les pierres dans le lit du petit ruisseau de Barenton, il en avait extrait deux petites, l'une rouge, l'autre blanche. Lorsque je le rejoignis, il les éleva et murmura:
- Ici le souvenir de Merlin et Viviane évoque l'union sacrée de la Grande Déesse et du Dieu à laquelle communiait le peuple des anciens.
Puis il déposa les pierres dans l'eau et sans un regard pour moi, il revint vers le groupe, je le suivis tandis que nous prenions le chemin du retour vers le parking de Folle-Pensée.

Hêtre de Ponthus (ruines du château)
Clarance nous signala la présence des ruines du château de Ponthus non loin de la source, près du lieu nommé "le champ des tournois", souvenir du chevalier Ponthus et de Sydoine évoqué aussi dans un des tableaux de l'église de Tréhorenteuc. Leurs descendants auraient été parmi les plus importants rois de Bretagne. A l'emplacement de ce château, un hêtre du même nom couvrait le site de sa magnifique frondaison. (voir ici)

le-hetre-de-ponthus-1

(Le-hêtre-de-Ponthus-Krapoarboricolewordpress.com)


Clarance souligna la présence de mégalithes localement, peut-être le "vrai" tombeau de Merlin tout près d'ici dans la forêt, mais les plus remarquables étaient les trois pierres de la Vieille qui autrefois situées dans les Champs-Morgan avaient été incorporées à un monument commémoratif de Mauron. (ici)
La Vieille, Morgan, je me souvenais de ce qu'avait dit Fernand, il y avait décidément beaucoup de traces d'un culte à la Grande Déesse ici.

Chêne Guillotin, Concoret
Notre chauffeur de minibus nous mena près du célèbre chêne Guillotin à Concoret. L'arbre immense était encerclé d'une estrade de bois à laquelle on accédait par un escalier. (Voir ici)

Le-chene-a-Guillotin

(foret-broceliande.fr/Le-chene-a-Guillotin)


Clarance nous dit:
- Concoret était appelé Val des sorciers ou Val de Fées selon son nom breton Kon-Kored. Etait-ce à cause de ce Eon de l'étoile qui a laissé son nom ici et passe pour avoir été le dernier héritier connu du savoir des druides? Nous sommes ici dans la Rue Eon et voici le chêne Eon ou Guillotin. C'est un géant de 20 mètres de haut et de presque 10 mètres de circonférence. Contemporain du célèbre moine Eon (mort en 1148), il est daté du passage de la comète de Halley (1144) qui s'accompagna d'un grand effroi et explique peut-être la popularité d'Eon en lutte contre les abus de l'église dans les temps difficiles de l'époque. On dit qu'avant d'être pris, Eon qui avait amassé un trésor, l'aurait caché par ici. Mais nul n'en a trouvé la trace.
Fernand haussa les épaules:
- Le trésor appartient aux Korrigans du coin. L'essentiel est invisible aux yeux, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.
- Ce qui signifie? demanda poliment une femme habituellement silencieuse.
- Celui ou celle, dit-il en la regardant fixement, qui perçoit les fées ou écoute les oiseaux sait que le macrocosme est en correspondance avec le microcosme.

Un silence d'incompréhension suivit Fernand qui s'éloigna sans attendre une autre question ou remarque. Les regards s'élevèrent vers la cime de l'arbre où des oiseaux indifférents à notre présence semblaient discourir entre eux à grands renforts de trilles et chants variés. Clarance imperturbable reprit:
- Le surnom de Guillotin est attribué à ce chêne en souvenir d'un abbé réfractaire qui est venu se réfugier dans le creux de son tronc alors qu'il était recherché par les révolutionnaires à la fin du XVIII° siècle. En réponse à ses prières à Notre-Dame de Paimpont, une araignée l'aurait caché en tissant sa toile au bon moment.

Le-chene-a-GuillotinCreux

(foret-broceliande.fr/Le-chene-a-GuillotinCreux)

Creux du chêne Guillotin-marie-duval

(Creux-du-chêne-Guillotin-marie-duval)

Fernand faisait le tour de l'arbre qui, un peu malmené par les dernières intempéries, avait perdu quelques feuilles. Il en ramassa une et dit :
- Tant de choses se sont passées ici, guerres, réconciliations, haines, amours, joies et peines, sécheresses ou froid rigoureux... Qu'en reste-t-il au pied de ce vénérable de près de 900 ans qui continue à reverdir au printemps. Cette feuille est neuve de l'année! Secret de la jeunesse?

Château de Comper, Concoret
Toujours sur le territoire de Concoret, nous fîmes une nouvelle étape au château de Comper au pied duquel s'étale un superbe étang.

Chateau de Comper-journeesdupatrimoine

(Chateau de Comper-journeesdupatrimoine.culture.fr)

Clarance nous informa:
- Le lieu tirait son nom du ruisseau le Comper, ce qui signifie confluent en celtique ancien (Kemper). Il s'agit de la confluence avec le Meu et le Mel. C'était une place forte de Haute Bretagne au XII° siècle jusqu'à ce qu'il soit ravagé par Du Guesclin au XIV° siècle. Reconstruit, il a été de nouveau demantelé par Henri IV au XVI° siècle. Il abrite maintenant le Centre de l'Imaginaire Arthurien. (ici)
Selon certains, la grande druidesse Velléda vivait ici avant la conquête de la Gaule par les Romains. Mais selon la légende, c'est le château de Dyonas (filleul de la déesse Diane!), le père de Viviane. Elle fût élevée ici et Merlin lui fit un palais au fond de l'eau où elle éleva Lancelot, le valeureux chevalier de la Table Ronde. Etaient-ce les reflets du château dans l'eau de son étang qui avaient donné naissance à la légende?

Fernand s'éloigna vers la partie boisée le long de l'étang et sous nos yeux stupéfaits, il entra dans l'eau tout habillé! Clarance nous proposa de le laisser s'ébattre et d'aller visiter le bâtiment où se tenait une exposition sur un des thèmes arthuriens. (ici)

A la sortie du Centre de l'Imaginaire, nous étions dans l'univers magique des légendes, nous suivîmes Clarance sans hésitation jusqu'à notre véhicule. Elle nous signala la présence d'un chêne remarquable, le chêne des Hindrés et nous proposa d'aller voir le célèbre Tombeau de Merlin.

Tombeau de Merlin

Tombeau-Merlin

Une femme s'exclama alors:
- Fernand a disparu!
Clarance nous dit de ne pas nous inquiéter, il connaissait la région comme sa poche et prisait avant tout sa liberté. Certains dans le groupe approuvèrent lorsqu'un des hommes dit "Bon débarras, je ne pouvais pas le sentir!" Une femme surenchérit "Moi non plus et pas au sens figuré, un bon bain n'était pas du luxe!". Une jeune femme protesta en pointant leur intolérance, mais Clarance calma tout le monde en affirmant:
- C'est un endroit sacré, vous pouvez faire un voeu ici et prenez garde de bien le formuler, il risque fort de se réaliser.

Cela détendit les participants et si la moitié rit, l'autre moitié se concentra en silence. Clarance poursuivit:
- C'est un vestige d'une allée couverte détruite fin XIX° siècle pour y chercher un trésor qui bien entendu n'existait pas, il n'en subsiste que ces deux blocs.
Un pied de houx gardait la trace de quelques voeux accrochés à ses branches. L'arbre de Merlin était en fleur, je n'en avais jamais vu auparavant.

Houx-fleuri

Houx fleuri au Tombeau de Merlin. Brocéliande

La jeune femme qui avait protesté quelques instants plutôt semblait déçue de l'aspect du site, elle dit:
- Si Fernand avait été là il nous aurait probablement rappelé que de toute façon, Merlin ne peut pas être dans un tombeau! Du moins pas son esprit, il est au centre des neufs cercles magiques de Viviane.

Fontaine de Jouvence
Sans manifester son avis sur la question, Clarance nous réunit pour faire la petite randonnée qui nous conduisit près de la fontaine de Jouvence.

Fontaine-de-jouvence-guer-coetquidan

(Fontaine-de-jouvence-guer-coetquidan.pagesperso-orange.fr)


Fernand sec, changé, coiffé et rayonnant de la joie de nous avoir fait une bonne surprise nous y attendait. Il nous accueillit avec ces mots:
- Vous qui êtes en quête des secrets de jouvence, sachez que cette eau a le pouvoir de faire entrer qui en boit dans la vie éternelle.
Clarance sourit et ajouta:
- Ici, comme auprès des fontaines de chaque localité autrefois, les enfants de l'année étaient bénis par les prêtres à la date du solstice d'été. Ils étaient inscrits sur un registre si bien que à quelques jours près pour la date d'enregistrement, il étaient rajeunis d'une année! C'est peut-être ça la Jouvence, ce rajeunissement.
Fernand dit d'une voix grave:
- Il ne faut pas confondre l'esprit et le corps.
La jeune femme qui l'avait précédemment évoqué se tourna alors vers ses voisins avec un air de triomphe:
- Vous entendez, je vous l'avais bien dit.

Val de la Marette
Clarance nous précéda pour nous guider vers le site de la Marette non loin de Saint Malon-sur-Mel, une vallée encaissée avec un ruisseau (celui du Pont Dom-Jean ou du Mel), un étang et une carrière aux dispositions rocheuses spectaculaires montrant les strates du passé géologique de la région.

sgmb

(sgmb.univ-rennes1.fr-marette) Carrière de la Marette

Sur le chemin du retour, Clarance nous dit:
- Dans les premières années du XIX° siècle, c'était dans cette vallée que se situait le Val-sans-retour et le lieu évoquant les légendes arthuriennes. Mais vers 1840, une usine métallurgique s'y étant installée, le lieu n'était plus propice aux légendes. Tréhorenteuc et son Val sera choisi pour la faire revivre à partir de la moitié du XIX° siècle. Mais par ici les mégalithes sont très nombreux! (ici)

Quelques personnes protestèrent
- C'était bien la peine de nous dire ça à la fin, on ne sait plus ce qu'on doit croire maintenant!
Fernand émit un rire tonitruant et dit:
- Pour accéder au royaume il faut redevenir comme des petits enfants au coeur pur. Chacun est libre!
Sur ce il disparut après avoir fait un grand geste de la main sans se retourner.

Nous étions revenus près de notre véhicule, Clarance nous montra alors une immense table de bois entourée de troncs coupés en guise de sièges. Merlin, l'homme ainsi surnommé que nous avions parfois aperçu dans la journée y était assis. Clarance nous proposa de le rejoindre et d'y partager le verre de l'amitié qui devait clore cette journée bien remplie en sa compagnie. Hélas, le temps de sortir les boissons, il avait disparu. Un seul tronc resta libre lorsque chacun de nous  s'installa autour de la Table Ronde... celui de Fernand! Mais je savais que je le reverrai dès le soir même pour la réunion à laquelle il m'avait invité, celle des Questeurs de Brocéliande à Tréhorenteuc.

Table Ronde-imagesdaniel
(Table-Ronde-près-du-Tombeau-de-Merlin-imagesdaniel.blogspot.com)

16 novembre 2011

Merlin... IV, 2° étape : Forges de Paimpont

Le domaine du forgeron, démiurge ou magicien: Les Forges de Paimpont

Nous avons passé le Gué-de-Plélan, combattu les fantômes du passé et ignoré les lavandières de la dernière heure. Nous sommes entrés dans le territoire où l'eau et la terre s'épousent intimement dans les marécages, les sources surgissent à même le sol, les ruisseaux émergent de la boue et les étangs reflètent les arbres et le ciel. Bref, nous étions vraiment dans Brocéliande.
Le domaine des Forges dites de Paimpont actuellement, sont en fait proches de Plélan, elles étaient appelées Forges de Brécilien au tout début de leur histoire à l'époque industrielle.

Les-forges-de-Paimpont-google-map

Forges de Paimpont (google Map)

Nous avons laissé la navette aux abords de l'immense étang bordé d'arbres qui avait fait tout l'intérêt du site. Nous avons remarqué la couleur particulière des roches : schistes pourpres à violet sombre. Notre guide nous apprit que cette couleur était due à leur richesse en fer. Devant nous s'étendait un village de travail organisé pour extraire le fer de ce minerai de surface jusqu'au début du siècle dernier.

étang-des-forges-de-paimpont Pierre-Les-Forges-de-Paimpont

Etang des Forges, roche locale riche en minerai de fer

Forgeron et mythes
Dans toutes les sociétés antiques, le forgeron était un homme important souvent associé à la magie. Il transforme une matière apparemment vile, le minerai sous forme de terre ou de roche, en armes, en outils et ustensiles de toute sorte. Il procède à l'aide du feu, de l'eau, du bois, il utilise donc les quatre éléments fondamentaux constitutifs de la matière selon les anciens (eau, feu, air, terre) pour transformer l'un d'eux en métal dont l'utilité est telle qu'il fonde les différentes civilisations ou âges (Age d'or, période du bronze, du fer...).

Métallurgie-médiévale-librairie-epona

Métallurgie et forgeron.

Le forgeron apparaît dans les mythes comme un démiurge, un créateur de monde ou organisateur de l'univers déjà créé. Dans de nombreuses mythologies c'est un dieu : Héphaïstos pour les grecs, fils de Héra, grande Déesse qui est l'épouse de Zeus le dieu des Dieux. C'est Vulcain pour les romains, fils de Junon épouse de Jupiter. C'est Goibniu pour les celtes, fils de la grande déesse Dana.
Son continuateur chrétien est Saint Eloi, patron des métallurgistes et orfèvres entre autres, et la chapelle des Forges de Paimpont lui est d'ailleurs fort logiquement dédiée.

chapelle-saint-Eloi-coeurdebretagne Chapelle-Les-Forges
Chapelle des Forges

Le site historique des Forges de Paimpont (classé en 2001) évoque le passé industriel local. Créées au XVII° siècle au bord de l'étang du Pont du secret près de Plélan, elles sont devenues l'une des forges les plus importantes de Bretagne jusqu'à leur fermeture fin XIX° siècle, mais l'histoire locale de la métallurgie est plus ancienne.
http://www.forges-de-paimpont.eu/

Les-Forges Forges-de-paimpont-wikipédia

Hauts-fourneaux,cantine-à-l'arrière-wikipédia Logis-du-maître-wikipédia

Forges de Paimpont

Au 13° siècle, des forges monastiques sont mentionnées dans les archives et des fouilles archéologiques locales ont mis à jour des sites de bas-fourneaux, des fours installés au sol datant du début de notre ère.


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Forges primitives gauloise ou romaine (Orchis)


Fernand s'exclama soudain:
- C'est sûrement ici que le fameux chaudron magique de Merlin a été fabriqué. Et Merlin lui-même soit il était forgeron, soit il connaissait les meilleurs. Il a procuré au roi Arthur son armure et son épée.

Clarance ajouta:
- C'est vrai qu'ici, près de Plélan vivaient des forgerons très habiles pour forger en particulier des armes remarquables au XV° siècle, aussi réputées que celles d'Espagne.

association-orchis tourisme-aveyron
Armes et ustensiles (forgés selon les techniques médiévales)

Fernand s'installa sous un énorme chêne et mit alors à chanter. Clarance nous dit qu'il était sous le chêne dit d'Anatole Le Braz, le grand écrivain conteur breton et qu'il chantait la chanson des Filles des Forges.

Ce sont les filles des forges*

Digue, ding don, don, ce sont les filles des forges
Des forges de Paimpont, digue ding dondaine
Des forges de Paimpont, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, elles s'en vont à confesse
Au curé du canton, digue ding dondaine
Au curé du canton, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, qu'avions-vous fait les filles
Pour demander pardon, digue ding dondaine
Pour demander pardon, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, j'avions couru les bals
Et les jolis garçons, digue ding dondaine
Et les jolis garçons, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, ma fille pour pénitence
Nous nous embrasserons, digue ding dondaine
Nous nous embrasserons, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, je n'embrasse point les prêtres
Mais les jolis garçons, digue ding dondaine
Qu'ont du poil au menton, dingue ding dondon

Digue, ding don, don, ce sont les filles des forges
Des forges de Paimpont, digue ding dondaine
Des forges de Paimpont, dingue ding dondon

Ecouter cette chanson Ici par Tri-Yann.

*Paroles sur http://musique.ados.fr/Tri-Yann/Ce-Sont-Les-Filles-Des-Forges-t61329.html

Pour la partie document, voir ici.

25 juillet 2011

De la fusion à la connexion, III L'Arbre-univers

Au dessus de la figure centrale s'élève le grand Arbre, axe central de la spirale qui s'étend dans un éventail de couleurs.

Arbre

Arbre-univers
Du coeur de la forme oeuf, dans une spirale d'évolution
S'élève à la verticale l'Arbre de tous les possibles
L'Arbre du Monde dressé à l'aplomb de la source de vie.

Couple Yin-Yang

Couple Yin-Yang au sommet de l'Arbre



POEME : ARBRE DE VIE

L'Arbre s'élance dans les niveaux du monde.
Arbre de Vie en miroir avec l'Arbre de Connaissance.
Toute l'existence y inscrit son potentiel en prière.

Lumière et ombre le façonnent tout en contrastes
Et du tronc aux branches, sa structure est vibration.
La vie y déploie le flux de son énergie créatrice.


Comme dans un nid, l'aboutissement du créé
A l'extrême pointe de sa conscience se matérialise
En un couple d'opposés réunis par l'amour*.

C'est Shiva et sa Shakti, l'Esprit uni à l'Energie,
Conscience, Energie comme base de toute chose
Qui informent et créent la Matière de la Déesse-Mère**.

Marie Duval

* Couple Yin-Yang ou Shiva-Shakti en tant qu'archétypes. C'est leur union qui crée tout ce qui existe dans l'univers. C'est la base de la conception du Tantra (Tan: tissage, trame,  tra: voie, technique). Son principe est  basé sur l'attention à l'expérience qui se présente afin de la vivre "en conscience". La Voie est celle qui tend vers la conscience cosmique : tout est Shiva-Shakti, Conscience (ou Information)-Energie.

** La Grande Déesse Kali (Kali sur wikipédia article anglais http://en.wikipedia.org/wiki/Kali)
Kali est saluée comme la plus haute réalité ou la plus grande de toutes les divinités. Le Nirvana-tantra dit que les dieux Brahmâ , Vishnu et Shiva viennent d'elle.
Kalî est la parèdre (shakti, puissance) de Shiva, son nom vient de kâla, le temps en sanscrit, c'est aussi le noir, (Shiva est blanc, couvert de cendres). Elle est en général nue, recouverte par mâyâ l'illusion cosmique, qui cache à la vue des humains la réalité du monde lorsqu'ils voient sa multiplicité et ignorent son unité sous le voile des apparences.

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