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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
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AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
AMOUR TROUBADOUR EN CHANTANT
  • Quête de connaissances oubliées avec un esprit troubadour. Partage de contes poétiques et de poèmes-chants d'amour, illustrés de photos de nature, pour célébrer l'Amour, la vie et les troubadours.
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3 août 2008

1/Conte d'amour I Naissance de l'amour

Pour accéder à ce Conte complet, en particulier l'introduction, cliquer sur Conte d'amour I en Catégories.

LIVRE A
NAISSANCE DE L’AMOUR DE LA DAME

Panorama_AFIL

PANORAMA du Val (Rivière)

A.1.1 LE LIEN EVIDENT

Donatale a bien caché son trouble devant les hôtes du château, mais en tête-à-tête avec son amie sage et fidèle, elle avoue son irrésistible attirance pour ce jeune homme courtois qui lui a demandé d’être sa dame à l’occasion du prochain tournoi. Elle le voit déjà portant fièrement ses couleurs et les défendre en son honneur jusqu’à la victoire qu’elle appelle de ses voeux.
Elle se sent pleine d’une nouvelle énergie qui la centre au cœur d’elle-même et lui révèle l’évidence du lien établi entre eux.  Elle saisit sa viole et commence à chanter :

CHANT D’AMOUR :

LE LIEN EVIDENT

Tu es entré dans ma vie
Sans que j'y prête attention.
Je t'ai ni cherché ni fui,
Il n'y eut pas d'effraction.

Refrain :
C'est un lien tissé entre nous,
Nos vies tendues sur le fil
Avaient pris ce rendez-vous
Pour renouer sa trame subtile.


Je te connaissais avant
Que de te reconnaître,
La marque d'un lien évident
Faisait de toi mon maître.

Refrain :
C'est un lien tissé entre nous,
Nos vies tendues sur le fil
Avaient pris ce rendez-vous
Pour renouer sa trame subtile.


J'ai accueilli ta présence
Sans chercher à comprendre.
J'ai laissé sans surveillance
Mon coeur un peu trop tendre.

Refrain :
C'est un lien tissé entre nous,
Nos vies tendues sur le fil
Avaient pris ce rendez-vous
Pour renouer sa trame subtile.


Nos errances sont traversées
D'une histoire qui recommence,
L'amour s'y est installé
En vertu d'une évidence.

Refrain
C'est un lien tissé entre nous,
Nos vies tendues sur le fil
Avaient pris ce rendez-vous
Pour renouer sa trame subtile.

 

Inond_Oiseaux_P_A1

Arbres près de l'eau (fin d'hiver)

A.1.2 GRANDEUR D’UN DESTIN

Quelques jours plus tard, Maroiseau se réjouit du nouvel état de son amie, qui lui communique un enthousiasme printanier, elle s’installe à ses côtés avec son métier à tisser. Elles se souviennent du tournoi remporté par le beau Luciman. Guilegas lui a offert de rejoindre son groupe de chevaliers dès que ses obligations le lui permettraient et Donatale lui a donné le baiser du vainqueur, elle est sa dame. Depuis, elle s’assure personnellement de sa bonne récupération physique et morale. Emue par ses souvenirs récents et l’intensité de ses sentiments, après un silence complice elle chante :

 

CHANT D’AMOUR :

GRANDEUR D'UN DESTIN

Tes yeux dans mes yeux : feu dans l'eau profonde.
La terre qui tremble du choc de la rencontre
Cesse de tourner, l'eau du fleuve fige son onde.
Le temps suspend sa course contre la montre,
Dans nos corps, l'espace concentre le monde.

Refrain :
L'amour irradie nos âmes rassemblées,
L’énergie subtile se tisse entre nous.
Sans quête éperdue, nous nous sommes trouvés,
Le fil de nos vies passées se renoue.

Nos trajectoires sont changées à l'instant.
Dans le noyau du fruit de nos passions,
L'amour inscrit l'emblème de son présent.
Il faut rompre l'écorce pour sa possession
Qui nous donne l'élan d'en être les vivants.

Refrain :
L'amour irradie nos âmes rassemblées,
L’énergie subtile se tisse entre nous.
Sans quête éperdue, nous nous sommes trouvés,
Le fil de nos vies passées se renoue.

L'amour sans condition nous brûle d'une flamme
Qui te guide frère d'âme, vers son évidence.
Il éclaire plus que le soleil mon âme,
Je ne m'appartiens plus, je suis Présence
Et sans bien comprendre, j'accepte d’être sa dame.

Refrain :
L'amour irradie nos âmes rassemblées,
L’énergie subtile se tisse entre nous.
Sans quête éperdue, nous nous sommes trouvés,
Le fil de nos vies passées se renoue.

 

Inond_soleil_H_A1

 

Soleil sur l'eau dans les arbres (hiver)

 

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14 août 2008

4/ Conte d'amour I Loi des sentiments

A.4 LA LOI DES SENTIMENTS

Donatale tente d'en savoir plus sur Luciman et le danger qui le menace en interrogeant Tivirol, mais il reste discret. Elle est submergée par ses sentiments, d’autant qu’elle est très impressionnée par les propos du chanoine récemment arrivé au château. Il fustige le modèle courtois des relations entre hommes et femmes, et prône une nouvelle vision du mariage imposant l’exclusivité, la domination de l’époux dans tous les domaines, le mépris du corps et du cœur afin de museler les pensées.
Tivirol se rend compte de son trouble, il lui parle de l'imprévisibilité de l'amour que nul ne peut éviter. D'une force colossale, il ne s'embarrasse d'aucune convention ni des défenses des personnes les plus respectables. Pour ne pas être emportée par cette tempête de sentiments, il lui conseille d'apprendre à aimer, seul moyen selon lui de ne pas souffrir de cet état.

Gros_ch_t_A4FIL

Château médiéval


A 4.1 ÊTRE FEMME

Lorsque Tivirol la quitte, Donatale va se réfugier près de Maroiseau qui apprécie cette façon de voir et de réconcilier corps et esprit en célébrant sa nature de femme. Apaisée, elle chante :

  CHANT D’AMOUR :

ÊTRE FEMME 

Je suis femme de chair et de sang,
J'ai la nature de mes envies.
Qui veut me faire croire un instant
Que le créateur de la vie
Ait pu concevoir dans ses plans
Corps et esprit en ennemis?
 
Refrain 1
Je sais qu'il faut discipliner
La folle du logis dans l'esprit,
Trier le bon grain de l'ivraie,
Evaluer le chemin choisi,
Mais qui croire et à qui se fier
Sans confiance en sa propre vie?
 
D'où me vient cet élan sensuel
Qui me pousse toujours à l'amour?
Est-ce la perdition éternelle
Dont un despote menace sa cour?
Coeur battant et corps en dentelle
L'érotisme fait vivre mes jours.
 
Refrain 1
Je sais qu'il faut discipliner
La folle du logis dans l'esprit,
Trier le bon grain de l'ivraie,
Evaluer le chemin choisi,
Mais qui croire et à qui se fier
Sans confiance en sa propre vie?
 
Pourquoi inventer des péchés,
Là où paraît de l'accompli
Ou une oeuvre encore à l'essai?
Pour accepter l'offre de la vie,
Faut-il d'abord tant rejeter
Au risque d'étouffer toute envie?
 
Refrain 1
Je sais qu'il faut discipliner
La folle du logis dans l'esprit,
Trier le bon grain de l'ivraie,
Evaluer le chemin choisi,
Mais qui croire et à qui se fier
Sans confiance en sa propre vie?
 
C'est la voie d'amour maintenant
Qui s'impose pour guider mes pas.
Sa force depuis la nuit des temps,
Malgré d'innombrables aléas
Donne cohérence à l'existant
Dont l'amour est mode d'emploi.
 
Refrain 2
Je sais qu'il faut discipliner
La folle du logis dans l'esprit
Trier le bon grain de l'ivraie,
Evaluer le chemin choisi,
Mais je goûte la sagesse sacrée
De l'Amour, source de nos vies.

 

 Papil_Fleurs_A4

Papillon sur fleurs


A 4.2 JE SUIS AUTRE

L’existence de Donatale se met au diapason d'un monde où l'amour prédomine, plus fort que toute autre considération. Elle se sent bien différente depuis sa rencontre avec Luciman et tellement plus vivante.
Maroiseau l’approuve et l’encourage à prendre en compte les divers aspects de sa vie dans leur ensemble, sans en renier aucun. Elle remplit chacune de ses obligations et reste discrète dans l’expression de ses sentiments. Elle sait que l’union vécue au quotidien avec Luciman n’est pas envisageable, leur amour se situe sur un autre plan. S’il est une source de force, de transformation et de joie pour chacun d’entre eux, il les laisse libres de suivre les voies différentes de leurs vies terrestres et n’exige pas leur proximité physique. C’est l’amour de loin, l’amour des âmes. Donatale chante près de son amie:

  CHANT D’AMOUR :

JE SUIS AUTRE
 
Je suis autre de t'avoir rencontré,
Invitée dans la lumière d'amour comme
L'arbre d'argent aux fleurs de cristal taillé,
Bien enraciné dans la terre de l'homme.
Je suis temple sacré dont les particules
S'épanouissent en création majuscule.
 
Refrain :
Je suis autre de t'avoir rencontré
Et par toi j'apprends aussi à aimer.
 
Je suis autre de t'avoir rencontré,
Je suis multitude soudain réunie.
Mon être vibre en cohérence animée,
Accordé à la fragile harmonie
Qui me projette au coeur de nouveaux liens,
Je suis au monde et le monde m'appartient.
 
Refrain :
Je suis autre de t'avoir rencontré
Et par toi j'apprends aussi à aimer.


Cerisier_fl_P_A4

 
Cerisier en fleur

20 décembre 2015

Décembre, mois de la Grande Déesse Vierge qui met au monde un fils.

Décembre est le dernier mois de l'année et le premier de l'hiver. C'était le dixième mois du calendrier romain, d'où son nom, decem qui signifie dix.

Pour les anciens anglo-saxons, c'était le Mois Sacré, Heilag ou Heligh Monath, en raison des fêtes de ce mois dont celle de Jul (signifiant Révolution, Roue) le 25 décembre. L'année commençait au solstice d'hiver. Cette plus longue nuit de l'année était appelée La Nuit des Mères, celle de la Création du Monde.

La lumière décline, mais au matin du 25 décembre, date retenue dans le calendrier Julien, elle renaît pour un nouveau cycle, une nouvelle année.

C'est le moment où était fêté la naissance du Fils de la Grande Déesse : En Egypte Isis mettait au monde Horus. Dans le monde romain, c'était la naissance de Mithra, le Sol invinctus (Soleil invaincu). C'est bien sûr devenu la naissance du Christ mis au monde par la Vierge Marie à Noël, Neu Helle ou Nouvelle Clarté.

Déesse_mère_enfant-art-figuration

Déesse mère à l'enfant (statues gallo-romaines, art-figuration.blogspot.com)

On fête aussi en ce mois de décembre la fête de l'Immaculée Conception de Marie, le 8 décembre.

 

Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver

Galope un grand homme blanc

C'est un bonhomme de neige

Avec une pipe en bois,

Un grand bonhomme de neige

Poursuivi par le froid.

Il arrive au village.

Voyant de la lumière

Le voilà rassuré.

Dans une petite maison

Il entre sans frapper ;

Et pour se réchauffer,

S'assoit sur le poêle rouge,

Et d'un coup disparaît.

Ne laissant que sa pipe

Au milieu d'une flaque d'eau,

Ne laissant que sa pipe,

Et puis son vieux chapeau.

 

Jacques Prévert

 

Choix de poèmes sur l'hiver : http://www4.ac-nancy-metz.fr/ien57yutz/IMG/pdf/Poesies_sur_le_theme_de_l_hiver.pdf

30 octobre 2015

Balades d'octobre en bords de Sarthe à Briollay

Premières couleurs d'automne

Sur les frênes pourpres et les saules

S1-Sarthe-frênes-rouges

S2-frênes-rouges-saules-dorés

 

Fin octobre, frênes rouges et saules dorés

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Calme miroir de la rivière près de l'embarcadère des navettes fluviales estivales.

S3-Sarthe

 

Lumières sur l'eau et oiseaux sur l'autre rive.

S3-Sarthe2

 

Saules pleureurs et arbres champêtres.

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Début octobre, l'automne est discret.

S5-Sarthe4

 

Promenade d'un côté, route des basses vallées en face.

S6-Sarthe5

 

Légère brume automnale qui magnifie la lumière matinale.

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Sur le pont, si on prenait la barque?

Sarthe2a-pont

 

Les collines de Briollay vues du pont (vers Vérigné).

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Vu du pont (vers Tiercé)

Sarthe4a-pont

 

La barque s'éloigne, trop tard pour l'embarquement!

Sarthe5a-pont

 

Vue du pont, la route des basses vallées (vers Soulaire)

Sarthe6a-pont-route

 

Avant l'or d'octobre, le gris domine dans les feuillages.

Sarthe7

 

Le village de Briollay repérable à son clocher.

Sarthe7a

 

Les oiseaux sur l'autre rive ont attendu!

Sarthe8-oiseaux

 

Le port accolé à la Sarthe.

Sarthe9

 

En passant le pont (vers le Bec de Loir)

Sarthe10-pont

 

La Sarthe et les pâturages des basses vallées vus des collines de Briollay.

Sarthe-11

17 juillet 2015

Juillet, le mois de Jules (Julius), mois d'Athéna (grecque) ou Minerve (romaine)

Juillet est le septième mois de l'année, mais lorsqu'elle commençait au 1° Mars, c'était le cinquième, il était alors nommé Quintilis (cinquième). Au I° siècle avant notre ère, à la mort de Jules César, ce mois fut renommé Julius, devenu ensuite Juillet.

Pour les Grecs de l'Antiquité, c'était le mois d'Athéna, grande déesse qui donna son nom à la ville où elle avait un temple, le Parthénon.

 

Athéna_wikipedia Athéna (wikipedia)

 

Les Grecs célèbraient en ce mois les Panathénées, fêtes en l'honneur de la déesse.

C'est le mois des grandes chaleurs (la canicule) et des récoltes, en particulier des moissons.

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29 mars 2015

Les Basses Vallées en Mars

Dans les basses vallées,

Affleure une route discrète,

Un passage pour fendre les eaux

Plaisir des intrépides locaux.

 

Ballet de voitures qui se croisent

Le ciel prend l'eau

L'eau assiège la terre

Combat de reflets,

Aux ordres de l'hiver.

7_3_15-Basses-Vallées-Briollay

 

22 jours plus tard (29/3), la route dans les champs.

29_3_15-Route

 

7/3

7_3_15-Sarthe1

 

Même lieu le 29/3

29_3_15-Sarthe

29_3_15-S

 

Un paysage se dessine soudain

Le clocher-repère perce le ciel,

L'horizontale unit ciel, terre et eau.

Dans la verticale les bourgeons

Epaississent le trait des branches,

Des bandes d'herbe verte annoncent

La victoire prochaine du printemps.

7_3_15-Sarthe2 

22 jours plus tard

29_3_15-village

 

Dans la plaine où l'eau affleure,

C'est la brasserie des oiseaux.

7_3_15-Sarthe3

7_3_15-Sarthe4

 

29/3, même lieu

29_3_15-près S

 

Sur les terres des millions d'années*

L'autoroute de l'énergie file

Entre deux rangs d'arbres en acier

Qui enjambent les rives inondées.

*Nous sommes là dans les terres parmi les plus anciennes aux limites du Massif armoricain (domaine « cadomien », terres de 600 millions d'années)

8_3_2015Sarthe-Bec-Loir

 

Dans la plaine submergée

Où les pâturages sont oubliés,

Un blanc troupeau de cygnes

A pris ses quartiers d'hiver.

8_3_2015Sarthe1

8_3_2015Sarthe2

 

Les chatons de saule escaladent les branches

A l'assaut de la lumière d'un cycle nouveau.

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Chatons de saules le 29/3

29_3_15-Saule1

29_3_15-Saule2

 

La rivière alanguie s'étale dans son lit,

Prenant encore ses aises par endroit.

L'aigrette garzette et le cormoran

Explorent méticuleusement ses rives.

 

11_3_15-Sarthe

11_3_15-Aigrette-Garzette

11_3_15-cormoran

 

Un paisible étang émerge

De la brume de fin d'hiver.

Les saules et les peupliers

Se pastellisent en vert.

18_3_15-Bords-Loir

 

A la lisière de la prairie

Les arbres saute-ruisseau

Longent le fossé gorgé d'eau.

19_3_15-plaine-Sarthe

19 octobre 2015

Octobre, le mois des fêtes des semailles de Déméter, déesse grecque de l'agriculture

Octobre est le dixième mois de notre calendrier. Son nom dérivé du radical octo, "huit" indique ses origines romaines où il était le huitième mois.

En octobre se déroulaient des fêtes liées aux semailles et donc dédiées à la grande déesse de la Grèce antique, Déméter (Cérès romaine). Il s'agissait des Thesmophories : « apport des dépôts sacrés » de l'année passée.

Déméter, déesse de l'agriculture, de la fécondité

mediterranees

Dans la religion catholique, le mois d'octobre est dédié à Notre-Dame-du-Rosaire.

Auparavant Notre-Dame-de-la-Victoire était fêtée en octobre en l'honneur d'une bataille du XVI° siècle opposant les défenseurs de l'Eglise romaine contre les Turcs. Puis rapidement une fête du Saint-Rosaire fut dédiée à cette victoire. En 1960 elle est renommée fête de Notre-Dame-du-Rosaire.

1 juillet 2015

Nature de Juin

Mare, Nénuphar

20-06-Mare-Nénuphar

Vaste espace naturel, chemin sauvage...

Soudain dans la mare, le choc !

Comment ce magnifique nénuphar

Est-il venu coloniser cette mare ?

20-06-Mare-Nénuphar2

 

Poirier

Record de fruits cette année

Les poires sont abondantes.

21-06-Poirier

 

Clématite

Une superbe sauvage aux fleurs

De bouquet de mariée, mais si envahissante !

22-0-Clématite

 

Mûres sur Ronces

Les mûres se forment sur le roncier.

22-06-Mures-Ronces

Noyer

De lourds fruits pendent des branches,

Les noix mûrissent sous la coque verte.

22-06-Noyer

 

Les chatons ont pris de l'autonomie

Il est temps de se séparer,

La petite noire va déménager...

23-06-2015-5

 

Framboises mûres

Les framboises sont mûres,

Parfaites pour les petites mains,

Attention aux minuscules épines !

23-06-Framboises

 

Kiwis

23-06-Kiwi

Sous la tonnelles les fleurs sont remplacées

Par les petites souris végétales.

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Ronces en fleurs

Les hautes branches des ronces

Fleurissent vers le ciel.

24-06-Mures-Ronces

 

Deux frères d'âge différent prennent le frais.

25-06-2015-2

14 juillet 2013

PIERRE DE LUMIERE V, Restauration et Présence divine

Je comprenais peu à peu le raisonnement de Marco, aspirant kabbaliste, surtout lorsqu'il me conta la version de la destinée de l'homme selon la kabbale plus tardive, élaborée en particulier à partir de celle de Louria (rabbin du XVI° siècle).

Lors de l'expansion de la Lumière divine il y a "brisure des vases". A cette occasion, la Présence divine ou Shékinah aussi appelé Gloire de Dieu qui résidait dans l'Homme primordial est exilée. L'homme a donc été exilé loin de Dieu et en lui, les forces de l'Adversaire (du mal ou non-accompli) sont mélangées avec les forces divines (du bien ou accompli) liées à la Lumière originelle. 

La Shékhinah-Présence divine vit séparée de son époux divin, elle est aussi qualifiée de "veuve". On dit qu'elle a perdu sa Résidence, son "Royaume sur terre" établi au niveau de la sephira Malkhut lorsqu'elle recevait la Lumière d'en-haut, ce qui permettait alors de dire comme dans la Table d'Emeraude: ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. 

L'homme de l'exil hors de l'Eden (le Paradis où il vivait en présence de Dieu) est orphelin. Il est aussi appelé "fils de la Veuve".

Tout ce vocabulaire, découvert en cherchant la source des légendes de la Pierre de Lumière, se retrouvait dans les romans du Graal ou chez les Francs-maçons férus de symbolisme.

J'écoutais Marco attentivement, il poursuivit: selon la Kabbale, la situation n'est pas désespérée. Les morceaux des sept vases inférieurs de l'Arbre ont gardé un peu d'étincelles de la Lumière primordiale, (du bien, de l'accompli), mais elles sont enfouies dans les "écorces" du non-accompli, du mal.

Ainsi pour le kabbaliste l'homme a un rôle à jouer: en séparant la lumière de ses écorces, il obtient une lumière qui transforme sa vision du monde jusqu'à voir Dieu dans toute création. Selon Louria, il faut parfois plusieurs vies pour y parvenir, mais la Réparation est possible. Avec elle, l'homme revient vers Dieu et Dieu retrouve sa partie féminine, la Shekinah-Présence divine, Il s'unit à elle qui s'établit de nouveau dans son Royaume. Ainsi la vie humaine a un sens et peut permettre de réparer la Brisure des Vases.

Dans ce contexte, le modèle archétypique de la Création est l'Arbre de Vie, image de l'Homme Primordial en rapport avec son Dieu créateur et toute la Création. En suivant les voies de l'arbre des Sephirot, l'homme dispose d'un plan et d'un "véhicule" (le char d'Ezéchiel) pour retrouver la source, se relier à l'Origine divine de la Création et ainsi lui permettre d'être restaurée dans son état premier. 

Sefirot-hassidout

Les Sefirot (hassidout.org/sj/component/content/article/165-judaisme/18246-concepts-la-signification-des-sefirot)

 

Marco et Abdul me le confirmaient une fois de plus, l'homme ne pouvait s'accomplir, se réaliser dans tout son potentiel sans accéder à un modèle de représentation cosmique mettant en correspondance le Macrocosme (au sens d'Ordre universel) et le Microcosme (l'ordre de la dimension humaine en harmonie avec le modèle universel). 

cosmovisions

Microcosme-macrocosme (cosmovisions.com/microcosme)

L'homme trouvait alors sa place dans ce système, découvrait le rôle qu'il pouvait y jouer donnant ainsi un sens à sa vie et surtout il se reliait à partir d'un certain stade à des forces transcendantes qui l'élevaient à des niveaux supérieurs de conscience et donc de Connaissance.

Que ce soit par le biais du Carré Sator avec ses carrés enchaînés révélant l'Ennéade divine émanant d'un seul Dieu; l'alchimie qui avec la Pierre philosophale élabore un modèle universel de la structure de toute matière émanant de Dieu; la Table Ronde accueillant le Graal qui comble les souhaits en son centre; l'arbre des Sephiroth et ses trente-deux sentiers, ses roues et son plan global de la Création permettant d'envisager le retour à l'état d'Origine en lien permanent avec Dieu; l'objectif était le même et nécessitait l'engagement complet de l'homme construisant pas à pas sa conscience grâce à une représentation cohérente de l'Univers, de ses forces et de sa propre place au sein de l'ensemble.

Le contraste était saisissant quand on considérait le vide existentiel de l'homme moderne coupé de ses racines.

Voir : Carré Sator représentation symbolique de l'Univers; Le but de l'alchimie, le Grand OeuvreTable ronde, modèle de l'univers, (Voir aussi ici); La Pierre Philosophale et Tipheret.

 

C'était la promesse de la Pierre de Lumière assimilée à la sephira Daat, Vase sacré de la Connaissance, elle se dévoilait à l'homme degré après degré, au fur et à mesure que ses expériences vécues le transformaient s'il savait les comprendre à leur juste niveau. Chacune d'entre elle représentait une occasion d'exercer son libre-arbitre et de travailler son état de conscience: l'homme ne pouvait pas changer les événements de sa vie, mais pouvait choisir sa façon de les considérer et donc finalement de les vivre. 

La Lumière divine selon le Plan divin, pouvait se répandre jusqu'en Malkhout en l'homme à travers sa pensée, son intelligence, ses sentiments, ses désirs, ses émotions, ses actes. L'homme était libre de choisir sa représentation du monde, reflet de ses pensées et de sa volonté. Et pour l'accomplissement du Plan divin, le Maître renonçait à son libre-arbitre pour se confier, le coeur empli de louanges, à l'Esprit transcendant, obéir à l'Intuition (Connaissance-Lumière divine) et accomplir ce qui devait être accompli dans l'Amour divin!

 

Marco et Abdul étaient chacun à leur manière sur cette voie, ils ne s'en vantaient pas, mais en permanence ils témoignaient de cette attitude qui engageait toute leur volonté à chaque instant de leur vie. J'étais très émue de parvenir à ce constat tandis qu'ils restaient simples et souriants, même en répondant à mes questions d'ignorante poursuivant peut-être des chimères… Leur sagesse en témoignait, il n'y avait pas qu'une seule voie et chaque humain avait la sienne balisée par les circonstances de sa propre vie. Pour moi, je mesurais l'immense chance d'avoir rencontrer des éclaireurs tels qu'eux, mais je savais qu'ils n'auraient pas apprécié que je me répande en remerciements lyriques, je me contentai de m'incliner devant chacun d'eux avec les mains jointes à hauteur de mon coeur empli de gratitude…

Et lorsque je dus les quitter, ils m'embrassèrent avec simplicité et chaleur en m'encourageant à poursuivre ma propre voie de "graaleuse"! Et Marco ajouta qu'à ce stade, il fallait accepter qu'il y ait plus qu'une façon de voir les choses, elles n'étaient pas forcément compatibles, mais ne s'excluaient pas pour autant! Comprenne qui pourra!

8 avril 2010

HISTOIRE DE LOUTRE, LORRE DE RIVIERE (3)

3
J'ai interrogé un prêtre chrétien, mais néanmoins pêcheur, sur la loutre, il m'a répondu qu'autrefois les gens en mangeaient pendant le carême même s'il ne faut pas manger de viande pendant cette période pour ne pas pécher. J'en ai déduit que la consommation de loutre était pourtant autorisée par la "vieille église" pendant le jeûne. Vrai ou Faux?

Loutre_des_pyrenees
Loutre, Wikipédia

Vrai

Il faut dire que la loutre était autrefois assimilée au poisson et donc autorisée par l'église en période de jeûne. Pêchée ou chassée, le résultat était le même, elle passait facilement à la casserole!
Serait-elle concernée par cette expression : ni chair ni poisson?

27 février 2015

Neige de février

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La neige superpose ses fleurs et feuilles

Sur celles qui bravaient l'hiver.

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Les clématites sauvages deviennent

De gros pompons duveteux

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Et des brindilles au sol

Calligraphient d'obscurs messages.

 

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Les fleurs de cognassier du japon sous couverture

Accompagnent le choysia floconneux

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L'arum marbré habille le pied des haies.

 

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Les tiges de lierre décollées du mur

Se font résille de soie miroitante.

 

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Dans le parc, la neige panse les moignons

Et pose un coussin sur la roche,

Rêve glacé d'apaisement romantique.

 

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Les lances des jonquilles bravent les piques du gel.

 

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Le mimosa brandit ses grains d'or contre l'hiver.

Défi dérisoire, mais patient en attendant le redoux.

 

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Un paysage déroule son tapis enneigé

Dans un changement de décor luxueux,

Les reliefs sont atténués, plus de laideur

Sur la vaste perspective blanche

Où comme dans un jeu d'enfant,

Se pose un clocher, s'installe un arbre...

    Textes et photos, Marie Duval

31 janvier 2015

Janvier et Janus, La Vieille du gel

Janvier est le mois de Janus, dieu romain aux deux visages, celui du passé et celui de l'avenir. Il est le dieu des commencements, des passages et des portes dont il détient les clefs, comme Saint Pierre.

Janus-Musée-du-Duomo-Ferrare-Italie

Janus (Musée-du-Duomo-Ferrare-Italie)

Ces clés ouvrent et ferment les deux portes des solstices, celui d'hiver et d'été selon le symbolisme du trajet solaire et du cycle zodiacal.

Sur le plan astronomique, les positions du soleil en un même endroit tout au long de l'année dessinent un huit, appelé analemme dont les deux extrémités correspondent aux solstices.

analemme-sogedima Analemme, voir sur le site ici.

Le gel en Janvier.

cèdre-gel

IMGP2082IMGP2086

IMGP2084gel

 

La vieille de Janvier

La vieille de Janvier de ses doigts de gel,

Dessine de fines parures de dentelle

Ou étale son manteau blanc sur nos terres.

 

Elle avance dans les chemins de brume

Sous des voûtes de branches nues

Qui craquent comme ses vieux os.

 

Et secrète, pour accomplir son oeuvre

Elle prépare les germes du futur

Dans l'invisible cycle des saisons.

Marie Duval

11 septembre 2013

Chapelle Saint-Julien de la Roche-Foulques (Soucelles 49)

Un patrimoine exceptionnel: la Vierge et les saints bretons.

Pour nous, c'est une belle histoire: la Piéta qui se dégradait au fond d'une réserve humide, dans la sacristie de la Chapelle de la Roche-Foulques est maintenant resplendissante, à la place d'honneur près de l'autel et un tableau sur bois (La donation du Rosaire) a aussi été sauvé! Voir ici.

Piéta1Piéta2

Piéta La Roche-Foulques Soucelles (49)

Merci à l'équipe de Soucelles d'avoir oeuvré pour la préservation de l'exceptionnelle collection de statues bretonnes de la Chapelle. L'artiste et ami qui avait repéré le premier cette Piéta et attiré l'attention avec persévérance des bénévoles de la commune, a publié son histoire sur son blog. (Ici)

Pour vous donner envie de venir voir cette chapelle exceptionnelle dans un cadre qui l'est tout autant, voir ici un diaporama de 2009-2010, donc avant la restauration des 5 statues (diaporama extrait d'un blog privé, ici).

ALBUM VISITE DE LA CHAPELLE DE LA ROCHE-FOULQUES et de ses statues 1

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Pour une étude des nouveautés de la Chapelle: statue et tableau, voir ici sur ce blog.

 

PATRIMOINE ET JOURNÉES DU PATRIMOINE

La Chapelle Saint-Julien de la Roche-Foulques sera ouverte pour les journées du Patrimoine, le 15 et 16 septembre 2013, comme chaque année, avec de surcroît une exposition d'artistes.

A la Chapelle de la Roche-Foulques, pour aider à la restauration d'autres statues, un concert s'y tiendra le 14 septembre à 20 Heures, la participation est libre.

sauvegarde de l'art français Journées du Patrimoine1 

Sauvegarde de l'art français Journées du Patrimoine, concert la chapelle de la Roche-Foulques.

Voir ici la page de la commune, qui comme vous le verrez possède des monuments de qualité (un très beau dolmen, pigeonnier, lavoir et fontaine...), de quoi passer un bon moment.

Et si vous souhaitez en savoir plus, vous trouverez ici sur ce blog, une étude géographique, historique, symbolique et religieuse autour de la Chapelle-saint-Julien autrefois Sainte-Croix (elle abritait un morceau de la Vraie Croix).

 

LE PLUS GRAND MUSÉE DE FRANCE, nous sommes tous concernés.

Mais l'histoire n'est pas finie. Nous avons découvert que derrière cette restauration se tenait un superbe projet: le patrimoine des communes et principalement le patrimoine religieux est identifié comme étant LE PLUS GRAND MUSÉE DE FRANCE! Des jeunes de l'Ecole du Louvre sont chargés de parcourir les régions pour repérer, collecter des fonds et sauver ces trésors. 

http://www.leplusgrandmuseedefrance.fr/

Et voici la page de notre jeune chargée de mission Sabine Gillotin qui oeuvre avec les associations des Pays de Loire:

http://www.leplusgrandmuseedefrance.fr/profils/details-43

S Gillotin

Photo d'article Ouest-France à la Chapelle Saint-Julien de la Roche-Foulques (Soucelles 49)

Vous verrez en bas de sa page les oeuvres qu'elle a repérées. En particulier les statues de la Chapelle-saint-Julien et une collection de portraits de Papes tout à fait exceptionnelle (voir ici)!

Les actions locales se multiplient, les journaux relaient ces initiatives, donc soyez attentifs et n'hésitez pas à participer localement ou de façon plus élargie.

Pour un don déductible d'impôt, Sabine Gillotin sert d'intermédiaire, n'hésitez pas à la contacter. Ci-dessous un formulaire qu'elle nous a transmis, à utiliser pour envoyer une contribution par chèque. Vous pouvez l'imprimer et noter dessus l'oeuvre à la restauration de laquelle vous souhaitez vous associer. Merci d'encourager ce beau projet qui nous concerne tous. (Formulaire** en pdf en bas de ce message)

Pour moi ce sera bien sûr le projet de la Chapelle!

Quelques liens:

Engagement du ministère de la culture : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Mecenat/Mecenat-articles-a-la-une/Agissons-pour-le-plus-grand-musee-de-France

www.lefigaro.fr/culture/2013/02/25/03004-20130225ARTFIG00295-les-eglises-plus-grand-musee-de-france.php (copier-coller dans la barre d'adresse de votre navigateur)

http://www.liberation.fr/societe/2013/08/29/chemin-de-croix-pour-tresors-en-peril_928098

Don en ligne, sur facebook, sur KissKissBankBank (cliquer sur le logo ou sur Donnez ici): 

http://www.facebook.com/ecoledulouvrejuniorconseil

 

 **Formulaire_Don_SAF__1_

 

 

22 décembre 2013

Voeux

Merci à vous qui suivez ce blog ou qui passez par ici. Merci à ceux qui se sont investis par des commentaires judicieux et enrichissants tout au long des histoires parues. Merci aux amis et surtout à l'homme de ma vie pour avoir lu attentivement et participé à la correction ou la mise en page des textes.

Pardon à ceux que je néglige ou que je tarde à lire. Pardon à ceux dont je ne publie pas les commentaires trop décalés!

Je regrette... rien

J'aime les partages et les rares mais précieuses rencontres permises par ce blog, j'aime que cette plate-forme fort bien conçue selon moi et en progès constants me permette de faire vivre mes oeuvres de la façon qui me ressemble: discrètement, avec coeur et à la disposition de tout un chacun!

Donc à l'occasion de leur DIX ANS, mille mercis aux concepteurs de CANALBLOG.

Et à toutes, à tous, Joyeux Noël et Bonne année.

Joyeux-Noël-Bonne-Année

(Montage réalisé à partir de photos sur internet)

27 septembre 2015

Balade au bord de l'eau en septembre (Loir)

Balade au bord du Loir

Au cours regonflé par les pluies

De la fin du mois d'août.

Loir-1

 

Un ciel splendide

D'un bleu azur

Se reflète dans l'eau.

Loir2

 

La lune suspend sa course

Quelques instants...,

Rendez-vous de nuit.

Loir3

 

Premières feuilles dorées

Et branches dénudées

Sur les arbres des rives.

Loir4

 

Etrange spectacle,

Une cage grillagée,

Piège à ragondins.

Loir5

 

Piège grillagé pour les ragondins (ph wikipédia)

Loir6Ragondin-wikipedia

Un bâton planté

Une île à rêver.

Loir7

 

Un pont enjambe la rivière

Dans la campagne tranquille.

Loir-pont1

 

Mais soudain un grondement,

Le TGV file vers sa destination.

Loir-pont2

 

Sous le pont un artiste s'est exprimé

Loir-pont3

 

Oh la vache!

Loir-pont4

13 novembre 2013

PORTRAIT de Wolfram von Eschenbach, Analyse et hypothèses, Document 2

Pour les références complètes, voir ici.

heraldique

 Wolfram von Eschenbach (heraldique.org/2012_02_16_archive)

Il est représenté avec tout son équipement (1), on ne voit pas son visage masqué par un heaume aux yeux encadrés d'une sorte de M dont les jambes (4ter) encadrent chacune trois points (6). Deux haches ou doloires (2) encadrent son heaume comme des cornes (3). Ces doloires adossées (4) sont reprises dans ses armes qui forment un triangle (4ter) : sur le caparaçon du cheval, la bannière déployée sur la lance haute et enfin l'écu.

Le chevalier se tient très droit de face, les pieds en équerre, son épée au côté est marquée d'une forme en Z ou N (4bis), son bras tenant la bannière dessine un N avec la hampe de la lance. Le page qui retient le cheval au centre du dessin, dans l'axe de la lance a aussi les pieds en équerre (5). 

Nous pouvons tout d'abord comparer ce portrait avec d'autres représentations de chevaliers du Moyen-âge:

larousse

Chevaliers du XI° siècle (http://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Chevaliers_en_croisade/1310877)

lionsdeguerre

Chevaliers du XIV° siècle (http://www.lionsdeguerre.com/moyen-age/chevalier-moyen-age.php)

Nos analyses et hypothèses:

(1) Cette représentation de Wolfram von Eschenbach le montre en "Lance fournie", terme qui regroupait tout l'équipement d'un homme d'armes (y compris ses soldats, valets et chevaux), en allemand c'est le Lanzenführer : "Chef de lance". 

 

(2) Sur ses armoiries figurent des "doloires" adossées, sorte de haches.

L'idéogramme de la double hache correspond au Qoph ou Qof hébraïque Sens : c'est le cordon ombilical subtil qui relie le créé à l'incréé, ce qui lie l'archétype à sa manifestation. Qoph est lié à la Sagesse divine.

 

(3) Les Cornes, sont souvent associées à la double-hache

 

(4) La Double hache ou labrys est un symbole de la Déesse

 

 

Labrys, hache bipenne et astronomie sacrée Christian Mandon, Les origines de l'Arbre de Mai.

"Les doubles haches bipennes étaient utilisées rituellement en sceptre processionnel. Vus par le dessus, ils forment une croix, ce même X qui indique les levers et couchers du soleil lors des deux solstices. La Déesse Mère (Terre) devient par son action, la Déesse Abondance.

racinesCornes-haches 

racines.traditions.free.fr/labyrint/labyrint.pdf

(4bis) Le même aspect en X se retrouve dans les Runes dont la Rune Mère, Hagal est représentée parfois par un N ou N inversé. Christian Mandon, Les origines de l'Arbre de Mai.

 

wikipédia-The_Sacrifice_of_Odin_by_Frølich

Odin se sacrifiant lui-même sur l'Arbre du Monde, Yggdrasil, pour obtenir la sagesse et la connaissance (secret des Runes) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Rune)

 

4ter En observant mieux le triangle formé par les armoiries, on constate que l'axe des doloires adossées latérales aboutit à l'angle supérieur des doloires de la bannière dont l'axe vertical dessine une sorte de médiatrice. Nous évoquons la forme d'une rune, la rune Yr du Futhorc anglo-saxon, qui correspond à Ur, symbolisant l'Auroch avec des cornes!

Yr ou Ur 

Rune Yr (Ur ou uruz ancien)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ūruz

 Poème runique L’auroch est fier et possède de grandes cornes ; bête sauvage et dangereuse, il combat avec ses cornes ; grand soldat des landes, c’est une créature courageuse.

 

 

 

(5) Les pieds à l'équerre: on peut dire que l'homme, le chevalier se tient droit, « d’équerre », symbole de rectitude fréquent en particulier dans les sculptures romanes.  

L'équerre, symbole de rectitude, selon Jules Boucher, unirait, trois mondes (spirituel-divin, matériel-terrestre, humain-médiateur). On enjoint d’être « droit, rigoureux et ferme dans ses pensées, ses actes et ses paroles » 

(6) Trois points en équerre ou en triangle, c'est un symbole de la Trinité au Moyen-âge.

Triangle_trinité-bichau

 

Triangle_trinité-bichau.canalblog.com

 

 

 

 

 

Il est aussi utilisé en Franc-maçonnerie. (http://www.ledifice.net/3092-3.html) La Tri-Unité de toutes choses est le mystère fondamental de l’initiation intellectuelle. Le Maçon qui pare sa signature de trois points en triangle, sous entend qu’il sait ramener par le Ternaire le Binaire à l’Unité. 

 

Merci à SergioH d'avoir attiré notre attention sur ce portrait, voici avec son autorisation, son interprétation en PDF:

Wolfram_Von_Eschenbach Son blog: http://sergioh.canalblog.com

 

2 novembre 2013

Mystère du Graal 3° Partie

1° Partie ici

2° Partie ici

Après une pause rafraîchissante, Emeline alluma une bougie à la citronnelle pour éloigner les rares moustiques sur la terrasse maintenant dans la pénombre puis elle installa trois chaises-longues avec des coussins et des plaids à notre portée. Elle s'allongea avec un soupir de satisfaction et dit:

- Nous en étions à l'idée originale de Bastien sur les opinions de Wolfram von Eschenbach je crois.

- Oui, répondit Guillaume, c'est toujours à propos du Lapsit exillis. Il a d'ailleurs beaucoup apprécié votre hypothèse de Lapsi Texillis. Bref, il m'a cité les passages en rapport et attiré mon attention sur le dernier, à la fin du roman. (1) Wolfram dit dans un premier temps que cette pierre Lapsi Texillis a été déposée par des anges qui sont remontés au Ciel. Mais vers la fin, il nous révèle que l'ermite Trévizent dit avoir menti! En fin de compte c'étaient des anges indifférents qui sont voués à l'éternelle réprobation en raison de leur choix… de ne pas choisir Dieu!!. Ainsi on pourrait penser que Wolfram renvoie les deux partis du Pape et de l'empereur dos-à-dos sans pouvoir le dire ouvertement. 

- Et la pierre choisit les purs, dis-je, les Templiesen, qui la gardent et bénéficient de ses pouvoirs. 

- Des templiers, s'exclama Emeline, nous y voilà!

- Non pas tout à fait, remarqua Guillaume. Ce mot de Templeise ou Templeisen selon les versions, ne se traduit pas! On y reconnaît le mot Temple et Eisen qui signifie le fer ou Eis, la glace. 

- Le Temple de Glace ou de Fer, dit Emeline. Tu crois que ça correspond à ton château-oppidum de Oeschenberg, Monsalvaesche? Le mont se couvre sûrement de neige et de glace, mais le Fer?

- Le basalte contient du fer qui est d'ailleurs exploité dans la région, répondit Guillaume, et sous certaines formes il peut briller et ressembler à de la glace. 

Mais surtout nous sommes en pleine évocation symbolique, or il existe des runes dites de Glace. 

La 1° est Hagal, le grêlon, l'oeuf de glace, la rune-mère de toutes les autres. La 2° est Naut, la rune des Nornes, l'équivalent des Parques grecques fileuses, déterminant le destin de chaque être. La 3° est Isa ou Eis, la rune du glaçon sous sa forme de stalactite, c'est aussi la terre glacée où est planté l'Arbre du Monde.

 

dakotamatrix

 

 

 

 

 

 

 

 

Hématite, "Cristaux de fer" (dakotamatrix.com-hematite32760b_2)

Emeline était bouche bée et totalement captivée par Guillaume. Elle se secoua et dit:

- Je trouve tout ça passionnant, pourtant il y avait bien des templiers à l'époque de Wolfram von Eschenbach, ils sont cités dans Parzival, du moins sa traduction.

- Certes, dit Guillaume, mais il y avait peu de Templiers en Allemagne, par contre l'Ordre de Chevaliers Teutoniques qui s'inspirait des mêmes règles s'implanta en Thuringe dès 1200. 

"Il est probable que Wolfram pensait à eux, d'autant que l'un des grands maîtres de l'Ordre à cette époque était originaire de Thuringe et son successeur fut le propre fils de Hermann de Thuringe.

"Cet Ordre, comme celui des Templiers était conçu pour être le plus indépendant possible du pouvoir temporel et sacerdotal. Il ne dépendait que du Pape et début XIII° siècle, ces chevaliers devaient effectivement apparaître comme des "purs". 

- Je m'en souviens, dit Emeline, ils furent même autorisés par les pouvoirs impérial et papal à fonder leur état qui deviendra la Prusse. Tout comme les Templiers furent associés à la fondation du Portugal

- Et cela nous ramène au Graal, dit Guillaume, et Bastien m'a d'ailleurs montré le Sceau du Roi Alphonse I de Portugal que l'on peut aussi lire Por Tu Gral!

Sceau-portugal-ourtac2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sceau Roi portugal (http://ourtac2.free.fr/Les%20euros/Motifs/Portugal/Palavra.html)

- Etonnant, dis-je, c'est vrai que les Templiers sont arrivés très tôt au Portugal et ils sont venus nombreux s'y réfugier au temps de leur persécution au XIV° siècle en prenant un autre nom pour l'Ordre. Ils ont construit un château forteresse à Tomar avec une église inspirée du Saint Sépulcre de Jérusalem ou initialement Eglise de la Résurrection.

- C'est l'église ronde, dit Guillaume, la Rotonde ou Charola. Bastien m'en a parlé. Cette chapelle des Templiers de Tomar comporte huit piliers et en clé de voûte apparaît la forme étoilée à huit pointes appelée étoile de béatitude.

- Sûrement en rapport avec la croix des béatitudes templières symbolisée par la Croix de Malte, dis-je.

- Oui et charola veut aussi dire plat ou plateau en espagnol, reprit Guillaume, comme le plat-graal de Chrétien de Troyes, mais en Bourgogne, pays d'origine du premier roi du Portugal, Alphonse I°, le mot désigne des pierres taillées (du bas latin quadrus, pierre carrée).

- La Pierre cubique des Maçons…, dis-je.

- Je pense plutôt à la Carole, répliqua Emeline vivement comme pour ne pas me laisser dériver, la danse en rond médiévale, ou le déambulatoire d'une église, cette forme arrondie célébrant effectivement la Résurrection.

- De toute façon, reprit Guillaume, c'est toujours l'évocation d'un modèle centré qui représente une structure de l'univers, de l'homme et ses activités. Bastien a cité le poète Lucien de Samosate: "Avec la création de l'univers, naquit à son tour la danse qui symbolise l'union des éléments. La danse circulaire des étoiles fixes, la beauté de l'ordre et l'harmonie dans tous ses mouvements est un modèle de la première danse au moment de la Création". 

"C'était la base des rites antiques de danse ou de circumambulation, ils évoquaient la Roue de l'Univers et les cycles de vie. Et en Allemagne, une ville de Bavière, Oberstdorf entretient le rituel d'une danse très ancienne de ce type, rassemblant des Hommes Sauvages pour l'évocation des Runes du Cercle de l'Année, les trajets solaire et planétaires et à la fin la Communion solaire avec la boisson sacrée, le "Met" du Solstice d'Hiver.  

- Cela me fait penser à Odin-Wotan, dis-je, qui sous forme d'un faucon dérobe le Met sacré et le dépose dans les trois cornes à boire entrelacées. Ces cornes forment un triskèle, symbole de cycle solaire...

- D'accord, dit Emeline, que le modèle s'appelle croix des béatitudes, rune Hagal sous sa forme d'étoile à 6 ou 8 pointes, rose de Wotan, Escarboucle alchimique…, c'est finalement un symbole de totalité universelle, un support de connaissances et d'un Art de mémoire tout en signifiant le retour à l'Un, à Dieu. Je vous ai compris tous les deux.

Et elle me lança un regard appuyé, je ne réagis pas. Guillaume comme déjà perdu dans son rêve dit:

- Pour moi Wolfram von Eschenbach est dans la droite ligne de l'esprit de Saint Bernard qui a présidé à la fondation des Ordres de Moines-soldats, Templiers ou autre. Le plan spirituel avant tout. Les Templiers avaient retrouvé à Jérusalem la trace du christianisme primitif, ils oeuvraient à l'établissement de la Jérusalem terrestre sur le modèle de la Jérusalem céleste (2) pour favoriser l'évolution humaine et la Rédemption jusqu'au Salut.

- Les Templiers avaient retrouvé la voie d'un plan spirituel vers la nature de l'homme primordial, l'homme d'avant son exil du Jardin d'Eden, dit Emeline à son tour très doucement.

- Wolfram von Eschenbach était vraiment un Minnesanger, dit Guillaume, un chanteur de Mémoire, Mémoire qui est fondamentalement celle d'avant la Chute. 

 

Puis le silence s'imposa et le sommeil nous emporta dans le monde des rêves en cette nuit douce du mois d'août.

Un bruit nous réveilla brutalement, la nuit était noire et le chat des voisins était venu nous voir. Emeline s'apprêta à allumer, mais Guillaume la retint.

- Non, regarde le ciel, nos yeux sont habitués à la nuit et les étoiles sont magnifiques.

- Où est le Graal écrit dans les étoiles? demanda-t-elle aussitôt enthousiaste.

 

Je me déplaçai à l'extrémité de la terrasse, vers le Sud-est et leur expliquai ce que j'avais appris avec un de mes amis. Chaque culture avait son propre système de représentation des constellations, je leur parlai de celui des égyptiens. 

Je leur proposai d'imaginer un G couvrant l'espace peu visible de la Licorne, englobant Procyon du Petit chien et Sirius (Isis) près de la ligne d'horizon puis le R très reconnaissable d'Orion (Osiris), le A des Gémeaux, le A du Cocher et enfin le L du Taureau. Voir sur ce blog ici.

 

Graal-lu-dans-étoiles

Nom du Graal lu dans le ciel 

- C'est là que tout commence et que tout finit, dit Emeline pensive. Je les laissai admirer le ciel, et regagnai mon lit pour y finir la nuit.

 

(1) Résumé du Parzival, de Wolfram von Eschenbach, d'après la traduction de A Grandmont

§ 454 D'après Maître Kyot, Flégétanis dit qu'une légion d'anges le (le Graal) déposa sur terre avant de remonter au Ciel. Il est gardé par les rejetons d'une race pure liée à la Maison d'Anjou.

§ 468 à 470 L'ermite dit à Parzival que le Graal nommé aussi Lapsi Texillis est gardé par des "Templeisen" (mal traduit par templiers) qui forment une troupe redoutable courant des aventures; La pierre leur fournit les vivres, mais aussi la santé et la vigueur. Chaque Vendredi-saint, une colombe vient déposer une hostie sur cette pierre, ce qui renouvelle ainsi ses pouvoirs pour l'année à venir.

§ 797 798 Trevizent dit à Parzival: Dieu qui est à la fois le Père et le Fils son Verbe incarné, produit par son Esprit des effets prodigieux. 

L'Infinie Trinité a exaucé les voeux de Parzival parce qu'il s'est irrité contre elle. Trevizent a menti pour l'éloigner du Graal: il lui a dit que les anges indifférents avaient été chassés du Ciel et préposés à la garde du Graal jusqu'à leur rentrée en grâce. Mais Dieu… au lieu de pardonner à ces déserteurs, continue à les repousser. Quiconque veut être récompensé par Lui, doit les condamner car ils sont voués à l'éternelle réprobation qu'ils ont eux-mêmes choisie.

(2) http://coptica.free.fr/jerusalem_celeste_821.htm

Extraits: "Au sens historique Jérusalem sera la cité des Juifs; au sens allégorique, l'Eglise du Christ; au sens mystique, la cité céleste qui est notre mère à tous; au sens moral, l'âme humaine que nous voyons souvent louée ou blâmée par le Seigneur sous ce nom". Jean Cassien (IV° siècle)

Origène (III° siècle) est probablement la source de saint Ambroise: la Jérusalem céleste est "une sorte de lieu dans lequel résident les esprits unis à Dieu dans le Logos, la communauté des âmes avec Dieu dans la foi et la charité".

Note personnelle: Origène et ceux qui s'en inspiraient ont été condamnés par l'Eglise de Rome lors de ses Conciles. Ce qui explique les divergences fondamentales constatées avec le Christianisme des premiers siècles.

http://www.universalis.fr/encyclopedie/origene-et-origenisme/

(3) Cartes du ciel modernes, en fonction de la date:   

http://www.leguideduciel.net/ephemerides/cartesduciel.php

1 novembre 2013

Le Mystère du Graal, 2° partie

1° partie ici.

- Où en êtes-vous? demanda Emeline avec une mine gourmande en finissant sa part de pizza.

- Nous venons de parler de la royauté sacrée et de la lance (1), répondit Guillaume.

- Un des regalia, commenta Emeline.

- Kecékça? demanda Guillaume d'un air comique.

Emeline rit et dit:

- Excuse, parfois je me laisse aller à jargonner, ce sont des objets symboles de royauté qui se transmettent afin de signifier la légitimité du pouvoir aux yeux de tous.

- Tu as des exemples pour la période du XII°, XIII° siècle? lui demandai-je.

- Je viens de lire le travail d'une amie sur ce sujet, répondit Emeline. Tous les peuples antiques avaient des objets sacrés, coupe, lance, épée… et les chefs ou rois s'entouraient aussi de ce type d'objet identifié comme signifiant une ascendance supérieure et un pouvoir en rapport.

"Ainsi Henri VI, empereur de l'empire germanique et romain, récupéra le manteau de couronnement de Roger II de Sicile qui fit partie des regalia des empereurs jusqu'au XVIII° siècle. Dans ce trésor figuraient aussi le Saint-Graal (une coupe ramenée au début du XIII°) et la Sainte Lance qui obsédaient tant Hitler, rêvant lui aussi de reconstituer l'Empire.

"Mon amie m'a parlé également de la lance de Raymond de Saint-Gilles et des provençaux. Cette lance découverte à Antioche, territoire dont la conquête qui a précédé celle de Jérusalem, est entrée dans la légende de la première croisade. 

- Et Raymond de Poitiers, remarquai-je, le jeune oncle séduisant d'Aliénor, à l'origine du scandale qui a provoqué son divorce de Louis VII, fut Prince d'Antioche. La légende devait effectivement circuler dans toutes les cours des grands de l'époque.

 

Guillaume resta silencieux, Emeline en profita pour nous offrir une boisson avant qu'il ne reprenne:

- Bastien m'a aussi parlé du symbolisme arabe de la pierre Graal-Lapsi Texillis associée au phénix, symbole solaire de renouveau cyclique. Avec d'autres éléments du cortège (tissu d'achmardi émeraude, table de granat), elle évoque les degrés de l'évolution cosmologique et de la conscience. Chaque degré est associé à un oiseau, une pierre, une couleur.

- Et alors? demanda Emeline

- C'est complexe, mais l'un des degrés de cette évolution spirituelle est nommé l'Ame universelle, associé à la colombe et l'émeraude verte. Par ailleurs, l'inscription qui vient magiquement sur la pierre désigner ses gardiens ressemble à l'inscription de Dieu sur la "Table gardée" de l'islam.

- Oui, dis-je, selon la langue des oiseaux* ou des anges.

(*http://alsimsimah.blogspot.fr/search/label/La%20langue%20des%20Oiseaux%20%20Par%20René%20Guénon)

- Avez-vous parlé du plat d'abondance? demanda Emeline.

- Bastien m'a donné quelques pistes à explorer, répondit Guillaume, c'est bien sûr une référence au chaudron d'abondance et d'immortalité celte, en rapport avec les cycles cosmiques et en particulier la "coupe du soleil" présente dans toutes les cultures. Les peuples nordiques représentaient le parcours du soleil pourvoyeur d'abondance dans un char le jour, un chaudron ou une coupe-bateau la nuit.

- Et Montsalvaesche? demandai-je.

- Ou Mont Salvat, la montagne du Salut, dit Emeline.

- Plutôt la montagne sauvage selon ce que suggère Wolfram von Eschenbach lui-même, dit Guillaume, avec son "chez moi à Wildenberg" (§ 230), lorsqu'il décrit le palais du Roi pêcheur.

Wildenberg était certes le fief des seigneurs de Dürne, qu'il servait, mais Bastien a attiré mon attention sur ce qui est écrit juste avant cette mention. (2) Le bois d'aloès qui brûle dans le château est aussi appelé bois des aigles (espèce Aquilaria) ou bois des dieux, il est odorant et peut induire des états modifiés de conscience!

- Une sorte de drogue qui permet de rencontrer les dieux, remarqua Emeline, et donc pourquoi pas de voir le Graal. Classique et … chamanique!

- Ce n'est pas tout, reprit Guillaume avec une mine réjouie. Il serait aussi appelé calambouc ou calembour!

- Excellent, dis-je, la meilleure façon pour un troubadour d'attirer l'attention sur un double sens. Et alors?

- Wildenberg se traduit par montagne sauvage, répondit Guillaume, déjà ça règle la question du sens littéral. On peut lire Wil den berg: mont de Wil. Or Wil correspond au disque rond de la lune, et par assimilation à la roue du temps.

"Wilbeth était une déesse de la Lune, Déesse mère maîtresse de la Vie et des cycles du temps, transformée secondairement en femme sauvage, païenne! (Wild). Mais l'église en fit Katharina, la pure, la claire qui tient la Roue dans ses mains.

"Elle fait partie d'une triade de saintes qui représentent une totalité, le plus souvent en rapport avec les phases de la Lune (3). Comme les Parques grecques. Par ailleurs, cette Wilbeth et ses deux compagnes, femmes sauvages, avaient bien sûr un lien avec Wotan, le grand dieu germanique avec sa Chasse Sauvage. 

- D'où le Mont Sauvage pour Monsalvaesche, dit Emeline.

- Je ne peux pas te donner plus de précision, répondit Guillaume un peu déçu, il faut d'abord que je digère les notes de Bastien! Mais il m'a indiqué que Monsalvaesche pouvait aussi s'entendre comme Mon sal vache.

- Tu es sûr? demanda Emeline.

- Ce n'est pas ce que tu crois, dit Guillaume souriant, c'est en Allemagne! Dans le fief du dernier protecteur de Wolfram, Hermann de Thuringe, on trouve une ville appelée Vacha ou autrefois Vaesche (dans le district de Wartburg). (4) Son pont très important au Moyen-âge enjambe une rivière très salée, la Werra et elle était connue pour la pêche au saumon.

- C'est presque trop beau pour être vrai! s'exclama Emeline, la ville fertile Vacha, la rivière salée et qui dit pont ou gué important au Moyen-âge dit forcément château. Mais la montagne?

- Le Mont est là aussi, affirma Guillaume en se tapant les cuisses d'enthousiasme, figure-toi qu'on voit le Oechsenberg au-dessus de Vacha et sur ce Mont, se trouvait l'un des plus immenses châteaux de pierre antique que l'on connaisse. C'est en fait un oppidum en triple anneau très impressionnant, fait de blocs de basalte. Hélas, il a servi en partie de carrière, mais une superbe croix celtique a été installée au sommet.

- Je me souviens d'une légende alsacienne, dit Emeline, importée d'Allemagne, qui raconte que Frédéric Barberousse repose sous un rocher de l'Ochsenfeld (le champ aux boeufs ou… vaches) et qu'un jour il reviendra!

- Comme Charlemagne, Arthur ou autres héros mythiques, remarquai-je, qui sont simplement endormis selon la légende!

- N'oublions pas, reprit Emeline que nos prétendants au titre de souverain de l'Empire romain et germanique à l'époque de Wolfram von Eschenbach revendiquaient une ascendance prestigieuse. Les Hohenstaufen en particulier descendaient de Charlemagne et Frédéric Barberousse pour mieux affirmer son droit dynastique au pouvoir le fit exhumer et réclama sa canonisation. 

- D'ailleurs Charlemagne était une telle référence, dis-je, que son nom un peu transformé, ou lu sur son monogramme, devint le mot roi en russe et polonais: kral ou krol! 

 

vexil

 

 

 

 

 

 

 

 

Monogramme de Charlemagne, Karolus (vexil.prov.free.fr/emblemes/monogramme-carolus2)

Je le dessinai rapidement, Guillaume commenta:

- Un beau symbole de totalité pour s'imposer aux quatre coins du monde!

- Comme le Gral! dit Emeline, et Wolfram von Eschenbach fréquentait la cour de Hermann de Thuringe apparenté aux Hohenstaufen. Je crois que cette fois-ci on a fait le tour.

- Bastien avait une autre idée, dit Guillaume, mais il faut peut-être s'arrêter là pour ce soir?

Je regardai Emeline qui haussa les épaules et répondit:

- Tu rigoles, on est partis pour tenir jusqu'à l'aube. Mais déjà jusqu'au retour de B and B, ce serait bien!

- B and B, demandai-je, Bed and Breakfast? Je ne comprends pas. 

- Je donne ce surnom aux parents depuis qu'ils m'ont dit, une seule fois je l'avoue, que je ne venais que pour dormir et manger! 

- A propos, dit Guillaume, je prendrais bien quelque chose avant de continuer. Vous voulez aussi?

 

(1) La lance, sous la forme du vexillum, était au Moyen-âge le symbole par excellence de l'Empire. Le Vexillum associe trois symboles: la Croix, la Lance, l'Etendard. Il y a une association étroite entre l'idée impériale et la réalité spirituelle et parousiaque exprimée dans la notion traditionnelle de Christ-Roi. 

(2) http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/03/de-montsalvat-a-montsegur/

« On avait aussi pris soin, sans regarder aux frais, d’élever des parois de marbre autour de quatre socles carrés, qui supportaient des bûchers ; on y brûlait dans de grands feux de ce bois qu’on appelle aloès. Jamais, ni avant, ni depuis, personne ne vit ici, dans ma maison de Wildenberg, flamber de pareils feux. »

 

(3) http://www.terraner.de/Feiertage.html site allemand

En allemagne, au Moyen Age, les femmes écrivaient à la craie sur le cadre de la porte les initiales du nom de trois saintes:  Katharina + Margarete + Barbara, K M B représentant l'année à venir. L'origine de cette coutume remonte à l'époque païenne, avec la grande déesse de la terre et les trois "Bethen" : Anbeth, Wilbeth, Borbeth.Les trois femmes étaient habillées en trois couleurs: blanc, rouge, noir.  Les couleurs symbolisent la triple grande déesse.

 

(4) Vaesche est en rapport avec Fetschau (Fette: gras, fertile / schau: faire montre, étalage)

Vacha (**site allemand) est située autour d'un pont très important et ancien de la plus importante route est-ouest médiévale du Nord, traversant le Saint-Empire germanique, la Via Regia.

**http://de.wikipedia.org/wiki/Vacha

31 octobre 2013

Le Mystère du Graal (9) 1° partie

Guillaume rentra en fin d'après-midi, je lisais sur la terrasse, il me rejoignit souriant et les yeux brillants.

- Tu as l'air content, remarquai-je.

- Il y a de quoi, j'ai rencontré un vieil homme, Bastien, ancien chercheur sur tous ces thèmes historiques, littéraires et spirituels en rapport avec le Graal. Je sors tout juste de chez lui.

- Le hasard fait bien les choses, dis-je.

- Il était à la bibliothèque, reprit Guillaume, et lorsqu'il a vu les livres que je consultais, il est venu spontanément vers moi. Ensuite tout s'est enchaîné comme dans un rêve!

- Et tu as eu des réponses? demandai-je.

- Plein, confirma Guillaume, déjà il m'a expliqué l'importance de la transmission orale qui impose le secret et le silence. Pour lui, l'écriture fige le savoir et ne s'adapte pas à la personne.

"Au contraire la transmission orale initiatique permet d'accéder à un niveau de connaissance par degré, correspondant au niveau et à l'évolution du postulant. Ainsi le savoir évolue et vient répondre au moment juste aux besoins, lorsque les expériences de la vie ont préparé le terrain favorable à une évolution de conscience.

"Si les notions de sagesse sont antiques, elles doivent revêtir de nouvelles formes pour correspondre à de nouveaux temps.

- Et alors, pour Perceval et Parzival, ça donne quoi?

- Bastien m'a fait remarquer qu'il commence par questionner et parler sans mesure et que les recommandations de bonne conduite de sa mère puis de son instructeur ne lui servent à rien pour adapter sa conduite aux circonstances. Il n'a pas été éduqué au fur et à mesure qu'il vivait les choses ou se posait des questions.

"Mais il est l'élu, donc malgré ses difficultés, lorsqu'il est prêt à prendre conscience à la fin de ses cinq années de chevalier errant sans repère ni but, il rencontre un sage, l'ermite Trévizent qui va l'enseigner et le préparer à se rendre digne du Graal.

- Oui, dis-je, il l'initie à la vie chrétienne tendance mystique. (1)

- Et à la bonne Mesure reflétant l'Ordre, si chère à Chrétien de Troyes, dit Guillaume. (ici) En fin de compte, Perceval ne se met pas en quête d'un Graal, il est en quête du Mystère ainsi représenté. Pour cela, il s'élève peu à peu spirituellement grâce à tout ce qui lui est enseigné depuis le début de l'histoire. Ce Mystère sacré est la voie de la Connaissance de soi, du monde et des dieux à la mode antique, mais sous une nouvelle forme christianisée (2). 

expositions

 

 

 

 

 

(expositions.bnf.fr/arthur/arret/05)

 

 

 

Mystère-ou-miracleLe Mystère du Graal 

- Toi aussi tu en as fait du chemin, dis-je. Tu ne cherches donc plus un objet?

- C'est toute la force de cette histoire et sa nouvelle modernité, répondit Guillaume en souriant, chacun le voit selon son degré de conscience… Ce que je remarque, c'est que si pour les gens de l'époque, c'était déjà difficile à comprendre alors qu'ils étaient imprégnés de religion et préoccupés par leur Salut, dans notre société matérialiste, c'est la quête matérielle de l'objet magique qui polarise les désirs.

- Peu importe, remarquai-je, tu étais pareil en arrivant ici. Comme quoi, l'essentiel est de suivre son désir, mais de ne pas se tromper de désir…, c'est d'ailleurs le véritable sens du péché: se tromper de cible!

 

Soudain la sonnerie du téléphone retentit. Après une hésitation et encouragée par Guillaume, je décrochai. Brigitte m'informa qu'elle était invitée avec Bernard chez des amis, elle ne savait pas non plus à quelle heure rentrerait Emeline, nous ne devions pas l'attendre. Pour le repas, elle avait prévu pizzas et salade, nous les trouverions dans le réfrigérateur. Je leur souhaitai une bonne soirée et dit à Guillaume que nous avions tout notre temps pour "graaler" s'il le voulait.

- D'accord, répondit-il, n'ayant manifestement pas épuisé sa passion pour le sujet, mais avant, nous pourrions peut-être "grailler"?

- OK, je ne connaissais pas l'expression, mais j'allume le four, ça va vite être prêt.

 

Dés ma première bouchée, Guillaume me dit:

- J'aurais voulu que tu vois Bastien, c'est un petit bonhomme qui ne paye pas de mine, mais quelle vivacité et quelle science! Il m'a raconté des choses fascinantes, je veux bien t'en parler si tu veux, mais je ne veux pas te saouler…

- T'inquiètes, répondis-je, je tiens bien la dive bouteille! 

Et je nous servis un verre de vin. Guillaume se mit à rire et se lança.

- Il m'a parlé de Kyot, tu sais ce maître mystérieux dont Wolfram von Eschenbach dit détenir ce qu'il raconte.

- Oui, dis-je, Chrétien de Troyes aurait eu la même source, à priori un manuscrit, mais il l'aurait trahi.

- Wolfram suggère qu'il n'a rien compris! remarqua Guillaume, bref pour Bastien, le nom de Kyot est déjà une superbe énigme révélatrice. Mais il faut passer par l'hébreu pour la comprendre, ce qui ne posait aucun problème à ce Maître.

"Son nom se décompose alors en "Ki" ou Ky et "ot". Ki est "pourquoi" et selon l'interprétation des deux lettres qui composent ce mot, c'est à la fois la question du but et celle de la cause de la Création. Ce n'est pas facile à comprendre comme ça, mais il m'a donné un extrait de bouquin qui l'explique, je te le montrerai. (3)

"Pour le "ot", c'est plus simple, en hébreu ot s'écrit aleph-vav-tau et se traduit par "signe", or aleph et tau sont les première et dernière lettres, l'équivalent du célèbre alpha et oméga! Ce signe rassemble l'ensemble des énergies de l'alphabet. Et ce n'est pas tout, le tau à lui seul est aussi le signe, en particulier celui qui est tracé sur le front des hébreux à la Pâque, le signe primordial de la croix, T.

- Passionnant, et tu crois que ça éclaire les questions que doit poser Perceval? demandai-je en souriant.

 

Guillaume se mit à rire puis il répondit:

- Je ne suis pas initié, moi! Mais Bastien m'a aussi parlé de ces questions. Voyons:

"1°  question: de quoi souffre le Roi? En posant cette question, non seulement Perceval ferait preuve de compassion, une des plus hautes formes de l'Amour, mais il répondrait à la question "Où vais-je"? En effet il découvrirait ainsi qu'il doit remplacer le roi.

"2° question: A qui fait-on le service du Graal? Cette question correspond au "D'où je viens"? car il découvrirait alors sa famille et son histoire.

- Les fameuses questions initiatiques, dis-je, c'est pas mal! Mais il en reste une: pourquoi saigne la lance? 

- Pour ça Bastien m'a donné des pistes à explorer, répondit Guillaume, mais je n'en ai pas encore eu le temps. Je me rappelle juste quelques notions, comme celle de la goutte de sang au bout de la lance qui est le symbole du sang qui relie l'homme au dieu.

"La lance qui saigne est la Lance du Saigneur, celui qui sacrifie selon le bon droit, le "seigneur" qui au sens le plus noble sacrifie à l'Ordre cosmique et en connaît donc les règles pour le servir. Pour le reste, il faut que je creuse la question! (4)

- Je comprends, dis-je, et en effet le Graal sert le vieux Roi, mais Parzival lorsqu'il devient roi est au service du Graal, comme d'ailleurs tous ceux qui le gardent sur le célèbre Monsalvasche!

- Oh, mais j'arrive un peu tard pour la "graalerie"! dit soudain Emeline que nous n'avions pas entendu rentrer. Je peux embarquer en cours de route?

- Viens donc, répondit Guillaume, plus on est de fous…

 

(1) Jean Frappier Autour du Graal (extrait)

http://books.google.fr/books?id=hiLu-iWGDnAC&pg=PA362&lpg=PA362&dq=1°)+le+repentir+doit+conduire+Parzival+au+renoncement+et+au+détachement+à+l'égard+des+passions&source=bl&ots=Ad98fjQV56&sig=JfAn2WCsWm7wGKlYDuLrzUJ_cT4&hl=fr&sa=X&ei=05VqUo2rMJTw0gW_n4DICw&ved=0CDAQ6AEwAA#v=onepage&q=1°)%20le%20repentir%20doit%20conduire%20Parzival%20au%20renoncement%20et%20au%20détachement%20à%20l'égard%20des%20passions&f=false

Enseignement de Trévizent: initiation pour ceux qui ont la capacité de vie spirituelle. Parzival a échoué au château du Graal car cette capacité lui faisait défaut. Pour remédier à cette insuffisance : 3 étapes

1 Repentir qui conduit au renoncement et au détachement des passions

2 La connaissance de l'Etre divin est préparée par la contemplation du cosmos

3 Connaissance de soi, extase et baptême forment une autre voie pour parvenir à la connaissance de Dieu.

 

(2) C'est le Mystère eucharistique, lors de la Prière eucharistique pour la Consécration du pain et du vin, offrandes sanctifiées qui grâce à l'intervention de l'Esprit Saint deviennent corps et sang du Christ par le mystère de la transsubstantiation. http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/docs/ceremonial_1995_2b.html

(3) D'après Annick de Souzenelle, La lettre chemin de vie, Albin Michel

Ky s'écrie Kaph yod, Le Kaph est la main de l'homme, le yod est le germe divin, la "main divine".

Ky pose la question du pourquoi de la Création:

- le but, ce "pour quoi" est la finalité de la Création, est de "prendre en main" son yod, germe divin, permettant à l'homme devenir le dieu qu'il est potentiellement.

- la cause, ce "pourquoi", nous amène à découvrir que l'origine de notre monde manifesté (notre vision personnelle de ce monde) se situe dans la manière dont nous "prenons en main" ou non notre yod, germe divin (pour le faire grandir).

 

(4) La lance est associée au dieu Wotan-Odin, et comme une image vaut parfois mieux qu'un long discours, voici une superbe photo de ce dieu, bras en croix sur l'Arbre du Monde, percé de la lance (symbole de l'axe du monde) et entouré d'un cercle de runes. Comment mieux figurer un symbole de totalité de connaissance universelle, dont la lance gravée des runes est un résumé symbolique? Et ne dirait-on pas un Christ?

racines

Wotan-lance-Arbre du Monde-roue des runes

(racines.traditions.free.fr/symbwota.pdf)

 

Suite ici.

20 août 2013

Dans le courant de la vie

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Dans le courant de la vie

 

Premier matin du monde,

Miracle qui se renouvelle

A chaque lever du soleil,

Aube d'une nouvelle ronde.

 

J'ai tout un univers en moi,

Une mer qui vit le tempo

Des marées et des flots,

Au rythme de mes émois.

 

L'eau déferle en caresse,

Sa force vive unifiante

Fait une forme aimante

De mon corps qu'elle berce.

 

Je suis dans ce courant,

Emportée vers mon destin

Aux perspectives d'embrun,

Juste célébrer le vivant!

Marie Duval

 

15 août 2013

Lien à la Terre

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Lien à la terre

 

Je suis enfant de la terre,

Elle nourrit ma matière

Telle la meilleure des mères.

 

Les créatures du monde

Entrent dans la ronde

De l'énergie qui nous fonde.

 

Je suis de même structure

Que tout ce qui perdure

Dans notre mère Nature. 

 

Terre, mère nourricière

Qui jamais ne désespère,

Même les jours amers,

 

Donne moi la force toujours

De témoigner de ton amour

Avec gratitude chaque jour.

Marie Duval

7 octobre 2013

Les lapsi et le Maître Kyot de Wolfram von Eschenbach (4)

Juste avant le repas, Guillaume vint me voir pour me faire part de ses découvertes.

Il avait interrogé Emeline, intrigué par sa traduction du Lapsi Texillis mis en évidence par son père, la "Bannière de ceux qui sont tombés". Or dire que cela ne se traduisait pas c'était une façon d'attirer l'attention sur cette formule pour le moins… lapidaire!

Le terme de "lapsi" avait été utilisé dans l'histoire pour désigner les évêques ou prêtres chrétiens qui avaient renié leur foi pendant les persécutions romaines du III° siècle, et qui après le changement de politique à leur encontre, voulurent reprendre leur poste. Mais des chrétiens se nommant "purs" s'étaient alors révoltés arguant du fait que les sacrements délivrés par les lapsi n'avaient plus de valeur. Ces puristes étaient les Nestoriens puis Donatistes, du nom de leurs leaders; leurs pratiques religieuses mettaient l'accent sur le Saint-Esprit. Ils finirent par être marginalisés ou chassés par l'Eglise romaine, mais ils émigrèrent jusqu'en Asie où on les retrouvera à la cour de Gengis Khan, en Arménie… reprenant même des relations avec les Papes.

Plus près de nous, la bataille entre les "purs" et l'église romaine acceptant les "lapsi" fut très violente au point qu'en Afrique du Nord, ils favorisèrent au V° siècle l'installation des Vandales, chrétiens ariens - donc aussi opposés aux doctrines de Rome - venant d'Espagne d'où ils étaient chassés par les Wisigoths. Ils participèrent à la persécution des catholiques ralliés au pouvoir impérial romain chrétien et Saint Augustin, un des Pères de l'Eglise y perdra la vie. (1)

Au VI° siècle, les Vandales furent vaincus, leur royaume récupéré par l'Empire byzantin. Les survivants ainsi que des juifs persécutés en même temps se réfugièrent dans les tribus berbères. La tradition orale garda le souvenir d'un royaume chrétien avec la Reine berbère de Seita. Elle serait morte lors de la persécution des chrétiens par les musulmans alliés aux juifs au VII° siècle. 

Dès le début du VIII° siècle suite à une bataille de chefs dans le clan wisigoth, l'un d'eux fit appel aux berbères islamisés qu'il considérait comme appartenant à une sorte de secte chrétienne. Les musulmans ou maures, profitèrent des faiblesses des wisigoths pour s'installer jusque dans la province de Septimanie (qui deviendra la Provence). Repoussés en 732 par Charles Martel, ils refluent en Espagne où ils vont rester plusieurs siècles. 

L'histoire des berbères chrétiens a été rédigée au XI°, XII° siècle par un rabbin et apparaît sous le nom de Manuscrit de Toledano (2) (nom de famille en rapport avec sa ville d'origine, Tolède).

Guillaume prit alors une traduction de Parzival et l'ouvrit à une page marquée. Il me dit:

- Ecoute bien, Eschenbach, dit qu'il tient cette histoire de Kyot, un chrétien, découvreur d'un manuscrit païen à Tolède.(2) Kyot dut en apprendre l'alphabet - il était donc écrit dans une langue étrangère - et la nécromancie. Cette dernière est la magie liée aux morts. Faut-il entendre qu'il s'agit de rituel maure, c'est-à-dire arabe?

- Bien sûr, dis-je, dans une autre traduction (Tonnelat) de Parzifal, le mot "païen" correspond en fait au mot "arabe".

- Je poursuis, dit Guillaume, d'après Kyot, c'est Flégétanis qui a écrit l'histoire du Graal, juif descendant de Salomon, mais païen par son père, adorant un veau - donc comme les égyptiens, le veau étant la forme d'un nouveau cycle du soleil et de la lune dans le culte d'Osiris-Apis. (4)

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APIS (http://phine.chez.com/mythologie/Egypthologie/apis.htm)

Flégétanis était un astronome, il vit dans les constellations des signes mystérieux et le nom de GRAAL LUI APPARUT CLAIREMENT ECRIT DANS LE CIEL.

- Parzival est parcouru de références astronomiques, remarquai-je, avec même des notions en arabe (le nom des planètes par exemple). Le ciel, sa représentation et ses rythmes sont au coeur de toutes les religions, il n'y a rien d'étonnant à ce que le Graal et sa forme de spiritualité s'y réfèrent aussi. Nous en reparlerons plus tard.

- Si tu veux, approuva Guillaume, mais plus j'avance, moins je m'y retrouve. J'ai l'impression que depuis ses débuts en tant qu'objet lié à une culture particulière, le Graal est décrit sous des formes différentes, je n'y comprends plus rien. Que voulaient représenter les gens de l'époque dans laquelle il a été conçu?

- Je crois en effet que c'est une bonne question, dis-je, nous pourrons toujours en parler ce soir avec nos amis.

 

(1) http://invasionsbarbares.free.fr/Page4.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Algérie_dans_l'Antiquité

Histoire judaïsme / égypte, monde arabe:

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205

(2) http://hiwarmaroc.yuku.com/topic/829/Connaissezvous-la-reine-marocaine-et-chrtienne-Seita#.UkADSOCKV9I

(3) Parzival, § 453

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Apis

Pour Pline le Jeune ce chiffre de vingt-cinq années correspondait à des calculs astronomiques liés au cycle combiné du soleil et de la lune, dont l'Apis était l'incarnation.

 

 

8 juillet 2013

PIERRE DE LUMIERE, II Pierre précieuse. Le destin de Lucifer et Adam (1)

La Pierre de Lumière avait d'abord été associée à Lucifer, puis à Adam, elle symbolisait ce qu'ils avaient perdu après leur désobéissance à Dieu et le péché originel. Elle était le plus souvent assimilée à une pierre précieuse, une émeraude. Abdul me proposa d'examiner les différentes versions de cette histoire selon les cultures.

Dans la Bible, le Livre d'Isaïe évoque un ange "porteur de lumière", traduction littérale de Lucifer. Et le Christ dans le Nouveau Testament est également ainsi qualifié. 

Jusqu'au Moyen-âge, Lucifer n'est pas satanique, il est le plus grand et brillant des anges, associé à la Connaissance (qui historiquement a toujours été ressentie comme potentiellement dangereuse hors de la voie initiatique chrétienne, hébraïque ou religieuse en général).

Lucifer-porteur-de-lumière-paris-unplugged

Lucifer porteur de lumière (paris-unplugged.com/2012/06/1833-qui-est-vraiment-lange-de-la.html)

Le Livre d'Enoch ou Hénoch apporte plus de précisions, mais c'est un texte apocryphe, donc exclu du choix des textes rassemblés pour former la Bible. Ecrit au III° siècle avant notre ère, il fait partie du canon officiel de l'Eglise Ethiopienne qui a gardé avec le plus de fidélité les premiers textes d'origine. Dans ce livre, certains éléments, en lien avec l'astronomie ou concernant les anges déchus, appartiennent à des traditions plus anciennes en particulier perses. Ils se retrouvent aussi dans d'autres littératures traditionnelles éthiopiennes et arabes.

 

Dans le Coran, selon les traductions, Lucifer est appelé Satan (l'Adversaire) ou Îblis, puis assimilé au Diable (Diviseur). Il est évoqué dans plusieurs sourates, ainsi dans la sourate 7, s'enchaînent le péché d'orgueil de Satan et la faute d'Adam. 

 

Abdul se souvenait d'un vieux livre arabe du X° siècle, compilant sourates du Coran et tradition orale ancienne, il m'en confia un exemplaire datant des années 60: Les Prairies d'or de MassoudiOn y retrouve effectivement des extraits du Coran organisés en un récit concernant Îblis (Lucifer) et Adam.

Dieu crée sept cieux, celui qui est au-dessus de la terre est en émeraude. Le dernier est une masse de feu où les anges chantent les louanges de Dieu situé dans son trône au-dessus de leurs têtes.

Dieu peuple d'abord la terre de créatures de feu, les Djinns ou Génies. Îblis est parmi eux, mais lui seul s'abstient de mal agir, il obtient donc de Dieu d'être élevé au ciel et est institué gardien du ciel d'émeraude.

Dieu veut créer Adam pour l'établir comme son représentant sur terre, (son vicaire), il le forme avec de la boue fétide et le laisse ainsi longtemps comme un Vase de terre. Les anges et Îblis sont effrayés de cette forme qui sonne le creux comme un Vase d'argile.

Dieu-potier

Dieu égyptien potier de l'homme (khnoum_potier_de_l_homme-toutankharton.com/Les-theogamies?artsuite=1)

Lorsque Dieu s'apprête à animer ce corps du Souffle de Vie, il ordonne aux anges de se prosterner devant Adam. Îblis, orgueilleux refuse, il se dit meilleur étant créé de feu, plus noble que l'argile; Dieu l'a déjà établi comme vicaire sur terre, il a une auréole de lumière et sa tête est couronnée; C'est lui qui adore Dieu au ciel et sur la terre.

Dieu le renvoie et le maudit. Îblis demande un délai jusqu'au jour de la résurrection, Dieu le lui accorde, Îblis devient l'Adversaire, il détournera de Dieu ceux qui se laisseront séduire par lui (sauf les serviteurs fidèles de Dieu).

Dieu complète la création d'Adam de son Souffle, lui demande de Lui adresser des LOUANGES et informe les anges de la haute dignité de l'homme. Il leur est supérieur en science: il NOMME tous les éléments de la Création. Les anges se tournent vers lui pour prier.

Dieu révèle à Adam le précieux trésor qui lui est confié, Adam est honoré comme gardien de la lumière divine.

Le trésor est donc bien celui de la Connaissance qui permet de nommer tout élément de la création en gloire à Dieu. Adam est le premier "imam" et les imams qui succèdent à Mohammed le Prophète, ont reçu cette transmission de LUMIERE. Le texte leur donne la parole: "En nous est le Salut, de nous sort le SECRET DE LA SCIENCE, … le guide pris parmi nous sera le foyer de la LUMIERE et la SOURCE de toutes choses."

 

14 décembre 2012

Merlin, Brocéliande et le Graal VI, de Merlin à Salomon (2°)

Nous avons utilisé les dossiers des Questeurs de Brocéliande et dans leurs locaux accueillants, nous nous sommes plongés dans l'univers complexe du grand roi Salomon, le grand Roi de légende aidé par son daïmon Asmodée (1).

En effet après l'avoir soumis et grâce à lui, Salomon rassemble de nombreux démons et les fait travailler à son profit (construction du temple, secrets mathématiques, astronomiques…, pouvoir, sagesse, ainsi que compréhension et maîtrise du Langage des oiseaux).

En tant que constructeur du Temple, Salomon ordonne et stabilise aussi le monde, en particulier grâce à une pierre gravée au nom de Dieu qui sera évoquée plus tard comme étant la "Pierre de Fondation" située sous le dôme du Rocher à Jérusalem (donc au Centre du monde). Cette pierre évite l'irruption des eaux et donc le chaos. 

Salomon porte le Temple, cathédrale-de-Laon-wikipédia

Salomon et le Temple de Dieu 

Ainsi c'est un héros cosmogonique ou une sorte de Cosmocrator (Maître du Monde), fonction qui sera ensuite attribuée au Christ. 

Nous avions différentes versions le concernant, selon les légendes et les époques. Nous avons étudié les plus importantes selon notre sujet d'intérêt principal, le Graal.

Le pouvoir de Salomon sur les démons était lié à un récipient métallique scellé par la magie de symboles. Il possèdait ainsi la connaissance du lien entre les anges ou les entités spirituelles et les planètes, les signes zodiacaux, les aspects astrologiques, il voyait l'Ordre Cosmique et pouvait intervenir en fonction, ou y participer.

Et de ce récipient magique à la coupe, il n'y avait qu'un symbole, (Saint Bol selon la Langue des oiseaux), il possédait en effet une coupe grâce à laquelle il voyait tout à distance. Ce type de coupe, "talisman de souveraineté" appartenait déjà au roi iranien Yima-Djemshid qui y voyait par ailleurs les trajectoires célestes (astronomie). 

Hâfiz_regardant_la_coupe_de_Djamshîd-wikipédia

Hafiz regarde dans la Coupe de Djemshid

Ultérieurement c'était le "Sceau de Salomon" qui tenait ce rôle, scellant tous ses pouvoirs et symbolisant toutes ses compétences magiques. Cette forme géométrique basée sur une étoile à six branches (plus ou moins couplée à celle présentant cinq branches) devint le symbole de ce Principe transcendant à l'image de l'Origine du monde, du Fondement de la Création (voir ici).

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Sceau de Salomon, Magen David

Selon le Talmud, Asmodée -qui connaissait par ailleurs l'emplacement de tous les trésors- utilisa des mots magiques pour la construction du Temple. Salomon fit graver ces mots magiques sur l'Emeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute et l'offrit à Hiram, le grand architecte du Temple. Après son meurtre, l'Emeraude revint à Simon le Mage et ce serait Simon, compagnon de Jésus devenu Pierre (le premier apôtre sur lequel est fondé l'Eglise) qui la récupéra après avoir vaincu Simon le Mage (voir ici). On connaît la suite, le calice de la Cène puis le Graal...

Que ce soit un récipient magique qui permet d'obtenir tout ce que le Roi désire, une coupe où il peut voir à distance ce qui se passe sur terre comme au ciel, une pierre gravée au nom de Dieu ou le Sceau de Salomon, dernier support de sa magie et de son pouvoir divin, tous ces objets sont des "talismans de souveraineté".

Or ce qui se matérialise dans ces objets symboliques correspond au Principe de souveraineté représenté par la "Gloire lumineuse". Selon le mythe indo-européen, la "Gloire lumineuse" se trouve au fond de la mer, soit sous forme d'une Perle mystique liée à la Souveraineté divine, enjeu de pouvoir entre Dieu et le Diable; soit sous forme d'une escarboucle lumineuse (on pense aussi à l'émeraude de Lucifer), d'un anneau ou d'une pierre...

Notons que le mythe de la Perle cosmogonique se retrouve chez les Fidèles de vérité turques dont s'inspireront plus tard les Fidèles d'Amour connus grâce à Dante (nous en reparlerons). En contexte gnostique chrétien on a de même une référence à la Perle dans l'Hymne ou Chant de la Perle des Actes de Thomas, un célèbre apocryphe chrétien.

En Perse, cette Lumière, Principe de divinité, était le Xvarnah, ou "Lumière de Gloire", la Tradition perdure dans le Soufisme et se retrouve dans les contes du Graal. (2)

Mais le candidat à la royauté doit bien sûr en être digne, il doit présenter des qualités particulières et suivre un rituel afin de pouvoir prétendre à posséder cette "Gloire lumineuse". (3) 

 

Cela me fit réagir, je dis à Abdul que je ne me destinais pas à être roi et que donc je ne voyais pas en quoi cela me concernait.

Il répondit:

- Détrompe-toi, cela concerne chacun en fait et c'est aussi la promesse transmise par le Christ universel: ce qui était caché est révélé, accessible à chacun selon son libre-arbitre, ce n'est plus réservé à une élite d'initiés. 

- Comment fait-on?

- Il faut comprendre que toute cette mythologie correspond à quelque chose de profond en chacun de nous, mais il faut aller au-delà des apparences et ne pas s'arrêter à des formulations obsolètes. Il faut continuer à se poser des questions jusqu'à ce que les réponses nous soient accordées en fonction de nos capacités. 

Fernand nous rappela:

- N'oubliez pas le Langage des oiseaux dont Salomon était aussi le maître.

J'avais beau faire de mon mieux, j'avais l'impression que nous tournions en rond sans progresser. Aussi je m'exclamai:

- Justement parlons-en, je ne comprends pas en quoi les oiseaux vont m'aider en admettant que je les comprenne! 

Abdul était très calme et conciliant, il hocha la tête en silence puis il dit:

- C'est peut-être une bonne façon d'avancer vers les profondeurs de l'être et donc le niveau où la solution apparaîtra comme une évidence quand le moment sera venu. Tu sais que le premier niveau de cette forme de communication est basé sur les jeux de mots et l'écoute des sonorités, ainsi le Saint-Bol, est un Symbole. Et le symbole est ce qui permet de réunir deux ordres de réalité: celui de l'esprit (le niveau de conscience) et celui de la matérialité (la représentation sous forme d'Objet magique). 

Mais le Langage des oiseaux a une dimension plus profonde: c'est le langage animal en nous, celui du corps qui fait correspondre sensation interne (dans le corps), émotion (au niveau du coeur) et pensée (au niveau mental) en une boucle d'interactions. Lorsque notre outil de conscience est affiné, bien orienté, il devient apte à décrypter la réalité à un niveau subtil en mettant en résonance nos perceptions du monde extérieur et celles de notre monde intérieur. Et nous sommes alors dans une dimension d'être au-delà du langage verbal qui est notre dimension humaine ordinaire.

Fernand confirma:

- Si tu es empli de ton propre bruit, de tes ruminations à propos de tout et de rien, tu es plein comme un oeuf et plus rien ne peut te parvenir de l'extérieur de façon douce. Tu n'agis plus, tu réagis et pas toujours à propos et surtout tu ne sais plus Etre.

Je voulus vérifier si j'avais bien compris, je me tournai vers Abdul et lui demandai:

- J'accorde en moi l'écoute de l'extérieur et de l'intérieur pour mieux cerner la Réalité. Et c'est le domaine de la synchronicité où un événement extérieur permet une prise de conscience.

 

Abdul sourit et fit un geste: il joignit ses poignets mains ouvertes et les fit bouger comme si elles étaient des ailes d'oiseau. Il les posa sur mon épaule et j'eus un instant l'illusion de l'oiseau… Après cet intermède poétique, Abdul reprit son enseignement:

- Le Langage des oiseaux, c'est aussi le langage de l'inconscient, le langage des rêves et des vastes ressources des archétypes de l'inconscient collectif, ce qui en fait un vecteur de connaissance. L'oiseau symbolise l'esprit qui vole dans les hauteurs et passe de la terre au ciel en s'élevant dans les airs d'un coup d'aile. Tu sais que par ailleurs le mot lui-même regroupe toutes les voyelles qui sont en rapport avec la Grande Déesse ou les lettres sur lesquelles reposent la Création, l'Ordre du cosmos. C'est donc un langage de la Gnose, au sens de Connaissance. (voir ici)

Fernand dit :

- Et c'est le billet d'entrée dans le Temps du dieu.

- Ah oui, le Kairos que nous avons vécu dans l'église de Tréhorenteuc, la Chapelle du Graal!

- Tout à fait, confirma Abdul, et c'est le temps de Merlin qui, je te le rappelle, a institué la "Quête du Graal" et la Table Ronde du Roi Arthur représentant elle aussi l'Ordre cosmique, la ronde zodiacale autour du Pôle.

Soudain, mes deux compagnons se figèrent comme s'ils écoutaient quelque chose que je n'entendais pas. Fernand réagit le premier, il dit à Abdul:

- Nous allons devoir y aller.

- Tu as raison, ne soyons pas en retard, répondit Abdul qui me désigna d'un mouvement du menton.

Fernand se contenta de hocher la tête. Abdul me proposa alors de venir avec eux, nous reprendrions notre exploration de l'univers de Salomon plus tard.

 

(1) L'article le plus déterminant pour notre étude a été celui de François Delpech, « Salomon et le jeune homme à la coupole de verre. Remarques sur un conte sapiential morisque », Revue de l’histoire des religions http://rhr.revues.org/5221

(2) Voir Julien Gracq: Préférences médiévales, de Claude Herzfeld 

Voir aussi sur le site de Georges Bertin, le chapitre 2 La Quête du saint Graal et des objets sacrés, le paragraphe Iran, ici.

(3) Regalia: Emblèmes et rites du pouvoir, par Bernard Dupaigne, Yves Vadé, ici.

1 mars 2013

LES QUESTEURS DE BROCELIANDE

Chapitre III du Roman du Graal dévoilé

A l'heure dite, Fernand m'attendait devant le local où avait lieu la réunion. Je retrouvai là quelques-uns des membres de ce petit groupe de passionnés de Brocéliande plus ou moins érudits ou franchement mystiques pour certains d'entre eux comme me l'avait dit Clarance. Ils avaient l'habitude de faire le point sur différents thèmes et en faisaient ensuite le compte rendu sous forme de plaquettes archivées. Merlin y faisait quelques apparitions, mais en général de courte durée et je ne l'ai pas vu ce soir là. J'y revis par contre Abdul, notre premier guide, érudit breton d'origine arabe par sa culture parentale, passionné de mythologie et d'histoire des religions. Fernand me procura quelques plaquettes en rapport avec les thèmes abordés. Je lui fis part de l'intérêt de Clarance pour cette soirée, il me dit que je pouvais partager ces connaissances avec elle et même qu'elle pourrait m'aider à y voir plus clair.

Le zodiaque, Tréhorenteuc

Le lendemain, je retrouvai Clarance dans son bureau. Après quelques banalités d'usage, elle consulta rapidement les plaquettes et alla droit au but:

- Je sais qu'ils sont fascinés par le zodiaque et que celui de l'abbé Gillard caché dans la sacristie a beaucoup d'importance pour eux. C'est vrai que dans toutes les civilisations antiques et en Europe au Moyen-âge ou à la Renaissance, le zodiaque était une figure centrale de la transmission du savoir. Qu'as-tu compris avec eux?

- Le zodiaque représentait le temps cyclique, ses travaux saisonniers et ses fêtes traditionnelles. Le christianisme nous en a détaché en instituant une lecture du temps linéaire, focalisée sur l'histoire de Jésus, Dieu fait homme. Cela s'est fait peu à peu, le Christ cosmique est d'abord apparu au centre du zodiaque en particulier au tympan des églises romanes. Puis il en est sorti, il s'est dissocié du cosmos et peu à peu le chemin de croix centré sur sa Passion (sa mort et résurrection) - donc un événement certes fondamental pour les chrétiens, mais très court dans le temps- est devenu l'élément incontournable de la décoration intérieure des églises.

- Intéressant, ainsi il y aurait peut-être un lien entre le zodiaque des conceptions du temps cyclique ancien et le chemin de croix du temps linéaire chrétien et moderne, en attente de sa fin, de la fin des temps avant le retour du Christ.

Clarance avait synthétisé en quelques mots à la fois les apports de Questeurs et mes propres questions, j'étais impressionnée. Elle perçut mon état d'esprit, mais sans attendre que je trouve les mots pour le lui exprimer, elle préféra poursuivre l'examen des sujets de la soirée. Elle me demanda:
- Et pour Tréhorenteuc?
- Localement on dit que ce nom de Tréhorenteuc signifierait Trois chemins ou Trois voies. Tréhorenteuc pourrait être le peuple des trois orients. Oran(t) ou orent pour les prières dans les trois directions de l'orient délimitant le parcours du soleil, les deux solstices et l'axe des équinoxes.

- Ils ont évoqué les indo-européens?

- Ils ont cité les trois pas de Vishnou, dieu solaire en Inde, ses trois pas correspondent aussi à la répartition de l'année en deux tiers clairs et un tiers sombre l'hiver. Et en effet, le même symbolisme existait chez les celtes qui étaient de culture indo-européenne.

- Et le point de rencontre de ces trois voies serait à Tréhorenteuc?

- Si l'on situe le németon ou temple astronomique de plein air des gaulois dans les bois vers Néant qui est très proche de Tréhorenteuc et dont le nom signifie németon, lieu où la terre rencontre le ciel, nous découvrons la butte Saint-Michel d'une centaine de mètres, point d'observation idéal vers l'est. A partir de ce lieu, Tréhorenteuc qui est à la latitude de 48°, est alors sur la ligne des équinoxes, comme nous l'indiquent Sainte Onenne et la déesse celtique de l'équinoxe la précédant, Onionna.
La ligne du solstice d'été se dirige vers la Butte aux Tombes (146 m) près du Pertuis-Néanti et se prolonge jusqu'à la fontaine de Barenton, autrefois Belenton, évoquant le dieu solaire Bélénos christianisé en Saint Jean.
La ligne du solstice d'hiver se dirige vers les hauteurs du Val sans Retour, donc vers le siège de Merlin d'où il observait les astres et se prolonge vers la Butte de Tiot (190 m) près de Saint-Jean, sa chapelle et sa fontaine.
- Tu as dit que Sainte Onenne remplaçait une déesse celtique de l'équinoxe?

- Il existait une déesse gauloise, Onniona, son nom associait un arbuste, Onn l'Ajonc et un arbre Nion, le Frêne. Or le jaune solaire des ajoncs éclaire les landes bretonnes lors du mois celtique du Frêne, vers l'équinoxe de printemps. L'Ajonc était particulièrement associé à l'équinoxe de printemps .

- Elle était aussi accompagnée par des oies?

- L'histoire ne le dit pas, mais l'Oie était un des oiseaux de la déesse Vénus. La planète est étroitement liée au soleil et l'oeuf d'oie était un symbole solaire. Par ailleurs Némésis était la déesse grecque de la Loi morale assurant la juste mesure et la vengeance divine contre les abus. Pour échapper à Zeus, elle prit l'aspect d'une oie.

- Ah oui, s'exclama Clarance, d'où les contes de ma Mère l'Oye, mère Loi, amère loi... L'Oie évoque l'ordre cosmique sacré primordial. Il fallait bien un oiseau dont la plume servait d'ailleurs à l'écriture en occident, pour symboliser cet ordre autrefois représenté en Egypte par la plume de Maât...
- Toujours est-il que selon les Questeurs, Onenne était probablement un avatar de Onniona, une déesse du printemps associée au frêne et à la fontaine. Le frêne pour les celtes est l'arbre cosmique représentant le Macrocosme. En Europe du Nord, Yggdrasil le grand frêne est l'arbre des mondes et le dieu Yggr ou Odin l'aurait dérobé à la Triple déesse qui rendait la justice en lien avec l'ordre cosmique bien sûr, la vieille Loi, au pied de cet arbre près de la fontaine.

- Onenne ou la déesse du printemps, moi je veux bien, s'étonna Clarance, mais selon la plaque apposée sur l'autel de l'église de Tréhorenteuc, sa fête est le 1° octobre.

- Ah oui, c'est vrai et c'est étrange, car en fait Saint Eutrope et Sainte Onenne étaient officiellement fêtés le 30 avril selon le calendrier des saints, or cette date correspond à la nuit de Beltaine, la grande fête du printemps et de la fécondité du 1° mai.

- Pourquoi l'abbé Gillard a-t-il fait inscrire cette date?

- Peut-être pour lutter contre les cultes archaïques de fécondité?

- C'est vrai que l'abbé avait fait retirer la statue de la sainte qui avait un gros ventre, remarqua Clarance, il avait été choqué parce qu'elle drainait la dévotion de jeunes filles ou femmes aux moeurs trop libres... Passons, quand tu parlais des 48° de latitude, je me souviens que c'était une fierté de certains habitants, c'est important pour le németon de Brocéliande?

- Les Questeurs disent que Chartres a la même latitude ainsi qu'un important complexe de mégalithes de la côte ouest, d'ailleurs c'est à Plouharnel que se tient un festival du solstice d'été! Ce serait en raison du "rectangle solsticial", déterminé par des lignes en X, correspondant à partir d'un point central à la visée des levers et couchers solaires lors des deux solstices. Ce rectangle présente une géométrie particulière selon les latitudes. En remontant vers le Nord, le X tend vers le I, les deux lignes se confondent sur l'Axe du monde. En descendant vers le Sud le X devient un trait horizontal sur l'équateur.
- Oui, remarqua Clarance en ouvrant une des plaquettes, j'ai vu ça ici. A Jérusalem, environ 32° de latitude, le rectangle solsticial est quasiment de 1 par 2, c'est un double carré. En Irlande, plus de 55° de latitude, cela devient un carré. Et sur le 48° parallèle, la différence entre les deux lignes des solstices est de 72° qui est l'angle principal du pentagone, figure fondamentale liée au Nombre d'or et à la grande Déesse. Par ailleurs, entre la ligne d'un solstice et celle de l'équinoxe on observe le Triangle sacré ou Triangle 3-4-5 ou Equerre des charpentiers. Un vrai cours de géométrie grâce au soleil!

- Et le pentagone est le symbole de Vénus.

- Exact, me dit Clarance, mais je ne m'aventurerai pas sur ce terrain. En tout cas je te remercie et je te souhaite de poursuivre tes découvertes dans notre belle région. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir de temps à autre. Je serai heureuse de t'aider dans tes recherches, c'est passionnant.

Elle m'embrassa gentiment et me laissa, elle devait partir pour rejoindre un groupe de touristes.

L'église de Tréhorenteuc, vitraux de Sainte Onenne

L'après-midi même, je retrouvais Fernand sur la place de l'église de Tréhorenteuc sans que nous ayons convenu d'un rendez-vous. Il avait une apparence décontractée plus présentable que la veille. Il était accompagné d'une femme de très petite taille qui le faisait paraître d'autant plus grand. Elle s'éclipsa dès qu'il me repéra en faisant un grand signe de la main pour que je vienne le voir.

Je lui confirmais mon désir d'accéder à certains de leurs documents, aussi sans perdre de temps, il me conduisit dans la maison relais des Questeurs de Brocéliande et par un escalier un peu raide me fit accéder à une pièce cernée de rayonnages couverts de livres, dossiers et cahiers soigneusement étiquetés. Chaque espace était occupé par des documents, au-dessus de la porte, sous la fenêtre, autour du radiateur, c'était manifestement un lieu de stockage, mais aussi un lieu de travail solitaire possible : une planche de bois nue posée sur tréteaux et un siège de secrétaire à roulettes occupaient le milieu de la pièce. Un escabeau et un solide pupitre complétaient l'équipement.

Fernand me guida dans la découverte des secrets de Sainte Onenne basés sur l'observation des éléments de décor de l'église qui l'évoquaient. Cette omniprésence d'une soi-disant sainte, plus en rapport avec un culte ancien d'une fête de printemps qu'avec une tradition chrétienne, m'intriguait.
Après avoir sélectionné le dossier correspondant, Fernand m'accompagna dans l'église. Une partie des bancs avaient été retirés du côté ouest. Je me mis au travail alternant la lecture des documents et l'observation directe de ces vitraux voulus par l'abbé Gillard pour offrir l'exemple d'une vie chrétienne exemplaire au-delà même de l'histoire personnelle d'Onenne.

Je remarquai l'ordre particulier des six vitraux, sur le mur du Sud, les deux premiers des six vitraux racontant la vie de la sainte encadrent l'entrée habituelle, le suivant est dans la partie ouest isolée de la nef par une paroi percée de trois ouvertures, le narthex. Pour la suite, il faut revenir dans la nef et reprendre sur le mur Nord en symétrie par rapport au trois premiers. Le dernier, l'enterrement considéré comme l'entrée dans l'autre monde chrétien ou Paradis, est donc aussi dans le narthex.

Fernand me fit remarquer la présence de signes zodiacaux sous forme symbolique dans le cadre décoratif des vitraux, chacun apparaissant dans deux vitraux, puis il me laissa continuer seule. Il devait revenir un peu plus tard.

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On y voit deux signes cardinaux (c'est-à-dire d'entrée dans les saisons, les quatre étant représentés sur la croix des points cardinaux), Bélier et Cancer; et un signe fixe, le Verseau, (signe de milieu de saison, appartenant à la croix des fixes).

Le signe du Bélier est sur l'axe des équinoxes avec à l'autre extrémité, le signe de la Balance.

Le signe du Cancer est selon la Tradition (ou Lore), la porte des hommes (qui correspond au solstice d'été) sur l'axe zodiacal des solstices. C'est l'une des deux portes cosmiques de cet axe et c'est la porte des humains ordinaires. L'autre étant le signe du Capricorne ou porte des dieux qui correspond au solstice d'hiver.

Par ailleurs, je vis en faisant le tour de l'église un vitrail rond dans la chapelle latérale, des tableaux et une statue évoquant Sainte Onenne. En reportant sur un plan le trajet que tous ces éléments me proposaient, je constatai que les lettres O-N pour Onenne se dessinaient dans l'église confirmant sa dédicace! Je me souvins que le nom de la déesse gauloise correspondante était Onniona : Onn l'Ajonc et Nion, le Frêne, l'ajonc désignant le jour de l'équinoxe de printemps (environ le 20 mars actuellement).

Soudain j'eus une intuition. Et si ce O N de la nef signalait aussi son orientation? En effet la date de la fête signalée par l'abbé Gillard sur l'autel, le 1° octobre, qui ne correspondait pas au calendrier officiel, attira mon attention. En raison du décalage des dates liées au changement de calendrier (julien à grégorien), cette date dans le calendrier actuel correspond à la date de l'équinoxe d'automne au moment de la dédicace de la première église construite sur un bâtiment du VII° siècle. Or les équinoxes de printemps et d'automne sont sur le même axe.

Une mesure de l'orientation réelle donne un azimut de 77°, ce qui la rattache selon les géobiologistes aux édifices bénéficiant de « l'onde d'Isis » caractérisant des édifices sacrés très anciens consacrés à la Grande Déesse mère, qu'elle soit nommée Isis, Vénus, Cybèle ou autre, avant d'être réutilisés ou transformés en église. Les connaissances associées se seraient perdues vers le XIII°, XIV° siècle. Les géobiologistes actuels disent que dans ces églises, sur cette ligne d'orientation, le biochamp d'un humain serait plus augmenté que pour toute autre orientation.
C'était des lieux bénéfiques pour la santé et la fécondité en particulier des femmes. Or on disait que la résidence de Onenne était installée sur un ancien temple de Vénus et l'abbé Gillard avait fait disparaître l'ancienne statue qui était trop vénérée par les femmes et jeunes filles...



Le labyrinthe et le monogramme de la Vierge

Lorsque j'eus fini, je sortis sur la place, encore perdue dans mes pensées, soudain je vis comme dans un rêve Merlin immobile à quelques mètres de moi. Il marcha à grandes enjambées vers la partie ouest de l'église. Je le suivis, il s'arrêta devant la rampe d'accès, la porte était maintenant ouverte. L'imitant, je marchais à pas lents vers l'entrée, il se mit à gauche près du portail d'accès au cimetière sur lequel se détachaient les lettres alpha et oméga.

D'un geste de la main il m'arrêta à quelques pas du seuil puis traçant un grand cercle avec ses bras, il me signala la totalité de l'espace qui nous entourait et je le perçus de tous mes sens comme un concentré de vie quotidienne. Puis il me montra l'ensemble de la façade de l'église. J'étais à bonne distance pour la voir en entier, mais rien n'attira spécialement mon regard.

Lorsqu'il me guida d'un signe sur le seuil, j'eus l'impression de rentrer dans un autre monde. Le narthex qui me séparait de la nef était éclairé par l'ouverture et les vitraux latéraux. De l'autre côté la porte d'entrée sud était fermée, les vitraux illuminaient la nef grâce à un franc soleil au zénith. Je regardais le zodiaque inversé, queue de poisson - tête de bélier à ma gauche. J'avais quitté le temps des minutes, des horaires, des rendez-vous et des contraintes, j'étais dans le temps immuable des cycles de vie toujours renouvelés.
Lorsque Merlin resté sur le seuil tapa dans ses mains, je me concentrai sur les jeux de lumière émanant des vitraux et du narthex qui dessinaient devant moi une sorte de quadrillage de trois par trois avec une forme plus ronde orangée au centre correspondant à la projection du demi Chrisme du deuxième vitrail à ma droite au sud.

Merlin murmura : "trois pas", j'avançai donc devant la porte intérieure et l'inscription sur l'autel attira mon attention comme un aimant:
"Dans l'emplacement de cette église
élevée en son honneur
a été enterrée Sainte Onenne
Vierge"
Fête le 1° Octobre"

Merlin avait disparu après m'avoir dit "voici le temps du dieu" et comme en état second, je parcourus la moitié de la nef avant de me retourner.

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Je connaissais maintenant les thèmes des différents vitraux et j'eus alors l'image d'une relation entre eux plus complexe que je ne l'avais perçue par l'analyse:

 

Carré de Neuf

Carré de Neuf et monogramme de la Vierge

Cela formait un carré de trois fois trois cases. 1 est le lieu de ma vision de l'inscription sur l'autel. 2, 3, 4 sont les trois premiers vitraux de Sainte Onenne au sud; 5, 6, 7, les trois derniers au nord. 9 est l'emplacement de ma vision du demi-oeuf-chrisme. 8 est le seuil de l'entrée ouest.

Les cases 1, 4, 7 déterminent un triangle de sainteté: 1, sur l'autel, c'est l'affirmation de la sainteté de Sainte Onenne pour les siècles après sa mort. Le vitrail 4, représente son voeu de religion (face à Saint Elocan!) et donc sa mort à la vie civile. Le vitrail 7 montre son enterrement, son entrée dans la vie éternelle à sa mort.

Les cases 2, 5, 8 déterminent le triangle de vie en Dieu: Le vitrail 2 met en scène le choix d'une vie simple contre sa vie de princesse, elle échange ses vêtements avec une pauvresse. Le vitrail 5 montre la Providence divine venant à son secours sous la forme des oies alertant les soldats qui viennent la défendre contre l'homme qui en « voulait à sa vertu ». Le seuil en 8 est l'entrée dans l'église, espace sacré conçu comme espace d'entrée dans un autre monde et donc en rapport avec le divin comme le rappelle l'inscription sur ce mur intérieur au-dessus de la porte.

Les cases 3, 6, 9, déterminent une ligne de vie sainte avec plusieurs moments clés.
Le vitrail 3 met en scène le baiser de la Vierge qui la prédestine à une vie sainte. Le vitrail 6 expose le moment où elle fait don de ses biens pour s'en remettre à Dieu.
La case centrale 9 symbolise l'accomplissement. Dans ce centre c'est le Neuf où se projette l'Oeuf contenant le symbole du Chrisme représentant le Christ.

Après cette analyse, il était soudain évident pour moi que cet "exemple d'une vie chrétienne" cachait sous une histoire à priori dramatique, celle du personnage Onenne, le plan d'une progression spirituelle. Je remarquai alors que l'ordre de ces nombres sur le carré dessinaient une figure : le monogramme de la Vierge, A M ou A V M qui signifie Ave Marie et évoque la Salutation à la Vierge. Or cette Salutation correspond à un moment précis de l'année, le 25 mars, jour de fête de l'Annonciation de l'Incarnation du Verbe par l'archange Gabriel qui apparaît à la Vierge. C'était encore lié à l'équinoxe de printemps selon la Tradition. Ce jour-là, Gabriel annonça à la Vierge Marie qu'elle était enceinte de Jésus-Christ dont la naissance eut lieu neuf mois plus tard à Noël au solstice d'hiver.

Fernand me rejoignit alors dans la nef de l'église, il me regarda intensément comme pour comprendre où j'en étais. Sans un mot il me prit par la main, nous plaça sur la forme en Oeuf de projection du Chrisme face à l'autel et fit prendre à nos corps une forme de X. Nous étions devenus le symbole de la Vierge, le Monogramme, féminin à gauche (côté nord), masculin à droite (côté sud), ancrés dans la terre, tendus vers le ciel, baignés de lumière et traversés par des énergies invisibles jusqu'à nous ressentir comme des vibrations dans un univers entièrement vibratoire!

Lorsque Fernand baissa les bras, il garda ma main et m'entraîna dans un parcours au sol reproduisant d'un seul trait la figure de l'AVM, comme une sorte de forme de lemniscate ou de huit plus complexe.

J'eus en un espace restreint une impression physique ressemblant à celle que l'on a en parcourant un labyrinthe, (qui autrefois se situait à ce niveau dans les églises, comme celui de Chartres), le corps changeant d'orientation à plusieurs reprises sur le parcours de ces figures! Cela me sembla une façon d'augmenter mon énergie, de m'accorder à celle du lieu et d'induire une forme de transe permettant l'accès à d'autres réalités subtiles ou spirituelles.

Mais lorsque je voulus un peu plus tard refaire cette expérience, je n'y parvins pas. J'en parlais à Fernand qui me dit: "c'était un instant d'éternité". Il vit ma perplexité et comprit mon besoin de mettre des mots sur ce qui pourtant ne pouvait se décrire avec le langage, aussi il me proposa d'aller voir Abdul le conteur que je connaissais déjà, "arabe breton" et grand érudit.

A ma grande surprise, Abdul fut très heureux de nous recevoir et à la fin d'une soirée passée à parler de choses et d'autres, je pus enfin lui demander son avis.
Il me cita d'abord quelques mots extraits des Upanishads, texte sacré originaire de l'Inde:
"Aussi vaste que l'espace qu'embrasse notre regard est cet espace à l'intérieur de notre coeur. L'un et l'autre, le ciel et la terre y sont réunis, le feu et l'air, le soleil et la lune. Tout cela y est réuni."

Devant mon air perplexe, il me dit que j'avais connu un état de conscience modifiée qui m'avait donné accès à une perception différente du temps. C'était ce que Merlin avait nommé les trois pas. Et les grecs anciens avaient donné des noms de dieux à ces perceptions de temps différents:
Chronos pour le temps chronologique, celui dans lequel nous vivons le plus souvent et qui nous dévore. (Chronos est représenté dévorant ses enfants).

Aïon pour le temps cyclique (souvent représenté avec un serpent).

Kaïros pour le temps du dieu fugace (il porte des ailes aux talons) qu'il faut savoir saisir lorsqu'il se présente, un moment plus tard ou plus tôt et il n'est plus là! C'est un instant d'éternité qui s'ouvre dans notre vie. C'est aussi un moment où se manifeste la synchronicité.

Par ailleurs selon lui, j'avais perçu une figure, le carré de trois qui s'apparentait à un carré de fondation mais aussi au schéma traditionnel de la cité idéale de Jérusalem, centre du monde céleste chrétien. Il pouvait également être vu comme un ennéagramme (neuf éléments) ou un octogramme centré (figure davantage celtique ou templière), mais peu importait le nom, l'essentiel était d'expérimenter l'énergie du lieu par mes allées et venues dans cet espace.

Je remerciais Fernand et en pensée Merlin, qui m'avaient permis de vivre cela et j'écoutais le conseil d'Abdul : pour vivre le temps du dieu, il n'est pas besoin de venir dans la chapelle du Graal, de nombreuses vieilles églises ou autres lieux sacrés, voire naturels de notre environnement peuvent le permettre, le plus important est notre disposition intérieure, notre attention et notre respect pour ce temps particulier.
L'essentiel ne se voit qu'avec le coeur disait le Petit Prince de Saint-Exupéry, mais pour voir avec le coeur - ou entendre -, il faut le libérer de tout ce qui entrave son ouverture sur l'amour universel et cela aussi toutes les traditions de sagesse le disent à leur manière. Pour atteindre la ''béatitude'', il faut devenir béants, ouverts d'une certaine manière!


L'abbé Gillard nourri par le Graal

Deux jours plus tard je revis Clarance, j'avais beaucoup de choses à lui raconter. Je n'avais pas perdu mon temps, grâce à l'aide des Questeurs, j'étais partie sur les traces laissées par l'abbé Gillard dans la très riche décoration symbolique de son église devenue pour tous la « Chapelle du Graal », mais aussi dans quelques-uns des écrits qu'il avait fait publier pour alimenter les fonds nécessaires à son fabuleux projet.

Clarance était curieuse et j'avais besoin d'elle pour débrouiller les fils de cette exploration complexe, aussi elle m'invita à passer la soirée chez elle et à y dormir. Son compagnon travaillait de nuit et nous aurions tout notre temps. Je l'aperçus à peine dans sa voiture lorsque j'arrivais, il partait et me salua d'un vague signe de la main avant de démarrer. Clarance était sur le pas de la porte et me dit qu'il était déjà en retard. Elle me fit entrer dans son salon et asseoir sur un canapé en rotin aux coussins confortables avant de s'installer près de moi. Je sortis des documents de mon sac et les étalai sur le plateau en verre de la table basse.

Elle connaissait bien l'histoire officielle de l'abbé Gillard liée à son oeuvre et elle partageait l'avis des Questeurs, elle était un élément clé pour comprendre Merlin et le Graal dans ce lieu mythique de Brocéliande.

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Cette histoire commence pendant la guerre, lorsqu'il est démobilisé en 1940 vers Rodez, il a alors 38 ans. Dans une France en débâcle, occupée par endroits, il attend de reprendre son ministère en Bretagne. Intéressé par les légendes du Saint-Graal, il visite en particulier Montségur, château cathare "du Graal" et Rennes-le-château où il découvre les travaux de l'abbé Saunière réalisés fin XIX°, début XX° siècle (il est décédé en 1917).

Déjà connu pour des idées originales mal vues par sa hiérarchie, l'abbé Gillard est enfin nommé dans la plus petite commune du diocèse, en Morbihan, Tréhorenteuc. Il sait que c'est une sanction, mais il va relever le défi comme l'avait fait aussi en son temps l'abbé Saunière nommé en charge d'une église presque ruinée.

Dès son arrivée en 1942, l'abbé Gillard décide de faire de sa petite église une oeuvre d'art et de réflexion symbolique autour des légendes du Graal sur ce territoire magique de Brocéliande qui n'est pourtant pas encore le haut-lieu qu'il deviendra en grande partie grâce à lui.

Il était lié à des bretons intellectuels ou artistes inspirés eux aussi par les traditions celtiques, il connaissait entre autres, Xavier de Langlais, artiste, écrivain passionné par la matière de Bretagne et professeur aux Beaux-Arts de Rennes. A cette époque, il rencontre un jeune homme qui vient en vacances chez sa grand-mère bretonne et sera connu sous le nom de Jean Markale, écrivain apprécié du grand public pour ses ouvrages sur le celtisme, ses mythes et la "matière de Bretagne". Ce dernier restera en contact tout au long de sa vie avec l'abbé Gillard à qui il doit en partie sa vocation.

Sans tarder, l'abbé Gillard engage toute son énergie et ses faibles moyens dans la réalisation de son oeuvre, il fait appel à sa centaine de paroissiens hélas très pauvres, et il élargit son cercle au fur et à mesure que son projet avance.
En 1945, il démarche un camp de prisonniers de guerre allemands dans la Marne, il ramène un ébéniste, Peter Wissdorf et un peintre, Karl Rezabeck. Ils partagent un ordinaire spartiate, une passion pour l'art et leur foi qu'ils mettent au service de la restauration et de l'embellissement de l'église.

L'abbé Gillard leur fait découvrir les lieux et récits de la légende arthurienne. Karl Razebeck réalise les tableaux du chemin de croix, de la vie de Sainte Onenne et des légendes de Brocéliande sous l'inspiration et l'enseignement de l'abbé Gillard qui veut un sanctuaire de fraternité et de tolérance entre les hommes, unissant les traditions celtes, bretonnes et le christianisme. Karl Razebeck reste jusqu'en 1947, année où il est libéré de captivité sur la recommandation de l'abbé Gillard et retourne en Allemagne.

A partir de 1948, l'abbé fait éditer des guides sur Brocéliande et ses légendes, sur Tréhorenteuc. Suivront des écrits sur le symbolisme, le zodiaque, les nombres... Les bénéfices contribuent aux travaux et à la renommée de son église. Peu à peu les vitraux sont installés, le choeur pavé, et enfin la mosaïque du cerf aux quatre lions est finalisée vers 1955.

La réputation du sanctuaire s'étend, des gens célèbres, intellectuels et artistes s'y rendent, ainsi André Breton le maître du surréalisme qui cherche son inspiration dans les racines mythiques de l'inconscient. Mais les supérieurs de l'abbé voient cette renommée d'un mauvais oeil. Finalement accablé par les mauvaises langues qui se déchaînent, il quitte son église en 1962, mais il n'a pas d'autre lieu pour exercer son ministère, et malgré l'appui de paroissiens et d'élus, l'évêché lui interdit de reprendre son exercice à Tréhorenteuc.

Pourtant il revient vivre en Brocéliande dans la commune voisine, Néant-sur-Yvel grâce à l'abbé Rouxel qui poursuit son oeuvre et l'accueille. A sa mort en 1979, il est inhumé dans ce qui restera son église dans les mémoires. Sa statue accueille le pèlerin devant la porte d'accès au sud de l'église.



Clarance conclut sur ces mots:

- On peut dire que l'abbé Gillard a été "nourri" par le Graal presque concrètement étant donné les conditions dans lesquelles il a vécu et il lui a voué sa vie jusqu'au bout. Le Graal pour lui était clairement associé au Christ, mais aussi à un fond celtique ancien et c'est ce qui donne autant force à son oeuvre.

La Chapelle du Graal, Saint Eutrope, Sainte Onenne

Puis nous avons comparé notre façon de voir le décor de la Chapelle du Graal qu'elle faisait régulièrement visiter en s'en tenant à la version officiellement admise. Les Questeurs eux n'avaient pas à s'embarrasser de considérations de bienséance... Mais je la sentais très réticente face à ce qui dépassait certaines limites rationnelles, aussi je préférai ne pas lui parler de mon expérience vécue avec Merlin et Fernand sur le monogramme de la Vierge.

Elle savait qu'en Bretagne encore plus qu'ailleurs en France, les saints ont remplacé des divinités locales et que les caractéristiques de leur vie ou de leur mort permettent de substituer au culte païen une dévotion et des rites plus chrétiens. La plupart des lieux de culte anciens sont associés à une fontaine ou un puits, Tréhorenteuc n'échappe pas à la règle, la fontaine locale dite de Sainte Onenne attirait autrefois de nombreux pèlerins.

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L'église était primitivement dédiée à Saint Eutrope, mais il avait été remplacé par Sainte Onenne.

Il a pourtant une chapelle dédiée dans l'église, la chapelle latérale sud aussi appelée chapelle du Saint-Sacrement. Le fond de cette minuscule chapelle est couvert d'une mosaïque rouge, le rouge évoquant l'amour (ou caritas chrétienne mal traduite par charité). La grille fermant cet espace est particulièrement travaillée, on y voit des esses sur les côtés, des triskèles en partie supérieure et les deux vantaux latéraux sont ornés de poissons entrecroisés, cinq entiers et la moitié caudale d'un autre sur les côtés en partie inférieure (comme dans le zodiaque inversé du baptistère que nous avions vu lors de la visite faite avec Clarance).

Cette chapelle pourrait tout aussi bien s'appeler chapelle du Graal. En effet l
a filiation entre Graal en tant que symbole du calice contenant le sang du Christ et le Saint-Sacrement assimilé à l'Eucharistie est évidente. Le nom moderne de la fête est d'ailleurs parlant, c'est la "Fête du Corps et du sang du Christ".


Le poisson est bien sûr le symbole du Christ chez les premiers chrétiens et leur signe de reconnaissance.
Ichtys (ou ichtus) en grec signifie poisson et c'est l'acrostiche du nom de Jésus.

Pour les celtes, le poisson est principalement le saumon, c'est un symbole de connaissance, de sagesse et parce qu'il remonte à la source, il symbolise aussi l'illumination et la résurrection.

Clarance ne connaissait pas la légende irlandaise selon laquelle un héros en quête de sagesse apprend qu'il faut boire aussi bien à la source, Fontaine de Sagesse et lieu de vie de cinq saumons, qu'aux cinq courants qui représentent les cinq sens humains. Ceux qui accèdent à la Connaissance boivent à tous.
- Cette fontaine, remarqua Clarance, se présente comme un mandala ou modèle de représentation synthétique, et comme un lieu d'accès à l'Autre monde par la connaissance.

J'étais contente qu'elle parvienne aussi bien à synthétiser ces éléments. A sa demande, j'enchaînai sur Saint Eutrope.

C'est un saint pour le moins mystérieux, son tombeau a été retrouvé quelques siècles après sa mort, authentifié par la trace du coup de hache qui lui avait fendu le crâne et un songe où il apparut pour confirmer son martyr! Sa vie appartient à la légende et se présente sous différentes versions.

L'une d'elle en fait le "treizième apôtre" arrivé en Gaule en même temps que des chrétiens, dont
Joseph d'Arimathie le porteur du Graal, il accostera avec Marthe et Marie-Madeleine aux Saintes-Maries-de-la-Mer. On peut donc dire que dans ce cas il a vu le Graal, ou du moins il sait ce qu'il en est étant un témoin très proche.
Une autre version en fait un disciple de Saint Denis au III° siècle, il aurait été le premier évêque de Saintes, là où a été retrouvé son sarcophage (la ville est au sud de la Rochelle et c'est une étape du Chemin de Compostelle). Furieux qu'il ait converti sa fille, le gouverneur de la région ordonna qu'on lui fende le crâne avec une cognée. C'était une époque violente, mais héroïque, son maître Saint Denis mourut décapité et porta sa tête en marchant avant de s'écrouler...

Saint Eutrope est invoqué pour soulager les migraines et les maux de têtes (ce qui selon l'expression populaire "casse la tête"!), mais aussi l'hydropisie (ou mal de Saint Eutrope) qui est un nom ancien pour les oedèmes, que ce soient ceux qui donnent un gros ventre, (c'était à l'époque principalement dû à l'alcoolisme) ou ceux qui font gonfler les articulations (et sont alors associés à des rhumatismes).
En Bretagne, on prend l'eau de la fontaine qui lui est dédiée pour mouiller l'endroit atteint et ainsi se soulager. Ailleurs en France, Saint Eutrope est aussi fréquemment associé à des fontaines.
D'après les Questeurs de Brocéliande, il existait un lien entre le culte des têtes et les fontaines.

- Oui, confirma Clarance, je connais les légendes de nombreux saints qui lavent leur tête coupée à la fontaine ou bien une fontaine surgit là où ils l'ont déposée. C'est peut-être le reflet d'un ancien culte des têtes que le christianisme a récupéré à défaut de pouvoir le faire disparaître.

''Mais selon la légende, Saint Eutrope a eu le crâne fendu. Comment ne pas penser au fameux "coup de merlin" bien connu en Bretagne et dont nous a parlé Fernand. Le Mel Beniged était une pierre polie ou une hache néolithique utilisée dans une chapelle selon un rituel christianisé -pose de la hache sur le crâne et accompagnement par des prières- pour libérer les mourants. C'était une pratique attestée en Morbihan au XIX°.

- Les Questeurs disent que Merlin peut être associé au dieu gaulois Sucellos dont le maillet tue ou ressuscite. On pourrait dire qu'il fait passer dans l'Autre monde ou donne une nouvelle naissance, autrement dit une prise de conscience ou même une initiation. La valeur du sommet de la tête s'intègre dans une conception traditionnelle du corps qui voit dans la fontanelle (espace entre les sutures du crâne qui se referme dans les premiers mois de vie), la porte du ciel ou porte de l'âme, franchie au moment de la mort.
''Elle est aussi appelé la
"porte étroite" ou dixième porte, elle met en correspondance la conscience humaine et le cosmos (en tant que conscience cosmique), c'est l'ouverture vers l'Autre monde au sens symbolique ou l'Au-delà après la mort.
''Et dans les légendes celtiques, le
symbole du saumon est parfois associé à une tête coupée, dans une même référence à la connaissance, science sacrée.

 

 

Clarance résuma:

-Saint Eutrope est donc un saint bénéficiaire d'un culte des têtes puisqu'il a eu le crâne fendu comme par un coup de merlin, associé à une fontaine et à la fête de Beltaine. Cela aurait pu effectivement lui permettre de s'implanter dans ce village du Morbihan, mais en fait la greffe de l'évêque de Saintonges n'a pas bien pris et c'est Sainte Onenne qui l'a emporté. La fontaine locale lui est dédiée, l'église porte son nom et c'est sûrement la seule en France, car ce n'est pas non plus une sainte très "catholique"! Tu connais son histoire officielle?

- Dans les grandes lignes, mais j'aime bien quand tu racontes, je t'écoute.

- Son nom est d'origine celtique, Onn(Gw)enn : Onn signifie frêne, Gwenn signifie blanc, brillant. Ce nom pourrait aussi être associé à l'eau: en Indo-Européen -onna- ou -anna- désigne l'eau qui coule, eaux vives, eaux courantes, rivières. Née vers la fin du VI° siècle, elle serait la dernière d'une fratrie de 22 enfants, fille du roi Judhaël et soeur du roi de Domnonée, Judicaël. Pour le reste, les épisodes de sa vie sont mis en scène dans l'église. J'aime tout particulièrement sa bénédiction par Saint Elocan! Eloquent n'est-ce pas? Onenne était accompagné par des oies comme tu le sais.
Et l'oie est l'oiseau qui nous invite à parler une autre langue, la langue des oiseaux. C'était parfois un "jargon" d'initiés, (le jars étant le mâle de l'oie) qui portaient la patte d'oie de tissu rouge, tels certains constructeurs de cathédrale du Moyen-âge. Le mot peut s'associer à l'ouïe et c'est une invitation à entendre autre chose, pour favoriser "l'entendement".

Elle fit une pause et je ne dis rien, elle en connaissait manifestement plus que ce qu'elle disait lors de ses animations de groupe et je comprenais mieux l'accueil qu'elle avait réservé à Fernand... Elle reprit sur un ton léger:

- Bien sûr, en tant que chrétienne, Onenne était un exemple de jeune fille qui ayant renoncé à sa vie de princesse recherchait la pauvreté et a su par dévotion à la Vierge rester pure (elle est morte à 26 ans). Passons à autre chose. Au dessus de la porte ouest de l'église, près des fonts baptismaux, as-tu remarqué l'inscription?

- "Enfant souviens-toi si ce monde est à toi l'autre monde est à Dieu", récitai-je. C'est éclairé par le vitrail de l'enterrement de Sainte Onenne qui évoque l'entrée dans l'Autre Monde de l'âme. Avec le fameux zodiaque inversé juste dessous.
- Queue de poisson et tête de bélier.

Je lui posai la question des Questeurs:
- Et quel est le signe du zodiaque qui comporte une queue de poisson et une tête à cornes?
- Le Capricorne, répondit-elle avec un petit sourire, signe du Capricorne qui selon la tradition est une des portes du cycle zodiacal du soleil, celle du solstice d'hiver, l
a Porte des dieux. Et comme nous l'avons vu, l'autre porte, celle du solstice d'été, dans le signe du Cancer était la Porte des hommes.
- Oui et cela confirme l'interprétation de l'entrée dans l'Autre Monde qui pour l'homme profane a lieu lors de sa mort (par la porte des hommes symbolisée par le Cancer). Mais pour le chercheur initié, c'est la Porte des dieux.
- Que veux-tu dire par initié?
- Selon les Questeurs, c'est l'être qui travaille sur lui-même afin de se mettre à l'écoute de sa sagesse intérieure jusqu'à ce qu'il entre en relation avec une dimension spatio-temporelle différente qui selon son niveau d'évolution spirituelle élève ses facultés pour une compréhension directe de la vie. C'est l'étape fondamentale du "connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux" de la Sagesse grecque puis universelle.
L'initiation permet d'installer un lien conscient entre la conscience humaine "intellectuelle" et la conscience supérieure dans ses différents niveaux "spirituels".
- Les anciens, ajouta Clarance, disaient que par la "Porte des dieux", l'âme retourne au divin. Et si l'on comprend ce que tu viens de dire à propos de l'initié, comme l'a écrit l'abbé Gillard, alors effectivement la "Porte est en dedans". Mais le zodiaque en lui-même qui fascinait tant l'abbé, qu'en disent tes Questeurs?

Du zodiaque au chemin de croix

Je sentis une légère ironie dans ses propos, mais je passais outre, le sujet était trop fascinant. Je répondis:

- Effectivement, pour l'abbé Gillard, le Zodiaque était un élément symbolique très important. Il avait fait des études classiques et à l'époque on étudiait encore les anciens auteurs latins ou grecs qui en exploitaient la tradition. Dans toutes les civilisations antiques et en Europe au Moyen-âge ou à la Renaissance, le zodiaque était une figure centrale de la transmission du savoir. Il figurait au porche ou même en médaillons intérieurs dans les églises et cathédrales. La médecine établissait des correspondances entre les constellations, les planètes - le cosmos en tant que Macrocosme - et les organes de l'homme considéré traditionnellement comme Microcosme.

- Oui, je me souviens, ajouta Clarance, et le Zodiaque était aussi un support de connaissance et de mémoire. Giordano Bruno lui-même, condamné au bûcher par l'Eglise pour avoir soutenu les idées de Copernic sur l'héliocentrisme qui remettaient en question la position centrale de la Terre (géocentrisme), élabora un "art de mémoire", à partir du Zodiaque et des constellations. Il l'avait conçu comme un système encyclopédique en accord avec l'ordre cosmique.

J'étais contente de partager sa culture et enthousiaste, je repris:

- Au Moyen-âge, l'église utilisait aussi le zodiaque, le plus souvent associé au Christ. Il y apparaît comme dominant le temps et l'espace à l'époque romane. Il en est le maître ou il assure une médiation entre les différents niveaux d'organisation aussi bien célestes que terrestres.
Et en tant que modèle universel, le zodiaque organisait aussi l'occupation du territoire dans la société traditionnelle pré-chrétienne si l'on en croit la disposition des lieux sacrés.

Elle eut une moue dubitative et dit:

- N'est-ce pas une interprétation? Ce qui est sûr, c'est que le zodiaque est utilisé dans de nombreuses sociétés et ce de façon très ancienne.
- C'est vrai, les premiers modèles de zodiaques connus datent de l'Antiquité, en particulier en Egypte.

- Comme le fabuleux Zodiaque de Dendérah, reprit Clarance, avec son symbolisme astral mêlé au mythe d'Isis et Osiris, les principaux dieux d'Egypte. Tu connais la légende bien sûr.

Je lui souris pour l'encourager à poursuivre, ce qu'elle fit sans se faire prier.

- Selon la légende, Osiris démembré en 14 morceaux (ou plus selon les versions) est réparti dans toute l'Egypte. Mais il est aussi le Nil et l'inondation recrée pour un temps son unité sur le territoire. De même que les fonctions du corps humain ont leurs correspondances avec les constellations, le sol d'Egypte par l'intermédiaire des "nomes", systèmes d'organisation administrative, est donc organisé à l'image du ciel. Par ailleurs une correspondance étroite entre les épisodes de la mort et résurrection d'Osiris était établie avec la configuration du ciel à différentes périodes de l'année.

- C'est tout à fait ça, dis-je, pour les égyptiens dans l'Antiquité, Osiris était l'Homme cosmique assimilé au zodiaque et ce zodiaque était projeté sur le sol égyptien en tant que modèle d'harmonisation du territoire avec le cosmos.

- D'accord, c'est ce que tu évoquais, dit Clarance, et en effet, les égyptiens dénombraient 14 constellations, celle de la Cuisse (la Grande Ourse) et du Dragon complétaient les 12 constellations de nos zodiaques classiques.
- Oui, de même, dans de nombreuses sociétés traditionnelles, il existait une organisation spatiale intégrant le zodiaque dans le paysage telle une géographie sacrée en harmonie avec le ciel, les astres et les constellations. C'est vrai que c'est une interprétation particulière, mais qui se rattache à un modèle très ancien: de nombreux territoires en France possèdent une histoire de zodiaque implanté sur leur sol. Nancy, Rennes-le-Château, le Verdon...
''Ce concept peut sembler étrange à nos mentalités modernes, mais c'était une nécessité rituelle pour l'homme d'autrefois. Ce concept l'aidait à s'installer sur une nouvelle terre dans des conditions souvent difficiles : périodes glaciaires, concurrence avec des animaux dangereux, dépendance étroite des conditions climatiques pour la survie, et jusqu'au XIX° siècle, les menaces de famine était une réalité pour tous. L'homme avait un besoin vital de se sentir en harmonie avec ce qu'il comprenait des lois du monde représentées par des dieux qu'il fallait se concilier.

- OK, vu comme ça, je comprends mieux, dit Clarance. Mais pourquoi ce modèle du zodiaque a-t-il été abandonné par l'église?

- Ce n'est pas la façon dont les Questeurs envisagent les choses, c'est peut-être plus lié à un changement de façon de penser qu'à un choix délibéré. L'évolution des connaissances, en particulier scientifiques, fait évoluer la notion même du temps. On passe de la conception d'un temps cyclique avec une périodicité reproduisant les mêmes faits, à la conception d'un temps linéaire qui a un début, une fin et permet d'écrire une histoire sur une longue durée.

- C'est vrai, ajouta Clarance, le zodiaque symbolisait l'éternel retour des tâches quotidiennes et des événements astronomiques, donc des dieux qui leur étaient associés. Avec l'église, c'est la vie du Christ qui est importante. Il est d'abord cosmique comme Osiris dans la mythologie égyptienne, c'est le Christ Pantocrator qui règne sur le Monde et figure au centre du zodiaque roman. Puis il est mythique, c'est Jésus-Christ, le guide à suivre pour le salut de l'âme et la vie éternelle. Et enfin il est devenu un personnage historique dans notre époque obsédée par la preuve matérielle de la vie ou des restes d'un homme, Jésus. Et donc où se situe le chemin de Croix dans cette histoire?

C'était effectivement une bonne question, je dis prudemment:

- Il faudrait s'intéresser à l'élaboration de ces monuments de la foi et à leur contexte historique.

- Pour ce que j'en sais, affirma Clarance, c'est surtout à partir du XIX° siècle que se sont développés les chemins de croix dans les églises. Mais pour leur représentation, la "tradition" régionale a longtemps prévalu malgré les efforts des papes d'imposer les coutumes romaines. Le nombre des stations était d'ailleurs variable jusqu'à la fin du XIX° siècle puis la norme romaine de 14 stations s'est répandue, parfois une 15° est ajoutée. Est-ce que ce chemin est inspiré de l'histoire d'Osiris? Mais comment concilier un événement de la vie d'un homme-dieu qui s'est déroulé sur un temps si court et la vie d'Osiris répondant aux cycles du temps et des astres...

Elle resta rêveuse, puis elle s'anima pour me dire:

- Nous avons assez parlé pour l'instant, si nous mangions un peu avant de faire une petite visite privée à la Chapelle du Graal.

Nous étions tout près, la soirée ne faisait que commencer et j'étais loin d'avoir découvert toutes les richesses de ce sanctuaire! J'acceptai donc avec le même enthousiasme. Après un en-cas rapide, je pris mes notes et les fascicules des Questeurs et je suivis Clarance jusqu'à l'église. Elle avait la clé de la porte extérieure, mais pas celle de la sacristie où l'abbé Gillard avait fait mettre le vitrail d'un superbe zodiaque ainsi difficilement accessible, probablement pour ne pas heurter davantage les autorités ecclésiastiques qui n'en voulaient plus dans leurs lieux de culte.

Visite de la chapelle du Graal

Avec la lumière, les proportions et donc les perceptions changeaient, j'eus l'impression de redécouvrir cette petite église. Clarance était aussi différente, comme apaisée, elle parlait à voix basse et marchait doucement. Elle me demanda:

- Par quoi veux-tu que nous commençions?

- Par le Graal, si tu le veux bien.

Elle se mit à rire et dit:

- Il n'est pas ici, tu penses bien! Mais soyons sérieuses, seuls les ignorants et certains enfants croient encore qu'il s'agit d'un objet. Voyons comment notre bon abbé Gillard l'a mis en scène. Le Graal est évoqué dans les vitraux du choeur et les tableaux arthuriens de la nef.

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Et elle me conduisit vers le vitrail de l'Action de Grâces. Jésus auréolé d'un cercle divisé par une croix rouge, préside la table de la Cène, entouré de ses onze apôtres. Un siège est vacant au premier plan. Le Graal est posé au centre de la table vide qui forme un carré de quatre. Clarance dit:
- Ici, le Graal est un calice vert, il a été taillé dans une émeraude selon la légende. Dieu auréolé d'un cercle divisé en trois, (donc en Y) bénit la scène au sommet et une colombe (symbole du Saint-Esprit) s'envole. Des rayons émanent de Dieu et se dirigent vers les convives de la Cène. Remarque les triskèles aux coins inférieurs.

Elle se déplaça jusqu'au suivant:

- Ici, nous avons le vitrail de l'Apparition du Saint Graal. C'est la table du Roi Arthur, il est entouré de dix chevaliers, la table est servie en pain et en vin. Deux anges portent le Graal au-dessus des convives qui le regardent. Le Christ en croix rayonne au sommet et un flot rouge se déverse de son côté droit dans le Graal qui rayonne aussi mais plus discrètement. En périphérie, on retrouve sensiblement les mêmes motifs que sur celui de l'Action de Grâces, sauf au sommet où l'on voit une croix celtique verte.

Elle contourna l'autel pour se mettre face au grand vitrail du choeur, celui du Saint-Graal. Juste en dessous, je vis l'inscription "Jésus le Seigneur dieu maître de tout" peinte sur une banderole dont les deux extrémités étaient enroulées comme un parchemin, mais en forme de roses rouges. Elle me proposa de lire le riche décor de ce vitrail du Graal de bas en haut et de gauche à droite.

- Au premier niveau, tu vois l'écusson divisé en cinq parties parsemées d'hermines évoquant les cinq départements bretons. A côté un lièvre debout qui place sa patte comme pour transmettre un secret: est-ce l'illustration de l'expression "lever un lièvre"? Face à ce lièvre, on voit un autre léporidé de trois couleurs (roux, rouge, brun). De façon générale, le lapin est un animal lunaire (d'où les trois couleurs pour les trois phases?). Pour les alchimistes, il représente la materia prima. Le lièvre en particulier est le guide de la quête spirituelle de l'apprenti sous la terre, c'est-à-dire dans son inconscient.

Au milieu des deux personnages évoquant les donateurs, on distingue le tronc d'un chêne qui va s'étendre dans tout le vitrail sous forme de bouquets de feuilles et de glands. Le chêne est bien sûr l'arbre druidique par excellence, arbre du monde et de connaissance. Il assure la communication entre le ciel et la terre. Près du centre, une oie rouge picore. L'oie est un symbole solaire et de l'illumination par l'esprit. Le rouge est symbole de Vie et d'amour. Pour l'Eglise, c'est la couleur de l'Esprit; en alchimie, l'oeuvre au rouge est l'aboutissement du Grand Oeuvre, l'entière réalisation de l'Homme. C'est la couleur de la Connaissance ésotérique.

Dressé au-dessus de l'oie, s'élève un chardon qui est pour l'Eglise un symbole de la douleur du Christ et de la Vierge. En alchimie, le chardon symbolise le gardien de la Rosée, produite par l'Arbre de Vie (représenté ici par le chêne), qu'il garde entre ses feuilles. A l'extrémité droite, un phénix rouge aux serres et au bec bleus étend ses ailes sur un fond de flammes. Il symbolise la résurrection et l'immortalité de l'âme.

Au second niveau, le Lion évoque Saint Marc, au milieu les donateurs sont agenouillés devant une colombe comme celle du Saint-Esprit. A droite le Taureau représente Saint Luc.

Au troisième niveau, on voit de façon symétrique des branches de chêne et des colombes. Au centre, Joseph d'Arimathie est agenouillé devant le Christ auréolé d'un cercle divisé par une croix celtique, ils sont sur un damier aux carrés ornés de motifs géométriques. Grâce au Graal selon Robert de Boron, Joseph d'Arimathie s'est maintenu en vie quarante ans en prison avant de venir en Europe. Lui aussi s'est « nourri » concrètement du Graal afin d'accomplir sa vie.

Au quatrième niveau, l'Aigle représente Saint Jean, un écusson porte la croix de l'Ordre du Saint Sépulcre, croix "potencée, cantonnée de quatre croisettes". Les cinq croix au total évoquent les cinq plaies du Christ. Le Graal rayonne à hauteur de la tête du Christ au-dessus de la tête de Joseph d'Arimathie. L'ange à droite représente Saint Mathieu.

- Je vois, dis-je, les quatre évangélistes sont au complet autour du Christ, l'aigle c'est Saint Jean; l'ange, Mathieu; le lion, Saint Marc; le taureau, Saint Luc. Ils se tiennent aux quatre points cardinaux et aux changements des quatre saisons. Ils constituent le Tétramorphe et c'est une vision traditionnellement liée au Zodiaque.

Clarance se contenta de sourire et pointa son doigt vers le haut.
- Regarde, au-dessus du Graal à droite, se tient un écureuil. Comment ne pas penser à l'écureuil de l'arbre du monde nordique qui assure traditionnellement la communication entre le haut céleste et le bas, la terre où s'enfoncent les racines.

 

- Connais-tu, demandai-je, l'importance de la Croix de l'Ordre du Saint Sépulcre pour l'abbé Gillard?

- C'est vrai, répondit-elle, qu'on la trouve non seulement dans le grand vitrail du Graal, mais aussi sur le sol en dessous du vitrail de l'Action de Grâces et peut-être ailleurs, mais le carrelage est détérioré. Manifestement l'abbé tenait à se relier à l'Ordre de chevalerie du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Qu'en disent les Questeurs?

Je sortis mes notes et lui dis:

- Selon eux, il faut reprendre l'histoire en amont. Le Saint Sépulcre, appelé parfois à tort le Tombeau du Christ, à Jérusalem est la grotte où le corps de Jésus fut déposé après la descente de la croix et avant la Résurrection, fait qui explique la disparition du corps et fonde la religion chrétienne.
C'est là où Joseph d'Arimathie avait préparé son futur tombeau. L'empereur Constantin aidé par sa mère Hélène "découvrit" ce lieu saint. Ils y firent détruire le temple de Vénus implanté par les romains et construire le Saint Sépulcre.

- Constantin, remarqua Clarance, c'est lui dont le nom reste accolé au Labarum ou Chrisme autrement appelé Monogramme du Christ.

- Tout à fait, mais en fait le Chrisme était un symbole bénéfique beaucoup plus ancien.

- Encore une récupération chrétienne d'une croyance païenne, reprit Clarance, il aurait vu ce symbole dans le ciel, assorti d'une promesse de victoire et cela me rappelle le Graal..., mais revenons à la Croix de l'abbé. Tu disais?

- Lors de la première croisade, après la prise de Jérusalem, Godefroy de Bouillon refuse la couronne de Roi de Jérusalem pour créer l’ordre du Saint-Sépulcre en 1099, premier ordre religieux de CHEVALERIE. C'est vingt ans environ avant que ne soit créé l'ordre du Temple, ordre militaire avec une dimension religieuse. L'ordre du Saint Sépulcre devient propriétaire ou gardien de nombreux lieux saints en Terre sainte et essaime en Europe.
Mais après la
perte de Saint Jean d'Acre (1291), c'est la fin du royaume franc d'Orient et la fin de l'épopée des croisades qui a duré presque deux siècles.

- Eh oui, dit Clarance, les Templiers doivent rentrer en Europe, leur mission principale de défense des accès aux lieux saints n'a plus lieu d'être et c'est ce tournant de leur histoire qui les conduira à leur perte.

- C'est probable, dis-je, à l'époque l'Ordre du Sépulcre se replie aussi en France, mais les franciscains prennent la relève en tant que seuls gardiens encore tolérés des lieux saints. Au XIV° siècle la chevalerie se développe, aussi ils poursuivent la mission de l'Ordre quant à la Chevalerie et procèdent à l'adoubement de chevalier pour les nobles pèlerins. Leur référence n'est pas la chevalerie militaire, mais un idéal de chevalerie. Et c'est dans cet esprit que sera créé au XIX° siècle l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, pour perpétuer cette référence aux lieux saints et poursuivre l'adoubement de chevaliers.

- D'accord, s'exclama Clarance avec un grand geste des bras désignant tout l'espace, dans la chapelle du Graal de Tréhorenteuc, cette croix prend valeur d'attachement à une chevalerie "célestielle" dans la droite ligne des romans arthuriens du cycle du Graal.

- Justement, tu devais me parler des tableaux arthuriens de l'abbé Gillard réalisés par son peintre allemand.

- Commençons par La Table Ronde et le Graal. Ici, chevaliers et têtes couronnées sont assis autour de la Table Ronde présidée par le Roi Arthur, les mets sont copieux et le Graal rayonne au milieu de la table, porté par deux anges, tel un plat distribuant à chacun la nourriture qu'il désire en abondance. C'est une des fonctions traditionnelles du Graal celtique qui le rapproche du chaudron mythique pourvoyeur de nourriture. Dans ce cas, c'est à une autre forme de nourriture qu'il faut penser, non plus terrestre, mais divine.

Elle passa au tableau suivant.

- Celui-ci est Le Val sans Retour. Les chevaliers sont prisonniers des sortilèges suggérés au-delà d'une barrière de feu. En arrière-plan on y voit les dragons rouge et blanc qui s'affrontent sous la forteresse de Vortigen, c'est le premier épisode des aventures de Merlin alors enfant. Un géant avec sa massue combat un chevalier de la quête arthurienne du Graal. Dans le Val sans retour, infidèles à leur amour de la Dame et donc leur idéal selon les règles de la chevalerie, les chevaliers ont tout oublié. Ils profitent des plaisirs concoctés par Morgane qui figure en robe rouge au premier plan et fait face à Lancelot. Le chevalier fidèle à son amour pour la Reine va vaincre les sortilèges et ainsi libérer ses compagnons. La table est bien garnie et les coupes se remplissent de boissons alcoolisées. On est dans le domaine de l'illusion, le faux graal sous son aspect de plaisirs d'une vie matérialiste. Mais on voit l'église de Tréhorenteuc à proximité du Val.

- Ouf, le salut n'est pas loin!

Toute à son rôle de guide, Clarance poursuivit la visite.

- Voici la Fontaine de Barenton. Le tableau se présente en quatre parties séparées par des formes courbes dessinant une coupe évoquant le Graal. Les quatre coins sont marqués de triskèles, le fameux symbole solaire celtique. De chaque côté de la forme du vase, les scènes sont dans des tons passés. A gauche de la coupe, on voit Eon de l'Etoile, personnage local du XII° siècle, moine hérétique devenu une légende et plus ou moins associé au personnage de Merlin (il est considéré parfois comme le dernier druide ou du moins leur héritier). Il est somptueusement vêtu d'une chasuble sacerdotale et porte une épée comme un chevalier. Il se tient debout près de la table où sont étalés ses trésors d'or et de victuailles. L'église de son monastère est en arrière-plan surmontée d'une étoile.
Eon remettait en cause l'église et ses abus, il dérobait aux puissants pour distribuer aux pauvres, mais il était aussi maître de l'illusion, il invitait parfois pour des repas somptueux, pourtant les convives avaient faim dès leur départ, ils n'avaient rien mangé! Il a deux étoiles dans la main gauc
he et une au-dessus de la tête. Ce personnage mystérieux était d'origine noble, son blason comportait trois étoiles.

Mais avant tout, il utilisait ses dons pour propager ses idées. Assimilé à un prophète par ses disciples, l'église finit par s'émouvoir de son succès (en Bretagne et jusqu'en Gascogne) craignant une nouvelle hérésie.
Il se dit "fils de Dieu", juge des vivants et des morts et maître du monde, faut-il entendre mètre, c'est-à-dire mesure du monde par rapport aux normes cosmiques - la vieille Loi-? En effet, interrogé sur son bâton fourchu en Y, il répondit que ses deux pointes vers le ciel signifiaient que Dieu, maître des deux tiers du monde lui laissait le tiers. Tourné vers le bas, c'était lui qui disposait des deux tiers. Cela se référait à sa doctrine et aux pouvoirs temporel, spirituel et céleste revendiqués par l'Eglise.

- Comment ne pas penser à l'inscription de l'abbé Gillard dans le baptistère: "souviens-toi si ce monde est à toi l'autre monde est à Dieu"?

Clarance était emportée par son talent d'orateur, elle enchaîna:
- Considéré comme fou par le tribunal ecclésiastique qui le juge, il échappe au bûcher mais il meurt rapidement en prison. Ces étoiles dans la main d'Eon représentent une autre richesse que celle des bijoux et de l'or qu'il brandit. Richesse spirituelle d'une ancienne tradition celtique et gnostique bien implantée localement et dont le Graal est le trésor symbolique transmis pour notre époque.
Regarde maintenant à droite de la coupe, Merlin jeune (d'une éternelle jeunesse?) alangui au pied d'un arbre regarde Viviane telle une apparition qui l'enchante. Une étoile brille au-dessus d'elle, elle est la Fée inséparable de Merlin, son "autre" face à lui et elle le garde dans un amour sans fin. Une écharpe transparente serpente sur son bras.

A la base de la coupe, Ponthus combat un cavalier pour l'amour de la belle Sidoine dont il est séparé par la jalousie d'un rival malgré leur amour réciproque. Les couleurs sont grises sans paysage précis, on est là dans le passé d'un chevalier donné en modèle.
L'histoire d
e Ponthus et Sidoine est une adaptation au XV° siècle d'un poème anglo-normand de Horn écrit à la fin du XII° siècle. Ponthus, fils de roi de Galice, est en exil après avoir été victime des sarrasins. A la cour du Roi de Bretagne il se fait honorablement remarquer et la fille du roi, Sidoine est séduite. Mais victime d'un rival, Ponthus va affronter de longues épreuves qui séparent les amoureux. Ponthus exprime en actes un idéal de chevalier au service de la dame de ses pensées, il se construit en se confrontant aux épreuves qui lui sont imposées sans jamais se dérober. Son destin bascule à plusieurs reprises de façon dramatique (la roue du destin), mais il reconquiert amour et pouvoir au terme d'aventures épiques.
Enfin, au sommet, dans la coupe même, l'univers de la clairière de la fontaine de Barenton est représenté avec des couleurs vives et une perspective qui rendent la scène très vivante. Le chevalier Yvain qui connaît les prédictions associées à ce lieu, brandit le gobelet ou bassin d'or attaché par une chaîne au-dessus du perron de la fontaine pour y renverser l'eau. Ce geste va déclencher une tempête et faire basculer Yvain dans l'Autre monde, monde féerique où il fait beau, de nombreux oiseaux chantent... Mais l
e chevalier gardien de la "merveille" -c'est-à-dire selon le langage de l'époque, qui procure crainte et fascination- vient chasser Yvain qui le combat jusqu'à la mort. Yvain rencontre alors sa femme devenue veuve par sa faute, la fée Laudine et l'épouse. Au terme d'un éloignement imposé, il retrouve Laudine et garde à son tour la fontaine...
Profitant d'un répit, j'ajoutai:

- Selon les Questeurs, dans la littérature du Moyen Age, Yvain présente des éléments d'anciens mythes de la végétation: le jeune dieu doit remplacer le vieux dieu de la nature auprès de la puissante déesse de la Terre. Il personnifie le renouveau du printemps qui règne sur la terre.

- En tout cas, reprit Clarance, Yvain est le chevalier qui passe dans l'Autre monde à Barenton, ce lieu magique où se côtoient les contraires, merveilleux et périlleux et lui est capable de passer d'un monde à l'autre. Il accède à la Connaissance de l'Autre monde et à l'issue des épreuves, il devient le gardien de son seuil magique, la fontaine et son perron ou passage périlleux. Son amour pour Laudine est un élément important de cet univers et de ce voyage à double sens, ce qui est aussi le cas de Merlin représenté à droite du tableau.

- Yvain et Laudine, Merlin et Viviane, murmurai-je.

Clarance était en pleine forme, elle me proposa:

- Continuons dans l'univers des légendes et passons à la mosaïque du Cerf blanc aux quatre lions. C'est rare dans une église, un tel décor de mosaïque qui s'étend sur toute la partie haute à l'ouest de la nef. Il date de 1955, il a été réalisé par Jean Delpech sur commande de l'abbé Gillard. Cette scène évoque la vision de Galaad, fils de Lancelot et chevalier au coeur pur qui au cours de la quête du Graal, dans la forêt Gaste, rencontre cette "merveille". Avec ses deux compagnons, ils suivent le cerf et les lions dans une chapelle où un vieux prêtre commence une messe, ils découvrent que le Cerf est le Christ et les lions sont les quatre évangélistes.

- Ainsi, dis-je, on retrouve sous une autre forme le Christ au centre du Tétramorphe qui est un condensé du Zodiaque.

- Tout à fait, confirma Clarance, dans le roman de Lancelot, cette scène est annoncée par Lancelot qui aperçoit aussi le cerf, une prédiction lui révèle ensuite que seul son fils connaîtra le sens de cette apparition. Les Questeurs ont parlé du symbolisme du Cerf blanc?

Je cherchai aussitôt dans mes documents et je lui lus ce qui s'y rapportait:

- Effectivement, le cerf blanc apparaît à plusieurs reprises dans les récits de la Table Ronde. Il est le prélude à des aventures auxquelles sont confrontés les chevaliers, il représente la quête du dieu mystérieux, caché sous des apparences animales, le Christ. De même, dans les mythes celtes, il est le messager de l'Autre monde qui fait basculer le destin de ceux qui le rencontrent. Il est aussi un animal psychopompe: il conduit les âmes vers leur dernière demeure.

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Le cerf est en rapport avec l'ouest, le coucher (ou mort) du soleil, le pays des morts et l'automne. Il est en effet associé à la mort et à la résurrection du fait de ses changements cycliques de ramure. Pour les celtes, c'est un animal solaire, dont les transformations symbolisent les saisons. Il est au maximum de son développement et de ses capacités reproductives en automne, avec des bois triomphants alors que la terre se dépouille de sa végétation qui doit mourir avant de renaître.

Il était représenté dans la constellation du Cerf regroupant l'ensemble de la Balance et du Scorpion actuel et le soleil entrait dans ce Signe lors de la fête de Samain, grande fête celtique de fin-début d'année.

Les traditions celtes en rapport avec le cerf sont riches, surtout autour du dieu Cernunnos: le Cornu arborant des bois de cerf, le chaudron de résurrection. Arthur lors du rituel de Beltaine assume le rôle du dieu-cerf qui épouse rituellement la déesse (rôle tenu par Morgane sa demi-soeur). Merlin lui-même apparaît parfois monté sur un cerf ou se transforme en cerf.

En alchimie, le cerf blanc désigne le premier mercure de l'oeuvre au blanc, le servus fugitivus (esclave fugitif) par analogie avec le cervus fugitivus (cerf fugitif).
C'est le mental ou âme psychique des anciens qui menace toujours de s'échapper, de nous entraîner dans les aventures de l'inconscient et surtout qui résiste à l'intégration dans la conscience.
- Passionnant, et pour les lions? demanda Clarance.

- Attends, je viens de le voir... Le lion est un symbole de courage et de noblesse, c'est aussi un symbole solaire et il est associé à la résurrection, on disait au Moyen-âge que les lionceaux naissaient morts et qu'ils étaient ramenés à la vie au troisième jour par leur père. En alchimie, le lion rouge est associé au Mercure philosophique qui représente le lien entre le monde de la matière et celui de l'âme prenant conscience du processus d'intégration sur son chemin vers le centre caché. Quant à cette mosaïque, les Questeurs de Brocéliande disent qu'il relie la quête du Graal christianisée et la quête païenne oubliée.

- Oui, dit Clarance, regardons plus attentivement: le cerf porte une croix d'or, il a une auréole tout comme les lions. Mais dans son auréole figure une croix et ses bois finissant en Y sont orientés pour suggérer la possibilité d'une figure à 8 branches. L'étoile au-dessus de sa tête comporte sept pointes. Au premier plan on distingue le perron de la fontaine de Barenton. L'eau prend une forme de croissant de lune. Les arbres représentent la clairière.

Nous avons vu dans un des tableaux arthuriens de l'église que le chevalier au lion, Yvain qui figure dans la partie "coupe-graal" du tableau, est le gardien de la Fontaine de Barenton. Le croissant de lune associé à l'eau est un symbole de la Déesse.

 

Dans mes documents, un passage évoquait la royauté et la chasse au cerf. Je le lus à Clarance:
- L'épisode chrétien de la chasse au cerf concernait Galaad, mais Chrétien de Troyes dans son premier roman Erec et Enide, qui est aussi un des premiers romans courtois, parle d'u
ne chasse au cerf tout à fait déterminante puisqu'elle est le préalable au choix du chevalier qui épousera la femme représentant la souveraineté du pays et la déesse, (il s'agit donc d'un mariage sacré ou hiérogamie), on y apprend aussi la façon dont le brave chevalier Yvain est devenu le chevalier au lion. Enfin, la « chasse au blanc cerf » y est clairement établi comme un rituel de royauté sacrée, le héros désigné avait droit au morceau royal, la hanche de cerf.
Selon les Questeurs de Brocéliande, cela avait un rapport avec le Graal. Dans le roman Perceval ou le conte du Graal de Chrétien de Troyes, lors de l'apparition du Graal dans le château du Roi pêcheur, le premier mets servi est de la hanche de cerf au poivre. Perceval en ne participant pas au rituel qui se joue devant lui se dérobe en fait à cette hiérogamie qui n'a plus lieu d'être dans un contexte devenu chrétien. Il refuse de jouer le jeu selon les règles des anciens rites païens.
- Si je comprends bien, dit Clarance, le cerf blanc qui était considéré dans l'optique païenne comme le messager de l'autre monde (et de la déesse) désignant le roi aux yeux de tous est maintenant le Christ lui-même et c'est lui qui oriente les aventures des chevaliers chrétiens engagés dans la quête du Graal avec leur idéal de chevalerie célestielle.

On ne pouvait mieux résumer, je n'ajoutai rien. Soudain Clarance frissonna, elle dit:

- Finalement nous avons passé toute la soirée ici, il fait froid maintenant, il est temps de rentrer.

En quelques minutes nous étions chez elle bien au chaud avec une tasse d'infusion parfumée pour clore la soirée. Nous étions fatiguées après cette journée bien remplie et elle me montra rapidement la chambre d'amis. Je ne tardai pas à sombrer dans un sommeil animé de rêves où Merlin tenait le premier rôle.

Je fus heureuse de retrouver Clarance au petit déjeuner. Son compagnon était déjà parti se coucher à peine rentré de son travail. Nous avions peu de temps, mais elle me demanda:

- Je me pose une question, la latitude de 48° de Tréhorenteuc semblait importante pour l'abbé Gillard et nous savons que c'est celle de Chartres, nous avons parlé du rectangle solsticial qui détermine une géométrie particulière. Donnerait-il la mesure?
- Je me souviens que le premier sanctuaire de Chartres était dédiée à la Grande Déesse-mère puis à la Vierge noire. La coudée est localement déterminée par référence à la
"géométrie solaire", le rectangle solsticial étant subdivisé en coudées (avec un nombre rond pour faciliter les calculs, la coudée est la longueur d'environ un avant-bras). Ainsi on peut effectivement dire que le 48° parallèle détermine sa mesure.

- OK, dit Clarance, c'est vrai que pour nos ancêtres tout était en cohérence, les oeuvres de l'homme devaient se mettre en harmonie avec le cosmos et comme le rappelle Fernand, tout est relié par le Nombre, le poids et la mesure.

Me souvenant de mes notes, j'ajoutai:

- Les Questeurs ont dit: le Nombre définit l'harmonie et relie les proportions. La Mesure est en rapport avec les astres et en particulier le soleil. Et pour les anciens, le Poids lui-même était lié à la mesure par référence à une unité fonctionnelle: combien de grains de blé mesurant tant de longueur sont-ils nécessaires pour faire tel produit.
- Magnifique! s'exclama Clarance, notre défi actuel est de relier intellectuellement la connaissance mythique et traditionnelle à la pensée basée sur l'expérience et l'intuition des phénomènes naturels. Que l'esprit de Merlin nous guide sur le chemin de
la connaissance unifiée, seule à même de nous donner une représentation globale qui nous réconcilie avec le monde et notre place en son sein. Sur ce, je dois revenir à des occupations plus concrètes. J'ai un groupe à balader.

J'avais la même façon de voir les choses à ce stade, j'approuvai et filai rassembler mes affaires. Je fus prête en quelques minutes et je la quittai pour retourner au relais des Questeurs. En s'éloignant elle se retourna, me salua de la main et dit:

- La prochaine fois tu me parleras du chemin de croix. A bientôt.

Les heures suivantes passèrent très vite, partagées entre la plongée dans les documents et les discussions fructueuses avec Abdul afin d'approfondir les notions complexes que je découvrais.

Le chemin de croix, chemin de vie

Je voulus revoir le chemin de croix de l'église de Tréhorenteuc en fin d'après-midi et je fus agréablement surprise lorsque Clarance m'y rejoignit. Elle me dit:

- Je t'ai vu entrer juste au moment où les derniers participants de la journée partaient. Je ne te dérange pas?

- Pas du tout, mais je n'ai pas fini, ça va peut-être t'ennuyer?

- Je peux éventuellement t'aider et si tu veux bien partager...

- Volontiers, nous pourrions reprendre les éléments d'histoire qui nous permettront de mieux comprendre le message de l'abbé Gillard.

- C'est une bonne idée, répondit Clarance, ça commence au moment des croisades si je me souviens bien.

- A la fin, répondis-je, lorsqu'elles se soldent par un échec tel que seuls les franciscains sont autorisés par les vainqueurs turcs à rester. Ils gardent alors le Saint Sépulcre et la Via Dolorosa ou itinéraire de la Passion du Christ. Inspirés des traditions de l'Eglise Orthodoxe et de l'exemple de leur saint fondateur, Saint François, qui avait édifié la première crèche pour offrir une représentation propre à susciter la piété populaire, ils conçurent les étapes de la Passion du Christ pour les pèlerins empêchés de venir sur les lieux saints à Jérusalem. Le but était de se recueillir au souvenir des étapes de la Passion du Christ vécue pour la rédemption de tous, mais aussi de vivre un chemin spirituel chrétien sous une nouvelle forme toujours ancrée dans la tradition.

- Comme l'ont toujours fait les chrétiens, remarqua Clarance, champions du recyclage religieux! Et le temps de finaliser l'ensemble, il faudra attendre le début du XX° siècle pour que s'impose le modèle des chemins de croix visibles maintenant dans toutes les églises. Mais comment retrouver la tradition préalable sous cette histoire dramatique d'un Jésus mort sur la croix?

- Tu caricatures, lui dis-je en riant, il est ressuscité! Plus sérieusement, c'est l'abbé Gillard qui nous donne la clé! Il explique ainsi la démarche conduisant à la conception des étapes du chemin de croix: on part des douze nombres sacrés représentant des idées ou des qualités en rapport avec le système traditionnel du Zodiaque. Il était totalement intégré à la pratique de l'église avant la période moderne. Ces données selon un ordre précis, sont mises en rapport avec une scène de la Passion exprimant sous cette forme nouvelle les idées anciennes. Il déclare : "IL EN EST AINSI DE TOUS LES CHEMINS DE CROIX,... il importe que ce soit connu".

- OK, dit Clarance intriguée, le zodiaque de l'abbé Gillard nous donnerait la clé. Comment se fait-il que personne n'en parle?

- Je me suis posé la même question et avec l'aide d'un Questeur féru en histoire des religions, Abdul, nous avons cherché de quel enseignement il avait pu s'inspirer. Nous avons suivi la piste de l'église Gallicane, celle de l'ancienne église d'avant 1870, l'église des Gaules qui se référait aux anciens rites en particulier de l'Eglise Orthodoxe. Nous avons même trouvé la trace d'une Eglise celtique orthodoxe datant de la fin du XIX° siècle, dans le Morbihan même, qui se dit "héritière d'une antique Église celtique fondée par saint Joseph d'Arimathie".

- Je comprends, s'exclama Clarance, les croix du Saint Sépulcre du choeur de l'église de Tréhorenteuc en serait peut-être le signe? Et alors?

- Abdul m'a expliqué que douze croix étaient nécessaires lors de la consécration d'une église et cinq pour l'autel. Lors de cette cérémonie, l'église de la terre se joint alors à l'Eglise du ciel. 
Selon les orthodoxes toujours très attachés au symbolisme traditionnel, ces douze croix sont le symbole des douze portes de la Jérusalem céleste représentées aussi par douze pierres précieuses et en rapport avec les douze signes du zodiaque ou douze apôtres. LA CORRESPONDANCE ENTRE LES DOUZE APÔTRES ET LES DOUZE SIGNES ZODIACAUX EST UNE TRADITION CHRÉTIENNE MÉDIÉVALE PRÉSENTE DANS L'ART ROMAN.


- Finalement, dit Clarance, le travail de l'Abbé Gillard se rattache à une tradition chrétienne authentique, mais cette filiation s'est obscurcie au fil du temps dans l'église moderne qui néglige le symbolisme si riche des siècles précédents au profit d'une vision rationnelle historique.


- On ne saurait mieux le formuler, dis-je avec admiration. Or l'abbé Gillard enseignait une méthode de lecture visuelle basée sur la notion d'idéogrammes, tradition en vigueur dans l'église médiévale et en particulier dans l'art roman.
La représentation figurative n'est donc pas à entendre selon un sens littéral, elle exprime une ou des idées abstraites, comme une allégorie.


- Oui, confirma Clarance, ainsi par exemple le sang qui coule du flanc du Christ mort n'est pas du sang, il représente le flot abondant des mérites du Christ. Cette lecture est symbolique.
 En tant que guide, nous savons que ce cadre de référence est fondamental pour comprendre la démarche qui a présidé à la réalisation de chaque élément "décoratif" de la Chapelle du Graal. Mais la tradition a été abandonnée, on est passé du visuel au littéral. Autre temps, autre mode d'expression.

Je repris mes notes pour lui dire:

- En effet, cette représentation ou écriture idéographique supposait un mode de vision traditionnel. L'être humain était mis en état de réceptivité sensorielle afin qu'il accède au niveau de Connaissance autorisé par ses capacités présentes et ce par la compréhension symbolique directe. Le symbole permet différents niveaux de lecture selon l'évolution intérieure de la personne. Au contraire, notre vision moderne est basée sur le cartésianisme exclusif (l'homme accède au savoir par la raison). 
Pour en revenir à la CLÉ de l'abbé Gillard, le zodiaque est le recueil traditionnel occidental d'idéogrammes.

- Et la serrure serait son chemin de croix? dit Clarance avec une pointe d'ironie. Je demande à voir.

Je lui montrai alors le tableau des équivalences symboliques que nous avions établies en suivant les indications données par l'Abbé Gillard. Nous avions une grille de lecture du symbolisme du chemin de croix associant à ses stations les Nombres, des qualités ou vertus, des péchés, trois couleurs.

Correspondance Zodiaque-Gillard



Clarance le regarda attentivement et commenta:

- Espérance, Charité, Foi sont les trois Vertus théologales. Orgueil, Avarice, Luxure sont les trois principaux péchés capitaux. L'Orgueil est le premier d'où découlent les autres, c'est le péché du plus beau des anges, Lucifer, ce qui a entraîné sa chute. 
Mais comment concilier les douze signes et les quatorze stations...

Je l'interrompis:

- Abdul m'a expliqué: les chemins de croix ont 14 ou 15 stations, la dernière suggère alors la résurrection. Mais à partir de la XII°, sa vie terrestre se termine.

- D'accord, acquiesça Clarance, et comment retrouver les données traditionnelles sous la forme des scènes de la Passion? Plutôt que de les renouveler, elles y sont tellement enfouies qu'elles ont disparu!

Je souris, je ne savais plus si elle doutait, prête à rire de vaines recherches ou si au contraire, elle en savait plus qu'elle ne le disait et me poussait à en exposer le cheminement aussi ardu soit-il. Je repris:

- Selon la théologie orthodoxe, nous avons « douze croix, symbole des douze portes de la Jérusalem céleste, douze signes du zodiaque sanctifiés par les douze Apôtres, douze pierres précieuses."
 Nous avons cherché la liste des douze pierres précieuses correspondant au Zodiaque et c'était la bonne voie, la clé s'est mise à tourner dans la serrure! Sur le cercle de douze éléments du Zodiaque, un ensemble encyclopédique se déclinait, remontant à la tradition hébraïque d'où émergent les religions monothéistes.
 La source la plus détaillée en était le Sepher Yetsirah, Livre de la Formation ou de la Création dans lequel sont exposées les correspondances entre les lettres hébraïques, les directions dans l'espace, le zodiaque, les planètes, les organes du corps...

- Fabuleux! s'exclama Clarance. Le savoir encodé à partir d'un modèle structuré qui explique l'Univers! Et dans les tableaux mêmes, y-a-t-il une symbolique évocatrice?

Elle se déplaça aussitôt pour venir devant la I° station située du côté nord. Je répondis:

- D'après notre étude réalisée avec les Questeurs, on peut en effet retrouver des correspondances, mais c'est très complexe.

Je parcourus du regard les treize autres tableaux qui ceinturaient la partie ouest, les deux derniers encadrant la porte sud. Clarance savait bien sûr que tout comme celui de Rennes-le-Château visité par l'abbé Gillard avant sa nomination à Tréhorenteuc, ce chemin de croix, de façon très inhabituelle, avait pour décor certains paysages locaux et elle me confirma que son sens correspondait à celui de la plupart des églises. Je tentai de la faire parler le plus possible, mais elle ne se laissa pas entraîner et insista pour avoir une idée de ce que les Questeurs voyaient dans ces tableaux. Je lui proposai d'essayer de le formuler en m'aidant de mes notes au moins pour la I° station sous nos yeux.

- Ce tableau représente la condamnation à mort de Jésus. L'abbé Gillard y voit une correspondance avec le signe zodiacal des Poissons dont le symbolisme exprime l'union du Créateur et de la créature. Dans le Sepher Yetsirah cela nous donne un lien avec l'Améthyste, la lettre 
Qof, le nombre 100. Qof est symboliquemement la porte étroite (le chas de l'aiguille), celle qui débouche sur la Pensée du Créateur, la Sagesse et mène à la déification, aboutissement du processus Créateur avant le retour à Dieu. Un autre lien s'établit avec la sephira Yesod de l'Arbre des sephirot ou Arbre de Vie, Yesod est le Fondement, la base de création pour l'homme dans son rôle de créateur (ou créatif).

- Oui, dans la tradition chrétienne, ajouta Clarance, le poisson en grec ancien, ichtus, est l'acronyme et le symbole de Jésus-Christ, ça colle. Et que dis-tu du décor?

- Et toi? lui demandai-je.

Elle sourit, hésita, puis elle se lança:

- Le décor est à Jérusalem et non dans un lieu de Brocéliande comme sur presque tous les autres tableaux. Tu vois S P Q R sur le fronton? Ce sont les initiales de Senatus PopulusQue Romanus pour Sénat et Peuple Romain. Pilate se lave les mains, Jésus est habillé en rouge, au fond un homme brandit un calice vert évoquant le Graal. Je pense à la légende dans laquelle le héros Perceval est privé de la vision du Graal parce qu'il ne pose pas de question sur ce qu'il voit lors du défilé au château du Roi-Pêcheur qui par ailleurs attrape le poisson nourrissant toute la table du Graal. Poser la question... Pilate a posé une question à Jésus: "Qu'est-ce que la vérité?", Jésus venait de lui dire: "Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix" (Jean 18,37). Pilate n'attend pas la réponse, Jésus va en répondre sur sa vie avec le Chemin de Croix.

- Le Chemin de Croix est la réponse? demandai-je.

- D'une certaine façon, le Christ a dit "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jean 14:6). Poser la question est la vocation même de l'homme. Dans la tradition hébraïque, le mot adam désignant l'humain a la même valeur numérique que "ma" signifiant quoi. "L'homme est un "quoi", en questionnement dynamique" dit Marc-Alain Ouaknin, dans son livre Mystères de la Kabbale, or ce que tu me dis ouvre la porte sur cette tradition dont le plus beau symbole est l'Arbre de Vie ou Arbre des sephirot. Et selon Jean, Jésus a aussi dit "C'est moi qui suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé" (Jean 10:9)

Je lui montrai alors un schéma de l'Arbre des sephirot en correspondance avec les étapes du chemin de croix de l'abbé Gillard.

Chemin-Croix-Gillard-ArbreA

Chemin-Croix-Gillard-ArbreB

Chemin-Croix-Gillard-ArbreC





- Tu vois, lui dis-je, on retrouve avec ce schéma un écho de la tradition chrétienne assimilant la croix du Christ à l'arbre de vie, les deux donnent vie à l'humanité au sens symbolique, la Vie en Dieu. Contrairement à ce que ressentent les chrétiens modernes coupés de ces racines spirituelles, le Chemin de Croix n'est pas un chemin de mort, c'est un chemin de remontée dans les sphères d'énergie de l'Arbre de vie.

- Et concrètement? demanda Clarance.

- Le modèle archétype de la Création selon la Kabbale hébraïque est cet Arbre des sephirot ou des sphères qui est aussi une représentation de l'archétype de l'Homme primordial cosmique, l'Anthropos. Chaque sephira le composant est un vase, un contenant. Elle est à la fois féminine, c'est-à-dire qu'elle reçoit et masculine, elle donne. Pour créer le monde, Dieu a envoyé la Lumière représentant l'ensemble des éléments du plan divin. Or, les vases ou sephirot furent brisés car ils refusèrent d'accueillir la Lumière.

''Mais Dieu désire toujours établir sa lumière en l'homme qui doit auparavant restaurer en lui les vases ou sephirot pour l'accueillir.
 Le Féminin de l'être est la dimension verticale reliée au Divin en nous-même.
 Lorsqu'elle est restaurée, Dieu s'y établit en Présence. Lors de sa vie puis de sa Passion qui finit sur la Croix, le Christ nous montre le chemin et sur ce schéma, on voit qu'il accomplit la restauration des sephirot entre Yesod et Kether.

- D'où la Quête, dit Clarance, la Coupe est au centre de l'Arbre de Vie et c'est en Tipheret, que l'ouverture du cœur doit se réaliser avant de recevoir la lumière.

Je ne m'étais pas trompée, elle connaissait cette tradition! Elle me fit un petit clin d'oeil comme pour confirmer mon intuition et elle enchaîna:

- Et que disent les Questeurs sur la disposition en marches du tableau?

Je cherchai dans mes notes pour lui dire:

- Les personnages sont disposés sur une sorte d'escalier, de bas en haut nous voyons un demi hexagone, une marche droite, quatre marches avec angle, trois marches classiques soit Neuf étapes horizontales ou paliers. Or les chrétiens le disent, pendant les 9/10ème de sa vie sur terre, le Christ a vécu dans une famille juive pieuse une vie simple et de labeur, il travaillait de ses mains comme son père charpentier jusqu'à ses trente ans.

Par le parcours spirituel du chemin de Croix, les neuf sephiroth restaurées sont comme des degrés descendus par la Présence divine qui va s'établir en Malkut, la dixième sephira, en tant que Schekina (c'est le terme hébreu pour Présence divine).
 Malkut est le niveau le plus bas de l'Arbre, celui où l'on rend l'âme, mais avec la Shekinah le plus bas devient comme le plus élevé, Malkuth devient le Royaume!
 Selon René Guénon, la Shekinah est la synthèse des Sephirot.
 Or le Christ mort (muté) et ressuscité peut être assimilé à la Présence divine manifestée pour l'humanité.


- Intéressant, commenta Clarance, maintenant j'aimerais que tu me parles du tableau qui se situe au passage du 48° parallèle sur la commune de Tréhorenteuc.

Et elle se déplaça aussitôt vers la V° station du Chemin de Croix, où Simon de Cyrène aide le Christ à porter sa croix. Je lui dis:

- Jésus a déjà chuté sous le poids de sa croix à la III° station. Ici un soldat romain oblige un homme qui revient de son travail aux champs à exécuter un nouveau labeur, porter la croix. A droite du tableau deux boeufs liés par un joug sont conduits par un bouvier ou laboureur.

- Labeur, labour, j'entends bien, remarqua Clarance, l'abbé Gillard associe le travail manuel à cette station.

- Oui, selon la tradition hébraïque, Adam a reçu l'ordre divin de labourer la terre, symboliquement de travailler ses terres intérieures ou champs de conscience. C'est son véritable travail d'humanisation pour accueillir la Présence divine à la fin. Dans le travail manuel, la main est le premier outil de l'homme prolongé ou non par un objet matériel, elle représente sa capacité d'action sur le plan terrestre. En hébreu, la main se dit « iad », elle contient la lettre Yod assimilée au germe divin.

- Et chez les chrétiens? demanda Clarance.

- Le Labour est aussi un symbole fort: l'homme doit préparer sa terre en profondeur afin que la Parole de Dieu y prospère. Sur le plan de la Tradition en particulier romaine, l'acte de labourer était un acte sacré, pensons au tracé du sillon déterminant l'enceinte sacrée d'une ville. C'est un acte d'organisation, de structuration de l'espace pour le mettre en ordre par rapport au chaos extérieur. C'est le roi lui-même qui trace ce trait, il sacralise ainsi l'espace de la future ville en le mettant en harmonie avec le cosmos et donc le ciel.

- Mais Simon de Cyrène n'est pas un roi, remarqua Clarance avec un petit sourire moqueur.

- Non, on ne sait pas grand chose de lui. Mais son nom en hébreu signifie « Yahvé m'a entendu ». Jésus souffre et voilà que Simon se présente et vient l'aider. En grec, Cyrène se dit Kurênê, rayonner. En hébreu QRN évoque la Corne symbole du rayonnement divin, mais aussi le Crâne, or la Croix est dressée au lieu du Crâne: le Golgotha. Par ailleurs Simon en hébreu se dit aussi chemen, l'huile, l'aliment sacré par excellence d'autant plus qu'il fournit aussi la lumière dans les lampes...

- Bon j'ai compris, me dit Clarance, dans la tradition hébraïque tout a un sens et permet une méditation sans fin.

Je ne savais pas si elle en avait assez ou si elle estimait que j'avais restitué l'essentiel. Je restai sans rien dire à la regarder. Elle reprit:

- Y a-t-il un lien entre le 48° parallèle et les boeufs?

Cela semblait une obsession chez elle ce 48° parallèle, mais elle avait sûrement de bonnes raisons, je répondis prudemment:

- Tout ce que je peux dire c'est que cette scène de boeufs sous le joug pourrait être une évocation de la constellation du Bouvier qui conduit les sept boeufs -à l'origine du mot Septentrion signifiant Nord- de la constellation du Chariot. Ces constellations tournent autour de la Polaire, axe du monde. En grec les Boukoloï sont les gardiens des boeufs, mais aussi sur un plan symbolique les gardiens du Pôle et donc de l'organisation cosmique symbolisée par le Temple, comme l'étaient les Templiers qui rappelons-le adoraient la Croix, mais pas le Crucifié.

- Dans cette représentation de la V° station, nous retrouvons donc l'évocation d'un modèle d'harmonie cosmique, remarqua Clarance. Et si j'ai bien compris, dans le système révélé par les Questeurs, la Clé est le tableau des correspondances de l'abbé Gillard basé sur les Nombres sacrés.

"Cette clé appliquée à la Serrure du Zodiaque ouvre la Porte du Christ en croix. N'a-t-il pas dit selon l'évangile de Jean « Je suis la Porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jean 10). Le Chemin de Croix est ainsi un chemin de Salut, de Vie éternelle. Il est greffé sur l'Arbre de Vie, la tradition de la Kabbale et ses spéculations métaphysiques. Et nous avons dit au début que le Chemin de Croix était peut-être la réponse à la question de Pilate sur le rapport entre Jésus et la vérité. Qu'en disent les Questeurs?

J'en étais maintenant sûre, Clarance me testait. Je ne comprenais pas bien son lien avec les Questeurs car si elle semblait réticente au sujet de certaines de leurs pratiques, manifestement elle partageait leurs connaissances, mais jusqu'à quel point? Comme Fernand m'avait encouragé à lui parler, je lui livrai leurs conclusions:

- Chemin en hébreu se dit Magal, mais c'est aussi le cercle du camp, la tranchée, ne peut-on y voir la notion du chemin-sillon du laboureur? Vérité en hébreu, se dit Emet et la mort se dit Met. La lettre Aleph qui se prononce E ici, symbolise la présence de Dieu. Met signifie aussi mutation. Jésus en prenant la croix montre à l'humain le chemin de la mutation.

"Muter en Dieu, c'est aller vers la Vérité. Par ailleurs les lettres du mot Emet sont Aleph, Mem, Tav. C'est-à-dire la première lettre de l'alphabet hébreu, alpha en grec; une lettre du milieu, la treizième, Mem, Matrice de vie ou de mort; la dernière Tav, correspond à l'Oméga grec. Ainsi "je suis vérité" et "je suis l'alpha et l'oméga" se répondent.

"Vie en hébreu se dit Havvah et c'est aussi le nom de Eve. La racine hébraïque de ce nom signifie Souffle de vie, Eve est dite Mère des Vivants.

- Profond mystère et belle démonstration, approuva Clarance. Ainsi compris dans son rapport à la tradition ancienne, le Chemin de croix serait donc entre autres la réponse du Christ à la question de Pilate, "Qu'est-ce que la vérité?" et la justification de son affirmation: "Je suis le chemin, la vérité, la vie" en tant que Christ cosmique. Je crois que cela suffit pour aujourd'hui. Je ne sais pas si tu seras là quand je reviendrai, je m'absente pour plusieurs jours de randonnée. En tout cas je te remercie de ton partage et je te souhaite bonne chance pour ta quête. Je la remerciai à mon tour.

 

Elle me tendit alors les bras et m'embrassa avec chaleur en me disant:

- Prends bien soin de toi, tu as ouvert la Porte, mais le Royaume est immense, on dit que 32 chemins le parcourent, il y a de quoi se perdre. Suis la Lumière...

- Le Graal, lui dis-je en désignant le grand vitrail où il rayonnait.

- Ça ne me rassure pas vraiment, mais c'est ton choix, bonne chance.

- Et toi, bon voyage.

  

 

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